7. Révélation et Confrontation

7. Révélation et Confrontation

Les trois compères se contemplèrent, abasourdis, avant de se retourner vers Charlotte. Cette dernière avait croisé les bras et les jaugeait avec une certaine condescendance. Mais qui étaient ces blaireaux sortis d’on ne sait où avec leurs habits ridicules ? se demanda-t-elle, sidérée. Que lui voulaient-ils et que signifiait ce mot ?

— Stupefix ! répéta l’un d’eux avec un certain acharnement.

Toujours sans plus de succès.

— Comment est-ce possible ?! s’écria le plus grand d’entre eux.

— Comment avez-vous fait pour bloquer ainsi notre sort ? demanda un autre. Vous n’êtes qu’une Moldue, vous ne devriez pas être capable d’un tel prodige !

De nouveau, ce fut plus fort qu’elle ; entre la peur et le grotesque de la situation, elle explosa de rire.

— Franchement, je ne sais pas d’où vous sortez tous les trois, mais jouer encore à ce genre de jeux à votre âge est assez débile, déclara-t-elle avec agacement. Au lieu de faire peur aux pauvres jeunes femmes sans défense, continua-t-elle, vous feriez bien mieux de vous acheter une vie !

Les trois hurluberlus échangèrent un regard avant de revenir à elle.

— Nous sommes désolés, nous n’aurions pas dû vous faire peur. Accepteriez-vous de nous suivre et de…

Ce fut plus fort qu’elle. Elle leur claqua la porte au nez. Non, mais franchement, pour qui la prenaient-ils ?

— Si vous ne disparaissez pas de mon palier immédiatement, hurla-t-elle, j’appelle la police tout de suite !

Elle attendit cinq bonnes minutes avant de vérifier par le vasistas qu’ils aient pris sa menace pour argent comptant. Apparemment, c’était le cas puisqu’elle ne les voyait plus. Soupirant, elle se décida à se faire une bonne tasse de café avant de partir travailler. Elle réfléchissait à tout ce qu’elle venait de vivre et l’intervention de ces trois hommes en noir, un peu plus tôt, lui rappela un vague souvenir. Elle tenta de se souvenir ce que ça lui évoquait, mais finit toutefois par abandonner. Elle risquait une nouvelle migraine à force de trop réfléchir. Cependant, ce n’est qu’à son arrivée à son magasin de fleurs que l’image de Charlie pointant un bout de bois vers elle en s’écriant « oubliettes ! » remonta enfin à la surface de sa mémoire. Elle tenait un pot d’orchidées sauvages qu’elle fit tomber sous le choc de cette révélation impromptue. Qu’est-ce que cela voulait dire ? se demanda-t-elle, le cœur battant. Faisaient-ils tous partie d’une obscure  secte qui vénérait les morceaux de bois et les interjections latines idiotes ?

Elle était en train de balayer les morceaux de verre quand la cloche de la boutique tinta, la prévenant de l’arrivée d’un nouveau client. Elle se redressa vivement pour jeter les débris à la poubelle.

— Bonjour ! s’exclama-t-elle avec jovialité. Que puis-je faire pour vous ?

Elle avisa le nouveau venu qui était de taille moyenne, brun, avec une paire de lunettes rondes et des yeux verts. Il regardait tout autour de lui comme s’il voulait s’assurer de…

— Bonjour, Mademoiselle. Êtes-vous seule dans votre boutique ? lui demanda-t-il poliment, la coupant dans ses pensées.

Trop surprise, elle hocha simplement de la tête.

— Bien, je préfère que notre petite conversation ait lieu sans témoins. Je vous promets que ça ne sera pas très long.

Il se tourna alors vers la porte et murmura une courte incantation qu’elle ne comprit pas. Qui était-il et que lui voulait-il exactement ? Il se tourna vers elle avec un léger soupir.

— Je ne vais pas tourner autour du pot, commença-t-il sombrement. Il semblerait que vous ayez été au mauvais endroit au mauvais moment pendant votre voyage en Roumanie. Malgré nos vaines tentatives pour vous faire oublier ce fâcheux incident, il semblerait que nos efforts aient été infructueux.

— Mais qui êtes-vous ? demanda-t-elle dans un souffle.

— William. J. Smith, Oubliator de seconde section.

— Oubliaquoi de quoi ? s’exclama-t-elle, perdue.

Charlotte n’en menait pas large tout en se rendant parfaitement compte que son interlocuteur ne plaisantait pas. Comment pouvait-il être aussi sérieux en abordant un sujet qui semblait tout droit sorti de la tête d’un malade mental ? À moins qu’il ne soit fou ? Pitié, pas ça ! implora-t-elle intérieurement.

— Écoutez, mademoiselle Fraser, avant d’aller plus loin, j’aimerais savoir si vous avez été victime d’un quelconque accident, il y a quelques années… Pas de lumière verte ni de drôle de souvenirs qui vous reviendraient en mémoire ?

Elle secoua la tête.

— C’est parfaitement étrange. Vous êtes une exception ! s’exclama-t-il, presque avec des étoiles dans les yeux. Sachez que les Moldus insensibles à la magie sont extrêmement rares.

Moldu, magie, oubliator… Charlotte avait besoin d’un petit remontant et de s’asseoir. Elle alla d’abord dans sa petite cuisine, suivie de près par l’inconnu, pour se faire un expresso avant de lui en proposer un. Elle avait beau être perturbée par les évènements, elle n’en restait pas moins polie et avec du savoir-vivre.

— Avec grand plaisir, répondit-il. Noir et sans sucre. Merci.

— Donc, reprit-elle après lui avoir tendu sa tasse et bu une gorgée de la sienne. J’aurais vu par inadvertance quelque chose de top secret, c’est cela ?

— En gros, oui, mais vous devez me jurer que vous ne répéterez rien à personne, encore moins aux médias, répondit l’Oubliator.

— Sans vouloir vous offenser, concernant les médias, c’est un peu trop tard, marmonna-t-elle.

L’homme émit un petit rire avant de se gratter l’arrière du crâne.

— Ne vous en faites pas pour cela, Mademoiselle, nous avons déjà réglé le problème et assez facilement je dois dire… Mais vous… Nous allons devoir vous faire confiance.

— Très bien, soupira-t-elle, je vous écoute.

— Nous sommes des sorciers. Nous cohabitons en secret avec vous…

William. J. Smith continua à lui énumérer, sans trop rentrer dans les détails, ce qu’il en était exactement. Au fur et à mesure qu’il parlait, Charlotte se retenait de ne pas lui rire au nez. Elle n’arrivait pas à croire le moindre mot, c’était tout bonnement impossible et…

— Ah ! Je vois que mademoiselle est sceptique, termina-t-il en souriant.

Il sortit alors ce qu’il considérait comme une baguette et fit quelques sorts devant Charlotte dont le souffle et le rythme cardiaque s’accélérèrent d’un seul coup.

— Comment est-ce possible ? bégaya-t-elle. Vous faites vraiment de la vraie magie ?

Le sorcier acquiesça.

— Donc, Ch… l’homme, se reprit-elle, que j’ai vu tomber, il l’est aussi ?

— Oh oui ! s’exclama-t-il. La famille de Charlie Weasley est très connue dans notre monde pour avoir été très active lors de la victoire de la dernière guerre contre le Seigneur des Ténèbres.

Charlotte se massa les tempes. Elle sentait le mal de crâne poindre à l’horizon. Il fallait qu’elle se débarrasse de cet énergumène. Elle voulait bien le croire, mais… elle éprouvait un soudain besoin d’être seule.

— J’ai compris, monsieur Smith. Vous pouvez avoir l’assurance que jamais je ne raconterai ce ramassis d’inepties à quiconque. D’ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi vous vous êtes évertué à tout me révéler de votre monde si vous souhaitez tant qu’il reste inconnu de nous autres, pauvres humains sans magie.

— Mais c’est l’entière vérité, Mademoiselle Fraser ! s’exclama-t-il, outré qu’elle puisse douter de son honnêteté. Si je vous en ai dit autant, c’est pour que vous compreniez bien la gravité du sujet. Vous ne devez absolument rien dire, car sinon les conséquences pour vous seraient désastreuses !

Il avala le reste du café et reposa la tasse sur le comptoir.

— Oui, oui, bien sûr, c’est ce que je voulais dire, répondit Charlotte, la mine un peu renfrognée.

Elle se dirigea vers la porte, prête à le mettre dehors, ce qu’il comprit parfaitement. Au moment où elle allait enfin se débarrasser de lui, il se retourna une dernière fois vers elle et tint le battant avant qu’il se referme :

— Que vous ne me croyiez ou non, si vous n’en parlez à personne, vous aurez l’assurance de ne plus jamais croiser quelqu’un de mon monde !

— Je ne vous crois pas ! siffla-t-elle. Maintenant, laissez-moi tranquille et soyez sûr que je ne parlerai jamais de choses aussi stupides à quiconque !

Une fois qu’elle fut débarrassée de l’inopportun, elle retourna à la cuisine pour récupérer un verre d’eau et prit un cachet pour la migraine qui s’était finalement installée. Elle espérait qu’elle n’empirerait pas, car sinon, il lui faudrait fermer son magasin et rentrer directement se coucher.

Au bout d’une heure, elle se sentit légèrement mieux même si la céphalée était toujours présente. La visite de quelques clients lui permit d’oublier temporairement tout ce qu’elle venait d’apprendre. Elle aurait bien le temps un peu plus tard de ruminer tout ça.

oO§Oo

Alors que la soirée était déjà bien avancée, Charlotte put enfin fermer son magasin. Son mal de tête était revenu, plus violent que jamais. Elle n’avait plus autant souffert depuis bien longtemps. Comprenant que cela risquait d’empirer, elle accéléra le pas, mais bientôt sa vue devint floue et les symptômes caractéristiques de l’évanouissement la prirent au dépourvu. Elle se serait étalée sur le trottoir si une personne qui l’avait suivie depuis sa boutique ne l’avait pas rattrapée in extremis. Elle eut juste le temps de marmonner qu’elle allait bien avant de sombrer totalement dans l’inconscience.

oO§Oo

Dès qu’il avait su qu’un Oubliator irait la trouver dans sa boutique, Charlie avait tenu à l’accompagner, mais on le lui avait déconseillé. Toutefois, il n’avait pu se résoudre à leur avouer qu’il tenait à cette jeune fille et qu’il se sentait concerné par toute cette histoire. Il avait attendu, tapi dehors dans le froid, et avait bien regretté de n’avoir une des oreilles magiques de George. Il l’avait vue écarquiller les yeux, puis pâlir. Il se maudit de ne pas lui avoir tout révélé lui-même bien plus tôt. Il se détesta quand il se souvint dans quelles conditions il avait mis un terme à leur début d’histoire. Lui pardonnerait-elle ? Il voulait essayer, recommencer, donner une chance à cette relation fragile qui existait entre eux.

Il avait attendu qu’elle ferme sa boutique après son dernier client et l’avait suivie. Elle s’était mise à tanguer et il avait accéléré le pas. Quand il était arrivé à sa hauteur, elle était tombée dans ses bras, brûlante de fièvre.

Surpris, sans savoir quoi faire, il se pencha sur elle pour l’entendre marmonner qu’elle allait bien. Non, Charlotte, tu ne vas pas bien du tout !songea-t-il, atterré. Fou d’inquiétude, il la ramena au seul endroit qu’il connaissait : Ste Mangouste. Il ne connaissait rien des hôpitaux Moldus et ne leur faisait pas confiance. Là-bas, elle fut prise en charge par une médicomage entre deux-âges.

— Savez-vous ce qu’elle a ? demanda Charlie quand la sorcière passa sa baguette sur elle, les sourcils froncés.

— Je pencherai pour du surmenage, mais je ne pense pas que ce soit tout. Le plus étrange, c’est que je n’arrive pas à définir d’où provient son mal. Il y a comme des interférences avec ma magie.

— Des interférences ?! répéta Charlie surpris. Mais comment est-ce possible ?

La médicomage ne lui répondit pas et se concentra sur sa patiente, annotant au passage des choses sur un parchemin avant de partir et de laisser le jeune homme avec ses questions.

À bout, Charlie alla chercher une chaise qu’il ramena auprès du lit de Charlotte. Il s’y assit, puis passa une main lasse sur son visage. Il n’avait jamais été aussi exténué. Il espérait vraiment que la jeune femme irait vite mieux. Il n’aimait pas la voir dans cet état. Il ne sut pas combien de temps il resta là quand la vieille dame revint avec une de ses collègues transportant trois fioles et un verre.

— Nous allons devoir lui administrer ces potions, Maria, dit la médicomage à l’autre sorcière bien plus jeune.

Cette dernière hocha la tête.

— Vous voulez que je lui tienne la tête ?

— Oui, la magie ne fonctionne pas sur elle. C’est regrettable, mais nous n’avons pas le choix. Quand je lui verserai le liquide dans la bouche, tu lui masseras le cou pour qu’elle puisse avaler et déglutir.

Charlie les regarda tour à tour en rougissant jusqu’aux oreilles. Il se sentait de trop.

— Voulez-vous que je vous aide ? proposa-t-il, incertain.

— Cela ira, merci, répondit la dénommée Maria avec un doux sourire. Ne vous inquiétez pas, tout se passera bien pour elle.

Quand les deux femmes en eurent fini avec Charlotte, elles la bordèrent avant de tirer sur le rideau pour lui laisser un peu d’intimité. Fatigué, Charlie finit par s’assoupir. Il ne sut combien de temps il avait dormi, mais quand ses paupières encore lourdes de sommeil se relevèrent, il vit que Charlotte le fixait l’air perdu.

— Tu es réveillé, murmura-t-elle d’une voix enrouée. Mais es-tu seulement réel ?

Cette étrange question eut le don de faire sourire le jeune homme.

— C’est plutôt moi qui devrais te demander tout ça, dit-il d’une voix rauque.

— Où suis-je ?

Elle tenta de se redresser, mais sa tête retomba lourdement sur l’oreiller.

— Ne bouge pas trop, on t’a donné de quoi te détendre. Tu es surmenée.

— Hein ?

Charlotte semblait vraiment déphasée, sa tête roulait de droite à gauche tandis que, les yeux écarquillés, elle tentait de déterminer où elle se trouvait.

— Tu es à l’hôpital Ste Mangouste, finit par dire Charlie.

— Quoi ? Mais, je ne connais…

— C’est un hôpital sorcier, souffla le jeune homme attendant avec une certaine appréhension l’explosion de questions.

Mais rien ne vint. Au contraire, elle revint à elle et lécha sa lèvre inférieure desséchée.

— Si tu penses, Charlie Weasley, que je vais faire un scandale, pleurer ou taper des pieds, tu te trompes lourdement. Tu m’as quittée, je t’ai oublié.

Si ses yeux avaient lancé des flammes, il aurait pris feu sur-le-champ. C’est alors qu’une image aussi fugace qu’inopportune apparut devant ses yeux. Sans pouvoir s’en empêcher, il se mit à glousser.

— Mais c’est que tu te moques de moi, en plus ! s’écria-t-elle avant de tenter de récupérer son oreiller pour le lui lancer au visage.

Elle ne put malheureusement pas faire grand chose à part brasser du vent, ce qui fit redoubler le rire de Charlie.

— Taisez-vous, par Merlin, vous êtes dans un hôpital, pas dans une chambre de taverne ! entendirent-ils maugréer derrière un paravent.

Ils se fixèrent tous les deux et même Charlotte se permit un petit rire avant de reprendre tout son sérieux.

— Je sais ce que tu es vraiment, Charlie Weasley, j’ai eu un entretien très étrange cet après-midi avec l’un de tes amis et je vous jure de ne rien révéler même si j’ai encore du mal à me dire que tout est vrai.

— Pourtant, tu as vendu une de tes photos à un journal, ne put-il s’empêcher de dire sur le ton de l’accusation.

Elle le fixa l’air surpris avant de se fermer totalement. Il comprit alors qu’il avait encore agi stupidement.

— Fais-moi plaisir, murmura-t-elle. Va-t-en. Si c’est pour me dire ce genre de choses, tu peux partir. Je ne veux plus te voir.

— Tu es malade et fatiguée, objecta Charlie.

— Non, je ne pense pas. Sache que pour moi, tout est réglé. Je ne dirai rien parce que de toute façon, on me prendrait pour une folle. L’histoire s’arrête là. Au revoir.

Il secoua la tête.

— Tu ressembles vraiment à un Magyar à pointes, Charlotte, quand tu es en colère. Je ne suis pas venu que pour ça. En fait, j’aimerais m’excuser pour la façon peu cavalière dont je t’ai traitée en Roumanie.

Il l’entendit souffler, puis ruminer.

— Parfois, je regrette de réfléchir, moi, avant de faire quoi que ce soit. Nous en reparlerons, Charlie, mais quand je serai sortie de cet hôpital. Je ne peux à peine parler, réfléchir et bouger. Je n’ai qu’une envie, c’est de te traiter de tous les noms d’oiseaux de la terre et t’envoyer paître pour ne jamais te revoir. Mais je conçois que ça serait vraiment stupide. Alors s’il te plaît, rentre chez toi, va te reposer et revoyons-nous quand j’irais mieux. Tu veux bien ?

Elle avait dit cela dans un filet de voix et il avait dû tendre son oreille pour bien comprendre ce qu’elle lui disait.

— Très bien, Charlotte. Merci de me laisser une chance de nous expliquer, répondit-il un peu déçu qu’elle le congédie ainsi.

Il se leva et tira sur le rideau pour sortir quand il entendit un drap se froisser. Il se retourna vers elle, plein d’espoir.

— Charlie, commença-t-elle un peu perplexe. Qu’est-ce que c’est, un Magyar à pointes ?

Un sourire se dessina sur ses lèvres. Il secoua la tête et il partit. Il se promit qu’il ne lui cacherait plus rien. Il avait envie de croire que ça pouvait marcher. Il l’espérait même très fort. Il avait besoin d’elle, se rendait-il compte avec stupeur.

À Suivre

A propos Darklinne 111 Articles
Auteure de roman et de fanfictions. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales.