Épilogue

— Arion, s'il te plait, laisse ton cousin tranquille, cria Aria au petit garçon parti en courant vers la modeste cabane qui précédait leur maison

— Arion, s’il te plait, laisse ton cousin tranquille, cria Aria au petit garçon parti en courant vers la modeste cabane qui précédait leur maison.

Malheureusement pour elle, son fils était à un âge ou écouter ce que lui disait sa mère ne semblait pas une priorité absolue. La jeune femme soupira tout en souriant malgré elle. Huit ans après l’avoir mis au monde, pas un jour elle ne manquait de remercier Drakos et Eru de lui avoir offert une telle chance : celle d’être mère.

Cet enfant était aussi la seule chose qui lui restait de son amour, Thorïn. Penser à lui remuait toujours de désagréables souvenirs, notamment celui de sa mort. Elle l’avait tant aimé et l’aimait tellement encore aujourd’hui. Arion avait hérité de ses traits. Il avait les mêmes yeux que son père, les mêmes cheveux bruns. Cependant, bien qu’à moitié nain, il n’en n’avait pas la même stature. Le petit garçon promettait d’être bien plus grand que son père ou même son cousin.

Fili.

En y repensant, elle se rappela la direction qu’avait prise son fils et se hâta avant qu’il n’aille embêter son cousin pendant ses ablutions. Quand elle arriva à la porte du petit cabanon, Aria vit qu’elle était entrouverte. Elle poussa un long soupir las en maudissant son chenapan de petit garçon, puis elle entra et se figea sur place.

Fili était à moitié nu, ses cheveux blonds aux quelques nattes disparates relevés au sommet de son crâne. Il se passait un linge humide sur le torse tout en riant du babillage d’Arion. Il se retourna quand il entendit Aria.

— Je suis désolée de te déranger, Fili, mais Arion n’aurait pas dû venir t’embêter, commença-t-elle en se dirigeant tout droit vers son fils qui ne semblait pas plus inquiet que cela.

Fili observa, un sourire en coin, la jeune femme qui semblait mal à l’aise.

— Laisse-le, Aria, répliqua ce dernier, il ne me dérange absolument pas.

— Tu es sûr, Fili, répondit-elle tandis que le nain s’essuyait avec une serviette.

— Oui. Ne t’en fais pas.

Se tournant vers Arion, la drakonnite vit que ce dernier regardait son cousin avec adoration. La jeune femme se sentit de trop et les laissa entre eux pour vaquer à ses propres occupations. Il lui restait à nettoyer la cuisine avant de commencer à préparer le repas du soir. Si son père, le grand Adrial, pouvait la voir de là où il était, il devait être affreusement déçu. La jeune princesse qu’elle avait été n’existait plus. Elle était devenue une simple habitante de la Terre du Milieu, une mère qui élevait seule son enfant… enfin seule, ce n’était pas réellement vrai. Elle avait Fili.

Quelque chose au creux de son ventre se réveilla, mais elle s’efforça d’ignorer cette sensation qu’elle jugeait plus que déplacée. Ce n’était pas bien. Elle ne devait pas.

Depuis qu’elle avait quitté Erebor pour des contrées plus accueillantes, Fili l’avait suivie sans rechigner. Aria avait cru alors qu’après la naissance du bébé, il serait parti. Finalement, il ne l’avait jamais quittée en neuf ans, sauf à l’occasion d’une visite à sa mère. Aria avait cru alors que le nain ne reviendrait jamais. Comment la sœur de Thorïn aurait-elle pu laisser partir le seul membre encore vivant de sa famille ? La jeune femme avait expressément demandé à Fili de ne pas parler d’Arion. Ce dernier ne comprenait pas son envie de préserver sa progéniture. Le petit Arion était le fils légitime de Thorïn, le dernier né de la digne lignée de Durïn. Certes, mais il restait son enfant à elle, avant tout. Elle se devait de le protéger quoi qu’il arrive. Cependant, Fili était revenu au bout de quelques mois. Il avait couvert Aria et son cousin d’une multitude de cadeaux. À cette époque, elle n’avait pas compris pourquoi.

Pourtant, aujourd’hui…

Tout semblait si différent… tout était différent. Ils vivaient tous les trois, comme un couple avec leur enfant, à la différence près qu’Arion n’appelait pas Fili, « papa » mais « Cousin Fili »… Pourtant c’était Fili qui l’aidait à élever son petit. C’était Fili, toujours, qui lui apprenait à devenir un homme digne et fort.

Trop accaparée par ses pensées, elle n’entendit pas la porte de la cuisine s’ouvrir et…

— Surprise !! scanda la petite voix flûtée d’Arion qui se tenait derrière sa mère.

Aria en lâcha son plat qui alla s’écraser dans la cuvette en bois. Heureusement, il ne se brisa pas.

— Tu as fait peur à ta maman, bonhomme, rétorqua Fili en entrant à son tour.

Il alla s’assoir aussitôt sur une chaise.

Le petit garçon observa d’un œil triste le visage de sa maman qui, en effet, avait pris une teinte cendrée.

— Désolé, maman, je voulais pas te faire peur.

Aria se baissa pour être à la hauteur de son fils.

— Ce n’est rien, mon chéri, et on ne dit pas « je voulais pas » mais « je ne voulais pas ».

Avisant ce qu’il cachait derrière son dos elle fronça les sourcils.

— Qu’as-tu donc pour moi, mon petit trésor ?

Le visage d’Arion s’éclaira à nouveau avant de tendre devant lui un beau bouquet de fleurs.

Aria ne put s’empêcher de sourire devant l’air coquin du petit garçon. Ses yeux, du même bleu que ceux de son père, la dévisageaient en pétillant de malice. Sans pouvoir s’en empêcher, elle le prit dans ses bras et lui fit un énorme baiser sur la joue.

— Je t’aime, mon trésor, murmura-t-elle. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée, tu sais.

Arion se mit à rougir furieusement et tenta de la repousser de ses deux petits bras.

— Pas devant cousin Fili, maman ! S’il te plaît ! Je suis trop grand maintenant ! protesta-t-il avec véhémence.

La jeune femme se mit à rire tout en se relevant et croisa, par inadvertance, le regard de Fili qui ne l’avait pas quittée des yeux. Cela la mit mal à l’aise. Elle savait ce qu’il attendait d’elle. Mais elle ne pouvait pas, c’était mal.

Ce début de soirée se poursuivit comme à l'accoutumée

Ce début de soirée se poursuivit comme à l’accoutumée. Le repas fut vite expédié et, une fois qu’Aria eut bordé Arion dans sa chambre, elle se hâta de terminer la vaisselle. Parfois, elle avait une furieuse envie d’utiliser sa magie mais elle s’en abstenait. Elle avait décidé d’avoir une vie normale. Pour elle, mais surtout aussi pour son fils. Pour le moment, Arion n’avait développé aucune aptitude des drakonnites mais il ne semblait pas plus proche du peuple de son père.

Quand elle eut terminé de tout essuyer, elle retira son tablier et sortit un moment dans le grand jardin entourant leur maison pour prendre un peu l’air. La lune était levée et éclairait doucement la vallée. Aria avait décidé de vivre non loin de la Comté et des Montagnes Bleues. Elle avait été subjuguée par cette forêt vierge de tout habitant. Elle vivait ici depuis neuf ans et s’y sentait réellement très bien. Ses montagnes du nord ne lui manquaient absolument plus.

— À quoi songes-tu, Aria ? demanda Fili qui s’était approché d’elle, une tasse de café à la main.

— À rien en particulier, répondit-elle en frissonnant.

Fili venait de passer sa longue natte rousse sur le côté gauche de son épaule pour caresser doucement son cou d’une main.

La jeune femme sentit son cœur battre la chamade. Comment avait-elle pu laisser passer ce genre de chose entre eux ? Elle en avait eu envie mais s’était tellement sentie honteuse après. Fili lui en avait beaucoup voulu ce jour-là. Ils n’avaient rien fait de mal. Rien, avait-il insisté. C’était inévitable, cela devait arriver un jour et pourtant… elle s’en voulait, se maudissait même de cette faiblesse qui la rendait si… humaine, si…

— Tu es vivante, Aria, souffla Fili au creux de son oreille, arrête de te fustiger pour ce qui arrive entre nous.

Depuis quand était-il capable de sonder ainsi son esprit ? À croire qu’il lisait en elle comme dans un livre ouvert.

Furieuse contre lui et contre elle-même, elle repoussa rageusement sa main et entra en trombe dans la maison. Sans attendre qu’il la rejoigne, elle partit dans sa chambre et commença à se préparer pour la nuit. S’il pouvait rester là où il était, songea-t-elle avec amertume et une certaine angoisse.

Cependant, quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit sur Fili qui affichait une mine sombre et décidée. Une fois à l’intérieur, il referma la porte derrière lui et commença à se déshabiller devant la jeune femme.

— Je ne crois pas que tu devrais dormir ici, Fili, répliqua-t-elle avant de se lever du tabouret en face de sa coiffeuse.

— Reste où tu es, Aria, grogna-t-il.

Il semblait en colère.

— Tu n’as rien à faire dans ma chambre, Fili, souffla nerveusement la jeune femme tandis que le nain terminait de retirer son pantalon pour se tenir à présent totalement nu devant elle.

— Comment oses-tu ? gronda Aria.

Elle était furieuse mais en même temps, une autre émotion la pris de court. Qu’était-ce ?

— Cela suffit, Ariana, à chaque soir où je te rejoins, c’est le même couplet. Tu me fatigues, s’emporta Fili à voix basse pour ne pas réveiller le petit qui dormait dans la chambre au fond du couloir.

Cette fois-ci, Aria se leva avant de pousser le nain sans ménagement.

— Et toi ? répliqua-t-elle, de quel droit viens-tu imposer ta présence ici ? J’aime Thorïn et je n’aimerai jamais que lui ! Ce que nous avons fait, ce que nous faisons, est une trahison vis à vis de sa mémoire ! Je ne le supporte plus !

À ces mots, Fili sentit la moutarde lui monter au nez. Il avait été patient avec elle, bien plus que n’importe qui ne l’aurait été, il en avait conscience. Il était fou amoureux d’elle depuis le jour où il l’avait rencontrée. Pourtant, c’était son oncle qui avait su capturer son cœur. Fili, qui en avait beaucoup souffert, avait gardé ses sentiments pour lui jusqu’au jour où il s’était déclaré. Puis il y avait eu la guerre, son oncle et son frère bien aimés étaient morts…

S’il n’avait pas eu Aria, il aurait fini par sombrer corps et âme. Rester auprès d’elle, dans un premier temps, avait été plus un devoir qu’une volonté propre, puis l’amour qu’il lui portait était revenu. Ce sentiment ne l’avait plus jamais quitté, au fil des années, pour se renforcer à tel point que s’il n’avait pas tenté de la séduire, il serait devenu fou. Il avait même songé à fréquenter d’autres femmes. Pas forcément des naines, mais… dès qu’il avait été près de coucher avec l’une d’entre elles, c’était Aria qui s’était imposée à ses yeux et avait envahi ses fantasmes. En plus d’être amoureux d’elle, il la désirait comme un dément.

La vie dans la vallée était devenue infernale, d’autant plus que Fili avait compris, sidéré, que cette attirance était réciproque. Depuis lors, la tension sexuelle entre eux était devenue telle que leur relation s’était envenimée. Plus un jour ne se passait sans dispute. Fili avait alors compris pourquoi son oncle avait, à une époque, été si odieux avec elle. Comment vivre avec une personne que vous désiriez au point de perdre définitivement la raison ? La certitude de cette attirance mutuelle lui avait donné envie, plus d’une fois, de secouer Aria comme un prunier. Ou pire, de la charger sur son épaule et de la jeter dans la première grotte venue pour assouvir ses pulsions sans préambule. Mais il n’était pas un barbare encore moins un orque.

Un jour, elle avait fini par succomber entre ses bras. Cette nuit-là, il l’avait vécue comme un rêve presque irréel mais les pleurs et la mine dégoûtée d’Aria, le lendemain matin, l’avaient vite fait redescendre sur terre. Et depuis… une sorte de rituel immuable s’était installé… elle se refusait à lui dans un premier temps et finissait pas céder ensuite. Parfois même, c’était elle qui lui sautait dessus pour combler ce besoin et ce vide qu’elle éprouvait.

Avec Aria, il ne savait jamais sur quel pied danser, ce qui l’agaçait. Cela faisait trois mois qu’il dormait avec elle. Trois mois de conflits et aujourd’hui, il aspirait à quelque chose de plus calme. Il voulait une famille heureuse, une femme aimante et plusieurs enfants. Oui, il voulait voir une nouvelle fois le ventre d’Aria gonfler, voir les courbes de la jeune femme, qu’il aimait tant, s’arrondir de ses œuvres à lui. Il rêvait de la voir grosse de son enfant.

— Fili, tu m’écoutes ? s’écria Aria, à bout.

Le nain sortit de sa torpeur et avisa l’objet de ses désirs. Fronçant les sourcils, il avança vers elle, plus déterminé que jamais.

— Non, Aria, je ne t’écoute plus, tu radotes et ressasses toujours les mêmes inepties. Je te veux. Tu me veux, toi aussi, ne me dis pas le contraire, et mon oncle est mort. Je suis certain qu’il serait enchanté de savoir que le nouvel homme de sa femme est son neveu et non un parfait étranger ou bien un de ces elfes de malheur.

La jeune femme allait protester mais Fili décida de la faire taire de la seule manière qu’il connaissait : en l’embrassant. Bien vite, elle rendit les armes une nouvelle fois, avant de fondre dans ses bras. Il aimait la voir s’abandonner ainsi et, bien plus tard, ce n’est pas le prénom de son oncle qu’elle scanda quand l’orgasme la surprit mais bien le sien à lui, Fili. Il sut alors qu’ils avaient une chance tous les deux. Ce ne serait pas simple mais il était prêt à faire tout ce qu’il fallait pour que ça marche.

Et ce n’était pas son oncle qui lui en voudrait, quoiqu’en pense la jeune femme, il le savait bien.

Elle aimait Thorin, mais une part d’elle était à lui. Aujourd’hui ils s’appartenaient l’un à l’autre pour toujours, il s’en faisait le serment.

Fin

Cet épilogue et ce "futur" m'avait été inspiré par l'image de Fili que vous avez en couverture (image tout en haut)

Cet épilogue et ce « futur » m’avait été inspiré par un image de Fili  (image ci-dessous). J’espère que ce bref aperçu de la vie d’Aria et de Fili vous aura plu !

A propos Julianna Hartcourt 103 Articles
Auteure de roman et de fanfictions. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales.

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