12. Des retrouvailles mouvementées

Avant-propos : ce chapitre contient quelques scènes lime. Je tiens à vous prévenir avant que vous n’entamiez la lecture de ce dernier.

Autre chose, j’ai écrit cette fanfiction tout en prenant appui sur l’univers du Hobbit tout en brodant à ma manière mon histoire par-dessus. Elle ne respecte pas les idées principales de Tolkien et je me rends compte, après relecture que cette fanfiction est très « adulte ».

Si vous préférez garder un aspect plus enfantin des personnages, ou plus raccord avec l’univers d’origine, je vous déconseille ce chapitre, je suis consciente qu’il peut choquer, mais je l’ai voulu ainsi.


12. Des retrouvailles mouvementées

Cela faisait deux semaines que son père et lui-même étaient les invités du roi Adrial. Legolas n’avait pas compris pourquoi Thranduil souhaitait nouer des relations avec un tel personnage. Le roi des Drakonnites était des plus imposants et incroyablement terrifiant. Son père tenait à une alliance avec ce peuple à cause de leurs pouvoirs et de leurs trésors incommensurables. Même s’il le comprenait, il s’était vaguement demandé pourquoi, lui avait dû l’accompagner.

Puis il avait appris que le roi avait une fille. À cette évocation, Legolas se mit à sourire en se souvenant de la tête qu’il avait faite quand son père lui avait dit que cet homme avait une enfant. Il avait alors imaginé cette fille en superposant les traits du père sur elle-même. À entendre les gens d’ici, la princesse était très différente des canons de beauté de leur peuple. Il l’avait alors imaginé de la manière la moins aimable possible.

Finalement, il avait été fort surpris de découvrir que la Princesse Ariana ne ressemblait en rien à ce qu’il s’était imaginé. Quand il repensa à la petite créature tout en boucles rousses et rondeurs, il se mit à glousser. Elle était espiègle et aussi dangereuse qu’un bébé warg. Son tibia le faisait encore souffrir et quant à son orgueil, il n’était toujours pas revenu de ses congés forcés.

La princesse Ariana était très différente de ce à quoi il s’était attendu. Bonne ou mauvaise surprise, il n’aurait su le dire, mais dans tous les cas, il refusait de voir leurs vies liées pour servir les intérêts de leurs pères respectifs. L’unification de deux peuples ne pouvait se faire que de deux manières possible : par la guerre ou un mariage. Thranduil, sachant qu’une guerre coûterait cher en argent et en guerriers, s’était rabattu sur la seconde option. Cela dit, il ne comprenait pas pourquoi le roi Adrial avait accepté une telle proposition. Un elfe et un Drakon ? Cela n’avait aucun sens !

Legolas n’était pas certain d’apprécier qu’on lui impose quelqu’un et il se doutait qu’il en allait de même pour la princesse. Ariana était encore si jeune. À peine cent cinquante ans. Autant dire une enfant.

Une main douce et légère le ramena au présent. Le prince de Mirkwood se retourna vers sa compagne du moment. Une des suivantes de la princesse. Il ne s’agissait pas d’une Drakonnite, mais d’une elfine libre. Il ne se souvenait plus de son prénom, mais pour ce qu’il avait à faire avec elle, cela n’avait guère d’importance.

— Que vous arrive-t-il, mon beau prince ? demanda-t-elle d’une voix lascive.

Legolas soupira.

— On veut me forcer à un mariage qui me répugne d’avance, lança-t-il avec hargne.

La fille gloussa.

— Ah ! Je peux vous comprendre. Devoir épouser la princesse Ariana doit-être un véritable calvaire. Elle est si laide.

L’elfe serra les poings. Comment cette idiote pouvait-elle parler ainsi de celle qu’elle servait ? Certes, il répugnait à ce mariage, mais pas pour cette raison. La princesse était loin d’être laide. Elle était même mignonne, à sa manière.

— N’en parlons plus, décida-t-il en empoignant fermement la taille de l’elfine. Je n’ai aucune envie de parler de cela avec toi. Je ne suis pas venu pour cela.

Sans attendre, il lui écarta les jambes et la pénétra brutalement. La fille hurla de plaisir tandis que lui-même se perdait dans les confins d’une luxure qui ne le griserait que le temps d’un moment.

Non loin de là, derrière la fenêtre de la chambre du prince des elfes sylvains, une jeune princesse venait d’entendre, à défaut de voir, ses beaux rêves détruits et réduits en cendres. Le prince de Mirkwood ne voulait pas d’elle parce qu’elle était trop laide.

Cela lui brisa le cœur.


Aria était revenue à lui. Elle était là, dans son royaume.

Le cœur du prince d’Erebor rata un battement. Il s’en voulut de l’avoir espéré et regrettait d’autant plus de ressentir une certaine impatience à la revoir. Cette immonde traîtresse. Cette horrible créature qui s’était moquée de lui depuis le début de leur histoire. Ah ! Comme elle avait du bien rire de le voir tomber à ses pieds comme un jeune puceau énamouré. Il lui aurait tout donné si elle l’avait demandé. Un grondement naquit du plus profond de sa poitrine pour finir par sortir en un hurlement rauque et brutal, faisant sursauter Bombur qui n’avait pas bougé depuis qu’il avait annoncé la nouvelle à son prince. Bilbo quant à lui, semblait s’être transformé en statue de sel.

Reprenant ses esprits, Thorïn avisa le gros nain d’un air revêche.

— Demande à Dwalïn et Gloïn d’escorter comme il se doit cette maudite femelle dans mes appartements. Il faut que je réfléchisse à la punition que je vais lui infliger… avant de la tuer de mes mains.

La dernière phrase fut prononcée dans un grognement si bas que Bilbo et Bombur se regardèrent, perplexes, pensant avoir mal entendu.

— Très… très bien, Thorïn, lança cependant Bombur qui savait qu’il ne servait à rien de contrarier leur chef.

Puis il repartit d’un pas lourd et tendu vers l’entrée de la forteresse.

Pendant ce temps, Thorïn s’en était allé dans ses quartiers, essayant de calmer les élans contradictoires de son cœur et de sa conscience. Aria, Bofur et Oïn allaient être surpris par l’accueil que leur réservait le reste du groupe. A cette idée, il émit un ricanement proche du grondement.

Il espérait vraiment que l’accueil des siens la surprendrait tout autant qu’il l’avait été quand il avait découvert qui elle était.

Œil pour œil…

oO§Oo

Ils avaient marché sans prendre de pause pendant toute la journée, car Aria voulait arriver le plus vite possible avant la tombée de la nuit. Certes, ils étaient fatigués, harassés, mais personne ne se plaignait. De toute façon, ils auraient bien le temps de se reposer une fois arrivé à destination.

Plus ils s’approchaient de la montagne et plus l’allégresse d’Aria grandissait. Elle avait tellement hâte de revoir Thorïn et d’être dans ses bras. Elle savait que plus rien ne pourrait lui arriver de mal une fois qu’elle l’aurait retrouvé. Elle était amoureuse et se l’avouer avait été un véritable soulagement. Elle se devait de le lui dire. Quand il lui avait avoué ses sentiments pour elle, elle avait été persuadée – et elle l’était encore – qu’il avait attendu qu’elle lui retourne sa déclaration. À l’époque et sur le moment, elle ne l’avait pas fait. Après tout, si elle lui avait avoué ce qu’elle ressentait pour lui, elle n’aurait pas pu lui cacher plus longtemps ce qu’elle était.

Elle savait qu’un rejet de sa part la tuerait. Elle ne pourrait vivre tout en sachant que son amour éternel la méprisait ou pire, la considérait comme une ennemie de sa race. Bien sûr, elle n’avait pas oublié sa surprise puis le regard plein de dégoût qu’il lui avait jeté quand elle s’était transformée, mais si elle lui expliquait les choses, il comprendrait… comme Fili, Kili, Oïn, Bofur et Bard.

Qui mieux que Thorïn pouvait la comprendre, après tout, puisqu’il l’aimait.

oO§Oo

À Erebor, Dwalïn et Gloïn attendaient de pied ferme la jeune femme qu’ils considéraient eux aussi comme une traîtresse. Une fois le trio arrivé, Dwalïn s’approcha du groupe, la mine fermée. Il agrippa le bras d’Aria d’une poigne de fer, suivi rapidement pas Gloïn qui lui saisit l’autre bras, toujours sans un mot.

— Mais que … ? demanda la jeune femme, confuse, qui ne comprenait pas ce qu’il se passait.

Quand ils s’étaient arrêtés devant l’entrée grande ouverte, Aria avait bien vu la mine sombre et peu avenante des deux nains qui étaient venus les accueillir, mais jamais elle n’aurait cru qu’ils agiraient ainsi.

— On peut savoir ce qu’il se passe, ici ? questionna Bofur qui ne saisissait pas plus que la jeune fille ce qui se tramait.

— Elle est notre prisonnière, grogna Dwalïn à l’adresse de Bofur qui ouvrit la bouche de confusion.

— Ça a l’air de t’étonner ? renchérit Gloïn qui ne comprenait pas le surprise du nain au chapeau.

— Étonné, pour sûr, oui, reprit-il, la princesse Aria est des nôtres, pourtant, il me semble.

— Des nôtres ?! cracha furieusement Dwalïn qui n’en revenait pas que l’un des leurs prenne la défense de cette intrigante en jupon.

Un dragon, qui plus est, menteur et aussi calculateur que l’autre qui était mort. Il pouvait aussi ajouter manipulateur, car à voir la tête que faisait Bofur, il semblait bien qu’elle ait ensorcelé son ami pour qu’il soit de son côté.

Toujours furieux, il tourna sa tête vers la Drakonnite.

— Que lui avez-vous fait, créature de malheur, pour qu’il soit de votre côté ? éructa-t-il plein de dédain.

— Mais rien ! rétorqua Aria, trop abasourdie pour être furieuse de cet accueil des plus polaires.

Tentant de se défaire de la poigne des deux nains, elle avisa Gloïn.

— Je pense qu’il y a un malentendu, avança gentiment Aria. Je suis certaine que Thorïn ne voudrait pas que vous me fassiez le moindre mal…

À cette affirmation maladroite, Dwalïn et Gloïn s’esclaffèrent de concert, ce qui fit froncer les sourcils de la jeune femme. Mais qu’avait-elle bien pu dire pour que cela les fasse rire ainsi ?

— Je vous arrête tout de suite, ma jolie, grogna Dwalïn, mais si on agit ainsi, c’est sur ordre de notre prince, justement.

— D’ailleurs, enchaîna Gloïn, c’est lui-même qui nous a demandé de vous mener à lui, ici et maintenant.

Tout en disant cela, les deux nains la tirèrent brutalement pour la faire entrer de force dans le palais de Thorïn. Plus qu’ils la tiraient, ils la trainaient. Aria avait bien compris, non sans mal ni sans douleur, qu’elle était loin d’être la bienvenue en ces lieux. Songeant à la confrontation qui se préparait, elle fut prise de sueurs froides. Mais pourquoi agissaient-ils ainsi ? Que leur avait-elle fait pour mériter un tel traitement… à moins que… Non, elle ne voulait pas croire ce que son esprit tentait de lui révéler, de lui rappeler.

Bofur et Oïn, quant à eux, n’avaient pas bougé d’un iota. Ils regardèrent non sans surprise et perplexité les deux autres nains emmener leur compagne auprès de leur chef.

— Je ne sais pas pourquoi, commença Bofur, mais ça ne sent pas bon du tout, cette histoire.

Oïn le regarda confusément et porta son cornet à l’oreille et râla.

— Qu’est-ce que tu dis ?

oO§Oo

À quelques kilomètres de là, au campement elfique, le Seigneur Thranduil ne décolérait toujours pas.

— Vous êtes certains de ce que vous avancez ? répondit-il froidement. Elle est vraiment partie ?

— Oui, Votre Majesté, déclara un des soldats. D’après l’homme archer, elle serait retournée à Erebor.

— Erebor, soupira le roi des elfes. Pourquoi faire une telle chose ?

D’un geste de la main, il fit comprendre aux soldats qu’ils pouvaient disposer. Il voulait être seul et réfléchir à ces nouvelles informations. Pourquoi la princesse Ariana le fuyait-elle ainsi alors qu’il y a quelques mois de cela, c’était elle-même qui lui avait demandé aide et asile ?!

Smaug le Doré étant mort, il avait alors cru qu’elle serait revenue d’elle-même à la raison. Alors pourquoi cette envie de retourner dans ce lieu de désolation auprès du roi d’un peuple aussi primitif et barbare que laid et grossier ? Il avait beau chercher, il ne voyait ni ne comprenait ce qui l’avait poussée à agir ainsi. Cette petite avait décidément besoin d’une bonne leçon. Dès qu’il remettrait la main sur elle, il lui ferait comprendre qui était le maître et qui avait les rênes du pouvoir. Ils allaient devoir lui apprendre deux ou trois choses à ce sujet.

Tout à ses pensées, il entendit à peine le voile de sa tente se lever. Quelqu’un venait d’entrer. Lentement il se retourna pour découvrir son fils qui se tenait devant lui, la mine sombre, le dos bien droit.

Quelque chose n’allait pas.

— Un groupe d’Orques et de wargs arrive par l’est, lui apprit-il. De choses étranges se passent, Père.

— La guerre est imminente, Legolas.

— Père, je… commença Legolas avant d’être aussitôt interrompu par ce dernier qui reprit.

— Je vais te donner une mission, mon fils.

Thranduil avança doucement vers son seul et unique héritier. Il savait qu’il pouvait compter sur son indéfectible loyauté.

Legolas observait son père, attendant ses ordres. Il savait que cela ne pourrait jamais être pire que la sentence qu’il avait imposée à Tauriel. Il l’avait bannie de leur royaume, bannie de leur vie avec la formelle interdiction revenir parmi eux. Au fond, Legolas savait qu’il ne pourrait totalement obéir à son père. Non parce qu’il avait l’esprit de rébellion, mais tout simplement parce qu’il jugeait la sanction trop lourde.

— Je veux que tu ailles jusqu’à la Montagne Solitaire où se terrent les nains.

— Et que devrais-je y faire ?

— Récupérer la princesse Ariana.

— La princesse ? s’exclama Legolas qui n’y comprenait plus rien. Mais n’est-elle pas saine et sauve au village ?

Thranduil scruta attentivement son fils.

— Non, elle est retournée hier auprès des nains qui se trouvent à Erebor.

À ces mots, le visage du prince des elfes se ferma.

— Pourquoi, père ? demanda-t-il.

— Je n’en sais rien, Legolas. Quand tu l’auras retrouvée et ramenée en sécurité sur notre campement, peut-être nous l’expliquera-t-elle.

— Bien, père, répondit Legolas en s’inclinant respectueusement. Je ferai tout mon possible pour vous la ramener ici.

Après un dernier salut au souverain de la Forêt Noire, Legolas repartit en direction du pont qui rattachait le reste de la terre ferme au petit village sur pilotis. Pour atteindre les plaines surplombant la Montagne, il devrait emprunter un bateau au Bourg-Du-Lac. Repensant à sa nouvelle mission, l’elfe soupira de lassitude. Ce n’était pas ce qu’il avait prévu. Il était venu dans l’espoir de convaincre son père de revenir sur sa décision de sanction à l’égard de Tauriel. La princesse Ariana n’en faisant qu’à sa tête, compromettant dangereusement ses projets. À croire que les rousses avaient un problème avec les nains. La veille au soir, il avait enfin eu le fin mot de l’histoire concernant la princesse Drakonnite. Son père l’avait enfermée après lui avoir parlé de ce fameux contrat signé un siècle plus tôt. Thranduil avait amené la chose sous forme de proposition auprès de la jeune femme pour qu’elle ne se braque pas tout de suite, mais l’effet avait été inverse. Oh ! Elle n’était pas la seule à qui ce contrat posait problème. À y songer, il en avait lui-même des sueurs froides. Cependant, là n’était pas le propos. Il devait la chercher et la ramener ici. Il comptait bien y parvenir, dût-il la traîner par son incroyable chevelure.

oO§Oo

Aria avait fini par lâcher prise et se laissait emmener par les deux nains dans les longs couloirs d’Erebor. Il leur fallut une dizaine de minutes pour se présenter à une immense et lourde porte qui était entrouverte. Dwalïn la poussa sans même s’annoncer.

Une fois qu’ils furent à l’intérieur, le cœur d’Aria fit plusieurs ratés. Thorïn était là, lui tournant le dos. Il regardait le mur, les mains jointes derrière lui.

Toujours sans ouvrir la bouche, Dwalïn la lâcha quelques instants pour aller chercher une lourde chaîne en fer. Il n’allait tout de même pas… songea Aria, déphasée.

Sans qu’elle ne se rende compte de rien, nageant dans une confusion totale, le nain la fit avancer sans ménagement jusqu’à un crochet suspendu non loin d’un immense lit et l’y attacha avec la chaîne.

— Si vous avez terminé, leur lança Thorïn, vous pouvez nous laisser. N’oubliez pas de fermer la porte derrière vous en sortant. Je ne veux être dérangé sous aucun prétexte.

— Très bien, Thorïn, répondit Gloïn. Si tu as besoin de nous, nous ne serons pas loin… juste au cas où.

La jeune femme scruta avec stupeur les deux hommes de main de Thorïn qui ressortirent de la pièce. Son regard était tourné vers la porte, presque hypnotisée. Depuis bien longtemps et sans doute pour la première fois de sa vie, elle avait réellement peur de ce qui allait suivre. Elle ne craignait pas pour sa vie, bien au contraire, mais elle avait peur d’affronter son regard sur elle et… tout le reste.

Thorïn dut prendre sur lui pour ne pas se retourner et se précipiter vers elle. Dès que les deux nains étaient entrés avec elle dans la chambre, il avait reconnu son odeur de fleurs et de jasmin. À cause d’elle, il en était venu à adorer ce parfum qu’il n’assimilait dorénavant qu’à son aimée. Il poussa un long soupir pour se donner le courage de ne pas craquer. Il la haïssait de lui faire éprouver autant de sentiments contradictoires. Une partie de lui voulait la tuer pour cela, mais une autre s’y opposait fermement. Il ne savait pas s’il survivrait à sa mort parce que… ses traits se durcirent davantage à ce que sa conscience allait lui rappeler. N’en pouvant plus d’attendre, il se retourna enfin.

Le choc que la vision de la jeune femme lui causa fut immense : un mélange de joie, de peine et de haine. Un mélange explosif qui faillit en un instant le faire basculer dans la folie. Son visage était tourné vers l’entrée comme si elle espérait une quelconque aide extérieure. Il ne supportait pas de la voir ainsi, comme si elle avait peur de lui.

— Regarde-moi ! hurla-t-il à celle à qui il avait tout donné.

Lentement, Aria fit pivoter son visage vers lui. Il reçut un second choc en la découvrant si craintive, presque apeurée. Il ne l’avait jamais vue ainsi depuis qu’il la connaissait. Et c’était de lui, à cause de lui qu’elle était dans cet état. Cela l’ébranla au plus haut point. Furieux de ce qu’elle faisait naître en lui et sans se retenir, il la gifla de toutes ses forces.

Il s’en détesta immédiatement en comprenant la portée de son geste. La tête de la jeune femme venait de percuter violemment le mur où elle était attachée. Sa lèvre, fendue par le coup, se mit à saigner abondamment. Il eut honte, très honte avant de se rappeler et de se convaincre qu’elle n’était qu’un monstre qui ne méritait pas d’autre traitement. Elle n’était pas une femme, se justifia-t-il pour lui-même, jamais il n’aurait frappé une véritable femme, c’était indigne et lâche ! Mais tout de même… La tête lui tournait. Il vit trouble un moment.

Mais qu’est-ce qui m’arrive ?! songea-t-il intérieurement. Que suis-je en train de faire ?

— Pourquoi ? osa demander Aria, confuse et terrifiée. Que t’ai-je fait pour que tu me traites de la sorte ?!

La jeune femme se retenait à grand-peine de pleurer, car, en cet instant précis, elle avait le cœur brisé, déchiré même. Ce qu’elle avait subi avec le prince de Mirkwood des années plus tôt n’était rien comparé à cela. Rien. La gifle de Thorïn, si brutale soit-elle, n’était rien confrontée à la haine qu’il semblait lui vouer. Elle ne se souvenait pas avoir fait quoi que ce soit pour mériter un tel comportement. Elle avait mal. Très mal. Elle ne pouvait tout simplement pas croire que cette brute enragée qui lui faisait face était l’homme qui l’avait et qu’elle avait aimé quelques jours plus tôt. Elle voulut se mordre la lèvre par réflexe pour s’empêcher de geindre de détresse, mais la douleur causée par la coupure l’en empêcha.

— Tu me demandes pourquoi ?! hurla Thorïn qui se mit à faire les cent pas devant elle pour s’empêcher de la prendre dans ses bras ou de la secouer comme un prunier. Après toutes tes traîtrises, tu oses seulement me poser cette question, DRAGON ?!

Le mot honni, hurlé de la sorte fit comprendre à Aria de quoi l’accusait Thorïn.

Elle ferma les yeux, voulant croire que tout ceci n’était qu’un cauchemar, cependant elle sentit que le nain s’était approché d’elle. Il captura brutalement son visage d’une main forte et féroce réveillant la douleur du coup qu’il lui avait porté quelques secondes plus tôt.

— Qui t’as permis de fermer les yeux, chienne, cracha-t-il tout en enfonçant encore plus violemment ses doigts dans sa chair.

Oh cher Drakos ! Qu’il lui faisait mal, elle ne se rendit compte de l’eau qui avait inondé ses yeux que lorsque Thorïn lâcha sa joue comme s’il avait été brulé par le feu.

— Tu pleures ?! Alors que c’est moi qui ai été victime de ta fourberie ! T’es-tu bien amusée à me mener par le bout du nez devant les miens, à me ridiculiser ?!

— Je ne t’ai jamais trahi, Thorïn, gémit-elle.

—Tais-toi ! Tais-toi ! asséna-t-il. Je ne veux pas t’entendre… des mensonges. Tous les mots qui sortent de ta bouche sont corrompus !

Le prince se mit à faire de grandes enjambées dans la pièce tout en se tenant la tête des deux mains. Aria en aurait ri si la situation s’y était prêtée. Là, elle ne pouvait que pleurer amèrement l’entêtement de son bien-aimé à ne voir que le mal en elle. Pourtant, elle ne pouvait le laisser se fourvoyer ainsi.

— Je ne me tairai pas, Thorïn, et tu pourras me gifler, me frapper, cela ne changera rien, car je refuse de te céder ! cria-t-elle à son tour.

Ses larmes s’étaient enfin taries ; la confusion et la peine avaient laissé place à la colère. Une colère grandissante, car on l’accusait à tort. Il ne lui laissait même pas le temps de s’expliquer.

Elle fixa gravement cet homme qu’elle aimait. Il s’arrêta à quelques mètres d’elle et elle put lire une myriade de sentiments sur son visage. Il fallait qu’elle s’explique. Elle était par ailleurs certaine qu’il ne lèverait plus la main sur elle. Il n’était pas ce genre de monstre, même si la douleur cuisante qu’elle ressentait sur sa joue gauche commençait à l’élancer désagréablement… sans compter sa lèvre tuméfiée.

— Contrairement à ce que tu crois, je suis loin d’être un monstre !

Il ricana méchamment.

— Non ? Tu ne l’es pas ? Vraiment ?! tonna-t-il, et ce Smaug il était quoi ? Un animal de compagnie, peut-être ?!

Aria soupira. Il ne la déstabiliserait pas comme cela.

— Smaug était un être maléfique et sournois, il méritait de mourir, reprit-elle tout en gardant ses yeux fixés sur lui.

— Et toi ? souffla Thorïn qui s’était approché d’elle de quelques pas. Qu’es-tu, Aria ? Qui es-tu ?

D’un geste doux, il lui caressa la joue qu’il avait si durement violentée un peu plus tôt. Loin d’être découragée ou déconcentrée, elle lui répondit :

— Je m’appelle Ariana, je viens d’une contrée qui se trouve au-delà de la Montagne Solitaire et des Monts de Fer. Mon peuple, les Drakonnites font partie d’une longue lignée de gardiens protecteurs des montagnes de la Terre du Milieu.

— Le monstre t’a appelé « Princesse », pourquoi ? exigea de savoir Thorïn qui avait mis sa fureur de côté, curieux de connaître les fables que cette créature allait lui débiter.

— Parce que j’étais la princesse de mon peuple. Je suis la fille unique du roi Drakons, Adrial.

— Une princesse ? se moqua-t-il durement. Rien que cela ? Pourquoi « étais »? Tu ne l’es plus ?

Il ne la prenait pas au sérieux, comprit-elle, peinée et furieuse qu’il mette ainsi ses propos en doute. Toutefois, elle devait tout lui dire. S’il ne la croyait pas, c’était son problème, car elle ne faisait que lui dire la vérité.

— Je l’étais, oui. Je ne le suis plus vraiment puisque mon peuple a disparu après les derniers méfaits causés par Smaug le Sournois.

— Que c’est facile. Après avoir engendré peine et tourment pendant des milliers d’années sur cette Terre, ils décident de s’éteindre tranquillement comme cela, d’un claquement de doigts ?

Aria leva les yeux au ciel en priant très fort pour que sa patience ne s’étiole pas comme une mèche consumée par les flammes.

— Nous n’avons pas engendré peine et tourment, comme tu le dis. Seulement, les hommes et les nains ont toujours été trop lâches pour nous comprendre.

— Trop lâches ? répéta Thorïn qui avait une envie furieuse de l’étrangler. Tu penses vraiment que nous avons été lâches de vous craindre et de vous haïr ?

La jeune femme le contempla avec intensité.

— Vous avez peur de ce vous ne pouvez contrôler.

— Et cela t’étonne ?

Le nain eut un petit rire méprisant.

— Non, Thorïn, cela ne m’étonne pas, cela m’attriste. Nous ne sommes pas des monstres sans cœur.

Cette fois-ci il ne put s’empêcher de rire méchamment.

— Non, votre Smaug était tout sauf un monstre, bien sûr.

— Je ne remets pas les atrocités de ce dragon en cause, s’exaspéra Aria. Je…

Elle ne put finir sa phrase, car Thorïn lui caressait à présent le cou avec une certaine délicatesse, en contradiction avec la lueur mauvaise qu’il y avait encore dans ses yeux.

— Que vais-je pouvoir bien faire de toi, Ariana, princesse dragon qui n’est pas si humaine que cela finalement ?

Une lueur d’intérêt s’alluma dans son regard.

— Dis-moi, quelle est ta véritable forme ? demanda t-il tout en faisant descendre sa main un peu plus bas dans l’échancrure de son vêtement, causant ainsi un frémissement d’anticipation auprès de la jeune femme.

— Humaine, souffla-t-elle tout en s’interdisant de fermer les yeux sous le plaisir que la main du nain lui procurait.

— Vraiment ? chuchota-t-il tout contre son oreille, lui causant de délicieux frissons.

Un long silence s’installa entre eux. Chacun semblant se repaître de la présence de l’autre. Aria ne sut jamais quand elle ferma les yeux, mais elle les ouvrit d’un coup quand elle entendit le bruit d’un tissu que l’on déchirait sur toute la longueur.

De l’air froid vint piquer sa poitrine mise à nu. Comprenant ce qu’il venait de se passer, elle haleta de stupéfaction. Après avoir dévoilé ses seins, Thorïn réserva le même traitement au reste de ses vêtements. Bientôt elle se retrouva totalement nue et à la merci de son geôlier. Seule restait la chaîne qui entravait toujours ses poignets contre le mur.

— Mais qu’est-ce que tu comptes faire de moi, Thorïn ?

Elle se tortilla dans tous les sens pour essayer de se défaire de ses liens.

— Tu pourras te débattre autant que tu le souhaites, ma douce, cela ne changera rien à ta situation, déclara Thorïn d’une voix quelque peu radoucie. Et ainsi, tu ne risques pas d’aller bien loin.

Il n’avait pas prévu la réaction instantanée de son corps. Il la désirait. Lentement, il desserra à son tour le col de son propre vêtement pour se donner une certaine contenance. S’il n’avait tenu qu’à lui, il l’aurait déjà libérée de ses chaînes pour la jeter sur son lit et lui faire l’amour jusqu’à ce qu’elle crie grâce. Jusqu’à ce qu’elle oublie son propre nom pour ne se souvenir que du sien. Il avait pris un plaisir énorme à lui déchirer ses habits. Loin d’avoir peur de lui, il avait senti son excitation monter et cette réaction avait réveillé en lui d’autres perspectives plus apaisantes que celle de la vengeance qu’il lui préparait. Néanmoins, avant d’aller plus loin, il avait besoin de savoir quelque chose. Une image, une phrase de Balïn revint le hanter dangereusement, menaçant de faire vaciller ses projets immédiats.

— Dis-moi, pourquoi m’avoir sauvé des flammes de Smaug ? questionna-t-il les yeux plissés, l’air de ne pas y toucher.

Comme si la réponse, quelle qu’elle soit n’avait aucune importance pour lui.

Aria le dévisagea, la gorge sèche. Elle avait failli lui dire « parce que je t’aime bougre d’idiot, voilà pourquoi je t’ai sauvé ! » Mais après cela ? Bien qu’elle comprenne pourquoi il avait agi ainsi avec elle, elle ne pouvait facilement lui pardonner. Cependant, si elle ne lui disait pas la vérité, elle craignait d’envenimer encore plus la situation. Toutefois, il méritait tellement qu’elle lui fasse payer ce traitement de faveur dont elle se serait bien passée.

Thorïn l’observait intensément, attendant qu’elle lui réponde. Les minutes qui s’égrainaient lui firent perdre raison et patience. Il se rua sur elle, lui saisissant avec férocité le bras puis enfonçant ses doigts dedans.

— Mais parle, par Durïn ! Dis quelque chose ! hurla-t-il à quelques centimètres de son visage.

— Mais parce que je t’aime crétin ! cria-t-elle à son tour à plein poumon.

Sa déclaration percuta Thorïn comme une bombe en plein visage, une explosion en plein cœur.

—Qu’as-tu dit ? redemanda-t-il, n’en croyant pas ses oreilles.

Aria n’en revenait pas elle non plus, avait-elle bien dit ce qu’elle avait dit ?

— J’ai dit que c’était parce que je t’aime.

La fin de sa phrase qui n’avait été qu’un murmure fut comme un coup de poignard dans la conscience du prince d’Erebor. Elle l’aimait ? Non, ce n’était pas possible, elle mentait forcément. Cependant, son cœur voulait la croire, car après tout qu’elle autre raison aurait-elle eu de le sauver et de revenir ici ?

Ne sachant quoi faire d’autre et parce qu’aussi il en avait terriblement envie, il se pencha sur elle pour prendre ses lèvres en un long baiser plein de sauvagerie. Il voulait effacer ce qu’elle venait de lui avouer. Elle n’avait pas le droit de le lui dire maintenant. Ni jamais. Pas avec les projets qu’il avait fomentés pour elle !

Le baiser fut aussi douloureux qu’inespéré pour la jeune femme, qui accueillit avec joie la langue de Thorïn dans sa bouche, bien que la douleur aigüe de sa lèvre inférieure se fasse encore plus pénible. Aria pouvait sentir les mains de Thorïn parcourir son corps avant de prendre pleinement ses seins, les malaxant avec une certaine brutalité. L’avait-elle enfin retrouvé ? Ce cauchemar allait-il enfin prendre fin ? Oh ! Que tous les drakons de cette terre lui viennent en aide, elle ne survivrait jamais sans lui. Elle l’aimait tellement.

Bien trop vite à son goût, Thorïn mit fin à leur étreinte. Ils avaient le souffle court tous les deux et elle pouvait à présent lire tout le désir qu’elle lui inspirait dans ses prunelles aussi insondables que le fond des océans. Elle soupira doucement, il lui avait tant manqué.

— Et maintenant ? demanda Aria en agitant ses poignets dans l’infime espoir qu’il la libère enfin.

— Et maintenant, ma chère – il se mit à reculer tout en la dévisageant –, je vais aller me reposer, déclara Thorïn qui commença à retirer ses vêtements un par un avec une lenteur calculée pour finir par s’allonger sur son lit, totalement nu, sans le moindre regard envers Aria.

— Mais et moi ? s’exclama la Drakonnite.

— Vous, ma chère ? Vous êtes très bien où vous êtes, jeta froidement le nain qui avait repris le vouvoiement d’usage, avant de se mettre sous l’épaisse couverture pour dormir.

Elle le fixa un instant, enviant le confort de sa couche. Que n’aurait-elle pas donné pour s’enfouir sous les draps avec lui. Revenant à sa triste et froide réalité, elle chargea furieusement contre les attaches qui lui entravaient les poignets.

— Vous ne pouvez pas me laisser là comme cela, Thorïn Oakenshield ! hurla Aria qui n’en revenait pas du toupet qu’il avait de l’abandonner là comme cela nue et attachée !

Elle grogna de honte et de désarroi.

— Thorïn ! cria-t-elle à nouveau avant de tirer sur ses liens.

— Taisez-vous, grogna-t-il, j’essaie de me reposer et par la barbe de Durïn j’en ai vraiment besoin.

— Je ne veux pas rester votre prisonnière, relâchez-moi, bon sang !

— Vous ne vous arrêterez jamais, n’est-ce pas ?

— Non, tant que vous me considérerez comme cela, je n’arrêterais jamais !

Elle était furieuse et si Thorïn n’avait pas été véritablement fatigué, cela l’aurait amusé. Mais en l’occurrence, il avait assurément envie de dormir.

— Vous ne l’êtes pas ! cracha Thorïn. Satisfaite ?!

— Je ne suis pas quoi ? jeta hargneusement la jeune femme nue, attachée aux murs.

— Ma prisonnière. Maintenant, laissez-moi dormir !

— Thorïn, si je ne suis pas votre prisonnière, et vous m’en voyez ravie, pourquoi ne daignez-vous pas me libérer de ces affreuses chaines qui entravent mes poignets.

— Parce que, stupide femelle, vous n’êtes peut-être pas ma prisonnière, mais vous n’en restez pas moins mon esclave et vous êtes punie pour votre outrecuidance à mon égard ! Alors je vous ordonne de vous taire et de laisser votre seigneur et maître se reposer, car sinon il vous en coûtera très cher. Tenez-le-vous pour dit !

Sans plus attendre, le nain se retourna sur le ventre pour finir par s’endormir. La jeune femme le sut à l’intensité des ronflements qui brisèrent le silence pesant de la pièce. Comment osait-il ? Et comment avait-il osé lui faire cela, à elle ? Aria avait encore du mal à digérer ce qu’il venait de lui dire.

Elle était son esclave ? Était-il devenu totalement fou ?!

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A propos Annalia 88 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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