13. Une vengeance bien trop cruelle

Avant-propos  : Attention, ce chapitre contient plusieurs scènes lemon, dont une qui peut éventuellement choquer les lecteurs qui n’apprécient pas les scènes graphiques. Comme je le disais dans l’avant-propos du chapitre précédent, cette histoire s’inspire de l’œuvre de Tolkien, mais j’y ai pris de très grandes libertés narratives. Mes personnages sont plus nuancés et l’histoire plus mature. C’est voulu. Quand j’ai écrit ce récit il y a cinq ans et demi, je voulais faire une romance adulte. Vous êtes donc prévenu.


13. Une vengeance bien trop cruelle

La force d’un peuple résidait bien souvent dans son unification. Guidé par un souverain, il pouvait alors s’élever au-delà des Montagnes les plus hautes et les plus pointues pour vaincre l’adversité.

Adrial le savait et pourtant, il se mourait. Par manque d’ambition, par un dégoût de la vie aussi tenace qu’une sangsue. Son temps était arrivé à sa fin. Il s’en voulait de se laisser aller ainsi. Il s’en voulait d’abandonner son unique enfant, mais elle ne serait pas seule.

Le Souverain de la Forêt Noire et son fils, le prince, veilleraient sur elle. Ils le lui avaient juré.

En ce qui concernait Adrial, il était temps de s’éteindre et de retourner à la Terre Originelle pour laisser d’autres peuples avancer en Terre du Milieu.

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Bolg conduisait ses troupes aux frontières de la forêt de Mirkwood pour se rendre directement et sans être vu par l’ennemi jusqu’à la Montagne Solitaire. Leur maître leur avait annoncé non sans fureur la mort du dragon doré. Cependant, ils avaient appris qu’il en restait encore un et pas des moindres, un dragon dont la puissance allait au-delà de tout ce qu’ils pouvaient imaginer. Smaug, en comparaison, faisait figure d’animal de compagnie. Bolg avait pour mission de capturer cet autre dragon et de le ramener au Nécromancien, dans la forteresse de Dol Guldur. Les Orques, à dos de Wargs ou à pieds, le suivaient sans rechigner à la tâche. En plus de capturer la bête, ils en profiteraient pour éliminer tous les nains et les hommes des environs. Nettoyer un peu le paysage pourrait lui valoir les honneurs auprès du grand maître et de son père. Fort de ses pensées et bien décidé à accomplir sa mission jusqu’au bout, il émit un long cri de guerre, encourageant ainsi les soldats du mal à plus d’effort.

Le temps des Orques allait enfin commencer !

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Dans sa tente, le Seigneur Thranduil réfléchissait à l’avenir. Le regard perdu au loin, il porta nonchalamment son verre de vin à ses lèvres et en but une gorgée. Il ferma les yeux sous la sensation que le liquide couleur rubis lui procura en descendant dans sa gorge. Décidément, le vin des hommes, et plus particulièrement celui de Bourg-Du-Lac, était l’un des plus capiteux qu’il ait eu l’occasion de goûter. Un véritable plaisir des sens qui le réconforta un peu plus en ces temps troublés.

Il avait envoyé son fils à la recherche de la princesse Ariana. Avec l’annonce de la mort de Smaug, il y avait fort à craindre que les émissaires du mal, Orques et Wargs compris, ne se décident à la chasser pour la capturer et l’emmener à l’ennemi. Thranduil tourna doucement son verre, faisant miroiter le vin qu’il y avait encore dedans. Si Ariana refusait de se montrer coopérative, il allait devoir sévir pour de bon, cette fois. Il avait beau ne pas être de ceux qui aiment forcer une femme à quoi que ce soit, elle était loin d’être sans importance. Dorénavant, elle était la dernière d’un peuple aussi craint que vénéré. Les forces du mal auraient tôt fait de la corrompre pour la faire basculer de leur côté. Une fois à leur service, il serait très difficile de gagner la bataille contre un dragon d’une telle puissance. Le Roi Adrial, le défunt père de la princesse, lui avait avoué certains secrets concernant sa fille qui, s’ils venaient à être révélés, pourraient sonner le glas de la tranquillité qu’ils connaissaient en Terre du Milieu. Qu’elle le veuille ou non, cette petite portait bien plus sur ses épaules que sa simple et misérable vie. On ne pouvait décemment pas la laisser sans soutien ni surveillance. Cette alliance qui devait unir le peuple des Drakonnites à celui des Elfes Sylvains de Mirkwood devait aussi sceller une entente tangible pour le bien de toute vie en cette Terre. Malheureusement, et ce depuis le début, rien ne s’était passé comme tous deux l’avaient prévu.

Avec un soupir las, il posa son verre sur une desserte et partit en direction du grand coffre de bois qui agrémentait l’intérieur de sa tente. Il l’ouvrit et en sortit un long collier fait de l’or le plus pur qui soit. Ce bijou n’était pas qu’un simple ornement. Il représentait beaucoup plus. Les yeux du souverain se plissèrent. Si la princesse lui donnait trop de fil à retordre, il savait ce qu’il devrait faire.

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Thorïn ne savait pas depuis combien de temps il tournait dans son lit, mais le sommeil l’avait totalement déserté bien qu’il fasse encore nuit. La raison de cette insomnie revenait en grande partie à la jeune femme enchaînée aux murs de sa chambre. Lentement, il avisa le corps nu qui se trouvait dans son champ de vision. Elle semblait somnoler. Ses paupières étaient fermées et sa respiration aussi douce et lente qu’elle devrait l’être quand quelqu’un dort. Pestant contre l’envie qui le tenaillait, il décida toutefois de suivre ses bas instincts, car il doutait de pouvoir survivre à cette nuit s’il ne se soulageait pas de ce trop grand poids. Combien de fois, combien de temps avait-il rêvé de l’avoir ainsi à sa merci ? À présent, elle était là, offerte à ses caprices. Il serait bien dommage de ne pas en profiter un peu, se convainquit-il, un sourire torve se dessinant sur son visage.

Il sortit de son lit sans faire de bruit et avança vers elle tel un prédateur sur sa proie. Avec beaucoup de précautions, il huma la fragrance qui s’échappait de sa peau. Son odeur, il en avait tellement rêvé. Baissant le regard, ses yeux se posèrent sur son opulente poitrine. Les tétons pointaient fièrement comme s’ils avaient reconnu leur maître et non parce qu’il faisait un peu froid dans la pièce. Sans pouvoir se retenir davantage, il en prit un dans sa bouche et le suçota avec une certaine gourmandise. Il la voulait si fort que sa virilité tressauta au contact de ce corps si doux et tiède contre lui. Tandis qu’elle dormait toujours malgré ce qu’il lui faisait subir, Thorïn abandonna la pointe exquise du sein de sa prisonnière pour descendre plus bas, laissant sa langue chaude et humide tracer un long sillon brûlant sur ses côtes, puis sur son ventre pour enfin atteindre la jonction entre ses cuisses.

Le prince aimait le goût de son intimité alors que sa langue gourmande caressait avec plaisir son petit bourgeon érigé, il en profita pour la pénétrer avec un de ses doigts. Un long gémissement se fit enfin entendre. Un geignement dans lequel il entendit parfaitement son propre prénom râlé avec passion. Prononcé dans la bouche de cette femme, c’était encore plus revigorant que le plus puissant des aphrodisiaques.

Aria était en train de faire un rêve agréable. Elle avait enfin retrouvé l’homme de sa vie et pour fêter leurs retrouvailles, il l’aimait à sa façon. Lentement la jeune femme sortit de sa torpeur et se sentit tout à fait perturbée quand elle ouvrit totalement les yeux. Elle n’était pas allongée dans un lit, mais attachée contre un mur froid et… les souvenirs des derniers événements passés affluèrent dans son esprit. Le doux gémissement de plaisir qu’elle allait émettre de nouveau se retrouva bloqué dans sa gorge. Pourtant, quelque chose ou quelqu’un était en train de lui faire du bien, là, entre ses cuisses, touchant de façon humide et excitante le petit bourgeon qui se trouvait au cœur de sa féminité. Choquée, elle baissa la tête pour découvrir Thorïn.

Comprenant que sa délicieuse esclave était enfin éveillée, il se redressa et la libéra enfin de ses entraves avant de la prendre dans ses bras pour la porter jusqu’au lit défait.

Sans ménagement, il la jeta dessus et Aria eut juste le temps de se retenir au matelas pour ne pas tomber par terre. Elle allait lui dire ce qu’elle pensait de son traitement de faveur quand il l’attrapa par les cheveux. Surprise, elle voulut prononcer un mot, mais il fut plus rapide qu’elle.

— Prends-moi dans ta bouche, Aria, commanda-t-il tout en approchant le visage de la jeune femme de son sexe érigé.

Aria déglutit avant de se passer la langue sur les lèvres. Sa coupure se rappela à son bon souvenir, mais elle l’occulta totalement, hypnotisée par la vision du gland de son amant qui appelait ses caresses intimes. Il lui avait tant manqué. Elle aimait le goût de son sexe depuis la première fois où elle l’avait pris de cette manière avec sa bouche.

Thorïn ne la quitta pas des yeux. Tendu comme un arc, il anticipait déjà le plaisir que serait la langue de sa compagne sur sa hampe dressée. L’excitation était telle qu’une petite goutte de désir perla à son extrémité. Ni tenant plus, Aria la lécha avec délectation, arrachant un grognement purement animal à la gorge de son amant. Encouragée par ce bruit, elle fit glisser sa propre bouche sur lui pour tenter de le prendre totalement à l’intérieur. Chose qui fut relativement difficile, car plus elle l’excitait avec ses lèvres et sa langue et plus son sexe grossissait. La main toujours dans ses cheveux, Thorïn lui imposa bientôt un rythme de va-et-vient qui fit geindre Aria elle-même. Au fur et à mesure qu’elle alternait les coups de langue et les aspirations, elle sentit l’intérieur de son propre sexe s’humidifier encore plus. Elle aurait donné n’importe quoi pour pouvoir se caresser en même temps qu’elle lui donnait du plaisir, mais il était tellement immense qu’elle dut le retenir d’une main en même temps qu’elle le satisfaisait avec sa langue.

Encouragée par les sons rauques qu’il émettait de plus en plus fort, elle continua jusqu’à ce qu’il se mette à marmonner dans sa langue natale des choses qu’elle ne comprenait absolument pas. Sa poigne sur sa tête fut bientôt douloureuse et, alors qu’il allait atteindre l’orgasme, il maintint son visage contre son sexe pour pouvoir jouir tout à son aise dans sa bouche. Aria se prépara à recevoir les puissants jets de sa semence avec délectation. Elle avala tout et se pourlécha les lèvres quand ce fut fini. Thorïn, loin d’être satisfait, ne l’avait pas quittée des yeux. Peu de femmes appréciaient d’être prises ainsi et en général, elles n’avaient pas ce regard de pure gourmandise quand vous vous répandiez dans leur bouche. Cette fille le rendait fou. Il aurait dû être rassasié, mais il sut que jamais son sexe ne le laisserait tranquille s’il ne la faisait pas crier de plaisir à son tour.

Encore fébrile du plaisir qu’elle venait de lui donner, Aria remarqua à peine qu’il venait de l’allonger sur les draps frais de son lit. Avec une lenteur délibérée, il fit passer le plat de sa main tout contre sa cuisse avant de remonter vers sa féminité. Doucement, il écarta les poils humides de sa toison pubienne puis poussa son majeur et son index dans les replis gorgés de désir de son antre secret.

— Tu es complètement trempée, grogna-t-il avant de faire coulisser ses doigts en elle avec une certaine dextérité qui arracha des cris d’extase à Aria.

Très vite, la virilité de Thorïn retrouva toute sa vigueur, prête à reprendre l’assaut. Il se pencha sur elle pour prendre ses lèvres avec précaution dans un baiser aussi tendre que passionné et il se positionna pour la pénétrer enfin. Aria poussa un long gémissement quand elle le sentit enfin en elle. Il la remplissait si bien, elle l’avait tant attendu, tellement espéré.

— Oh, Thorïn, gémit-elle tout en secouant sa tête sur le matelas, vaincue par les sensations que seul lui savait faire naître en elle. C’était si fort et si bon en même temps.

Tout au plaisir de sa compagne, il l’observa avec attention, alternant les coups de reins longs et forts et ceux plus rapides. Il savait ce qu’elle aimait et en jouait tel un virtuose jusqu’à la rendre folle de passion. Ce ne fut que lorsqu’elle se mit à geindre et à crier grâce qu’il lui donna enfin ce qu’elle voulait. La délivrance pour la jeune femme fut une longue explosion qui l’envoya directement au septième ciel.

Pendant qu’elle reprenait pied, elle sentit que Thorïn n’était pas loin de la rejoindre à son tour dans les cimes de l’extase. Il se mit à aller et venir avec une violence inouïe qui ravit le cœur d’Aria. Elle l’aimait comme cela, aussi bon amant que brutal. Tandis que ses coups de reins s’intensifiaient encore, il émit alors un long grognement sourd avant de fermer les yeux brièvement sous le coup du plaisir qui arracha un nouvel élan d’amour à la jeune femme. Épuisé, il retomba lourdement sur elle, mais maintint quand même son poids d’une main pour ne pas l’écraser. Elle pouvait sentir son cœur battre tout contre sa propre poitrine, ce qui lui fit pousser un soupir de contentement.

Thorïn laissa passer un moment avant de se remettre tout à fait de ce qu’ils venaient de vivre. Cela avait été bon, mais malgré tout, il ne se sentait toujours pas rassasié d’elle. Il en voulait plus. Cependant, il ne devait pas perdre de vue son objectif qui était de se venger d’elle et de ses secrets.

Il ne lui permettrait pas de s’en tirer à si bon compte.

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Un grand saut d’eau glacée vint tirer Aria de son sommeil. Surprise, elle hurla contre le scélérat qui avait osé lui faire cela.

— Non, mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous êtes malade ?! cria-t-elle en découvrant Thorïn, habillé, qui la toisait méchamment.

Leur trêve était-elle donc déjà terminée ?

— Ce qui me prend, jeune effrontée, grinça-t-il en la regardant avec hauteur, est que le soleil est déjà bien haut et que vous êtes encore en train de paresser au lit.

— Mais… Mais… s’étouffa Aria, je…

— Ne faites pas semblant d’avoir perdu votre langue et habillez-vous !

Il lui jeta alors une robe informe faite de toile qui ressemblait plus à un sac de jute qu’à un vêtement. La veille au soir, il avait déchiré ses affaires qui étaient dorénavant inutilisables.

— Mais je ne vais pas porter ces hardes ! cria-t-elle, choquée par le morceau de tissu qu’elle avait pris entre ses doigts tremblants.

— Eh bien, restez nue, alors, jeta-t-il en haussant les épaules. Personnellement, je m’en fiche bien, du moment que vous accomplissez vos tâches.

Aria le regarda, sans comprendre.

— Mes tâches ? Mais de quoi parlez-vous ?

Le visage de Thorïn devint alors aussi imperméable et dur que la statue de pierre qui se trouvait à l’extérieur de son royaume.

— Vous pensiez vraiment que vous alliez vous prélasser tandis que nous autres remettions cet endroit en état ?

— Non, mais… protesta Aria qui ne savait que dire.

— Vous pensez que parce que j’ai couché avec vous, j’ai oublié que vous étiez dorénavant mon esclave ?

La jeune femme resta silencieuse. Que pouvait-elle répondre à cela ? Elle se serait bien énervée un bon coup, mais elle craignait d’envenimer les choses et elle se refusait à creuser un nouveau fossé entre eux par esprit d’orgueil… ce que lui ne se gênait pas de faire, cela dit.

— Non je n’ai jamais pensé cela, Thorïn, répliqua-t-elle en baissant les yeux.

Elle ne voulait pas qu’il lise la profonde tristesse qui marquait ses traits. Car oui, elle était triste et lasse. Pour tout dire, elle en avait même plus qu’assez.

— Quand vous vous serez habillée et que vous serez présentable, rejoignez-moi dans la grande salle, je vous indiquerai le travail à faire.

Elle allait lui demander où se trouvait la grande salle qu’il avait déjà claquée la porte derrière lui.

Aria retomba sur son séant et s’autorisa quelques larmes. Qu’il était loin le temps où tout était facile pour elle. Elle avisa alors l’espèce de robe marronnée et se résigna à la passer telle quelle. Il n’avait même pas pensé à lui donner quelques sous-vêtements. Dès qu’elle fut prête, elle se tapota les joues pour leur donner un peu de couleur. Quant au reste, elle devrait mettre sa vanité de femme au placard. Tant pis pour ses cheveux ou sa toilette intime. Il n’empêchait que cela faisait quand même un mal de chien. Sa joue la tirait, elle rêvait de se nettoyer de la tête aux pieds – notamment à certains endroits. En fait, elle se sentait sale et vidée.

Se doutant qu’il finirait par revenir la chercher et que cela se passerait très certainement moins bien que la première fois, Aria décida de quitter à son tour la chambre de Thorïn.

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À l’extérieur, les couloirs étaient immenses et, malgré les torches allumées, on ne voyait presque rien. Heureusement pour elle, ceux de son espèce étaient nyctalopes. Cela ne l’empêcha pas de se demander où se trouvait la grande salle. Et qu’appelait-il « grande salle », au juste ? Parce qu’à y regarder de plus près, tout était grand par ici, gigantesque, même. C’était très impressionnant, mais cela ne lui disait toujours pas par où aller. Finalement, et après avoir tiré au sort, elle décida de prendre le couloir de gauche. Elle pria Drakos pour que ce soit le bon. Tout en avançant, elle eut une envie furieuse de se gratter le dos. Le vêtement lui irritait déjà la peau. C’était bien sa veine. Alors qu’elle désespérait franchement de trouver la grande salle, elle faillit pousser un cri de joie à la vue d’un des nains de leur ancienne compagnie.

— Maître Dori ! s’exclama-t-elle en le voyant arriver. Cela tombe bien que vous soyez là, je…

— Qu’est-ce que vous faites ici, Dame Aria ?! Thorïn vous attend depuis une demi-heure dans la grande salle, s’affola-t-il.

— Oui, je sais, répondit Aria, penaude, mais c’est que… je ne sais pas où elle se trouve.

Le nain la fixa comme s’il s’était agi d’une enfant à qui l’on devait tout expliquer. Il la prit alors par le bras et lui fit faire demi-tour en courant presque.

— La salle, commença-t-il, est de l’autre côté.

Il fallut tout de même bien dix bonnes minutes supplémentaires pour arriver au lieudit. En temps normal, cette mésaventure aurait amusé Aria, mais elle n’avait pas le cœur à rire. Encore moins quand Thorïn l’avisa avec humeur. Il semblait totalement furieux quand il se tourna vers elle, pourtant elle crut aussi déceler autre chose dans ses yeux. Malheureusement, elle n’eut pas le temps d’analyser ce qu’elle avait entraperçu. Il lui jeta un morceau de chiffon dans les mains.

— Dori et vous irez nettoyer les sols de cette pièce ainsi que sa salle attenante, commanda-t-il sans lui adresser le moindre regard.

Elle aurait aimé lui dire quelque chose, mais il était déjà parti. Toute à ses pensées, elle sentit quelqu’un lui tapoter maladroitement le dos. C’était Dori.

— Venez, Dame Aria, autant commencer maintenant, car la tâche risque d’être longue, lui dit-il gentiment.

C’est étrange, songea-t-elle. Hier soir, la plupart d’entre eux la dévisageaient comme si elle représentait le mal incarné et aujourd’hui ce nain semblait avoir occulté les derniers jours passés.

Sentant qu’il était observé, Dori posa un seau rempli d’eau et lui lança :

— On sait ce que vous êtes, mais on sait aussi que vous avez sauvé notre prince.

— Et ? voulut savoir Aria qui commença à frotter le sol.

— Et rien, c’est tout, on sait que vous ne nous ferez pas de mal. Si c’était le cas, vous l’auriez déjà fait, n’est-ce pas ?!

Riant de sa conclusion, il reprit sa tâche en sifflotant.

Aria secoua la tête. La logique des nains la laisserait toujours perplexe. Cela dit, il n’avait pas tort. Si elle l’avait vraiment voulu, ils seraient déjà tous morts depuis bien longtemps. Cependant, elle n’était ni Smaug ni un être sans cœur ni conscience. Elle avait des principes et malgré tout, elle aimait leur chef.

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L’après-midi était bien entamé à Erebor et chaque nain vaquait à ses occupations avec une certaine légèreté et joie au cœur. Thorïn aurait dû se sentir fier d’avoir si bien avancé dans le réaménagement de son royaume. Son peuple avait toujours eu cette facilité concernant le travail qui en laissait plus d’un admiratif, en commençant par les elfes eux-mêmes. Cependant, il était loin d’éprouver la tranquillité qu’il affichait sur son visage. Au petit jour, il avait prévenu les siens qu’il s’occupait personnellement d’Aria bien qu’il eût convenu qu’elle ne serait pas dangereuse pour eux. Balïn et Bilbo s’étaient tout de suite placés en tant que défenseurs de la jeune femme. Cela avait prodigieusement agacé Thorïn qui néanmoins s’était rangé de leur avis. Toutefois, et bien que personne ne le sache, à commencer par elle-même, il avait décidé de mettre sa vengeance à exécution. Pour son propre bien personnel et pour apaiser les tourments de son cœur. Il se montrait égoïste, mais n’en avait cure.

La revoir avait été la chose la plus merveilleuse et plus désagréable qui soit. Elle était en vie et semblait en très bonne santé… bien qu’elle soit un dragon. Il avait essayé, et qu’Aulë lui en soit témoin, il avait tout fait pour la haïr du mieux qu’il le pouvait, mais à la vérité, il en était parfaitement incapable. S’il avait eu du mal à se rendormir, c’était parce qu’il la voulait dans son lit et pas ailleurs. Savoir qu’elle dormait nue attachée à un mur l’avait passablement irrité… et quand il l’avait découvert ce matin, belle endormie d’un sommeil aussi paisible qu’enchanteur… il avait cru devenir fou de bonheur et cela l’avait énervé. Quand il l’avait vue arriver avec Dori, il avait lu un tel désarroi et une telle peine sur son visage qu’il avait failli se ruer sur elle pour la prendre dans ses bras, mais heureusement, il s’était détourné d’elle à temps. Il n’empêchait qu’il lui faudrait voir avec un des nains à lui trouver un vêtement un peu plus convenable que cette robe de toile que lui avait dégotté Dwalïn.

Exhalant un long soupir, il porta un de ses dessous de bras à son nez en se disant qu’il serait sans doute temps de faire un brin de toilette. Un sourire torve s’afficha sur son visage. Il avait bien une idée de qui allait l’aider et c’est d’un pas un peu plus léger qu’il retourna à la grande salle de son palais.

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— Dame Aria, on a fait du bon travail ! s’enthousiasma Dori en se passant un mouchoir sur le front et sur le visage d’où perlait une épaisse couche de sueur.

— C’est vrai, Dori, répliqua cette dernière. Je ne pensais pas que nous viendrions à bout de deux salles aussi… grandes et en si peu de temps!

Aria n’en revenait toujours pas. Quand ils avaient commencé à récurer le matin même, elle avait bien cru qu’il leur faudrait au moins plusieurs jours pour venir à bout de la saleté, mais finalement, avec l’aide et l’entrain de Dori, cela avait été très vite et dans une atmosphère aussi complice que détendue. La jeune femme n’avait pas eu le temps de mieux connaître le nain durant leur voyage jusqu’à Erebor, mais aujourd’hui, elle avait rattrapé tout son retard le concernant. Elle avait appris notamment qu’il était un cousin éloigné de Thorïn, issu d’une autre branche de la maison de Durïn, et qu’il était aussi le frère de Nori et le cousin de Ori.

Vers midi, ils avaient pu manger avec une partie du groupe dont faisait partie Bofur qui lui demanda comment elle allait depuis la veille. Thorïn n’avait pas dénié faire acte de présence et était resté enfermé dans ses appartements en compagnie de Balïn qui était, à ce qu’elle avait compris, son principal conseiller.

Vraiment, la journée aurait pu être pire. Seule ombre au tableau, cette fichue robe de toile qui, en plus de la démanger, lui frottait douloureusement les seins, les fesses et le ventre. Elle allait dire quelque chose quand la porte s’ouvrit d’un coup brusque. Son cœur rata un battement et elle sentit une vague de déception monter en elle quand elle avisa Ori qui venait vers elle avec précipitation.

— Dame Aria, Thorïn vous réclame dans sa chambre immédiatement, lui dit-il gentiment en se plantant devant elle.

La jeune femme leva les yeux au ciel et s’apprêtait à quitter la salle quand Dori lança à Ori :

— Mais accompagne-la donc, imbécile, au lieu de rester planté là. Notre Dame Aria ne connaît pas encore aussi bien Erebor que nous et elle risque de se perdre dans les couloirs.

— Ah ! Euh, oui, répliqua enfin Ori qui passa devant elle comme une flèche sans demander son reste.

Aria se retourna vers Dori, un sourire aux lèvres.

— Merci, cher Dori !

— Mais de rien ma Dame ! Pensez à vous reposer un peu, vous avez bien travaillé aujourd’hui.

Le trajet du retour fut moins long que l’aller et Ori lui fit un bref signe de la main avant de repartir. Aria haussa un sourcil. Ce garçon semblait avoir le feu aux fesses à courir comme si sa vie en dépendait.

Tandis qu’elle le regardait filer, elle se tourna lentement vers la porte fermée. Elle mit un petit moment avant de se décider à frapper. Il ne servait à rien de faire reculer l’instant où elle l’affronterait à nouveau. Pendant l’heure du repas, tout le monde avait fait comme si personne n’avait vu le côté de son visage encore rouge et sa lèvre tuméfiée.

Elle n’était pas une femme battue, et pourtant, la douleur cuisante de l’humiliation était bien plus cruelle que le coup porté.

Oïn, dans l’après-midi, lui avait donné discrètement un baume pour sa lèvre. Elle avisa de nouveau la porte et frappa pour de bon cette fois.

— Entrez, Aria, lança la voix de Thorïn dans la pièce.

Quand Aria fut à l’intérieur, elle fut surprise de découvrir un bac rempli d’eau fumante et Thorïn qui l’attendait un peu plus loin. Regardant tour à tour l’un et l’autre, elle n’osa formuler tout haut la question qui venait de traverser son esprit.

— J’aimerais que vous me laviez, commença Thorïn, le visage impassible.

— Vous laver ?

Était-il devenu fou ?

Il fronça les sourcils.

— En fait non, je ne vous le demande pas, je vous l’ordonne, murmura-t-il.

— Je veux bien, mais vous êtes encore habillé, rétorqua-t-elle, doucement.

Son prince s’avança jusqu’à elle, leur deux visages se touchant presque.

— Alors, déshabillez-moi, Aria.

Les lèvres du nain s’incurvèrent en un sourire de dérision. Il la mettait au défi, comprit-elle.

La jeune femme déglutit péniblement, l’esprit en ébullition et le corps s’échauffant à certaines pensées un rien osées. Elle se passa doucement la langue sur sa lèvre inférieure avant d’avancer ses doigts en tremblant légèrement. Elle savait ce qu’il attendait d’elle et son cerveau n’avait pas envie d’analyser quoi que ce soit d’autre que le fait qu’elle allait le voir nu. Totalement nu.

Comme dans un rêve, elle se vit déboutonner son pardessus, puis sa chemise qui, une fois tombée à terre, le laissa torse nu, dévoilant deux pectoraux bien musclés sur une toison brune agrémentée de quelques reflets argentés. Mue par un besoin vital, elle passa sa main dessus puis descendit jusqu’à son ventre dur. Thorïn ne disait rien et se laissait faire inflexible et immobile.

Il attendait.

Aria, quant à elle, continua son effeuillage en délaçant ses pantalons puis son caleçon long. Vint alors le moment où elle dut s’agenouiller devant lui pour faire les passer par-dessus ses jambes. Elle sut alors que le nain était loin d’être insensible à leur manège, car sa virilité érigée témoignait du très grand plaisir qu’il devait prendre à ce jeu, car il s’agissait d’un jeu, elle en était certaine cette fois.

Une fois totalement nu, Thorïn enjamba le baquet pour se laisser glisser dans l’eau bouillante pendant qu’Aria récupérait le pain de savon et un linge pour le laver. Avec une infinie précaution, elle commença à lui frotter le torse, puis les bras. C’était agréable, songea Thorïn qui s’émerveilla de la douceur des mains de sa compagne sur son corps endolori par tant de travaux.

Par mégarde, Aria fit alors tomber le morceau de savon dans le bac, ce qui fit ouvrir un œil à Thorïn quand il l’entendit pousser un petit cri d’agacement.

— Qu’attendez-vous pour aller le récupérer ? grogna-t-il.

La jeune femme poussa un soupir.

— Je vais être trempée si je dois me pencher pour atteindre le fond. Ne pourriez-vous pas…

— Non, la coupa-t-il. Vous l’avez fait tomber, vous le ramassez.

Il lui lança un regard sombre, plein de promesses de volupté.

Sachant qu’il ne servait à rien de tergiverser plus longtemps, elle se leva à demi pour se pencher et…

Elle se retrouva la tête la première dans l’eau. Thorïn venait de la tirer vers lui.

— Mais pourquoi ? tenta-t-elle de dire en crachant de l’eau qu’elle avait avalée par mégarde.

— Pourquoi ? rétorqua-t-il simplement. Sans doute parce que de toute façon vous allez indéniablement vous retrouver trempée, je me suis dit qu’il serait sans doute mieux que vous me rejoignez directement dans le bain.

— Vous êtes impossible, Thorïn Oakenshield, pesta-t-elle avant de trouver une position pour s’asseoir dans le grand bac.

Thorïn la regarda faire un moment, amusé par l’humeur de la jeune femme. Mais elle était toujours habillée et cela ne lui plut pas du tout.

— Enlevez-moi cela, lui jeta-t-il durement.

— Oui maître, répondit-elle de manière sarcastique.

Elle se redressa, trop heureuse d’enlever cet objet de torture qu’elle avait dû supporter toute la journée.

Le nain allait lui rétorquer qu’elle avait enfin compris où était sa place quand il se figea net en voyant les traces rouges presque à vif qu’Aria avait sur tout le corps.

— Qu’est-ce que c’est … ? commença-t-il en voulant effleurer une des nombreuses rougeurs sur la peau de la jeune femme.

Cette dernière se déroba à son geste.

— C’est à cause de cette maudite robe, s’énerva Aria. Je n’avais rien en dessous pour me protéger la peau et la toile rêche a eu raison de moi !

Thorïn se passa la main sur le visage. Sa vengeance aurait dû le contenter et le libérer de l’acidité de la trahison qu’il avait ressentie en apprenant ce qu’était vraiment Aria. Ce qu’elle lui avait insidieusement caché. Au lieu de cela et depuis ce matin, il se sentait amer…et tellement mal… cette fois, il comprit qu’il avait dépassé les bornes.

— Aria, viens ici, dit-il doucement.

Le cœur d’Aria chavira en l’entendant l’appeler ainsi. L’observant à la dérobée, elle se rendit compte qu’il avait fait tomber son masque de rigidité et qu’au contraire, il arborait une expression douce et… chaleureuse. Avec précaution, elle s’avança vers lui et dès qu’elle fut assez proche, il l’enlaça et la fit tomber dans ses bras.

— Oh, Aria, chuchota-t-il contre son oreille. Que vais-je bien pouvoir faire de toi ?

La jeune femme se redressa un peu pour pouvoir le regarder dans les yeux. Leurs fronts se touchaient, ils étaient l’un contre l’autre. Elle prit son visage en coupe et posa ses lèvres sur les siennes en un baiser empreint d’une telle tendresse que cette fois-ci ce fut bel et bien Thorïn qui crut chavirer corps et âme. Son aimée, quoiqu’il advienne, quoiqu’elle soit, elle restait son aimée, son âme sœur. Il comprit que sa vengeance ne servirait qu’à le blesser davantage au lieu de l’apaiser, car s’il lui faisait du mal, c’était son cœur à lui qui saignait.

Lentement, il écarta une mèche de ses cheveux pour l’admirer de tout son saoul. Sa belle Aria.

Sans un mot, ils finirent de se laver tous les deux, exprimant à travers leurs gestes tout ce que les mots ne suffiraient pas à exprimer. Thorïn fut le premier à sortir du baquet avant d’aider Aria à faire de même. Ils se séchèrent mutuellement et décidèrent de se sustenter dans la chambre.

Ils avaient besoin de se retrouver.

— Me parleras-tu de toi ? lui demanda Thorïn alors qu’elle finissait d’engloutir son dernier morceau de pomme.

La drakonnite avait bien compris que le prince d’Erebor avait fini par admettre ce qu’elle était vraiment et que cela ne changeait rien à ses sentiments. Elle savait qu’elle pouvait lui faire confiance… jusqu’à un certain point. Malheureusement, la Montagne Solitaire aurait beau être réaménagée par les nains, elle continuerait de dépérir tant qu’elle n’aurait pas retrouvé son cœur. L’Arkenstone. Il fallait que Thorïn croie suffisamment en elle pour accepter de lui donner cette pierre afin qu’elle puisse la protéger et la redonner à son propriétaire légitime. Rien ne se faisait en un jour, pensa-t-elle, et pour le moment, elle voulait simplement profiter de ces instants présents avec son Prince. Était-ce mal ? Un tort ?

Tout à ses réflexions intimes, elle n’avait pas vu que Thorïn ne l’avait pas quittée des yeux, l’admirant de ce regard neuf et émerveillé qu’ont les gens quand ils s’aiment d’un amour tendre et pur.

Elle lui envoya son plus beau sourire en retour et caressa machinalement son visage avant de demander :

— Que veux-tu savoir exactement de moi, mon beau prince d’Erebor ?

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A propos Darklinne 111 Articles
Auteure de roman et de fanfictions. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales.