Il paraît que c’est le Prologue 

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Bip. Bip. Bip. Le numéro que vous avez demandé n’est plus attribué. Veuillez nous excuser ce désagrément.

— Et mince ! C’est bien ma veine, aujourd’hui. Hé Maurice, trouve-moi mon carnet avec tous mes numéros, s’il te plaît, mon garçon. Je ne retrouve plus celui de Galadriel et j’ai besoin de lui parler… C’est très urgent.

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Il paraît que c’est le Prologue 

L’air était doux et embaumait de sa fragrance estivale la magnifique cité de Caras Galadhon, le cœur de la Lothlórien.

Les gardiens de forêt la gardaient jalousement, aussi férocement que les mères veillaient sur leurs petits. Leur chef, Haldir, un elfe noble et droit, ne manquait jamais de s’extasier devant tant de beauté. Il était fier de protéger un tel endroit, mais encore plus d’être sous les ordres de la plus belle elfine qu’ait compté la Terre du Milieu, la douce et belle Galadriel, Dame de Lumière et Dame de la Lothlórien depuis la mort de leur roi Amroth bien longtemps auparavant. Un décès tragique pour un roi bien aimé qui leur avait pourtant préféré une elfine plutôt que tout un peuple.

Heureusement, les deux Noldor qui lui avaient succédé avaient repris le contrôle des bois et les Galadhrims n’avaient pu que s’extasier devant la magnificence de ces deux Ellir venus de lointaines contrées. Néanmoins, le couple refusa qu’on les intronise, ainsi Galadriel et son époux Celeborn devinrent les Seigneurs de la Lórien.

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Tandis que Haldir et ses soldats effectuaient leur tour de garde comme à chaque soir, la Dame de Lórien se réveilla en sursaut, ce qui ne lui était jamais arrivé ou si peu.

— Que se passe t-il, melda heri ? demanda Celeborn qui s’éveilla à son tour dès que son épouse posa les pieds à terre.

— Je dois consulter mon miroir. Des forces supérieures tentent de me joindre et cela semble urgent, répondit-elle non sans sourire doucement à celui qui partageait sa vie depuis tant de millénaires.

Une fois hors de son Talan, la dame de Lórien soupira avant de se rendre d’un pas léger et aérien là où se trouvait son miroir tant aimé et haï à la fois. Elle le honnissait, car elle se sentait bien incapable de vivre sans ses conseils et dans le même temps, elle le glorifiait parce qu’il lui permettait d’avoir une vue d’ensemble sur ce qui était et serait de cette Terre qu’elle continuait à chérir malgré tout.

Une fois dans son jardin, elle saisit une amphore près d’une alcôve, puis la remplit de l’eau de la fontaine qu’elle déversa avec grâce dans la coupe prévue à cet effet. Cette dernière était posée sur une immense pierre, trônant au milieu de la cour.

Quand l’eau fut versée, la surface claire refléta alors la belle elfine qui se concentra en fermant les yeux un moment avant de les rouvrir, tout en se massant les tempes.

— Ici Galadriel de la Lórien, m’entendez-vous ? commença-t-elle doucement. Je crois que vous avez essayé de me joindre, mais je dormais d’un sommeil réparateur.

— Oui, ici Manwë Sulimo, vous êtes bien au domaine de Valinor sur le Taniquetil. Je suis absent pour le moment, mais vous pouvez laisser un message spirituel et je vous promets de vous rappeler dès que je serai rentré de la grande kermesse de Valimar.

En entendant ce message, le cœur de Galadriel se serra. Si ce n’était pas Manwë qui avait essayé de la joindre, qui cela pouvait-il bien être ? Elle n’était en contact qu’avec lui. Elle ne comprenait plus rien.

Tandis qu’elle s’apprêtait à retourner auprès de son compagnon, elle entendit une voix l’interpeller :

— Allo ? Galadriel ? M’entendez-vous, mon enfant ?

À ces mots, l’elleth sursauta. Mais quelle était cette voix si… prégnante ? Jamais elle ne l’avait entendue auparavant. Serait-ce une ruse de quelques plaisantins ayant eux aussi le Don ? Elle ne doutait pas de ne pas être la seule à savoir communiquer avec les Puissances Supérieures*.

— Oui ? Allo ? Il y a quelqu’un ?

Un bruit de froissement lui répondit.

— Décidément, reprit la voix, cette ligne n’est pas terrible. Je demanderai à Lórien de m’en fabriquer une autre plus sûre.

Galadriel mis un moment avant de reprendre contenance et de se décider enfin à répondre. Elle n’avait pas vraiment confiance en cette voix inconnue. Qui le lui aurait reproché ?

— Qui ose me déranger ? répondit-t-elle d’un ton hautain et presque accusateur.

Pour réponse, elle n’obtint qu’un long silence. Puis, tout d’un coup une étrange musique se répercuta dans son crâne. Elle ne savait pas si elle devait hurler ou couper court à cette étrange conversation qui n’avait pas lieu d’être selon elle.

Dale a tu cuerpo alegria Macarena
Que tu cuerpo es pa’ darle alegria y cosa buena
Dale a tu cuerpo alegria, Macarena
Heeeeey Macarena
AAAhAA!

Dale a tu cuerpo alegria Macarena
Que tu cuerpo es pa’ darle alegria y cosa buena
Dale a tu cuerpo alegria, Macarena
Heeeeey Macarena

AAAhAA!
Macarena tiene un novio que se llama
Que se llama de apellido Vitorino,
Que en la jura de bandera el muchacho
Se la dio con dos amigos*

— Non, pas cette musique là, Maurice, entendit-elle en bruit de fond, avant que l’horrible cacophonie ne cesse enfin.

— Plutôt cela, reprit la voix.

C’est alors qu’une musique d’une incroyable pureté envahit sa tête puis tout son corps et enfin, elle comprit… Tombant à genoux, elle sentit les larmes lui monter aux yeux.

— Oh Eru*, murmura-t-elle subjuguée.

— Non, non ma chère enfant, ne pleurez pas et relevez-vous. Je fais toujours cet effet-là la première fois, mais je vous jure que je suis presque comme tout le monde.

Le fameux Eru rit de sa propre remarque qu’il devait juger fort drôle.

Il se moquait d’elle ! Comment aurait-elle pu imaginer une seule seconde que leur cher Ilúvatar s’adresserait un jour à elle, l’enfant prodigue qui avait encore peur à ce jour d’affronter de visu ceux qu’elle avait déçus il y avait de cela si longtemps.

— Vous ne devriez plus y penser, l’heure n’est pas à l’apitoiement, nous vivons une époque trop grave pour cela.

— Que voulez-vous dire, Mon Seigneur ? demanda Galadriel, interloquée.

— Si je prends aujourd’hui le temps et la peine de vous contacter directement, c’est qu’un événement va se produire, quelque chose que vous ne pourrez malheureusement pas éviter. Toutefois, j’ai peut-être une solution.

Galadriel nageait en plein rêve. Que le grand Ilúvatar, père de toute chose, daigne lui adresser un message était déjà incroyable, mais qu’il décide d’intervenir… Cela dépassait l’entendement !

— Que nenni, mon enfant, je n’interviens pas réellement. Enfin si un peu, mais… non Maurice ! s’écria Eru, ne touche pas à cette fiole. Je dois l’envoyer intacte.

Galadriel se massa à nouveau les tempes. Cette conversation frisait le ridicule voire l’invraisemblable.

— Nous avons déjà vaincu Sauron il y a peu. La Terre du Milieu est en sécurité dorénavant. Nous nous en sommes assurés lors de la bataille de la dernière Alliance, répliqua-t-elle.

La voix de la Dame de Lórien était ferme bien qu’au fond d’elle même une part de son cœur doutait.

— Oui, certes, renchérit Eru, cependant, vous n’avez pas détruit le plus crucial.

— L’anneau, murmura-t-elle. Mais il a disparu. Jamais il ne réapparaîtra.

De nouveau, le silence lui répondit, effritant par la même occasion le peu d’espoir qui lui restait.

— Nous ne sommes toujours pas en sécurité, comprit-elle, dépitée.

— Si, pour le moment vous l’êtes et le serez encore un certain temps, mais… connaissez-vous ce proverbe qui dit qu’il faut toujours se méfier de l’eau qui dort ? Sauron n’est pas détruit. Son essence a survécu à travers son anneau de pouvoir.

— Que dois-je faire ? demanda Galadriel, les battements de son cœur s’accélérant presque de manière imperceptible.

— Dans l’immédiat ? déclara Eru avec un certain flegme dans la voix. Rien.

— Mais alors ? s’écria Galadriel qui ne comprenait pas pourquoi il la dérangeait s’il n’y avait rien de grave.

Au même instant, la face claire de son miroir se brouilla et l’eau se mit à frémir de plus en plus fortement jusqu’à ce qu’en surgisse une jolie petite fiole transparente contenant un liquide rosé.

— Qu’est-ce donc ? demanda l’elfine.

— Ceci, ma belle enfant est mon essence mélangée à deux, trois morceaux de musique que j’ai composée exprès pour vous et votre époux, en prévision des jours moins heureux.

Galadriel tint la fiole à portée de ses yeux pour l’observer.

— Que dois-je en faire ?

— Vous ? Pas grand-chose, mais votre époux va devoir la boire.

— La boire ? Mais pourquoi ? Cela a-t-il bon goût au moins ?

— Je n’avais pas fini, belle enfant. Une fois la dernière goutte avalée, vous devrez vous unir. Et c’est à la cerise… Pour répondre à votre dernière question.

À l’évocation d’une union, la Dame de Lórien sentit ses joues se colorer. Cela n’était pas le genre de conversation qu’elle aimait avoir avec un étranger, qu’il s’agisse ou non d’Eru.

— Y a-t-il un but précis à tout cela ? osa-t-elle, finalement demander.

— Oui, bien évidemment. Mais je ne peux vous en dire plus. J’interfère déjà trop dans vos histoires. J’ai toujours réfuté toutes les demandes de Manwë. S’il apprend que je vous ai donné un coup de main, il ne le prendra pas très bien.

— Je vous demande pardon ? bégaya-t-elle, ayant déjà peur de subir le courroux du Vala et roi d’Arda.

— Ne vous en faites pas pour cela, je me charge de lui. C’est mon affaire.

Choupinou ! Entendit-elle au loin. Ton dîner est prêt !

— J’arrive, ma louloute. Eh bien, belle enfant, j’ai été ravi de vous parler, mais comprenez bien que c’était la dernière fois aussi… Ce que je déplore, mais c’est ainsi. Cependant avant de vous laisser…

C’est alors que retentit une nouvelle musique, tout aussi déroutante que la première.

Libérée, Délivrée
Je ne mentirai plus jamais
Libérée, Délivrée
C’est décidé, je m’en vais
J’ai laissé mon enfance en été
Perdue dans l’hiver
Le froid est pour moi,
Le prix de la liberté.*

— Ce n’est pas possible, Maurice, tu es pénible, je t’ai déjà dit de ne pas toucher au compact disc de Didine.

Galadriel secoua la tête… puis une magnifique musique finit par retentir avant de s’estomper au fur et à mesure que les secondes s’écoulaient.

Quand l’elfine fut certaine d’être seule avec elle-même et surtout dans sa tête, elle soupira lourdement. Il lui fallut un moment avant de se remettre de cette incroyable rencontre télépathique.

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Serrant contre son cœur la fiole donnée par Eru, elle retourna à son Talan dans lequel son mari l’attendait, assis dans un fauteuil. À sa vue, il se leva d’un bond avant de la rejoindre à grandes enjambées.

— Ma belle Galadriel, que t’arrive-t-il ? Tu sembles harassée.

Prenant pleinement conscience de tout ce qu’elle venait de vivre, elle serait tombée à terre si Celeborn ne l’avait pas retenue. Éperdue, elle scruta ce visage qu’elle aimait tant, avant de le saisir entre ses mains tremblantes.

— Que tu es froide, ma douce amie, s’étrangla-t-il avant de la prendre dans ses bras pour l’assoir sur un confortable fauteuil. C’est alors qu’il vit la petite fiole.

— Qu’est-ce donc ?

— Tu dois la boire. Notre tranquillité n’est qu’un mirage.

— Que dis-tu ? répondit-il en s’agenouillant devant elle. Son regard semblait si triste, elle semblait si lasse.

Tandis qu’il lui caressait doucement les cheveux, elle lui raconta son échange avec Eru. Quand elle eut fini, elle lui tendit la flasque contenant le liquide rosé. Sans attendre et plus assuré que jamais, Celeborn la porta à ses lèvres avant d’en boire tout le contenu.

Les minutes s’égrenèrent, mais rien ne se produisit alors Galadriel prit la main de son époux et l’entraîna sur leur lit pour un tendre tête-à-tête qui ne regardait qu’eux.

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Quelques semaines plus tard, en plus d’apprendre un heureux événement, Galadriel qui observait son miroir reçut une bien étrange prophétie de la part des Ainur*.

Chère Galadriel,
Nous sommes navrés
Mais nous ne pourrons venir vous voir
L’été prochain.
Avec toute notre affection,
Elrond et Celebrían

Non pas cela, d’ailleurs, il ne s’agissait pas là d’une prophétie, mais d’un message d’excuse plutôt moyen de la part de son beau-fils. Elle aurait deux mots à lui dire, mais une fois qu’elle se serait remise de la véritable prédiction.

Quand arriveront les heures sombres.
Que les ombres sur les cœurs,
Auront recouverts.
Que l’espoir glacé sera,
Et l’espoir presque illusoire.
Deux Élus parviendront,
D’une autre Terre et Contrée contée.
Entre futur et Passé,
Faire régner
Justice et sérénité.
Au prix d’effort
Incommensurable et alors,
Seulement régnera,
La Paix.

Elle comprenait plus ou moins ce que cela impliquait, cependant elle n’était pas certaine de vouloir l’interpréter pour le moment. Eru et les Valar pouvaient se montrer tellement compliqués parfois. Dire qu’ils l’avaient choisie, elle, entre toutes, du fait de son ascendance. Bénédiction ou Malédiction, tout comme son miroir Galadriel aimait cela tout autant qu’elle le détestait.

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— Bon alors Maurice, je t’ai déjà dit de ne plus jouer avec mes instruments. Crois-tu vraiment que l’on risque de me prendre au sérieux si tu commences à mettre la musique préférée de ta petite sœur ?

— Désolé P’pa, promis j’y toucherai plus. Mais tu parlais à qui au téléphone ?

— Cela ne te regarde pas. En attendant, j’ai du pain sur la planche si je veux pouvoir assister à la grande quête de l’anneau et la destruction de Sauron sans que l’on ne me dérange pour un oui ou pour un non.

À Suivre


Annotations

* Eru ou Dieu oui, rien que cela. Galadriel a un cercle de connaissance pour le moins fabuleux.

* Les Puissances Supérieures ou Ainur, désignent les Valar.

* La Macarena des Los Del Rio, c’est le péché mignon d’Eru, mais jamais il ne l’avouera.

* La Reine des Neiges, parce que j’avais envie de vous la mettre dans la tête. Oui je sais, je suis trop gentille.

A propos Darklinne 111 Articles
Auteure de roman et de fanfictions. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales.