11. Un espoir vain

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Un espoir vain

Ce soir, princesse Ariana, sera donné une très grande fête en l’honneur des invités de votre père, annonça Tylda, la préceptrice et nourrice de la jeune fille. Cette dernière était assise face au très grand miroir tandis que la vieille femme lui peignait les cheveux.

C’est qui, Tylda ? demanda la princesse en essayant de se retourner pour regarder celle qu’elle avait toujours considérée comme sa propre mère.

On ne dit pas « C’est qui », mais « Qui sont-ils », marmonna Tylda en donnant un brusque coup de peigne dans la chevelure indisciplinée de sa petite protégée.

De toute façon, reprit-elle, vous aurez bien l’occasion de le découvrir par vous-même, jeune fille.

Et voilà, elle avait fini de coiffer l’incroyable crinière de sa petite princesse. Autant de boucles, cela n’était pas permis. Tylda soupira bruyamment, ce qui fit rire Ariana qui se leva pour étreindre cette femme qu’elle aimait plus que tout au monde.

Merci Tylda, toute seule, je n’y serais jamais arrivée. Parfois, j’aimerais pouvoir me les couper, répliqua rêveusement la princesse, le regard vague.

Vous n’y pensez pas, chère petite damoiselle. Une telle chevelure, cela ne se coupe pas !

Tylda se leva et épousseta le devant de sa robe froissée.

Bien, je vous retrouve tout à l’heure pour accueillir le Seigneur Thranduil et son fils.

La nourrice de la jeune fille s’arrêta brusquement quand elle comprit qu’encore une fois, elle en avait trop dit. Ariana, arqua un sourcil fin, amusée par les étourderies de cette dernière.

Quand Tylda se fut retirée de sa chambre, la jeune fille s’admira dans le miroir et s’envoya une grimace. Elle ne se trouvait pas belle. Elle était toute petite. Elle avait enfin atteint l’âge honorable de cent cinquante ans, mais s’était arrêtée de grandir il y avait déjà bien trop longtemps à son goût. Ce terrible constat l’affligea parce que tout le reste de son corps s’était transformé. Elle avait une poitrine qu’elle jugeait trop grosse pour sa taille qui était restée très fine. Quant à ses hanches… Que Drakos lui vienne en aide, elle n’avait rien des grandes et belles sylphides Drakonnites ou même elfiques.

Je suis grosse, lança-t-elle à son miroir.

Elle voyait bien le regard des mâles et des femelles de son espèce, ces derniers n’avaient rien de flatteur à son égard et plusieurs fois, elle s’était enfuie dans sa chambre en pleurant de rage et de désespoir. Elle n’avait pas connu sa mère, mais Tylda lui répétait souvent qu’elle avait été une grande et belle femme dont la beauté éclipsait même celle de la dame de Lórien. Une elfine. Un comble. Et s’il n’y avait que cela. Elle détestait son visage bien trop « elfique » à son goût avec ses yeux bleus, un autre comble pour un Drakonnite qui affichait en général des nuances tirant entre l’or et le vert. Elle ne voulait même plus penser à son nez trop petit et trop fin ou à sa bouche trop grande, trop pulpeuse. Elle n’était, selon toute vraisemblance et pour les critères de sa race, pas belle à proprement parler.

Je suis moche ! cracha-t-elle à son miroir.

Je suis moche, répéta-t-elle affligée, et personne ne voudra jamais de moi.

Délaissant la glace, elle alla s’asseoir sur son lit tout en soupirant. Elle allait revoir le prince de Mirkwood. Elle n’était pas pressée. La dernière fois qu’ils s’étaient vus, il s’était moqué d’elle en la traitant de petit lutin des bois avec ses cheveux frisés et sa petite taille. Cependant, elle ne put s’empêcher de glousser en se souvenant du sort qu’elle lui avait réservé en guise de représailles. Ah ! Il n’avait pas fière allure, le prince elfique, quand il avait franchi le seuil de la salle à manger un seau rempli de boue se déversant sur sa royale tête. Elle se souvenait encore de l’expression d’incrédulité de son père et du Seigneur Thranduil, et cela la fit carrément rire. Elle lui avait juré que la prochaine fois qu’il la verrait il serait ébloui par sa beauté et qu’il ne pourrait que s’excuser d’avoir été si méchant et sans cœur avec elle.

Hélas ! Mille fois hélas !

Elle allait revoir le prince de Mirkwood… et il allait définitivement la trouver laide.


— Où étais-tu, mon fils ? demanda le Seigneur Thranduil en voyant revenir Legolas.

Ce dernier fit un signe de tête avant de répondre à son père.

— Je parlais avec Tauriel, Père.

Le roi de la Forêt Noire plissa la bouche à l’évocation de son capitaine de la garde.

— Je ne veux plus que tu évoques cette traitresse à sa race devant nous, est-ce clair ?!

Legolas leva la tête, surpris par la véhémence des propos de son père. Il savait bien que le roi serait furieux, mais il avait cru que… Il eut un ricanement de dérision pour lui-même. Il n’y avait rien à croire et cela ne servait à rien d’énerver le Seigneur de Mirkwood.

— Très bien… Adar.

— Je connais les sentiments que t’inspire cette jeune personne, reprit le souverain, néanmoins je crois pouvoir te dire qu’ils ne valent pas que tu t’acharnes dessus plus longtemps.

Legolas regarda son père sans trop comprendre de quoi il parlait, puis il se souvint qu’il lui prêtait de tendres sentiments envers son amie de toujours. Dans un sens, son père aurait dû être ravi que Tauriel le désavoue au profit d’un autre. Certes, un nain n’était sans doute pas ce qu’il y avait de plus approprié, mais tout de même. Sans doute devrait-il éclaircir la vérité à ce sujet, ce serait bien plus sage.

— Père, je veux que vous sachiez que bien que j’admire la bravoure au combat de Tauriel et qu’elle soit une amie chère à mon cœur, je n’ai jamais rien éprouvé de plus fort à son égard.

— Tu semblais fort l’apprécier au nombre de louanges que tu me faisais sur elle.

— Sur sa vaillance et son aptitude au combat, Adar. Rien d’autre.

Thranduil prit son temps pour assimiler ce que son fils venait de lui dire.

— Bien, rétorqua-t-il, alors tu ne verras aucune objection à ce que je t’interdise dorénavant de lui parler.

— Mais Adar ! s’exclama Legolas qui ne s’attendait pas à ce que la conversation prenne cette tournure.

— Il n’y a pas de « mais ». Tauriel a choisi. Elle devra en assumer les conséquences. Elle savait ce que cela lui coûterait. Maintenant, va, Legolas. Je suis las et aimerais me reposer.

— Bien entendu, père.

Sur ce, il quitta le Seigneur Thranduil pour retourner avec les autres elfes qui avaient établi leur campement non loin de la tente royale. Legolas se sentait seul sans Tauriel à ses côtés. Ils avaient toujours combattu et chassé ensemble. Aujourd’hui, elle l’avait abandonné pour un nain et son père semblait lui aussi vouloir la bannir de leur vie. Il exhala un long soupir de frustration. Il ne comprenait pas ses choix, mais il devait les accepter en tant qu’ami. S’il ne le faisait pas, qui le ferait ? Il repensa ensuite à la princesse Ariana. Que devenait-elle et pourquoi avait-elle préféré fuir avec la compagnie de ce Thorïn Oakenshield ? Encore un autre nain, pensa-t-il, l’air dépité. Étrangement, il avait une certaine hâte de la revoir quoiqu’il y ait de fortes chances qu’elle ne se souvienne pas de lui. La dernière fois qu’il l’avait vue datait de fort longtemps, une époque où il n’était que question de fastes et d’acquisition de nouvelles terres, de nouvelles richesses… autant dire la belle époque. Elle n’avait alors que cent cinquante ans, elle n’était qu’une jeune fille insouciante à la beauté exotique qui s’amusait à le faire tourner en bourrique. Il eut un vague sourire de nostalgie. Son petit lutin des bois à la chevelure aussi rougeoyante que les flammes et aussi indomptable qu’une armée de dragons !

Se tournant vers le ciel, il leva la tête et huma l’air en fronçant les sourcils. Ces nuages gris n’annonçaient rien de bon. Beaucoup de peine et de malheurs allaient encore s’abattre sur cette terre. Une nouvelle guerre irait tout dévaster…

Une fois encore.

oO§Oo

— Vous ne pouvez pas partir comme cela, Princesse Aria ! jeta Bard. Le Seigneur Thranduil attend que nous vous raccompagnions à son campement le plus vite possible.

À ces mots, le sang d’Aria ne fit qu’un tour.

— Je vous demande pardon ? lança-t-elle, furieuse. Vous devez faire quoi ?

— Je vous ramène auprès du roi, répondit Bard qui essayait de rester calme.

La jeune femme soupira avant de reprendre.

— Si je me suis ENFUIE de chez votre ami le Seigneur Thranduil, Bard, ce n’est très certainement pas pour retourner auprès de lui parce qu’on vous l’a demandé.

Sans attendre de réponse, elle sortit de la vieille maison qui ne demandait qu’à s’écrouler. Aria fut tentée par rage et vengeance de souffler durement dessus pour voir si ses suppositions étaient bonnes. Puis elle repensa aux deux petites filles et à Baïn. Finalement, elle ne pourrait pas leur faire plus de tort. Ces enfants avaient déjà bien assez souffert comme cela.

— Aria !

Bard l’avait suivi dehors et malgré tout, elle ne se retourna pas.

— Laissez-moi tranquille Bard, et pour vous, ce sera « Princesse Ariana » dorénavant.

— Mais il fait nuit ! objecta l’homme à court d’arguments pour la retenir avec eux.

— Certes, et alors ?

Mais pour qui se prenait-il à vouloir lui donner des ordres ? Tandis qu’elle avançait à grands pas, elle s’aperçut toutefois qu’elle n’était pas seule. Fermant les yeux pour se contenir elle se retourna toutefois pour hurler.

— Mais vous allez me fich…

Elle ne termina pas le reste de sa phrase quand elle vit qui était derrière elle. Bofur et Oïn lui faisaient face, plus rigides et déterminés que jamais.

— On vous accompagne, Princesse Aria, déclara Bofur.

— Qu’est-ce que tu dis ? hurla Oïn avant de mettre ce qui lui servait d’écouteur à son oreille.

Bofur ne lui répondit pas, mais secoua la tête. Parfois il était difficile de s’entendre avec Oïn dont la déficience auditive devenait vraiment un handicap, surtout quand ladite surdité ne frappait l’intéressé que lorsque cela l’arrangeait.

— Et Kili et Fili ? demanda Aria, qui était surprise de ne pas voir les deux frères avec eux.

— Pour le moment, ils restent ici. Kili préfère se reposer et Fili ne veut pas quitter son frère.

— Très bien, alors en route, déclara la jeune femme qui n’avait qu’une envie : arriver le plus vite possible à Erebor.

Cependant, elle était assez déçue que les deux frères ne se joignent pas à eux. Kili devait être profondément épris du capitaine de la garde de Thranduil pour refuser de voir la Montagne Solitaire dont il avait tant entendu parler durant son enfance. Quant à Fili, Aria avait bien compris que le grand frère ne quittait jamais son cadet. Fili était la personne la plus généreuse et la plus fidèle qu’il lui était donné de rencontrer. Elle l’appréciait beaucoup. Tout comme Bilbo. Quand elle repensa à lui, elle eut un pincement au cœur. Quelle aventure pour un demi-homme qui n’avait jamais quitté sa ville natale. La Comté. Un jour, elle aimerait bien y aller. À entendre le Hobbit, ce devait être un endroit paisible et très chaleureux. Peut-être qu’un jour…

La petite troupe trouva rapidement une barque disponible et Aria n’eut aucun mal à soudoyer l’un des pêcheurs pour la lui emprunter.

Tandis qu’ils voguaient calmement sur les flots de l’Esgaroth en direction des plaines du Nord, Bofur avait gardé une attitude songeuse. Il semblait en pleine réflexion.

— Que vous arrive-t-il, Bofur ? questionna Aria qui ramait à l’arrière.

— Rien, je me disais, enfin je pensais que vu que vous êtes un dragon vous auriez pu vous transformer et nous emmener directement là-bas.

Aria le dévisagea un instant en souriant.

— Contrairement à ce que vous pouvez croire, la transformation n’est pas aisée. Elle est même carrément douloureuse. Et puis je déteste cette forme.

— Oh ! s’exclama Bofur, pas du tout gêné d’aborder ce sujet avec elle. Je pensais juste ça comme ça, vous savez.

Le culot du nain la fit carrément rire.

— Oui, oui, je me doute. Et puis vous savez, conclut-elle, je n’aimerais pas que quelqu’un monte sur mon dos.

Sans parler du fait que voir un dragon dans les airs ne serait très certainement pas bien pris par la populace locale. Une fois avait bien suffi.

Oïn, qui ramait en silence et qui faisait face à Bofur, fronça les sourcils. Il allait dire quelque chose, mais se ravisa.

Le reste du voyage se passa calmement. Une fois qu’ils eurent accosté, ils décidèrent de passer le reste de la nuit à la belle étoile. Continuer la route à cette heure-ci serait inutile et dangereux. Autant qu’ils se reposent un peu.

Le lendemain, dès l’aube, ils entamèrent leur long périple vers la Montagne Solitaire qui se dressait au loin, dans toute sa gloire et sa majesté. Le cœur d’Aria battait la chamade à la perspective de revoir celui qui ne quittait plus ses pensées. Qu’elle avait hâte de le retrouver. Ensuite et pour le reste, elle trouverait bien une solution qui convienne à tout le monde. Si elle arrivait à montrer à Thorïn la bonne voie à prendre, ce serait déjà une excellente chose. Sa préceptrice lui disait souvent que l’amour pouvait arriver à bout de tout. Aria espérait très fort que ce soit vrai.

oO§Oo

Fili était en train de lustrer son épée quand un drôle de bruit attira son attention. En avisant le trou béant, témoignage du passage d’orques dans le coin, il vit quelques soldats elfiques discuter avec Bard. Fili fronça les sourcils. Ce Bard semblait bien connaître ces gens-là. Un peu trop à son goût, d’ailleurs. En tout cas, si ces soldats cherchaient Aria, c’était trop tard, car vu l’heure qu’il était, ils devaient déjà avoir franchi le lac ainsi qu’une bonne partie du chemin qui les mènerait à Erebor. Néanmoins, il était surpris et un peu curieux de savoir pourquoi les elfes en avaient après elle. Que leur importait-il qu’elle soit là où ailleurs. Laissant Kili et Tauriel à leur discussion personnelle, le jeune nain sortit dehors pour aviser l’homme qui les avait accueillis chez lui quelques jours plus tôt. Les deux elfes venaient de repartir non sans avoir lancé des paroles en elfique qu’il ne comprenait pas. Mais à leur ton, cela ne présageait rien de bon.

— Que lui veulent-il à la princesse Aria ? demanda alors Fili, l’air nonchalant.

Bard secoua la tête.

— Ils avaient pour ordre de la ramener auprès de leur Seigneur.

— Mais, pourquoi en ont-ils après elle ? voulut savoir le nain qui avait besoin – et un peu envie aussi – de comprendre.

L’homme soupira avant de poser les mains sur ses hanches.

— Avec tout ce que nous avons appris sur elle, commença Bard étonné par la question de son interlocuteur, qu’elle fût une princesse, la dernière de son peuple et avec d’énormes pouvoirs, vous ne voyez vraiment pas pourquoi le Seigneur des Elfes en a après elle ?

Fili le dévisagea un moment avant de saisir où Bard voulait en venir.

— Effectivement, vu sous cet angle, je n’y avais pas songé.

— Je pense, continua Bard, que Thranduil serait bien avisé d’avoir une telle alliée à ses côtés.

— Alliée ?! s’écria Fili. Mais comment pourrait-il vouloir qu’Aria soit son alliée vu comment il l’a traitée à Mirkwood ?

L’archer fronça les sourcils. Il ne voyait pas de quoi le nain lui parlait. Il avait bien vu l’intérêt de Thranduil pour la jeune princesse. Quel intérêt d’en faire une prisonnière sinon attirer la colère de la Drakonnite ? Et de ce qu’il en avait constaté, la princesse se mettait très facilement en colère.

— Que se passe-t-il dehors ? demanda Kili qui venait d’apparaître à leurs côtés, Tauriel à sa suite.

— Nous parlions de la princesse et du roi des Elfes, marmonna Fili que tout cela dépassait un peu.

— De la princesse Aria ? reprit Kili qui semblait perdu, et pour cause.

Tauriel s’avança vers Bard, l’air sérieux.

— Le roi veut la récupérer, commença-t-elle. Il a des projets la concernant.

— Mais elle était emprisonnée dans les cahots du Roi ! s’exclama Kili, qui comme son frère ne voyait pas trop quel intérêt avait le Souverain hormis de la tuer ou de la garder prisonnière.

L’elfe secoua la tête.

— Avoir la Princesse Ariana n’a qu’un but selon lui : le pouvoir, déclara-t-elle.

— Et quel pouvoir ! grogna Bard qui avait bien compris de quoi il en retournait, mais qui ne voulait pas trop s’appesantir là-dessus.

Lui-même avait du pain sur la planche. Bourg-du-Lac était dévasté. Le Bourgmestre, avait-il appris quelques heures plus tôt, s’était enfui dans la nuit qui avait suivi la confrontation avec les deux dragons, avec son conseiller et en prenant bien soin de vider au préalable les caisses de la ville. Ils n’avaient plus rien, ils étaient ruinés ! Le Seigneur elfique lui avait proposé alors de se rendre d’ici quelques jours jusqu’à la Montagne Solitaire pour demander l’aide des nains. Ce Thorïn ne pourrait pas le leur refuser, car après tout, c’était entièrement de sa faute s’ils étaient une nouvelle fois dans le dénuement le plus total. Sans parler de cette guerre dont les elfes craignaient qu’elle ne se déclare plus vite que prévu. C’était bien leur veine !

— Écoutez-moi ! leur dit Bard, dans quelques jours nous partirons pour Erebor avec les Elfes pour demander de l’aide à Thorïn Oakenshield.

— Nous viendrons avec vous, assura Fili. Notre oncle ne refusera pas de soutenir le bon peuple des Hommes qui nous a accueillis si gracieusement.

Kili acquiesça avec ardeur aux propos de son frère. Indéniablement, jamais leur oncle ne refuserait de prêter main-forte à des personnes auxquelles il était redevable. Il en allait de l’honneur des nains de la lignée de Durin.

Ils avaient foi en lui.

oO§Oo

Pendant ce temps, à Erebor, c’était l’effervescence. Depuis la veille, les nains nageaient dans l’allégresse la plus totale. La veille, quand Bilbo avait rejoint le reste de leur petit groupe, il avait trouvé Gloïn et Dori qui parlaient avec un grand corbeau au plumage d’un noir de jais. Ce dernier leur apprit que le dragon était mort. Un archer avait réussi à lui planter sa flèche dans le poitrail. S’en était suivit d’un vivat de hourra. Les nains avaient fêtés la nouvelle toute la nuit en buvant les quelques tonneaux de bières qu’il leur restait à disposition sans que leur chef ne fasse acte de présence. Depuis sa dispute avec Balïn, le prince était resté enfermé dans sa suite et personne n’avait pu ni l’approcher ni lui parler.

Le lendemain matin cependant, ce fut un grand aigle qui accosta aux abords de leur forteresse pour annoncer la nouvelle déjà bien connue de tous.

Oui, le dragon était mort !

Les peuples des cieux allaient enfin pouvoir réapprendre à respirer du côté de la Montagne Solitaire. Les nains, s’ils avaient eu encore un doute, étaient doublement ravis. Il n’y aurait plus de dragon pour venir les tourmenter. Alors que Gloïn, Dwalïn et Bombur se congratulaient à qui mieux mieux, Thorïn ne tarda pas à les rejoindre. Il semblait toujours de fort méchante humeur malgré les nouvelles plutôt réjouissantes.

— Qu’en est-il de l’autre dragon ? questionna-t-il durement.

À cette interrogation, les nains se turent et le regardèrent silencieusement. Personne n’avait oublié la surprenante transformation d’Aria ni la nouvelle de ce qu’elle était vraiment.

— L’autre dragon ?

Le grand aigle fit mine de réfléchir.

— Non, je ne vois pas, il n’y avait qu’un dragon… et une femelle humaine aussi, se souvint-il après coup.

À ces mots le cœur de Thorïn se comprima douloureusement.

— Était-elle vivante ? réussit-il à demander.

— Blessée, reprit le grand aigle, et gravement. La flèche qui a tué le dragon a fini sa course pour se loger dans son propre corps.

L’oiseau se releva alors prestement et battit des ailes.

— Mes compagnons m’attendent. J’ai été ravi de pouvoir parler avec vous, amis nains. Longue vie et prospérité à vous et sur votre royaume!

Le grand aigle s’envola rejoindre son groupe qui l’attendait un peu plus loin.

Thorïn le suivit du regard un instant. Il pouvait sentir des paires d’yeux le scruter comme s’ils s’attendaient au pire.

— Pourvu que Dame Aria ne soit ni morte ni mal en point, soupira Bilbo que cette éventualité chagrinait beaucoup.

Les nains le regardèrent comme s’il avait perdu la tête.

— Mieux vaut pour cette créature qu’elle soit morte. Je ne donne pas cher de sa peau si je la retrouve, jeta froidement Thorïn.

Il fixa un point dans le ciel gris avant de faire demi-tour. Il avisa alors l’énorme trou qui avait été causé quelques jours plus tôt par les deux monstres ailés.

— Dwalïn ! cria-t-il. Essaie de faire quelque chose pour que cette forteresse retrouve un semblant de dignité.

— Très bien Thorïn, répondit celui qu’il considérait comme un ami de longue date, son meilleur ami.

Il savait qu’il pouvait compter sur lui. En fait, Thorïn savait pertinemment qu’il pouvait compter sur eux tous. Il était un roi chanceux, un futur roi chanceux, se corrigea-t-il. Tandis qu’il regagnait l’intérieur de son royaume, ses pensées se dirigèrent vers ses neveux. Il espéra de tout son cœur que Kili et Fili soient toujours en vie. Il y avait aussi Bofur et Oïn restés avec eux, il savait qu’il pouvait compter sur ses fidèles compagnons pour prendre soin de ses neveux. Exhalant un long soupir, il chassa les pensées parasites qui ne concernaient ni son trésor ni son palais. Il avait tout ce qu’il voulait ou presque… Il ne lui manquait que…

— Excusez-moi, intervint la voix du demi-homme qui le coupa dans ses réflexions. J’ai quelque chose à vous dire d’une importance capitale.

Cette dernière phrase capta l’attention totale de Thorïn qui leva les yeux vers le Hobbit. Comme d’habitude, ce dernier semblait toujours mal à l’aise en sa présence. Il avait le regard fuyant comme s’il cachait quelque chose.

Plissant les yeux de manière inquisitrice, le prince d’Erebor s’avança vers le petit cambrioleur qui avait été des leurs jusqu’à présent.

— Parlez, Bilbo, je vous prie.

Le demi-homme avait longtemps réfléchi à ce qu’il allait faire de la pierre qu’il avait trouvée dans la salle aux trésors. Il avait été près de la garder cachée aux yeux des autres, mais il ne savait pas si c’était une bonne idée. Peut-être que s’il la donnait à Thorïn, alors ce dernier serait soulagé et aurait moins de réticence à voir la vérité en face concernant Aria. Il savait au plus profond de son cœur que la jeune femme était quelqu’un d’indéniablement bon. Elle n’avait rien à voir avec un monstre et, si de temps en temps elle devenait un dragon… quand bien même ? Chacun avait ses problèmes, après tout, et le plus important était de faire au mieux. Oui, voilà, c’était ce que pensait Bilbo. Une fois que le nain aurait récupéré cette pierre, sans doute serait-il plus enclin à ouvrir les yeux… enfin l’espérait-il.

— Mais vous allez parler, oui ?! tonna Thorïn qui n’aimait pas qu’on se joue de lui.

Bilbo sursauta, revenant sur terre.

— C’est à dire que… balbutia-t-il, j’ai quelque chose à vous dire… enfin à vous donner.

Il scruta le visage de son interlocuteur avec anxiété. Thorïn semblait aussi froid et dur que la pierre.

— Et de quoi s’agit-il ? commença-t-il doucement.

Le Hobbit, plaça sa main droite dans sa poche et se mit à jouer avec quelque chose. Il semblait hésiter, mettant la patience du seigneur d’Erebor à rude épreuve. S’il ne terminait pas rapidement, Thorïn ne répondrait plus de lui.

— Alors ? s’impatienta-t-il.

Bilbo soupira, se balança sur ses pieds de Hobbit d’avant en arrière avant de sortir quelque chose de la poche.

Les yeux de Thorïn se retrouvèrent hypnotisés par l’éclat qui émanait de la main de Bilbo. Ce pouvait-il que…

— Je crois que ceci vous appartient, répondit le demi-homme en tendant sa main qui tremblait légèrement.

Comme dans un rêve, le prince d’Erebor s’avança lentement vers cette lumière si particulière. Il pouvait sentir son appel au plus profond de son cœur. Ouvrant doucement les lèvres, le regard brillant d’un désir presque vulnérable, il tendit sa main, lentement, et hoqueta quand ses doigts se refermèrent sur elle.

Il l’avait si longtemps attendue, si violemment désiré. Elle était enfin à lui. Pour toujours.

— Mon Arkenstone, souffla-t-il tout en caressant la pierre du bout de l’index.

Se rappelant la présence du Hobbit, il s’inclina, la main sur le cœur, l’autre gardant précieusement le joyau dans sa paume fermée.

— Je savais que je pouvais compter sur vous, maître cambrioleur. Je n’ai jamais douté de votre utilité depuis que vous avez prouvé votre valeur parmi nous.

— Mais… de rien, balbutia Bilbo qui semblait gêné par la tournure que prenaient les évènements.

— Ne soyez pas modeste, reprit Thorïn, tout heureux, vous aurez votre part de trésor, c’est la moindre des choses. Vous deviendrez le Hobbit le plus riche de votre village, promit-il.

Alors qu’il s’apprêtait à laisser le demi-homme pour retrouver la solitude de sa chambre qu’il avait réussi à remettre presque en état, il entendit des pas précipités dans l’immense corridor du palais.

— Thorïn ! Thorïn ! cria Bombur de sa voix essoufflée. Tu ne devineras jamais qui est arrivé !

L’énorme nain eut du mal à retrouver son souffle et il lui fallut une petite minute pour se remettre.

— Qui est arrivé ? demanda le prince avec beaucoup de patience.

— Bofur et Oïn sont ici.

Le seigneur d’Erebor fronça les sourcils.

— C’est tout ? demanda-t-il durement.

— Non, dit Bombur.

Ses yeux s’ouvrir alors comme des soucoupes, ce qui ne présageait rien de bon. Thorïn se prépara au pire.

— Aria est avec eux.

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A propos Annalia 87 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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