3. Fariboles et Boniments

3. Fariboles et Boniments

Il était plus de onze heures quand il arriva enfin à l’auberge tenue par Paula et son mari. Avant de poser ses affaires, il avait fait un détour par le village de Bucegi pour savoir ce que disaient les dernières rumeurs. Hormis l’apparition de deux ou trois vampires qui auraient tenté de mordre deux vieilles touristes, Charlie n’apprit rien qui le concerna lui ou leur dragon échappé ; ce qui le rassura grandement. Toutefois, il se demanda encore si la vieille Cracmol n’avait pas imaginé ou déformé les propos de la fille. Il était un sorcier confirmé et ne ratait jamais ses sortilèges. De plus, ce n’était pas la première fois qu’il était confronté à un Moldu ayant vu quelque chose qu’il ne devait pas voir. Il savait comment faire.

Après s’être délesté de ses bagages et avoir fait un brin de toilette, Charlie se rendit en transplanant chez « Fariboles et Boniments », une librairie anglophone qui se trouvait dans le vieux Budapest en Hongrie. C’était bien loin de Bucegi, qui se trouvait en Roumanie, mais il avait besoin d’un scénario en béton pour approcher la jeune Moldue. Seul le patron de la boutique, James River, un ancien dramaturge sorcier reconverti en agent de la protection des sorciers Britanniques et libraire à ses heures perdues, saurait le conseiller.

Quand il pénétra dans le magasin, il éternua plusieurs fois. Il faudrait vraiment qu’ils engagent une femme de ménage à l’occasion, se dit-il, éberlué devant l’état de l’établissement. Effectivement, des piles de livres poussiéreux s’entassaient les unes à côté des autres devant des étagères pleines à craquer. À croire qu’ils ne vendaient absolument rien, ce qui était peut-être le cas.

— Que puis-je pour vous ? demanda une vieille femme penchée sur sa caisse enregistreuse comme un dragon veillant sur ses trésors – si trésors il y avait, ce qui était peu probable.

Ce drôle de constat fit rire intérieurement Charlie.

— Je voudrais voir James River, s’il vous plaît, répondit-il poliment, tout en passant un doigt sur la tranche d’un livre qui avait attiré son attention.

Il s’agissait d’un livre de cuisine moldue à la mode sorcière. Sa mère serait ravie s’il le lui offrait. Peut-être même oublierait-elle qu’il n’était pas venu à la dernière réunion familiale. Il n’aimait pas la décevoir, encore moins la mettre en rogne. Il ne savait jamais comment réagir quand elle était furieuse après lui. C’est pourquoi il préférait éviter les confrontations avec elle. Perdu dans ses pensées, il entendit à peine la vendeuse se déplacer et parler avec quelqu’un derrière son dos.

— Charlie Weasley ! s’exclama alors une voix claire et étonnamment grave à la fois. Que me vaut le plaisir de ta visite en mon humble librairie, kedves barátom*

— James ! répondit Charlie avec le même enthousiasme. J’ai besoin de tes conseils avisés.

L’homme qui lui faisait face était bien plus grand que lui et surtout très brun. Il avait la peau mate, presque noire, ses cheveux du même ton étaient bouclés et coupés court. Ses yeux d’un vert éclatant contrastaient terriblement avec son teint foncé et son sourire torve mettait en avant un bouc très bien entretenu. Quant à son costume trois-pièces, il ne laissait aucun doute sur les finances aisées de l’homme. James River était un élégant dandy britannique d’ascendance sorcière qu’il savait très bien cacher. Parfois, Charlie se demandait même comment il pouvait appartenir à une famille de sang pur tout en se fondant si bien parmi les moldus. En fait, hormis ce que James lui avait dit, il en savait très peu sur lui. River restait l’une des plus grandes énigmes de sa vie.

Inconscient des pensées du jeune homme, James l’entraîna dans son bureau et en profita pour sortir une bouteille de Whisky pur feu.

— Un doigt, l’informa Charlie qui ne voulait pas se retrouver ivre avant la fin de la journée.

Une fois qu’ils furent tous les deux servis, James s’adossa contre son bureau dans une pose désinvolte. Il porta son verre à ses lèvres, but une gorgée de sa boisson avant de le reposer sur la table.

— Allez, dis-moi tout, entama James. Que puis-je faire pour toi ?

— J’ai un souci avec une petite Moldue, commença Charlie en avalant d’un trait sa boisson.

Il grimaça sous le feu liquide qui dévastait son œsophage. Une fois le verre vide, il le posa à côté de celui de James.

Son interlocuteur le contempla un moment, attendant très certainement la suite.

— Elle m’a vu tomber de mon balai, et Elsa aussi… Elsa est l’un de nos dragons Magyars femelles, précisa-t-il.

— Tu as utilisé un sortilège d’amnésie non ? questionna James. Après tout, c’est le protocole avec les Moldus exposés à la magie.

— Oui, mais apparemment, ça n’a pas marché, soupira Charlie en croisant les bras.

— Outch, marmonna James en se caressant le bouc, l’air pensif. Tu veux que je te brode une jolie petite histoire crédible, le temps de l’approcher et de retenter le sortilège, c’est cela ? demanda-t-il en se redressant.

Le jeune roux acquiesça en soupirant à nouveau profondément. Cela ne lui plaisait guère, mais il n’avait pas le choix.

— Très bien, voilà ce que je te propose, débuta James en prenant un calepin et une plume qu’il lui tendit. Tu es un jeune illusionniste qui travaille pour une troupe de théâtre ambulant. Tu parcours la Roumanie avec les tiens.

Charlie l’écoutait tout en prenant des notes sans lever le nez de son papier.

— Ce qu’elle a cru voir dans le ciel, précisa-t-il, toi qui tombes et le dragon dans le ciel, c’est une illusion que tu peaufines pour un prochain spectacle. Quand tu l’as vue arriver au loin, continua James, tu n’as pas pu t’empêcher de lui jouer un méchant tour…

Il s’arrêta, réfléchissant à quelque chose.

—Dis-moi, reprit-il le plus sérieusement du monde. Elle est mignonne ?

Charlie hocha la tête tout en fronçant les sourcils. Il ne voyait pas ce que cela avait à voir avec son problème.

— Très bien, dit James, donc, comme elle est mignonne, tu n’as pas arrêté de penser à elle – les filles adorent qu’on leur dise ça – depuis hier et tu avais très envie de la revoir. Pour le coup du dragon, c’est un pantin articulé qui malheureusement a été détruit par sa chute. Et tu termines en l’invitant au restaurant. Si tout va bien d’ici la fin de la soirée, elle aura oublié le fâcheux incident de la veille. Tu en penses quoi ?

Cela faisait beaucoup à retenir pour Charlie qui continuait à gratter de sa plume le petit cahier que James lui avait donné. Il était d’accord sur presque tout, mais…

— Suis-je vraiment obligé de l’inviter à dîner ? demanda-t-il, passablement inquiet.

James éclata de rire.

— Ah ! Mon cher Weasley ! Tu es aussi sentimental qu’un Magyar à pointes. Sortir avec une jolie fille ne pourra jamais te faire du mal et ça ne brisera pas ta couverture, même s’il s’agit d’une Moldue.

— Mais je suis vraiment obligé ? réitéra Charlie.

Le jeune homme avait bien eu quelques petites amies par le passé, mais il n’avait jamais vraiment été doué pour faire durer une relation plus d’une journée ; les femmes avaient peu d’intérêt pour sa passion des dragons. Toutefois, l’idée de passer un peu de temps avec son inconnue ne le contrariait pas autant que cela aurait dû. Bien au contraire, une certaine excitation gagna sa poitrine et fit battre son cœur un peu plus fort. Qu’est-ce que cela voulait dire ?

— Je vois que ça commence à faire son petit bonhomme de chemin dans ta tête, tant mieux ! s’aperçut James, le regard pétillant de malice. L’avantage de ce plan, c’est que tu auras une marge d’essai bien plus large et moins abrupte que si tu la coinces dans une alcôve pour lui régler son compte.

James se déplaça jusqu’à la porte de son bureau et l’ouvrit en grand, signifiant ainsi que leur entretien était maintenant terminé. Le dragonologue se leva et rangea le calepin dans sa poche avant de poser sa plume sur le plateau.

— Merci, mon ami, répliqua Charlie avant de sortir.

James River l’observa quitter la librairie, les sourcils froncés. Il avait une intuition et celle-ci lui disait clairement que cette rencontre entre le jeune Weasley et cette Moldue n’était pas fortuite. Elle ne s’arrêterait pas juste à un sort d’amnésie.

Il n’était pas du genre à se mêler des affaires des autres, mais pour Charlie, il était prêt à faire une exception. Il le connaissait depuis des années et l’appréciait vraiment beaucoup. Pourquoi ? Il n’en savait rien, c’était comme ça et c’était tout. Avait-il vraiment besoin d’une raison pour aider un ami ?

oO§Oo

Charlotte s’était particulièrement bien habillée pour la soirée. Elle avait réussi dans la journée à dégoter un agréable petit restaurant de style gothique pas trop loin de son hôtel. Les tarifs restaient élevés, mais elle s’en fichait bien. Elle était là pour s’amuser et elle avait envie d’oublier ses déboires de la veille ainsi que ce beau roux qui ne quittait plus sa tête. Elle n’était pas du genre à craquer sur le premier joli garçon qui passait devant ses yeux. Elle se dit que s’il l’avait à ce point marquée, c’était à cause de ce qui s’était passé. Rien d’autre.

Forte de cette idée, elle avait revêtu pour l’occasion une jolie robe de couleur verte qui lui laissait les épaules dénudées. Le vêtement lui moulait astucieusement le buste pour s’évaser sur ses hanches et s’arrêter au niveau de ses genoux. Elle avait aussi prévu de jolis escarpins noirs à talons hauts qui lui allaient à ravir. Elle aimait bien sortir seule, et puis ce soir elle avait juste envie de se faire plaisir. Qui sait, peut-être rencontrerait-elle l’homme de sa vie ! Cette éventualité lui arracha un rire bref. C’est donc d’humeur joyeuse et insouciante qu’elle sortit en direction du « Peștera Iubitorilor* », dont elle ne comprenait pas du tout la signification de l’enseigne, mais l’endroit lui avait plu au premier coup d’œil.

***

Trois couples faisaient la queue devant elle. Le serveur à l’accueil les accompagnait les uns après les autres avec révérence. Quand vint son tour, elle demanda une table pour une personne dans sa langue. Malheureusement, le serveur ne parlait pas un mot d’anglais ni de français. C’est bien sa veine, pensa-t-elle un peu paniquée. Elle tenta de mimer par gestes ce qu’elle souhaitait, mais l’homme secoua vigoureusement la tête en lui parlant toujours en roumain et en lui indiquant d’un doigt la sortie. Elle allait abandonner quand une main se posa fermement au creux de son dos. Une voix au timbre de velours s’éleva derrière elle en roumain. Le cœur battant, elle se retourna vivement vers le nouvel arrivant et se mordit la lèvre inférieure pour ne pas couiner de surprise. Elle venait de reconnaître le beau jeune homme de la veille. Que fait-il là ? se demanda-t-elle étonnée avant de reporter son attention sur lui. Il avait troqué sa drôle de tenue pour une bien plus décontractée tout en étant habillé ; un t-shirt vert était visible sous sa veste noire et il portait un pantalon du même ton qui moulait de puissantes cuisses. Indéniablement, elle ne put s’empêcher de se dire qu’il était des plus appétissants.

Comme dans un rêve dont elle n’avait pas les commandes, elle se laissa entraîner par les deux hommes à travers la salle et bientôt ils gravirent les marches d’un escalier en bois ancien qui les mena directement à une table qui se trouvait dans une alcôve éloignée du reste des convives. Son bel inconnu l’invita à s’asseoir et quand elle se fut installée, il fit de même.

— Je ne sais pas si tout ceci est bien réel, murmura-t-elle du bout des lèvres.

Il éclata de rire. C’était rauque et incroyablement divin. Elle aimait son rire, se dit-elle, prête à vivre cette soirée sans trop se poser de questions. Elle attrapa le verre qu’une serveuse venait de lui remplir d’eau et le porta à ses lèvres avant de boire.

— Pour vous avouer la vérité, commença-t-il en la contemplant amusé, cet homme vous disait que vous ne pouviez pas venir ici sans être accompagnée. Ce restaurant est seulement réservé aux couples.

Elle recracha instantanément le liquide, avalant de travers et toussant comme une vieille dame à l’agonie. Son étrange et bel inconnu se leva prestement pour lui tapoter le dos. Elle se sentait tellement ridicule.

— Allez-vous bien ? s’inquiéta-t-il.

— Oui, oui, merci répondit-elle d’une voix étrangement enrouée à cause de sa fausse route. Je vous avoue que je ne connais pas un traître mot de la langue roumaine, contrairement à vous apparemment.

— Il n’y a pas de mal, dit-il sans relever la question qui se trouvait derrière son affirmation.

Un silence gênant s’installa entre eux avant qu’on ne leur apporte les cartes.

— Sans doute serait-il censé que je vous demande comment vous vous appelez ? préféra demander le jeune homme.

— C’est vrai qu’en général, une relation commence toujours par ces bases simples et sans danger, acquiesça-t-elle. Je m’appelle Charlotte Fraser et vous ?

— Charlie. Charlie Weasley, déclara son interlocuteur un grand sourire étirant ses lèvres pleines.

Charlotte mesura alors l’incroyable similitude qui existait entre eux. Ils portaient presque le même prénom et avaient les mêmes caractéristiques physiques et pourtant, elle ne pouvait nier qu’elle le trouvait tout à fait à son goût. Depuis quand fantasmait-elle sur les roux ? Sans doute depuis qu’elle avait lu les premiers tomes de sa série préférée de romans, Outlander de Diana Gabaldon. Ce Charlie aurait fait un Jamie tout à fait acceptable. Ceci dit, elle était très loin de ressembler à Claire. Revenant au présent, elle reprit :

— J’ai 25 ans et je suis fleuriste, en vacances, et vous ?

Le jeune homme l’observa un moment avant de mettre ses mains sur la table et d’enchaîner d’une traite :

— J’ai 30 ans et je suis illusionniste pour les spectacles, films et théâtres.

Charlotte poussa un petit cri avant de poser une main sur sa bouche.

— Je crois comprendre les choses alors ! déclara-t-elle.

Cela expliquait ce qu’elle avait sans doute vu dans le ciel. Il n’empêche, elle y avait vraiment cru, il était très doué.

— Cela m’étonnerait, marmonna Charlie, mal à l’aise. Je vous ai cherchée partout aujourd’hui dans le but de m’excuser du très vilain tour que je vous ai joué hier.

Un nouveau serveur s’approcha d’eux avec l’intention de prendre leur commande. Charlotte n’avait pas jeté un œil à la carte depuis qu’elle l’avait dans les mains. De toute façon, tout était écrit en roumain et elle ne comprenait rien.

— Vous me permettez que je commande aussi pour vous ? lui demanda Charlie, poliment.

— Allez-y, faites-vous plaisir, je me fie à vous pour ce coup-là aussi, le roumain est pour moi comme du petit chinois.

Quand ils eurent rendu les cartes, le jeune homme frappa la table du plat de ses mains avant de la dévisager un instant. Il semblait très concentré, ses deux sourcils se fronçant sous l’effort.

— J’aimerais vous faire un petit tour, si vous m’en donnez la permission, dit-il le plus sérieusement du monde.

Charlotte appuya ses coudes sur la table avant de croiser ses doigts et de poser son menton dessus.

— Je vous en prie, répliqua-t-elle, faites donc.

Elle était curieuse de savoir ce qu’il allait inventer cette fois. Sans attendre, elle le vit sortir de sa poche intérieure, le même morceau de bois qu’hier. Qu’allait-il donc faire avec ?

— Regardez ma baguette, lui ordonna-t-il en se penchant un peu vers elle.

Elle fit ce qu’il lui demandait, non sans afficher un air un peu perplexe. Elle avait l’impression qu’il tentait plus qu’un simple tour. Mais c’était stupide de penser cela. Que pourrait-il lui faire avec ce machin ? Le lui enfoncer dans un œil ? Beurk, songea-t-elle écœurée, peut-être devrait-elle arrêter de regarder des films d’horreur. Ses pensées pouvaient prendre un drôle de tour quand elle ne se sentait pas à l’aise.

— Vous allez oublier tous vos souvenirs d’hier concernant votre rencontre avec moi, murmura-t-il d’une voix presque hypnotique.

Il leva sa baguette d’un geste sûr et l’abattit devant ses yeux dans un mouvement souple avant de s’écrier :

— Oubliettes !

Charlotte cligna plusieurs fois des yeux avant d’éclater de rire. C’est qu’il lui avait presque fait peur avec ces tours idiots.

— Oh, mon Dieu ! Vous êtes trop fort ! Vous vous prenez pour un Men In Black, Charlie Weasley ?

— Un Men in quoi ? demanda ce dernier, surpris et vraiment perdu.

Il regardait tour à tour la jeune femme puis sa baguette, la mine aussi frustrée que consternée. Charlotte essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux avant de revenir à son cavalier du soir.

— Vous ne connaissez pas ce film incroyable qui est sorti il y a quelques années ?

Le jeune homme secoua la tête, tout en rangeant son bâton.

— Ah, je vois, comprit-elle, vous n’aimez pas les films.

***

Charlie cligna des yeux avant d’acquiescer vivement. Il ne savait absolument pas de quoi elle parlait, mais il était préférable d’affirmer qu’il ne savait rien, c’était plus facile pour lui. Par contre, il n’arrivait pas à comprendre pourquoi le sort n’avait pas fonctionné sur elle. Avait-elle des pouvoirs cachés ? Une chose était certaine toutefois, c’est qu’il pouvait affirmer qu’elle n’était pas une sorcière. Aucune magie n’émanait d’elle.

Quand leurs plats furent apportés, chacun se perdit dans la contemplation de son assiette. Charlotte tentait de déterminer ce qu’il y avait dedans. Charlie se demandait encore ce qui n’allait pas et comment il allait régler ce souci majeur. Il se voyait mal contacter le ministère de la Magie britannique pour leur demander de lui envoyer un Oubliator. Cela faisait des années qu’il n’avait pas vu Arnie et bizarrement, il n’était pas très pressé de le revoir un jour. Il était conscient qu’il ne prendrait pas de gants avec elle. Malheureusement, il faudrait bien trouver une solution puisqu’elle semblait immunisée contre le sortilège d’amnésie. C’était la première fois qu’il était confronté à ce genre de difficulté. Avant de penser à un moyen de régler ce problème, il lui faudrait envoyer un hibou pour expliquer cela à McBurnnett, mais il n’aimait pas ce qui en découlerait si rien ne marchait sur elle. Il voyait déjà, en plus des Oubliators, les Aurors à la poursuite de Charlotte ou bien pire, qu’elle finisse enfermée quelque part le temps de lui retirer tout ce qu’elle avait vu de sa conscience. Il se souvint alors d’un vieil article écrit par le Magizoologiste Newt Scamander qui parlait du venin amnésiant du Démonzémerveille. Il ne savait même pas si c’était réellement possible et où attraper cet animal… Rhaaaa, cette histoire allait finir par le rendre fou.

— Vous me paraissez bien songeur, Charlie Weasley, déclara la jeune femme en le sortant brutalement de ses réflexions.

Il la contempla un moment et eut comme un coup au cœur. Elle était plutôt mignonne habillée de cette manière. Ses cheveux courts faisaient de jolies boucles contre son visage au teint de porcelaine. Il trouvait ses taches de rousseur adorables, ce qui était stupide, car dans leur famille tous en avaient et il n’avait jamais trouvé ça mignon pour autant.

— Pourquoi êtes-vous venue en Roumanie ? demanda Charlie par curiosité, essayant tant bien que mal de chasser cette oppression qu’il ressentait à la poitrine.

Ce fut au tour de Charlotte de se perdre un instant dans ses pensées.

— Pour tout vous dire, je suis venue passer mes vacances ici, car j’ai toujours voulu visiter les Carpates.

— Pourquoi ? Il n’y a rien de particulier par ici, hormis des kilomètres de montagne, vous m’avez l’air d’aimer plutôt la ville.

La jeune femme allait lui répondre, mais elle fut coupée par l’arrivée d’une serveuse qui vint débarrasser leurs assiettes vides. Charlotte avait adoré son plat bien qu’elle ne sût, hormis la viande, ce qu’il y avait vraiment dedans.

— En fait, commença-t-elle, il faut que vous sachiez qu’après les fleurs et la nature, ma troisième plus grande passion, ce sont les vampires !

Charlie sursauta sur sa chaise. Si on lui avait dit qu’un jour une jeune femme aurait comme intérêt ces terribles créatures, à moins que…

— Vous êtes sérieuse ? demanda-t-il effaré.

Les lèvres de la jeune fille s’étirèrent en un large sourire.

— Complètement. Je les trouve si… mystérieux et sensuels !

— Mais ils apportent la mort ! Cela va faire des années que nous essayons de nous en débarrasser. Un grand sorcier Hongrois a même tenté de faire une sorte de filtre répulsif anti-vampire. Ici, ils pullulent à cause du climat et…

Il fut interrompu par l’éclat de rire de sa compagne. Pourquoi se moquait-elle de lui ? Ce n’était pas drôle ! Soudain, il se souvint qu’elle n’était pas une sorcière, mais une simple Moldue. Parfois, il s’enverrait bien quelques claques.

— Je suis navré, reprit-il dans un demi-sourire contrit. Je vous fais marcher. Vous êtes libre d’aimer ce que vous voulez, bien sûr.

— Je l’espère bien, Charlie Weasley et vous ? Quelle est votre passion à part les dragons et les tours d’illusions ?

Charlie dut se reprendre avant de dire une bêtise du genre « vous ». Il n’avait jamais été doué pour la drague, mais en cet instant précis, il avait envie d’oublier pourquoi ils étaient là tous les deux. Ce qui était parfaitement idiot. Il avait passé l’âge de ces gamineries adolescentes.

Bientôt, on leur apporta le dessert, une sublime Forêt-Noire, et il sut la réponse à lui donner :

— J’adore le chocolat noir. Une vie sans chocolat, continua-t-il, est comme une vie sans magie…

Outch ! Il s’envoya une nouvelle gifle mentale. Il se demanda brièvement comment faisaient certains sorciers pour épouser des Moldus sans jamais leur avoir révélé avant ce qu’ils étaient. Il était trop entier pour s’amuser à cacher quoi que ce soit auprès de la femme qu’il pourrait aimer un jour.

— Vous êtes un marrant, Monsieur Weasley, lança Charlotte tout en prenant un morceau de gâteau du bout de sa cuillère.

Ils rirent de bon cœur avant que le jeune homme ne se replonge dans son dessert. Il finissait de racler son assiette quand il releva les yeux vers elle. Elle l’observait, un doux sourire sur le visage, et son cœur tambourina un peu plus fort dans sa poitrine.

— Effectivement, avança Charlotte d’une voix douce, vous adorez ce mets, ça se voit.

— Vous ne mangez pas ? s’aperçut Charlie, surpris de voir que la part de la jeune femme semblait presque intacte. Vous savez, vous n’êtes pas grosse et vous pouvez encore vous faire plaisir.

Une nouvelle fois, la jeune femme ne peut retenir son amusement.

— Par le grand pouilleux en robe blanche, Charlie Weasley ! Vous savez vraiment parler aux femmes ! Pour tout vous avouer, reprit-elle en se penchant vers lui afin d’atteindre son oreille : je déteste le chocolat.

Elle revint à sa place et poussa son assiette vers lui :

— Prenez-le Charlie, je vous donne ma part avec plaisir.

Le jeune homme l’accepta en rougissant quelque peu. La prochaine fois, il demanderait aussi conseil en matière de séduction, ce n’était décidément pas son fort du tout. Il devait être bien nul pour que même Ron ait réussi à se marier alors que lui-même était encore et toujours célibataire. Non, en fait c’était faux. Il était seul par choix, non par dépit.

— Êtes-vous mariée, Charlotte ? la questionna-t-il sans réfléchir.

Mais bon sang, pensa-t-il, qu’est-ce qu’il lui prenait de demander ça ? Autant lui demander si elle pensait toujours avoir vu un dragon tomber du ciel !

— Pas du tout et pas de petit ami non plus. Pourquoi ça vous intéresse ? termina-t-elle sur un ton un peu plus espiègle.

Ce qui fit rougir Charlie jusqu’aux oreilles.

— Et vous ? demanda Charlotte sans attendre sa réponse. Une madame Charlie Weasley quelque part ?

Il secoua la tête furieusement avant de soupirer. Il avait besoin de sortir prendre l’air. Il se leva avant d’inviter la jeune femme à le suivre. Une fois qu’ils furent redescendus, Charlie se dépêcha de sortir son portefeuille pour payer. Heureusement qu’il avait l’habitude de l’argent Moldu.

— Laissez-moi vous inviter, lança-t-il à Charlotte qui venait de plonger la main dans son sac.

Elle écarquilla les yeux avant de sourire.

— C’est très galant de votre part, Charlie. Merci beaucoup.

Une fois qu’il eut payé pour eux deux, Charlotte lui attrapa le bras.

— Vous m’avez invitée, laissez-moi en retour vous payer le café quelque part.

Il la contempla un instant avant d’acquiescer.

— Je ne dis pas non à un bon café, concéda-t-il.

oO§Oo

Une fois qu’ils furent dehors, Charlotte dut reprendre son souffle. Elle ne savait pas ce qu’il venait de se passer, mais… Quelque chose avait changé. Peut-être était-ce le moment où ils avaient commencé à flirter tous les deux. Charlie n’était pourtant pas le genre d’homme qui l’attirait en règle générale. Déjà, il était roux, elle préférait les grands bruns ténébreux avec une aura de danger émanant autour d’eux, ensuite… il était extrêmement maladroit dans ses propos. Pourtant, elle se surprit à admirer son profil. Il n’était pas très grand, mais plutôt bel homme et très bien charpenté qui plus est ; cela couvrait le manque de centimètres.

Ils marchaient tous les deux dans la rue avant qu’elle ne se mette à paniquer.

— Je ne sais pas du tout où nous allons, souffla-t-elle en rougissant un peu honteuse.

— Je m’en doutais, répondit Charlie, je vous emmène dans un pub, plutôt sympa et tenu par des Écossais expatriés.

Charlotte se passa une main sur sa nuque en soupirant.

— Ce que je veux dire, c’est que je vous invite et je ne sais même pas où aller.

Le jeune homme secoua la tête avant de se tourner vers elle.

— Ce n’est pas grave et je ne vous en veux pas.

— Vous êtes adorable Charlie !

Le reste de la soirée se passa comme dans un rêve. Les deux jeunes gens profitèrent de la compagnie de l’un de l’autre sans trop se poser de questions. Cela faisait longtemps que la jeune femme ne s’était pas sentie aussi bien avec quelqu’un. Charlie, quant à lui, ne tenta plus de la soumettre au sort d’amnésie, même quand il dut l’aider à rentrer à l’auberge parce qu’elle avait un peu trop bu – peut-être n’aurait-il pas dû la forcer à goûter ce whisky du Jura qu’il affectionnait tant lui-même. Il aviserait une autre fois, se dit-il quand Charlotte lui claqua presque la porte au nez dans un « au revoir » à peine compréhensible. Charlie se gratta la tête tout en fixant la porte un moment avant de faire demi-tour. En redescendant, il vit Paula qui le jaugeait avec insistance. Il secoua la tête avant d’emprunter un autre couloir pour se rendre dans la chambre qu’elle lui avait attribuée.

Oui, il avait encore quelques jours pour trouver une solution à son problème.

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* kedves barátom : Cher ami en Hongrois

*Peștera Iubitorilor : L’antre des amants

A propos Darklinne 111 Articles
Auteure de roman et de fanfictions. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales.