19. La Bataille Finale [Partie II.]

19. La Bataille Finale [Partie II.]

« Quelle meilleure façon de mourir que de me battre auprès de mon aiméet de ceux que j’aime. »

Pendant que les nains d’Erebor partaient à l’assaut d’une bataille dont ils ignoraient le dénouement, la princesse Aria vit Fili arriver vers elle. Il semblait à la fois surpris et inquiet quand il l’a reconnue.

— Fili ! s’écria-t-elle tandis que Legolas raffermissait sa prise sur elle.

— Dame Aria, souffla-t-il, mais que faites-vous ici, dehors ? Pourquoi n’êtes-vous pas dans votre chambre ? Je vous ai cherchée partout ! répondit-il, essoufflé par sa longue course.

Fili la scrutait et vit l’énorme collier qui lui encerclait le cou puis l’Elfe blond qui la retenait par la taille. La jeune femme semblait si fragile entre les bras du prince de Mirkwood.

— Je sais que cela vous paraîtra étrange, Fili, mais cet imbécile d’Elfe pense me m’aider en me retenant prisonnière.

— Cela n’a rien à voir, Ariana, soupira Legolas qui venait de froncer les sourcils – puis, avisant Fili – Je fais cela pour son bien. En bas, c’est la guerre. Personne ne doit mettre la main sur elle, surtout pas mon père, prévint-il.

Le jeune nain ne comprit rien à ce que disait l’Elfe. La princesse Ariana était un dragon redoutable. Elle pourrait être une aide incroyable pour leur cause.

— Dame Aria, pouvez-vous vous transformer ? Sans doute êtes-vous trop faible, mais…

— C’est le collier, le coupa-t-elle. Il annihile tous mes pouvoirs.

Le regard de Fili passa d’Aria à Legolas, les paupières baissées et, quand il vit le coup d’œil implorant que lui lança l’Elfe, il réalisa alors que lui aussi tenait à elle.

Devinant ce que ce dernier tentait de faire, il comprit qu’après tout, s’il en avait eu le pouvoir, peut-être aurait-il agi ainsi, lui aussi. Il était certain que son oncle n’aurait pas vu d’un bon œil que la jeune femme se mêle à cette bataille.

Fili finit par adresser un signe de tête à Legolas et, quand Aria vit qu’il ne l’aiderait pas lui non plus, elle se mit à hurler de rage.

— Je vous en prie, Ariana, arrêtez, vous allez nous faire remarquer ! s’effraya le nain.

Il n’eut pas le temps de terminer de poursuivre qu’un Orque à dos de Warg, venu de derrière un rocher, se jeta sur eux. Legolas eut à peine le temps de lâcher la Drakonnite pour sortir une de ses dagues et de le tuer d’un seul coup. Fili, quant à lui, tira une de ses hachettes se trouvant à sa ceinture et la planta entre les deux yeux de la bête.

Voyant que l’endroit n’était plus sûr du tout, Legolas tira Aria par la main et l’entraîna à sa suite, suivi de près par Fili. Ils se retrouvèrent bientôt face à un spectacle qui dépassait l’entendement.

—Par Mahal ! s’exclama Fili, choqué. Quel est donc ce cauchemar impitoyable qui s’abat sur nous ?

— La pierre maudite ? chuchota Legolas à l’attention d’Aria qui n’en croyait pas non plus ses yeux.

— Non, murmura-t-elle, cela, c’est l’œuvre du mal et du Seigneur Noir !

Devant eux, des milliers d’hommes, d’elfes et de nains se battaient désespérément contre les Orques montés sur des Wargs aussi monstrueux que dangereux. Jamais Aria, même dans ses peurs les plus profondes, n’aurait pu imaginer pareille horreur. Elle savait qu’elle pouvait faire pencher d’un côté, de leur côté, cette guerre. Elle en avait le pouvoir, si seulement…

— Legolas, mon ami, murmura-t-elle en Sindarin, je vous en supplie. Retirez-moi cette chose qui m’empêche d’agir. Je peux tous vous sauver.

Legolas la scruta le regard sombre.

— Mais enfin, Ariana, ce n’est que pure folie. Nous devons vous mettre à l’abri, jamais nous ne vous permettrons de vous mettre aussi stupidement en danger, répondit-il, buté.

La jeune femme n’en revenait pas. Cet elfe était-il sourd ? Bête ? Aveugle ? Ne voyait-il pas la même chose qu’elle ?

— Mais enfin ! cria-t-elle, avant de s’interrompre aussitôt.

Il était là, en bas, et il se battait avec la rage du désespoir. Il était si beau, si vaillant. Il se débarrassa, non sans mal, d’un Warg qui avait tenté de se jeter sur le lui, la gueule béante et, au moment où il se reculait, un Orque en profita pour tenter une ouverture et le découper en deux avec sa hache. Heureusement Dwalïn, qui protégeait les arrières de son chef, fut plus rapide.

— Thorïn ! hurla Aria avant de s’élancer vers lui, profitant de la confusion de Legolas et de Fili devant ce carnage pour leur fausser compagnie.

S’ils ne voulaient pas lui retirer ce maudit collier, tant pis pour elle, elle se battrait avec des armes, mais jamais elle n’abandonnerait celui qu’elle aimait. Elle l’avait choisi et sa conscience lui hurlait que son devoir était d’être à ses côtés, malgré sa fatigue extrême et son handicap.

Quelle meilleure façon de mourir que de me battre auprès de mon aiméet de ceux que j’aime, songea-t-elle.

— Ariana ! hurla aussitôt Legolas, la peur au ventre.

— Aria, non ! cria Fili à son tour, oubliant de fait ses formules de politesse.

Seule importait la jeune femme qui se précipitait au-devant du danger, inconsciente des deux hommes qui lui couraient après.

Un peu plus au loin, tandis qu’il tentait de rattraper la princesse, Legolas vit son propre père se battre avec plusieurs nains contre des Orques récalcitrants. Le seigneur Thranduil, sous des apparats des plus guindés, était l’un des plus terribles combattants que le jeune Elfe ait connus. Il ne fallait pas se fier aux apparences, bien souvent trompeuses. Legolas savait que son père pouvait être le plus terrible et le plus dangereux de tous les guerriers de leur race. À la façon dont le roi des Elfes se mouvait, frappant toujours aux points névralgiques à l’aide de deux épées affilées qu’il maniait avec une incroyable dextérité, personne n’aurait pu douter de ses faits d’armes. Non, il ne fallait pas le sous-estimer. Ce serait là la plus terrible erreur à commettre.

Changeant d’angle de vue, il vit Bard, un homme de Bourg-du-Lac qu’il connaissait bien, décocher flèche sur flèche avec une agilité surprenante. Aidés de Tauriel et du nain dont elle s’était amourachée, ils se couvraient mutuellement les arrières.

Tous se battaient avec une incroyable énergie et pourtant… vu le nombre accru des troupes ennemies et constatant qu’il en arrivait toujours un peu plus, Legolas craignit que jamais ils ne puissent en venir totalement à bout.

Avisant Fili en une muette supplique, ils tentèrent tous deux de rattraper la princesse qui était bien décidée à prendre part, elle aussi, à la bataille alors qu’elle n’avait plus aucun pouvoir.

oO§Oo

Thorïn combattait avec hargne. Il venait de découper un nombre incroyable d’Orques quand il entendit quelqu’un l’appeler. Une voix de femme.

— Aria ?! s’étonna-t-il.

Se tournant, il la vit arriver au loin. Elle courait vers lui avec le courage du désespoir, la peur se lisant sur ses traits tirés. Son visage était livide. Derrière elle, il reconnut non sans peine le fils de son ennemi ainsi que son propre neveu, Fili. Il comprit alors que les deux hommes avaient décidé d’assurer la sécurité de sa compagne. Rasséréné, il put se concentrer pleinement sur le combat qu’il menait contre un Orque et un Warg bien décidés à avoir sa peau.

— Je vais vous embrocher par le trou du cul ! jeta-t-il en Khuzdul, un affreux rictus sur le visage.

Il aurait été faux de dire qu’à cet instant précis, il ne s’amusait pas comme un fou. Rien ne valait une bonne bataille pour se défouler les nerfs. C’était grisant, excitant même !

Cependant, plus il en tuait et plus il en venait. L’adrénaline commençait à redescendre, laissant place à une fatigue bien malvenue dans un moment pareil. C’est alors que de grandes ombres couvrirent les rayons de la lune qui les éclairait depuis la tombée de la nuit et Thorïn mit un moment avant de pouvoir lever les yeux au ciel. Ce qu’il découvrit le soulagea tellement qu’il ne fit pas attention à l’Orque à la peau plus pale que celle des autres, qui l’observait depuis un petit moment, attendant tranquillement son heure.

Dans le ciel, les Aigles des Monts de Brume, commandé par le Magicien, piquaient vers le sol pour s’attaquer aux Wargs et aux Orques enragés.

— Nous sommes sauvés ! s’écrièrent les hommes de Bard qui avaient vu, eux aussi, les grands oiseaux.

Une vague de soulagement s’abattit parmi les troupes des elfes, des hommes et des nains. Au même moment, un Warg tenta de s’attaquer à Bard et Thranduil en même temps, mais ces derniers arrivèrent à maîtriser le monstre qui se retrouva bien vite privé de sa lourde tête. Pendant ce temps, les Aigles, toujours guidés par le Magicien, continuèrent de faire tomber tout ennemi se trouvant à portée de leurs griffes acérées.

La fin était proche et la victoire aussi, songea avec délectation Thorïn. Tout à sa satisfaction, il ne vit pas l’Orque, Bolg, pointer une de ses flèches de Morgul dans sa direction, un affreux rictus tordant son visage déjà bien repoussant.

— Pour mon père, Azog, grogna-t-il avant de décocher une première portée.

Kili, qui n’avait pas cessé de donner et de rendre coup sur coup, toujours couvert par Tauriel, fut le premier à voir la flèche se diriger à une vitesse fulgurante vers son oncle. Il comprit avec stupeur que ce dernier ne l’avait pas vue. Ne réfléchissant même pas à ce qu’il faisait, il s’élança vers lui pour l’écarter de la trajectoire que prenait la flèche meurtrière.

Tauriel assista impuissante à ce qu’il se passa ensuite. C’est dans un ralenti presque abominable qu’elle vit la pointe se planter dans la poitrine de son bien-aimé, atteignant sa cible en plein cœur.

— Non ! hurla-t-elle, folle d’angoisse. Kili non !

Elle se précipita vers lui, mais une nouvelle flèche l’atteignit, elle, cette fois-ci, dans le dos tandis qu’elle se penchait vers Kili qui agonisait déjà à terre.

— Tau… Tauriel, souffla-t-il, sauve-toi.

— Non, non, je ne veux pas te laisser, je ne veux pas… gémit-elle, les larmes coulant sur ses joues blafardes.

La jeune elfine ne vit pas le Warg qui se ruait sur elle et qui, en quelques coups de mâchoire bien placés, lui arracha la carotide et une partie de son bras droit, arrosant Kili d’une gerbe de sang qu’il était impossible d’arrêter. Le Warg fut tué quelques instants plus tard d’un coup de hache par Gloïn qui, ayant vu toute la scène, s’était précipité vers eux, malheureusement trop tard.

Il ne put que constater avec une émotion sans nom la mort du plus jeune neveu de leur chef et de celle qu’il avait aimée. Tauriel reposait à présent, son corps suintant de sang, en travers de celui de Kili qui ne respirait plus non plus.

Néanmoins, Gloïn n’avait pas encore vu le pire. Un peu plus loin gisait à terre celui pour qui il aurait donné sa propre vie.

— Oh Mahal, non, pas lui, pas lui… gémit-il tout en tombant à genoux.

— Thorïn ! hurla alors la voix d’Aria. Thorïn !

En quelques enjambées, la jeune femme fut aux côtés de son bien-aimé. Ce dernier avait reçu sans pouvoir les dévier deux flèches que Bolg avait décochées à la suite. L’Orque, fier de sa réussite, avait récupéré son Warg avant de repartir sans demander son reste. Le Magicien gris était en train d’épurer avec sa propre troupe ce qu’il restait de ses sbires et de leurs bêtes.

Tombé à terre, Thorïn était mal en point, mais il respirait encore. Du sang s’écoulait à profusion de ses multiples blessures et la jeune femme sut que rien ne pourrait le sauver. Impuissante, elle se mit à hurler et à pleurer son terrible chagrin. Elle fut bien vite rejointe par Legolas et Fili qui assurèrent leur protection du mieux qu’ils le purent, mais la plupart de leurs ennemis avaient déjà déserté, tandis que les aigles ainsi qu’un énorme ours s’occupaient des derniers Orques et Wargs piégés sur le champ de bataille.

Bolg fut rattrapé par le Béornides qui ne fit qu’une bouchée du meurtrier de Kili et de Thorïn. Quand les Orques comprirent que leur chef était mort, chacun tenta de fuir, voulant échapper à tout prix au funeste destin qui les attendait sous la forme d’un ours incroyablement grand et fort.

Legolas vit alors la bête se transformer pour reprendre l’apparence d’un homme de très haute stature. Il s’agissait d’un change-forme. Ce dernier arriva bientôt à leur niveau et inclina la tête pour constater l’étendue des dégâts.

Aria était penchée sur Thorïn qui agonisait. Malgré son état, ce dernier tenta de rassurer la jeune femme.

— Je vais bien, ma douce aimée, je t’assure, dit-il dans un filet de voix avant de pousser un profond gémissement de douleur.

— Non, tu ne vas pas bien, se lamenta-t-elle, le poison des deux lames de Morgul qui t’ont touché est en train de te tuer et une fois qu’il atteindra ton cœur…

Elle se remit à gémir sans pouvoir terminer sa phrase. L’énoncer à voix haute ne faisait que renforcer l’irréparable.

Le Béornide, se pencha à son tour pour prendre le nain dans ses bras malgré la présence d’Aria.

— Que faites-vous ? questionna cette dernière avec férocité.

— Je veux juste le ramener à sa demeure loin de toute cette barbarie, lui répondit-il d’une voix chaude, grave et profonde.

Elle acquiesça avant de se relever elle-même, les yeux dans le vague. Elle serait tombée à la renverse si Legolas ne l’avait pas soutenue.

En relevant la tête, elle vit que les plaines qui entouraient la Montagne Solitaire étaient à présent jonchées de cadavres. Le soleil se levait à peine sur ce qui était le plus terrible carnage qu’elle n’eut jamais vu. Puis ses yeux se posèrent sur Fili. Fili qui était toujours en vie et qui semblait s’être transformé en statue de pierre. Tel un automate, elle se dirigea vers lui et quand elle vit ce qu’il regardait avec des yeux révulsés par l’horreur et le chagrin, elle posa ses deux mains tremblantes sur sa bouche avant de se remettre à pleurer de plus belle.

À leurs pieds se trouvaient les cadavres de ce qui avait été autrefois Tauriel et de Kili, qui était recouvert du sang de sa compagne. Il manquait un bras à cette dernière. Il avait été arraché par l’une de ces maudites bêtes venues des flammes de Morgoth.

Elle entendit un geignement derrière elle. Surprise, elle se retourna pour tomber nez à nez avec Legolas. Le prince de Mirkwood était livide. Ses yeux n’arrivaient pas à se détacher de ce qui restait du corps de sa plus fidèle amie. Les larmes coulaient sur son visage et gouttaient à son menton, sans qu’il ne fasse rien pour les faire disparaître. Il poussa une nouvelle plainte, plus désespérée que la précédente, avant d’entonner une sorte de chant de lamentations. Une chanson pour les morts. Il chantait en Sindarin la bonté de son amie, sa bravoure et sa grande générosité.

C’était stupide, mais à cet instant, Aria souffrit tant pour eux qu’elle s’accusa de tous les maux. Si seulement elle avait eu ses pouvoirs, si seulement… Une vague de colère traversa subitement son corps de part en part. Une colère à son encontre, mais aussi tournée vers l’elfe qui pleurait ses morts. S’il ne lui avait pas passé ce maudit collier autour du cou, si…

Perdue dans son propre chagrin, elle ne sentit pas des bras se refermer autour d’elle et l’étreindre un court instant avant de se retirer. Elle se sentit alors plus légère. Legolas venait de lui retirer le collier.

— Je suis tellement désolé, Ariana, souffla-t-il, éperdu de tristesse.

— Tu n’y es pour rien, Mellon nín, assura Aria avec une certaine amertume. Tu ne pouvais te douter de ce qu’il adviendrait. Personne ne pouvait savoir.

Elle se rapprocha doucement de Fili avant de le prendre à son tour dans ses bras. Ce dernier ne bougea pas, n’esquissa pas le moindre mouvement vers elle.

— Mon cœur saigne pour toi, Fili, balbutia-t-elle ivre de chagrin.

— Nous avons tout et tous perdus, Aria… Pardon, Dame…

— Assez, Fili, pitié, pas maintenant, répondit-elle avant d’enfouir son visage dans la masse de cheveux blonds du nain.

— Je ne veux plus retourner dans ce tombeau, murmura Fili. Il n’y a rien ici que la mort et la désolation.

— Mais Fili, protesta Aria en se relevant, tu es l’héritier de Thorïn, son suc…

— Cela suffit, Aria ! Je ne suis rien de tout ceci, s’emporta le jeune nain en se retournant vers elle, les yeux embués de larmes, exprimant une colère dure et amère.

— Cette chose n’est ni ma maison ni mon rêve, poursuivit-il. C’était celui de mon oncle et de Kili. Moi, je n’ai fait que les suivre parce que je ne voulais pas les abandonner… et pourtant… j’ai fini par le faire. Je n’ai même pas été capable de les sauver tous les deux alors qu’ils m’importaient plus que ma propre vie.

Cette fois, les larmes coulaient librement sur son visage, se mêlant à sa barbe blonde.

— Que vais-je dire à notre mère quand elle me demandera comment va son deuxième fils adoré ? Que lui répondrai-je quand elle me demandera si son frère est heureux dans son palais qu’il rêvait tant de reconquérir ? J’ai failli Aria, j’ai tout fait rater ! Je ne suis qu’un inutile, un bon à rien.

Fili n’avait pas terminé sa diatribe qu’il vit la jeune femme pâlir mortellement. Elle se serait effondrée par terre s’il ne l’avait pas retenue.

— Pardon, Aria, tu n’y es pour rien, tu n’es pas responsable, s’excusa-t-il, contrit.

— Si, je le suis, Fili, si tu ne m’avais pas cherchée, si j’avais eu mes pouvoirs…

— Non, tu n’y es pour rien, objecta Legolas qui se trouvait toujours non loin d’eux et qui regardait d’un œil triste le paysage dévasté qui s’étendait à perte de vue.

— Dame Aria, interpella Dwalïn, nous retournons sous la Montagne. Thorïn vous réclame… et toi aussi, Fili.

Ce dernier avisa le grand nain et secoua la tête.

— Non, je ne viens pas avec vous, déclara-t-il.

— Mais Fili, tu ne peux pas refuser, objecta le meilleur ami de Thorïn.

— Dites-lui que je suis mort aussi ou ne lui dites rien, jeta-t-il, amer, mais ne comptez pas sur moi pour remettre les pieds dans cette tombe de malheur. – Se tournant vers Aria – Allez-y, vous devez lui faire vos adieux.

Elle acquiesça avant de suivre Dwalïn. Jamais elle n’avait été aussi dévastée. Pas même le jour où son peuple avait disparu. Elle avait alors été révoltée et habitée par la vengeance, mais à présent… Tandis qu’ils retournaient dans la Montagne Solitaire, les nains de la compagnie de Thorïn furent arrêtés par Bard qui s’avança vers eux. Il tenait à la main la pierre de leur chef.

— Je crois que ceci vous appartient, lança-t-il d’une voix où perçait une immense fatigue.

— Effectivement, répondit sèchement Dwalïn avant de la récupérer d’un geste brusque.

L’archer les observa, le visage dur. Jamais il n’avait voulu cela, mais, la guerre n’était pas souvent clémente et n’épargnait que rarement les gens. Il n’y avait aucune discrimination, elle frappait au hasard et cela faisait toujours mal… très mal.

oO§Oo

Thorïn fut installé sur une table transformée en lit qu’ils placèrent dans la salle du trône. Son état s’aggravait d’heure en heure. Aria ne le quittait pas, pleurant et lui jurant son amour éternel. Balïn demanda à Gloïn de libérer Bilbo qui avait été enfermé et, quand ce dernier apprit ce qui s’était passé, il lui fallut s’asseoir un moment pour reprendre contenance.

— Je n’ai jamais voulu, souffla-t-il, non pas cela, tout, mais pas cela.

— Nous le savons bien, mon ami, lui répondit Balïn, et au fond de son cœur, Thorïn le sait aussi. Allons, allons, il vous réclame, termina le vieux nain d’un ton rassurant et chaleureux.

Quand Bilbo pénétra, d’un pas mal assuré, dans la grande salle, son cœur s’arrêta quand il vit le grand roi des nains de la lignée de Durïn étendu sur son lit d’appoint, plus mort que vif.

— Approchez, Bilbo, mon jeune ami, dit ce dernier en levant sa main libre, l’autre étant prise par Aria.

— Je ne voulais pas, commença Bilbo.

— Ne dites rien, le coupa Thorïn d’une voix rauque et sifflante, écoutez-moi plutôt. J’ai été injuste envers vous par bien des manières et je tenais à vous présenter mes plus humbles excuses. Vous avez été le plus vaillant et le plus brillant des maîtres cambrioleurs. Le vieux Magicien ne s’était pas trompé à votre sujet. Vous méritez votre part du trésor. En plus de cela, je tenais aussi à vous offrir quelque chose de particulier, termina-t-il dans un souffle rauque. Quelque chose que j’aurais dû vous donner bien plus tôt.

Bilbo vit Dwalïn revenir avec quelque chose de brillant. Cela ressemblait à un étrange vêtement…

— Qu’est-ce donc ? voulut savoir le semi-homme.

— Une cotte de maille en mithril, répondit Thorïn. Elle est d’une valeur inestimable et si jamais vous preniez le goût de l’aventure, n’hésitez pas à toujours la porter sur vous, elle vous sauvera la vie plus d’une fois.

— Je ne sais que dire, Thorïn, c’est un trop grand cadeau et…

— Acceptez-le, je vous en prie, coupa le nain. Sa valeur n’est pas la dixième des excuses que je vous dois, mais je ne peux hélas faire mieux.

Bilbo s’inclina poliment, agréablement surpris par la grande générosité de ce nain qui s’était montré si froid et arrogant quelques heures auparavant, mais il était en train de mourir, ce qui pouvait expliquer bien des choses, à moins que…

— S’il vous plaît, demanda Thorïn, j’aimerai être seul avec ma bien-aimée.

Tous prirent la direction de la porte quand le prince d’Erebor interpella son vieux conseiller.

— Balïn, il est important que tu restes. Je veux que tu notes ce que je vais dire à Aria, ce sera mes dernières volontés et je ne veux pas mourir en ayant la peur au ventre, en me demandant ce qu’il adviendra d’elle après que je ne sois plus là pour la protéger.

— Très bien, Thorïn, il en sera fait comme tu le souhaites, répondit le nain.

Aria n’avait pas lâché Thorïn du regard, tentant de mémoriser ses traits pour les graver à jamais dans sa mémoire. Elle aussi avait quelque chose à lui avouer. Elle ne l’avait compris que récemment, mais n’en avait eu la confirmation que quelques jours auparavant. Elle n’avait rien dit, pensant avoir le temps.

— Mon Aria, ma bien-aimée, tu sais que rien ne m’aurait fait plus plaisir que de t’avoir pour compagne et épouse. Tu es celle que mon cœur avait toujours attendue sans oser y croire. Quoiqu’en disent les nains que tu rencontreras bientôt, tu es ma reine. J’aurais tant voulu te laisser un royaume, mon royaume, mais hélas, c’est impossible. C’est bien la seule chose qui me chagrine. Tu n’auras rien de moi et…

— Thorïn, le coupa-t-elle abruptement, il faut que je te dise quelque chose. J’aurais tant voulu te l’annoncer d’une autre manière, mais…

Elle s’interrompit pour prendre la main de Thorïn et la posa sur son ventre plat.

— Tu m’as laissé un souvenir, mon amour, un beau souvenir que je chérirai jusqu’au restant de mes jours.

Quand elle vit la compréhension se dessiner petit à petit sur les traits du nain, elle ne put s’empêcher de rire à travers ses larmes.

— Un enfant, mon aimée ? En es-tu sûre ? souffla-t-il, surpris.

Elle acquiesça en riant et en gémissant en même temps avant d’enfouir sa tête contre son cou.

— Oui, Thorïn, nous allons avoir un enfant.

— C’est le plus beau cadeau que tu pouvais me faire, ma douce et belle femme dragon. Je vais pouvoir mourir en paix. Mais avant cela, je veux que tu me promettes que si c’est un garçon, tu l’emmèneras jusqu’au trône d’Erebor avec l’aide de mon cousin, ce royaume est le sien. Que je ne me sois pas battu pour rien.

— Oh Thorïn ! murmura Aria.

Le roi d’Erebor lâcha sa main pour enlever son rubis qu’il portait à l’index et le lui tendit.

— Par cette bague, je fais de toi ma femme, ma reine, déclara-t-il d’une voix rauque, sans trembler.

Son regard s’était assombri et la Drakonnite ne comprit pas ce qu’il attendait d’elle. Relevant la tête, elle vit Balïn lui faire un signe tout en s’approchant d’eux. Il lui tendit un anneau fin serti d’un diamant brillant. Elle le prit entre ses doigts, réalisant enfin ce qu’il se passait.

— Par cette bague, je fais de toi mon époux, mon roi, répéta-t-elle doucement.

Ils s’échangèrent leurs alliances, le rubis de Thorïn qu’Aria plaça à son pouce et la fine bague que le nain mis à son propre auriculaire.

Balïn plaça ses deux mains sur chacune de leur tête et récita une incantation en Khuzdul avant de déclarer en langage commun :

— Par ces alliances et cette prière, je vous déclare mari et femme, compagne et compagnon. Que nul ne puisse défaire ce qui a été fait, termina-t-il d’une voix solennelle.

Thorïn ferma les yeux brièvement et Aria crut que c’était terminé, mais il releva ses lourdes paupières avant de demander :

— Où est mon neveu, où est Fili ?

Ni la jeune femme ni Balïn ne voulaient lui causer plus de peine, c’est pourquoi ils furent surpris quand ils entendirent le jeune nain dans la pièce.

— Je suis là, mon oncle, répondit Fili.

— Approche que je te voie, ordonna Thorïn d’une voix de plus en plus faible.

Fili approcha, l’air grave, l’œil éteint. Il n’était plus que l’ombre de lui-même.

— Je suis navré, Fili, ta mère va être furieuse contre moi quand elle apprendra ce qui est arrivé ici. Je n’ai aucune excuse, j’ai failli envers ses enfants.

— Taisez-vous, mon oncle, objecta Fili. Nous savions tous les deux ce que nous faisons en venant avec vous. Il y avait des risques et nous étions prêts à les prendre.

Fili se pencha pour embrasser Thorïn sur le front.

— Je prendrai soin de votre épouse et de l’enfant à venir, mon oncle, je vous le jure, chuchota-t-il pour n’être entendu que de lui.

— Alors je peux enfin mourir en paix, murmura Thorïn en se retournant vers Aria. Cette dernière se précipita vers lui avant d’appuyer ses lèvres contre celles de son époux en un geste désespéré.

Les yeux de Thorïn se fermèrent lentement et chacun dans la grande salle du trône sut que c’était fini. La quête de Thorïn Oakenshield se terminait là, sur le dernier souffle de vie de celui qui avait été leur chef, leur roi.

Quelques instants plus tard, retentit à travers toute la cité un chant funèbre entamé par toute la compagnie qui avait réintégré la pièce, sous les pleurs de celle qu’ils considéraient tous dorénavant comme leur reine.

Après un dernier vibrant hommage, Dwalïn, avec l’aide de Gloïn, Bofur, Bifur et Oïn, rapportèrent les corps lavés et apprêtés de Kili et de Tauriel qu’ils déposèrent aux côtés de leur souverain.

— Cette saleté de roi des Elfes n’a même pas daigné rapatrier le corps de l’Elfine, marmonna Dwalïn choqué.

— Ce Thranduil est un grand malade, renchérit Gloïn méprisant.

Tandis que tout le monde chuchotait, Fili vit Aria sortir un moment, mais il ne la suivit pas. Il savait ce qu’elle éprouvait, mais pour l’heure, il était bien incapable de la consoler, sa propre peine étant bien trop grande, trop récente.

La nuit à venir serait longue, et Aria n’était pas certaine de survivre au chagrin qui la consumait. Pourtant, elle devait rester forte. Pour l’heure, elle s’autorisa à sombrer au désespoir. Elle avait perdu. Thorïn n’était plus.

oO§Oo

Les nains d’Erebor, avec l’aide de ceux des Monts de Fer, organisèrent une veillée funèbre sur plusieurs jours avant que Daïn ne demande à voir Balïn au sujet des droits de succession. Une longue et éprouvante négociation les mena à un conflit que Balïn avait déjà prévu. Daïn ne croyait pas à la grossesse d’Aria et si Fili ne voulait pas du trône, ce dernier lui revenait de plein droit en tant que cousin et héritier direct de Thorïn II.

Fili confirma son refus avant de prendre congé d’Erebor et Aria fut convoquée le lendemain matin pour une audience protocolaire.

Cependant, la jeune femme avait beaucoup réfléchi et elle ne se voyait pas vivre ici. Elle n’était pas une naine et elle ne voulait pas être une nouvelle source de conflit pour ce peuple qui avait déjà trop souffert. Sa décision prise, elle alla affronter le cousin de Thorïn.

— Vous savez pourquoi je vous ai convoquée, Ma Dame ? commença Daïn en la fixant d’un œil acéré.

— Oui, rétorqua Aria, et je tenais à m’excuser auprès des nains de la compagnie de mon époux, car j’ai menti.

Autant annoncer la couleur dès le départ, cela éviterait bien des discussions sans fin, pensa-t-elle.

— Vous avez menti ? reprit Daïn, ne comprenant pas où elle voulait en venir.

— Oui, répondit Aria en regardant le chef des Monts de Fer droit dans les yeux, après tout n’était-elle pas son égale, voire plus ? Thorïn allait mourir et j’ai voulu lui donner une note d’espoir, qu’il n’ait pas fait tout ceci —– elle engloba la salle de ses deux bras – pour rien.

— Donc ? voulut savoir le cousin de Thorïn.

— Il n’y a pas d’enfant à venir, dit-elle d’une voix claire et forte. Je ne suis pas enceinte.

Cette révélation jeta un froid parmi les membres de la compagnie de Thorïn et chacun secoua la tête de déception. Il n’y avait pas d’enfant. Il n’y aurait pas de suite, pas de futur. C’était vraiment terminé.

— Je vois, rétorqua Daïn perplexe, cependant, en tant qu’épouse de mon cousin, et bien que vous ne soyez pas de notre peuple, il est de mon devoir de vous inviter à rester parmi nous, si vous le souhaitez, bien sûr.

— Merci, Daïn, mais… non merci, déclara Aria. Je compte partir demain dès l’aube. Il y a trop de mauvais souvenirs ici. Je suis restée pour Thorïn.

— Très bien, il en sera donc ainsi, termina le futur roi d’Erebor qui leva la main à l’attention de Balïn qui voulait dire quelque chose. Elle a fait son choix, termina Daïn d’une voix forte.

C’est donc le cœur au bord des lèvres et sous les regards misérables de ceux qu’elle considérait comme ses amis qu’Aria regagna sa chambre. En son sein était niché l’Arkenstone qu’elle avait récupéré par Thorïn lui-même. Ce dernier le lui avait rendu quelques minutes avant de mourir. Elle attendrait que tous soient couchés pour enfin redonner à la Montagne ce qu’elle réclamait depuis tant de siècles.

Sa mission, finalement, était une totale réussite, alors pourquoi se sentait-elle piégée et si mal ? Le nain était mort et la Montagne lui survivrait. N’était-ce pas tout ce qu’elle avait toujours souhaité ?

oO§Oo

Comme convenu, Aria partit dès l’aube avec pour seul bagage un petit baluchon que lui avait tendu Bilbo. Ce dernier était l’invité privilégié de Daïn, mais le Hobbit se languissait de sa Comté et repartirait d’ici quelques jours en compagnie de Gloïn, Balïn, Dwalïn et Bofur qui continueraient ensuite leur voyage vers la Montagne Bleue qui se trouvait non loin du pays des Hobbits.

Fili, quant à lui, avait déjà quitté Erebor depuis deux jours. Tout le monde se faisait du souci pour lui et Gloïn se promit de garder un œil sur le neveu de Thorïn dès qu’il serait de retour chez eux.

— Bien, il est temps que je m’en aille, déclara Aria, d’un ton qu’elle voulait dégagé et serein.

— Vous êtes sûr que vous ne voulez pas venir avec nous à la Montagne Bleue ? Vous pourriez y vivre et…

— Non merci, mes amis, déclara-t-elle vivement. J’ai besoin de me retrouver seule un moment. Je ne sais pas si j’arriverai à faire mon deuil, mais il le faut…

De nouvelles larmes perlèrent derrière ses paupières baissées.

— Nous comprenons, Majesté, répliqua Balïn.

— Majesté ? balbutia Aria, mais…

— Vous êtes la femme de Thorïn, sa veuve, vous êtes et resterez notre reine à jamais, confirma Dwalïn, d’un signe de tête.

— Eh bien, merci, répondit Aria en inclinant la tête. Je ne vous oublierai jamais et… Bilbo, je pense, j’espère vous revoir un jour en Comté !

Ce dernier rosi de plaisir à cette idée et Aria se promit qu’elle lui rendrait visite au moins une fois. Il était de ceux qui allaient réellement lui manquer.

— Avec grand plaisir, Dame Aria, vous serez la bienvenue dans mon humble demeure.

— Humble demeure ? jeta Gloïn avec une fausse moue dégoutée, avec tout l’argent que Thorïn vous a donné, vous êtes déjà le Hobbit le plus riche de toute votre chère Comté.

À cette affirmation, tout le monde rit de bon cœur. Il était vrai que leur défunt chef avait été des plus généreux avec lui.

.

.

C’est sur ces entrefaites que la veuve de Thorïn Oakenshield, la princesse Drakonnite, prit enfin la route sans se retourner. Elle ne voulait pas qu’ils voient à quel point elle était triste de les quitter, eux qui avaient vécu tant de choses ensemble.

Il lui fallut une journée pour atteindre la rivière et prendre une barque qui restait toujours accrochée au rivage. Une fois à Bourg-du-Lac, elle se dépêcha d’emprunter le pont pour se retrouver en bordure de la forêt de Mirkwood. Alors qu’elle pensait tourner une lourde page de sa vie, elle fut surprise quand elle croisa, adossé à un arbre, la personne qu’elle n’aurait jamais pensé revoir aussi vite.

— Fili ! Mais je croyais que vous étiez déjà loin ! s’exclama-t-elle surprise.

— Pas sans vous, Aria, déclara-t-il le plus sérieusement du monde.

— Mais…

— J’ai promis à mon oncle de prendre soin de vous. Il pensait aussi au bébé, mais… D’après ce que j’ai compris, dit-il hésitant, il n’y en aura pas. Les nouvelles vont très vite, vous savez.

— J’ai menti, avoua Aria avec tristesse. Je n’avais pas le choix. Il fallait que je le préserve de toute cette folie, termina-t-elle tout en se touchant le ventre dans un geste tendre.

Quand Fili réalisa ce qu’elle venait de lui avouer, un sentiment protecteur s’installa en lui. Il les protégerait tous les deux, quoiqu’il arrive. Ils appartenaient à la même famille dorénavant.

— Alors vous comprenez pourquoi je suis parti, répondit Fili.

Oui, elle le savait. Elle s’en était doutée. Il n’y avait rien de bon pour eux en Erebor. Que la mort et la désolation. La Montagne avait été maudite depuis le jour où elle avait perdu son cœur. Bien qu’elle soit dorénavant guérie, et ce grâce à l’intervention d’Aria, la jeune femme avait peur que cette malédiction qui touchait les rois de la cité soit loin d’être éteinte. Elle avait un mauvais pressentiment la concernant.

— Vous aurez besoin de vivres sur le chemin et savez-vous où vous allez vous installer ? demanda alors une voix au-dessus de leur tête qui surprit le nain et la jeune femme qui leva instantanément les yeux.

Aria fut sidérée quand elle reconnut le fils de Thranduil.

— Legolas ?! Mais que faites-vous ici ?

— Je vous attendais, répondit simplement l’Elfe.

— Mais pourquoi ? demanda Aria.

Ce dernier sauta de la branche d’arbre sur laquelle il était assis et prit Aria par les épaules.

— Quoiqu’il se soit passé, vous restez ma promise selon les lois de notre peuple et du vôtre. Oui, j’ai eu connaissance de votre mariage avec Thorïn, mais cela ne brise pas la promesse qui tient encore nos deux peuples. Vous m’en voyez navré, termina-t-il.

— Et qu’allez-vous faire ? demanda Fili suspicieux.

Legolas le scruta un moment avant de sourire doucement.

— Rien, sinon vous aider un peu. C’est bien la moindre des choses que je puisse faire pour vous, déclara Legolas.

Il siffla doucement et deux poneys arrivèrent, chargés par deux baluchons, pendant de chaque côté de leurs flancs.

— Votre père est-il au courant de tout cela ? souffla Aria, sidérée.

—Non, mais la part importante de trésor que Daïn vient de lui octroyer le laissera assez heureux pendant quelques siècles pour ne remarquer ni mon départ ni l’absence de quelques denrées venant de sa cave personnelle.

À ces mots, Fili ricana, goguenard.

Le prince de Mirkwood regarda le nain aider la jeune femme à monter sur son poney avant d’enfourcher le sien.

Les deux compagnons lui firent un signe de remerciement avant de partir au galop.

— Que les étoiles de Varda veillent sur vous, princesse Ariana, je ne sais pas si nous nous reverrons prochainement, mais je suis certain que nos routes se croiseront un jour où l’autre, murmura Legolas convaincu.

L’Elfe attendit de ne plus voir que deux points au loin avant de reprendre le chemin vers le royaume de son père. Il se sentait las et malheureux. Il venait de perdre non pas une, mais deux amies si chères à son cœur qu’il n’était pas sûr de savoir les oublier. Il ne le voulait d’ailleurs pas.

oO§Oo

Fili et Aria galopèrent une bonne partie de la journée avant de sortir enfin de la terrible Forêt-Noire. Ils n’avaient fait aucune halte, craignant de tomber sur quelques araignées géantes et autres douceurs qu’abritait cet étrange endroit.

— Dame Aria…

— Appelle-moi Aria, s’il te plait, Fili, et arrête de me vouvoyer, dit la jeune femme.

Il secoua la tête doucement.

— Très bien, Aria. Sais-tu où nous allons ?

— Sincèrement, Fili, répondit-elle, je n’en sais rien, mais si cela ne te dérange pas, j’aimerais prendre le plus de distance possible avec le Nord de cette Terre… Si tu n’y vois aucun inconvénient ?

— Non Aria, je n’en vois aucun, répondit-il. Nous sommes libres, libres d’aller où nous le désirons maintenant !

.

.

Malgré ses ressentiments personnels, la jeune femme savait qu’elle devait continuer à avancer. Elle n’était plus seule maintenant, elle ne le serait plus jamais d’ailleurs.

En parcourant les bois avec son compagnon d’infortune, elle se fit une promesse, celle de continuer à vivre et surtout de chérir le souvenir de celui qui venait de lui faire le plus beau et merveilleux des cadeaux.

Non, jamais elle n’oublierait Thorïn Oakenshield.

Il avait bouleversé sa vie pour toujours et… Elle l’aimait plus que tout au monde. Oui, elle l’aimait et cela ne changerait jamais. Elle était et resterait sa femme pour l’éternité. Oui, malgré la peine, la haine et le chagrin, elle avait aussi gagné la plus belle chose qui soit, le plus beau trésor…

L’amour.

✨ FIN 

A propos Julianna Hartcourt 103 Articles
Auteure de roman et de fanfictions. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*