10. La princesse Ariana

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La princesse Ariana

Un jour, princesse Ariana, vous trouverez un prince qui vous sera destiné, lui avait dit sa préceptrice.

Au départ, elle ne l’avait pas crue. Comment pourrait-elle trouver un prince dans le royaume de son père qui comptait si peu de représentants masculins ? De toute façon, même avec cela, il n’y aurait pas d’autre prince dans les environs avant … très longtemps, voire jamais. Pourtant, en cette belle soirée d’été, la princesse Ariana sut qu’elle avait eu tort de désespérer.

Il y avait bel et bien un prince dans la salle d’audience de son père, un homme qui n’était ni de sa famille ni de sa race. Un vrai prince. Intimidée par la prestance et l’aura qui se dégageaient de lui, elle fut incapable d’aller le saluer. Elle irait à sa rencontre à sa manière. Il était tellement rare que son père reçoive des invités qu’elle en tremblait encore sous le coup de l’émotion. Il était comme dans ses rêves de jeune fille : parfait.

Oh Tylda ! glapit Ariana, quelques heures plus tard dans sa chambre, il faut que tu me fasses la plus belle possible !

La princesse était dans tous ses états, ce qui fit rire sa gouvernante.

Allons, allons, mon enfant, vous êtes déjà parfaite comme cela, gronda gentiment Tylda.

Ariana cessa de bouger et se tourna vers la femme qui l’avait élevée.

Tu crois vraiment que je suis présentable pour ma rencontre avec un prince ? demanda timidement la jeune fille.

Tylda la couva des yeux un instant. Sa petite Ariana était son plus beau trésor. Elle l’aimait plus que tout au monde. Cependant, elle était bien loin des canons standards de leur peuple ou de celui du Prince en question. Exhalant un long soupir, elle se fit néanmoins un devoir de rassurer sa jeune protégée.

Tu es parfaite, mon petit. Je t’aime comme tu es, tu le sais bien.

Ariana observa Tylda, la mine boudeuse. Elle savait bien que lorsque sa gouvernante lui parlait ainsi, c’était pour ne pas la blesser. Soit, elle ne serait jamais vraiment belle, mais elle espérait qu’en étant bien habillé, cela ferait la différence. Une fois que celle qu’elle considérait comme sa propre famille s’en fut allée, elle admira la délicieuse robe verte qu’elle avait mise un peu plus tôt. Elle adorait cette toilette qui lui donnait l’impression d’être une vraie princesse de conte de fées. Elle était large avec une multitude de jupons et de dentelles. Estimant que sa tenue était correcte, la jeune fille qui sortait à peine de l’enfance jaillit de sa chambre avec précipitation pour se rendre dans les jardins d’été. Qu’elle avait hâte de faire admirer sa nouvelle robe à Alguerron, son meilleur ami et l’un des plus vieux gardes du royaume de son père. Tout à sa course, elle ne vit pas qu’un homme était sur son chemin et elle le percuta de plein fouet. Sous la violence du coup, elle retomba durement sur les fesses.

Aie, gémit-elle, avant de relever la tête pour incendier l’impudent qui n’avait pas dévié à temps de sa trajectoire pour la laisser passer.

Cependant, les mots qu’elle allait lui lancer furent bloqués dans sa gorge, car devant elle ne se tenait pas n’importe qui. Il était là, plus grand et encore plus beau vu de près. Son prince aux longs cheveux blonds et aux yeux les plus bleus et les plus purs qu’elle n’ait jamais vu de toute sa vie. Son cœur se mit à battre la chamade. Lui aussi semblait sous le coup de l’émotion il la fixa étrangement avant de lui lancer en riant :

Par les Valar, mais qu’avons-nous là ? Ne serait-ce pas un petit lutin des bois, échappé de je ne sais quelle forêt ?

La princesse Ariana fut trop secouée par ce qu’il venait de dire pour émettre le moindre mot. Le prince venait-il de se moquer d’elle ?

Je ne sais pas d’où vous vous êtes échappée, étrange petite chose, reprit-il tout en la toisant d’un air hautain et amusé, mais vous feriez mieux de retrouver les vôtres avant que quelqu’un ne se décide à vous jeter dehors.

Loin de se laisser émouvoir par les insultes du Prince, la princesse Ariana se releva du mieux qu’elle le pouvait, épousseta sa jolie robe verte à froufrous, releva doucement un de ses jupons et balança le coup de pied le plus violent qu’elle put donner dans le tibia du Prince.

Je suis la princesse Ariana, sale vilain crapaud, et ce royaume est celui de mon père ! C’est vous que l’on devrait jeter de cet endroit avec un bon coup de pied bien placé ! Espèce de sale… sale…elfe de malheur ! finit-elle par dire quand elle avisa qu’il avait les oreilles pointues.

Puis elle prit ses jambes à son cou et fila le plus vite possible avant que cet ignoble individu puisse voir ses larmes.

Finalement, elle détestait les Princes ! Surtout les Princes Elfiques !


Cela faisait plusieurs jours maintenant que Thorïn, Bilbo et le reste de la compagnie des nains avaient repris possession de la Montagne Solitaire. Toujours aussi fermement décidé à oublier le reste du monde en dehors de son royaume, Thorïn commença à parler rénovation avec son plus fidèle conseiller, Balïn. Ce dernier était partagé entre sa loyauté envers celui qu’il avait toujours considéré comme son Roi et la raison qui le poussait à dire à Thorïn ce qu’il pensait vraiment de ses actes.

Chaque nain présent s’était vu attribuer par leur chef la lourde tâche de rendre Erebor habitable, vœu bien pieux selon toute vraisemblance. Bilbo, quant à lui, s’était fait un peu oublier. Il ne voulait pas se retrouver face à la mine sombre et terrifiante de Thorïn qui semblait autant obsédé par sa pierre qu’il ne retrouvait pas que par la belle Aria qui avait disparu en même temps que le dragon. Selon toute supposition, l’aventure pour notre cher petit Hobbit aurait dû s’arrêter ici, car après tout, son contrat n’avait pas stipulé qu’il aille au-delà et personne n’avait pensé à le reconduire. Fort de ces pensées, Bilbo, la mine renfrognée et la main toujours fourrée dans la poche de sa veste, triturait l’anneau qu’il avait volé à ce Gollum. Ce que les nains ne savaient pas… et qu’il se serait bien gardé de leur dire, c’est qu’il savait où se trouvait le joyau de Thorïn, l’Arkenstone. Oui, il le savait fort bien puisqu’il se trouvait dans la poche intérieure de cette même veste qu’il portait. Avec une certaine pointe de regret, il se souvint des jours heureux à la Comté quand il n’était pas encore devenu un « Maître Cambrioleur » confirmé, ce qu’il était absolument depuis… qu’il le veuille ou non. C’était un fait que lui-même ne pouvait remettre en question. Plus maintenant, en tout cas.

Revenant au présent, il croisa Dwalïn et Dori en plein conciliabule dans l’un des gigantesques couloirs d’Erebor.

— Bonjour, bien belle journée, lança Bilbo adoptant un air qu’il voulait décontracté, mais qui lui valut des haussements de sourcils d’incompréhension. Dwalïn se mit à regarder le plafond et les murs en soupirant lourdement.

— Parce que vous appelez ça une belle journée, vous ? grogna-t-il, sarcastique.

— Sans vouloir vous offenser, cher Bilbo, ajouta Dori, le plus sérieusement du monde, je serais bien incapable de vous dire si c’est une belle journée ou pas.

Le semi-homme les regarda tour à tour sans se départir de son sourire factice.

— Oui bien sûr, c’est vrai, argua-t-il, mais c’est une belle journée quand même pour les nains, n’est-ce pas ? Après tout vous avez retrouvé votre montagne, votre trésor, vous êtes heureux. C’est tout.

Dori et Dwalïn ne lui répondirent pas, préférant le laisser à son discours dénué de sens pour eux. Comment auraient-ils pu être heureux alors que plusieurs des leurs étaient peut-être entre les mains d’un dragon tandis qu’eux-mêmes s’étaient enterrés vivants dans un tombeau géant ? Car la vérité était là. Personne n’aurait osé le dire à Thorïn, mais Erebor était devenu un véritable mausolée.

Bilbo suivit des yeux les deux nains qui étaient repartis à leurs activités. Il savait bien qu’il était nerveux. Il parlait toujours trop quand il était agité. Tentant de se redonner du courage, car il en avait bien besoin, il déambula tranquillement dans les interminables dédales de ce royaume mortuaire en sifflotant doucement, puis s’arrêta brusquement lorsqu’il entendit des éclats de voix provenant de l’une des pièces attenantes. Intrigué, il se pinça les lèvres avant de glisser l’anneau à son annulaire. Devenu ainsi invisible, il s’approcha de plus près et découvrit qu’il s’agissait du vieux Balïn et de Thorïn lui-même. Sans faire de bruit, il avança et se posta dans un des recoins pour mieux écouter. Oh, il savait bien que c’était mal d’espionner ainsi la conversation des autres, mais pouvait-il faire autrement quand il avait l’impression que sa vie était en danger à chaque instant ? L’anneau le protégerait, il le savait.

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— Il n’en est pas question, Balïn ! Notre place est à Erebor pas dehors ! tonna Thorïn, furieux que son conseiller s’oppose à ses décisions.

Balïn avait finalement opté pour la voix de la raison et avait décidé d’avoir une franche conversation avec son Roi et néanmoins ami.

— Je comprends ton impatience à régner sur tes terres, Thorïn, mais… pas comme cela, répondit Balïn doucement.

— Et comment veux-tu que je fasse, alors ?! hurla l’autre nain dont la colère ne cessait d’enfler.

— D’abord, reprit le conseiller qui avait gardé son calme, nous devrions retrouver les autres au Bourg-Du-Lac. Kili et Fili sont tes neveux et tes uniques héritiers dans l’immédiat, Thorïn. Tu ne peux pas les abandonner de cette manière.

Thorïn le regarda durement. Il semblait réfléchir. Balïn sut alors qu’il y avait encore un infime espoir. Fort de ses convictions, il continua sur sa lancée :

— De plus, continua-t-il tout en pesant bien ses mots, il serait judicieux de retrouver Aria. Certes, elle est ce qu’elle est, s’empressa-t-il de dire en voyant que le nom de la jeune femme, l’avait fait grogner, mais peut-être qu’elle porte ton héritier. On ne sait jamais.

À ces mots, Thorïn se passa la main sur le visage. Il n’y avait pas pensé. Il aurait préféré ne jamais y penser, d’ailleurs. Pourquoi Balïn osait-il mettre cette supposition sur le tapis ?

— Que m’importe ce que cette femelle traîtresse porte en elle. Je la tuerai si je la retrouve, souffla Thorïn, l’air plus belliqueux que jamais.

Le vieux conseiller secoua tristement la tête.

— Ce n’est pas parce qu’Aria est un dragon qu’elle est mauvaise. Elle n’est pas Smaug, elle t’a sauvé la vie, Thorïn.

— C’EST UN MONSTRE ! cria le prince d’Erebor. Un monstre, tu m’entends ! Comment pourrais-je accepter cette engeance, cette… créature – il cracha le mot – parmi nous ? Elle s’est jouée de nous de moi !

Le prince était furieux et faisait les cent pas devant Balïn.

— Elle m’a volé, continua Thorïn, elle m’a volé mon plus précieux trésor. Je n’accepterai pas qu’elle me vole encore, chuchota-t-il plus pour lui-même que pour le vieux nain qui lui faisait face à présent.

Balïn savait de quoi Thorïn parlait. Il l’avait vu quand l’attitude de ce dernier avait totalement changé quelques jours après qu’ils soient arrivés au Bourg qui vivait paisiblement sur l’Esgaroth. Le conseiller de Thorïn en avait été heureux pour lui. Trouver l’amour était une chose très précieuse chez les nains, mais encore plus quand cet amour était partagé. Et, Balïn l’avait fort bien compris, c’était réciproque. Bien que choqué par les révélations sur les origines d’Aria qui n’était pas si humaine que cela finalement, il s’était rendu compte qu’elle n’avait jamais menti sur ses sentiments. Elle aimait leur prince, elle lui avait été fidèle, l’avait protégé. Elle méritait qu’on lui pardonne d’être ce qu’elle était.

— Je te laisse, Thorïn, mais tu devrais réfléchir à ce que je viens de te dire. N’oublie pas non plus que les vivres vont bientôt nous manquer. Nous serons alors bien obligés de sortir de la montagne.

Sur ce, il quitta la pièce, laissant le prince d’Erebor dans la confusion et la colère la plus totale.

Tandis que Bilbo quittait à son tour la chambre de Thorïn, il entendit d’autres éclats de voix, bien plus joyeux par contre, qui l’incitèrent à redevenir visible pour s’encourir des dernières nouvelles. La conversation entre Balïn et Thorïn l’avait passablement ébranlé.

oO§Oo

— Alors comme ça, vous êtes un dragon, répéta lentement Fili qui semblait encore abasourdi par ce qu’Aria venait de leur dévoiler.

Elle était assise au milieu du grand lit qui se trouvait dans la petite pièce exiguë constituant la salle à manger de Bard – les nains avaient bougé le meuble pour plus de commodité. Ce dernier se tenait contre le chambranle de la porte d’entrée, la mine sérieuse.

— C’est cela, Fili, mais je préfère le terme « Drakon » ou « Drakonnite » que dragon car, comme je vous l’ai expliqué, nous ne sommes pas juste de simples bêtes.

— Ben ça alors, souffla Kili. Et vous êtes aussi une princesse ?

— La dernière de son peuple, déclara Tauriel d’une voix douce avant de s’incliner respectueusement devant la jeune femme.

Aria lui en fut reconnaissante. Bien qu’elle sache n’avoir rien à craindre de l’elfine, elle appréhendait encore les réactions des nains.

—Mais pourquoi nous avoir caché ce que vous étiez ? questionna Bofur, le plus sérieusement du monde.

Aria fut surprise par sa question. Était-il simple d’esprit ? Quoique, avec Bofur, rien n’était sûr.

— Enfin Bofur, comment pensez-vous que Thorïn l’aurait pris ?

— Aussi bien que possible et avec une hache plantée dans votre corps, Dame… heu Princesse Aria, lança Kili qui voulait détendre l’atmosphère qu’il jugeait trop pesante.

Ladite princesse lui offrit alors un immense sourire avant de replacer une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Ce n’est qu’en voyant les yeux médusés de ses compagnons qu’elle comprit son erreur. Jusqu’à présent, elle avait toujours fait en sorte de les cacher à leur vue. Elle n’avait jamais aimé ses oreilles qui paraissaient bien plus elfiques que Drakonnites. Avec un soupir, elle se redressa de toute sa taille. Elle était étonnée que les nains l’acceptent si bien. Cela lui redonna un peu d’espoir quant au sujet de ses pensées les plus intimes : Thorïn. Qu’Eru et Drakos lui viennent en aide, mais lui et la chaleur de ses bras lui manquaient terriblement.

— J’aimerais juste avoir une petite information, Princesse Ariana, dit Bard, la tirant de ses rêveries.

— Aria, le coupa-t-elle, je préfère Aria.

— Très bien, Aria. Dites-moi, si votre peuple est aussi civilisé que vous le dites, comment se fait-il que les Drakons soient depuis la nuit des temps le sujet de bien des mises en garde pour les habitants de la Terre du Milieu ?

— Vous venez de donner vous-même la réponse, mon ami, répliqua-t-elle. Une mise en garde. Les Drakons apparaissent rarement dans le ciel pour une peccadille. Le seul moyen de les faire sortir de leur royaume, c’est en assassinant vos montagnes. Mon peuple en est le gardien depuis la création de la Terre du Milieu. Comme je vous l’ai expliqué, dans chaque montagne, un cœur bat, et ce cœur, vous le connaissez, car il s’agit de ce que vous appelez plus majestueusement, l’Arkenstone.

Les nains en étaient bouche bée. Jamais ils n’auraient cru que leur Montagne Solitaire était vivante. Ils auraient aimé ne pas croire les propos d’Aria, mais ils avaient voyagé en sa compagnie, elle les avait sauvés plusieurs fois, même de façon maladroite et surtout elle avait réussi l’impensable : elle avait su capturer le cœur de Thorïn Oakenshield. En l’espace de quelques jours, ils avaient retrouvé le fier et digne prince d’Erebor si plein de vie qu’ils avaient connu jadis.

— Juste une dernière chose, reprit Bard qui ne l’avait pas quittée des yeux. Si ce que vous dites est vrai, alors pourquoi Smaug a-t-il causé autant de mal et de désolation sur son passage ?

À ce triste rappel, le visage d’Aria se contracta de colère contenue.

— Smaug était le plus filou et le plus sournois des sujets de mon père. Je le haïssais. Il avait toujours cette manière bien vicieuse de vous faire douter de vous, de votre valeur. Quand mon père l’a envoyé, il n’avait pour seule et unique mission que de récupérer le cœur de la Montagne d’Erebor et de le ramener au palais Drakonnite. Pas de causer un génocide humain et nain, cracha-t-elle violemment.

— Mais, insista Fili qui se doutait bien que tout ceci lui causait de la peine, cependant il avait besoin de savoir. Pourquoi n’êtes-vous pas intervenue alors ?

Aria le dévisagea, se remémorant ces jours tristes où elle avait vu les siens s’éteindre. Une larme coula le long de sa joue et Fili s’en voulut de sa question. Il n’aimait pas la voir ainsi, cela le rendait aussi malade que s’il s’était agi de son frère.

— Mon peuple s’est laissé mourir, Fili. Las d’être pris pour des monstres, las de voir qu’un seul d’entre eux avait réussi à causer plus de mal que n’importe quoi d’autre. Ils vivaient depuis si longtemps qu’ils n’ont tout simplement plus su comment continuer.

— Mais vous êtes là, murmura Tauriel.

— Je suis jeune, Tauriel. J’avais trop de rage et de colère en moi, trop d’envie de vengeance pour me laisser entraîner par la mort.

— Heu, Dame Aria, demanda Bofur, j’ai moi aussi une question, mais promis, après on vous laisse tranquille. Vous êtes plus dragon qu’être humain ou…

Fili, agacé, lui envoya un coup de pied dans le tibia.

— Aïe ! Mais ça fait mal, s’exclama-t-il.

— Parce que tu crois que ce genre de question ne fait pas mal ? grogna Fili qui voulait laisser la jeune femme se reposer.

— Ce n’est rien, soupira Aria avec un sourire triste sur les lèvres. J’ai beau me transformer en dragon, comme vous dites, je vis la plupart du temps dans ce corps-ci, qui est celui que j’avais à ma naissance, d’ailleurs. Nous ne sommes pas les créatures de Morgoth.

Un silence s’installa pendant quelques minutes avant que Bard ne prenne l’initiative de le rompre.

— Bien, mes amis, dit-il en frappant dans ses mains. Je propose que nous laissions la demoiselle, enfin la princesse, se reposer. Nous avons des choses à faire, des gens à voir.

— Mais ?! relança Aria. Vous ne me considérez pas comme une… ennemie ?

Rien que d’y penser, elle en avait des frissons d’angoisse. Comment ces petites gens étaient-ils devenus si importants à ses yeux ?

— Bien sûr que non ! répondirent Fili et Kili en même temps. Vous êtes des nôtres, maintenant !

— Oh ! fut tout ce qu’elle trouva à dire.

— Oui, oui, reprit Bofur, finalement, on vous aime bien alors ne vous inquiétez pas et reposez-vous.

Sur ces dernières paroles abruptes, la pièce se vida, laissant Aria sidérée. La flamme de l’espérance, encore bien vacillante, venait de se raviver avec une force nouvellement acquise. Une force qu’elle devait à ces nains… ses amis. Soupirant, elle décida de se rallonger. Oui, elle allait se reposer pour reprendre des forces. Elle avait deux cœurs à retrouver. C’est sur ce doux et fol espoir qu’elle s’endormit.

oO§Oo

Le roi Thranduil se dressait sur le pont de l’Esgaroth avec toute la prestance que sa condition lui conférait. Quand son fils était revenu, la mine sombre, il avait compris qu’il était temps d’agir. Il ne pouvait décemment pas laisser tomber ceux avec qui les siens commerçaient depuis que le dragon s’était emparé du royaume des nains. Une alliance tacite existait entre les elfes et les hommes. De plus, il avait eu envie de montrer à ces nains qu’il savait aider ceux qu’il jugeait dignes de son attention. Mais ce n’était pas tout. Le terrible combat qui avait eu lieu dans les airs quelques jours plus tôt n’était que les prémices d’une guerre inévitable. Il avait écouté son fils lui relater les derniers événements et en avait conclu qu’il ne pouvait rester inactif. Cela se passait aux frontières de son royaume et ne pouvait être balayé d’un simple revers de main. Legolas avait su donner les bons arguments pour qu’il finisse par se ranger à son avis. Il avisa son fils resté à ses côtés. Il était fier de lui. Legolas était devenu un guerrier aguerri, un meneur. Son seul point faible résidait dans son amour de l’inédit et des hommes. Cela le perdrait certainement un jour. C’est pourquoi, dès que tout ceci serait terminé, il avait des plans pour lui, des plans qu’il espérait bien mettre en pratique.

Au loin, il avisa le petit groupe qui s’avançait vers lui. Un homme, trois nains et … ses traits se durcirent quand il reconnut l’elfe qui se tenait avec eux. Il décida de l’ignorer pour l’instant. Ce n’était pas le moment.

— Seigneur Thranduil, Roi de la forêt de Mirkwood, c’est un honneur de vous accueillir dans notre modeste village, commença Bard, plein de déférence envers le roi des elfes sylvains de la Forêt Noire.

— Certes, mais à qui ai-je affaire ? demanda Thranduil en le toisant du haut de sa monture, un sublime cerf argenté, venant des terres oubliées.

Bard, qui connaissait le Roi de nom, ne se laissa pas démonter par la royale attitude du souverain elfique. Néanmoins ce fut Tauriel qui répondit :

— Il s’agit de Bard, le dernier descendant de Girion, commença-t-elle.

Dès qu’elle voulut reprendre, Thranduil la coupa.

— Ce n’est pas à toi que j’adressais la parole, Tauriel.

Legolas, qui était resté à côté de son père, fronça les sourcils. Il semblerait bien que son amie ait quelques soucis à se faire. Mais de cela, ils en aviseraient plus tard. Le fils de Thranduil connaissait bien Bard pour l’avoir rencontré à de nombreuses reprises lorsqu’il venait faire du commerce avec les elfes de Mirkwood.

— Père, dit Legolas, Bard est le descendant de Girion, le dernier seigneur de Dale.

— Ainsi voici l’héritier de ce fameux roi. La lignée n’est donc pas éteinte, intéressant.

Tauriel leva les yeux, agacée par les échanges du père avec le fils. Elle n’avait jamais vraiment apprécié Thranduil, mais cette fois, il l’exaspérait encore plus que d’habitude. Avisant Kili sur le côté, elle lui tapa doucement l’épaule pour qu’il se retourne vers elle. Discrètement, elle tourna un œil vers le Seigneur de Mirkwood et prit doucement la main de Kili dans la sienne. Ce dernier hoqueta de surprise.

Legolas, à qui ce manège n’avait pas échappé, se demanda brièvement si la jeune femme avait perdu la tête. Qu’espérait-elle en agissant ainsi ? Cependant, il n’avait pas le temps d’y réfléchir, des problèmes bien plus graves requéraient toute son attention ainsi que celle de son père.

— Le dragon a été vaincu, dit Bard tout en toisant Legolas et son père.

Thranduil haussa brièvement un sourcil. Son regard, aussi perçant et vif que l’œil d’un aigle, n’avait pas quitté celui de l’homme.

— Et qu’en est-il du second ? demanda Thranduil, l’air imperturbable.

Son fils tourna brusquement la tête vers lui. Il s’apprêtait à dire quelque chose, mais Thranduil leva une main pour lui imposer le silence. Legolas s’abstint donc de tout commentaire, mais continua néanmoins à regarder son père sombrement. Le second dragon s’était-il enfui ? Était-ce seulement possible ? Le Seigneur de Mirkwood, indifférent aux réactions de son fils, continua à toiser son interlocuteur. Il avait bien vu que ce Bard avait compris de qui il voulait parler.

— Où est-elle ?

— En sécurité, répondit Bard qui avait un mauvais pressentiment concernant la jeune femme.

— Bien. Dès que nous aurons parlé, vous irez me la chercher. Nous la ramènerons chez nous.

Le roi ne demandait pas, il exigeait, comprit Bard qui n’apprécia pas la façon dont ce grand elfe le jaugeait.

En quelques mots, le roi des Elfes exposa ses craintes auprès de Bard, Tauriel et des nains. Une guerre se profilait à l’horizon. L’arrivée des orques dans cette partie du territoire n’augurait rien de bon et il était à prévoir que très prochainement, chaque peuple devrait mettre leurs griefs de côté pour s’unir à nouveau comme dans l’ancien temps. En attendant, ils devaient fortifier la ville et ses frontières… en demandant de l’aide au roi d’Erebor.

La nuit venait de tomber et les soldats du roi Thranduil ainsi que leur Seigneur prirent la route vers le camp qu’ils avaient installé non loin de là. Tandis que Bard et les nains repartaient vers le village, Legolas se précipita vers celle qu’il considérait comme son amie la plus précieuse.

— Tauriel ! cria-t-il en s’élançant vers elle. Attends, il faut que nous discutions. Il lui attrapa le bras doucement, et elle ne tenta pas de se dégager.

Les deux amis se mesurèrent du regard quelques instants.

— Tauriel, tu ne rentres pas avec-nous ? demanda Kili qui s’était approché d’eux.

On pouvait lire une certaine inquiétude dans ses yeux.

L’elfine se retourna vers lui.

— Tu peux y aller, Kili, je vous rejoins le plus vite possible.

On put entendre alors le jeune nain émettre un soupir de soulagement. Cela fit sourire Tauriel de plaisir. Quant à Legolas il haussa un sourcil d’incompréhension… comme son père.

Quand le prince de Mirkwood fut certain que le nain était assez loin pour ne pas les entendre, il commença à dire ce qu’il avait sur le cœur :

— Tauriel, tu ne peux pas te permettre cette folie, plaida-t-il.

— Quelle folie ? s’énerva-t-elle. De quoi me parles-tu ?

— Mais enfin, tu ne peux décemment pas aimer un nain, Tauriel, s’exclama-t-il plus surpris que furieux. C’est tout bonnement impossible et… mal.

La jeune femme le regarda de travers.

— En quoi aimer est-il mal, prince Legolas ?

Elle était furieuse. Pourquoi ne voulait-il pas la comprendre… et l’accepter ?

— En rien, Tauriel, mais aimer un nain ?

Il ferma les yeux, il avait tellement l’air de souffrir, néanmoins il reprit.

— C’est juste contre nature.

Son amie pinça les lèvres et plissa les yeux avant de soupirer bruyamment.

— Contre-nature, Legolas ? Mais l’amour ne devrait pas avoir de frontière ! Aimer, c’est la liberté, Legolas, aimer et être aimé en retour, c’est tellement bon. Cela fait tellement chaud au cœur. Qu’importe que celui qui te rend cet amour soit un elfe, un nain un homme ou je ne sais quoi encore !

Tauriel n’arrivait plus à se contenir. Legolas était son ami, son seul et véritable ami. Il fallait qu’il sache ce qu’elle ressentait.

— Je n’ai pas choisi d’aimer Kili, reprit-elle, désespérée mais sûre d’elle à la fois. Il est venu à moi comme la plus belle des étincelles. Une étoile de lumière qui m’a éclairée au milieu de mes ténèbres. J’avais tellement froid, j’étais si seule et depuis tellement de temps.

Tauriel se mit à trembler, et au moment où Legolas voulut la prendre dans ses bras, elle se détourna de lui.

— Ne fais pas cela, Tauriel, supplia-t-il, ne me tourne pas le dos. Ne disparais pas de ma vie.

Une larme coula sur la joue de la jeune femme.

— Je ne me détourne pas de toi, Legolas, c’est toi qui insistes pour mettre des barrières entre nous.

Il la força à lui faire face et lui releva doucement le menton. Elle pleurait à chaudes larmes.

— Tu es ma plus précieuse amie, Tauriel, je ne supporterai pas de te voir souffrir. Aimer ce nain – il se força à dire ce mot qui lui engourdissait la langue – te fera irrémédiablement souffrir. Es-tu seulement prête à l’accepter ? Prête à être rejetée des tiens ?

— Je ne veux pas le perdre, gémit-elle. Je l’aime au-delà du raisonnable. Je sais que je ne devrais pas, mais si je ne le fais pas je crois bien que… j’en mourrai !

Alors elle fondit complètement en larmes. Legolas, levant les yeux au ciel en une muette supplique, la prit dans ses bras et les referma autour d’elle en un cocon protecteur et rassurant. Il pria Eru et les Valar de pouvoir continuer à prendre soin d’elle. Il ne s’était jamais douté à quel point elle avait été seule pendant tout ce temps. Lui, son ami, n’avait pas su voir au-delà des apparences. Il s’en voulait tellement d’avoir sous-estimé son mal-être. Une vague de haine déferla en lui quand il songea à ce Kili, ce nain qui avait su toucher l’elfe la plus pure de sa connaissance. Cependant, les fils de la Tisserande faisaient leur œuvre et quand un elfe admettait son amour, aucun retour en arrière n’était possible. Il ne pouvait que l’épauler parce que c’est ce que faisaient les amis.

Une fois calmée, Tauriel se dégagea des bras rassurants de Legolas. Elle s’essuya les yeux en reniflant, honteuse de s’être laissé emporter ainsi devant lui. C’était indigne du capitaine de la garde.

— Ne te fustige pas, lui dit-il doucement, lisant dans ses pensées. Tu as le droit de te laisser aller, Tauriel. C’est même beaucoup plus sain.

Elle leva les yeux vers lui, soulagée. Elle avait retrouvé son Legolas, celui au regard doux et souriant.

— Merci, mon ami, répondit-elle. Merci d’être là pour moi.

— Toujours, Mellon nìn.

Il se pencha pour lui embrasser le haut de son crâne.

— Va le retrouver maintenant. Sache seulement que s’il te blesse d’une quelconque façon, il devra m’en répondre personnellement.

Legolas la regarda partir et se demanda si ce n’était pas la dernière fois qui la voyait aussi détendue et insouciante. Ils auraient du mieux la protéger. Il avait failli à sa mission. Il se jura alors que cela n’arriverait plus.

— Je serai toujours là quelque part, Tauriel, quoiqu’il se passe, quoiqu’il advienne, tu me trouveras toujours auprès de toi, murmura-t-il à la silhouette déjà loin.

Parce que… c’était tout ce que les amis faisaient n’est-ce pas ?

oO§Oo

Quand Tauriel arriva chez Bard, elle fut surprise d’entendre des cris provenant de la petite maison où ce qu’il en restait.

— Vous ne pouvez pas partir comme cela, c’est de la folie ! hurlait Bard à une Aria plus remontée que jamais… et surtout debout.

Avisant Kili et Fili, Tauriel se dirigea vers eux pour leur demander des explications.

— Que se passe-t-il ?

Kili regarda Tauriel un instant, tout heureux qu’il était de la revoir près de lui.

— Aria veut partir, lança-t-il.

— Partir ? s’exclama Tauriel. Mais elle est à peine guérie !

— C’est ce que je me tue à lui dire ! explosa Bard furieux.

— Oui, mais si elle veut partir, déclara Bofur, c’est son droit après tout.

Aria les regardait tour à tour, plus en colère que jamais. Personne ne lui interdirait de s’en aller et s’ils essayaient, elle avait des ressources pour prendre la fuite!

— Mais vous voulez aller où Dame… heu Princesse Aria ? questionna Fili qui ne savait plus comment l’appeler.

Bien que remontée, elle semblait surtout déterminée.

— Où ?! hurla-t-elle. Vous osez me demander où je vais ?!

Un concert de « oui » fut la seule réponse qu’elle obtint. Comme si cela ne leur paraissait pas évident. Décidément, il fallait tout leur expliquer.

— Mais je pars retrouver Thorïn, voyons ! Où pensez-vous que j’aille ?!

Personne ne l’empêcherait d’y retourner. Elle devait déjà récupérer le cœur de la montagne, ensuite, il fallait qu’elle s’explique avec le nain de sa vie. Elle l’aimait et elle ne supporterait pas cet éloignement une minute de plus. Si ces nains l’avaient acceptée, il n’y avait pas de raison que ce ne soit pas le cas avec lui !

oO§Oo

Au loin, au-delà de l’ancienne cité de Dale, sous la Montagne Solitaire, le prince d’Erebor ne décolérait toujours pas cependant, il avait pris sa décision. Si Aria ne venait pas à lui alors il la traquerait ou à tout le moins il enverrait l’un des siens la traquer pour la lui ramener ! Il lui ferait payer sa race et sa traîtrise. Sa vengeance serait terrible, car jamais il ne lui pardonnerait ce qu’elle lui avait fait.

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A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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