9. Stupeur et Tremblement au Bourg-du-Lac

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Stupeur et Tremblement au Bourg-du-Lac

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Père, pourquoi les hommes détestent-t-ils les dragons ? demanda un jour la princesse Ariana.

Le roi Adrial l’observa un moment. Elle était si jeune, si fragile et vulnérable. Encore pure et innocente des bassesses de ce monde déjà perdu. Elle le contemplait de ses grands yeux bleus hérités de sa mère, attendant une réponse qui ne venait pas.

Vois-tu, mon enfant, commença-t-il, les hommes ont toujours eu peur de ce qu’ils ne pouvaient contrôler.

C’était un fait. À cause de leur taille immense et de leur incommensurable pouvoir, la race humaine avait honni leur peuple qui pourtant était l’un des plus anciens de la Terre du Milieu sinon celui qui fut créé en même temps que les premiers elfes. Les hommes étaient des idiots et des froussards.

Pourtant, père, il n’y a pas que les hommes qui ont peur des dragons. Les nains aussi nous détestent. Pourquoi ?

Le roi des Drakons émit un ricanement désabusé. Sa fille était tellement curieuse. Quand elle ne comprenait pas quelque chose, il fallait qu’elle questionne inlassablement quiconque puisse lui répondre, et ce… jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite.

Les nains nous détestent parce que nous protégeons ce qu’ils prennent plaisir à détruire. Vois-tu, ma fille, les nains sont comme des enfants que nous devons remettre à leur place quand ils vont trop loin.

Cette remarque fit sourire sa fille.

C’est qu’ils sont bêtes alors, fit remarquer cette dernière.

Adrial s’esclaffa.

Non ma fille, ils ne sont pas bêtes, juste avides. Avides de trésors. Ils ne peuvent se contenter de ce qu’on leur offre, ils veulent toujours plus. C’est comme une maladie pour eux.

Mais je ne comprends pas. Nous aussi, nous aimons les belles choses.

Certes, soupira le Seigneur Drakonnite, mais à l’inverse de nous, ils ne protègent pas ce qu’on leur offre… ils le tuent !

La princesse Ariana fit la moue. Elle n’aimait pas les gens qui tuent. Tuer, c’était sale et moche. Elle ne comprenait ni ne parvenait à croire que des personnes puissent être malveillantes juste par plaisir.

Tu sais, ma fille, les nains ne le font pas vraiment exprès.

Ah bon ? Comment peut-on ne pas faire exprès de tuer ou de faire du mal à quelqu’un ?

Adrial secoua la tête. Ariana croyait encore que dans la vie, tout était soit blanc soit noir. C’était loin d’être le cas.

Non. La seule chose que les nains amènent à la mort, ce sont leurs montagnes.

Mais pourquoi ? s’obstina-t-elle.

Ils n’ont pas conscience de ce qu’ils font. Les nains ne savent pas que les montagnes vivent, qu’elles aussi ont un cœur… Leur ignorance est telle qu’ils peuvent arracher ce cœur pour le pouvoir qu’il confère.

Ces dernières révélations firent sursauter la jeune fille qui écarquilla les yeux d’effroi en poussant un petit cri d’horreur. Comment pouvait-on se montrer aussi barbare ? Décidément, ces nains n’étaient absolument pas fréquentables.

Elle se souvint alors de cet autre peuple qui la faisait toujours se sentir laide et gauche quand ils venaient à la cour de son père.

Et les Elfes ? questionna-t-elle doucement.

Les Elfes ? répéta-t-il. Ils n’ont pas vraiment peur des dragons même s’ils les craignent un peu… ils veulent juste utiliser leurs pouvoirs…


Tauriel couvait Kili des yeux. Il dormait paisiblement. Dire que lorsqu’elle l’avait trouvé, il avait été à deux doigts de mourir. Un frisson d’angoisse la saisit. Legolas et elle étaient arrivés en même temps que les Orques à Bourg-Du-Lac. S’ils étaient parvenus plus tard, elle n’osait imaginer ce qui se serait passé. Doucement, pour ne pas le réveiller, elle passa ses doigts sur ce visage qui n’avait cessé de la hanter depuis leur première rencontre.

— Dame Tauriel, commença timidement Fili, interrompant le fil de ses pensées. Vous croyez que mon frère va s’en sortir ?

L’elfe dévisagea un instant le nain aux cheveux blonds qui venait de lui adresser la parole. Ainsi, il était le frère de son Kili. Une pointe de fatalisme s’abattit sur elle. Elle ne s’était tellement pas attendue à tomber amoureuse d’un nain. Comme cela, d’un simple regard… d’un simple sourire et de quelques mots échangés.

— Il est tiré d’affaire… pour toujours, déclara-t-elle posément.

— C’est super, tout ça, dit Bofur en se tapant les mains, mais dans ce cas pourquoi restez-vous ici ?

Ce dernier ne semblait pas très à l’aise en présence d’un elfe. Il n’avait pas arrêté de s’agiter depuis que la jeune femme avait fait irruption dans cette maison.

Tauriel voulut lui répondre, mais se ravisa. Ce qu’elle éprouvait pour Kili était encore trop jeune, trop frais pour être dit aussi simplement, et à des étrangers qui plus est. Elle-même avait encore du mal à s’y faire, mais cet amour était venu si naturellement. Legolas, lui, avait compris et même s’il avait désapprouvé le fait qu’elle reste ici, il lui avait laissé le choix. Elle savait ce qu’elle encourait, que c’était contre nature… que c’était inenvisageable de par leur condition si différente et pourtant… Devait-elle taire les élans de son cœur par commodité ? De toute façon, c’était déjà trop tard. Elle savait qu’elle ne se remettrait jamais vraiment s’il devait arriver malheur à celui qui avait si aisément su capturer son amour.

Kili bougea légèrement dans son sommeil et lui pressa plus fortement les doigts. Troublée, elle se rendit compte qu’elle n’avait pas lâché sa main. Fili, qui n’avait pas quitté l’elfe des yeux, fut tout à fait surpris en commençant à comprendre. Était-ce simplement possible que son petit frère et cette elfine se soient amourachés l’un de l’autre ? Il soupira. Dire que Kili faisait dans la facilité était aussi ironique qu’un euphémisme.

Pendant que le petit bourg retrouvait sa tranquillité, les deux filles de Bard, qui avaient été aussi surprises que choquées par l’attaque des Orques quelques heures plutôt, décidèrent d’attendre le jour pour partir à la recherche de leur père. Elles avaient peur pour lui et se sentaient aussi de trop dans ce qui restait de leur habitation.

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À quelques kilomètres de là, Legolas galopait à toute vitesse sur son cheval en direction de la forêt de Mirkwood pour prévenir son père des derniers événements. Le temps était compté avant qu’une nouvelle guerre n’éclate. Après s’être battu contre Bolg, il avait eu une furieuse envie de le suivre pour lui faire ravaler son indifférence ainsi que son insolence. Il l’avait planté en plein milieu de leur combat, le laissant aux bons soins de ses sous-fifres. C’était inadmissible. Cependant, il avait compris que quelque chose d’anormal se passait. Jamais Bolg n’aurait fui un combat contre un elfe. Il avait plus urgent à faire et cela devait bien plus l’inquiéter qu’un honneur bafoué. Il se rattraperait plus tard, se promit-il.

Les nains étaient en Erebor. En pensant à ces derniers, Legolas se remémora la décision de Tauriel. Il ferma les yeux un bref instant. Il n’aimait pas cela, mais il allait devoir faire un rapport complet à son père. Il savait déjà que ce dernier n’apprécierait pas ce qu’il allait apprendre. Tauriel n’en faisait qu’à sa tête et il n’avait pas retrouvé la princesse Ariana qui semblait être partie avec la compagnie de ces imbéciles de nains. Qu’arrivait-il à ces femmes pour qu’elles préfèrent la compagnie de nains plutôt que celle des elfes ? C’était à n’y rien comprendre.

Fort de ses pensées, il lança sa monture au grand galop. Il fallait qu’il soit à Mirkwood le plus tôt possible.

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À mi-parcours, l’elfe distingua alors des cavaliers qui s’avançaient vers lui à toute vitesse. Étonné, il reconnut tout de suite le bras droit de Tauriel suivi de toute l’armée de son père. Ce dernier avait, semble-t-il, appréhendé ce qui allait se passer. Cela n’augurait vraiment rien de bon.

Cette nuit promettait d’être trop courte pour ce qui était à venir.

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Le matin arriva doucement et les habitants de Bourg-Du-Lac se réveillèrent sans se douter que cette journée allait sonner le glas de la paix installée depuis quelques décennies maintenant dans leur village. Le Bourgmestre était fier de lui, car il avait réussi à mettre cet idiot de Bard sous les barreaux. La journée promettait d’être merveilleuse, il le pressentait déjà. Tandis qu’il en était à sa troisième ration de faisans pour le petit déjeuner, le bruit d’une cloche le tira de son orgie de nourriture.

— Maître, Maître ! s’exclama Alfrid, totalement essoufflé par sa course.

Le conseiller venait d’entrer en trombe dans la salle à manger, les yeux écarquillés d’horreur.

— Regardez dehors, Maître, dit-il, haletant… de l’or, Maître ! Il pleut de l’or !

Lâchant le morceau de gibier qu’il s’apprêtait à engloutir, le gros homme se rua vers la fenêtre la plus proche et vit effectivement de fines particules dorées se poser sur le toit des maisons et dans sa cour. Fronçant les sourcils, il se demanda ce qui avait bien pu se passer pour qu’une telle chose se produise. Quand il pensait que cette journée allait être merveilleuse, il était loin du compte.

Dehors, les gens semblaient ne pas en croire leurs yeux, eux non plus, mais bien vite, la surprise et la joie se muèrent en cris de terreur.

— DRAGOOOON ! hurla à s’en déchirer les poumons un des gardes du Bourgmestre, DRAGON EN VUE !

…Et dragon vivant, surtout, comprit le Maître de Bourg-Du-Lac qui commença à transpirer à grosses gouttes. Mais qu’avaient donc fait ces fichus nains, bon sang ?! Pourquoi sa belle journée se transformait-elle de manière si brutale en cauchemar ?! Il aurait dû les enfermer, finalement, au lieu d’écouter les beaux discours de ce Prince cul-terreux !

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Toujours dans sa cellule, Bard se releva, prenant conscience de ce qu’il avait entendu. Il le savait ! Il l’avait su dès qu’il avait compris qui étaient ces maudits nains ! Que l’enfer soit contre eux ! Qu’avaient-ils fait ?

— Sortez-moi de là ! tonna-t-il en frappant les barreaux de toutes ses forces.

Bien sûr, personne ne l’entendit, car dehors, c’était l’effervescence totale.

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Kili s’éveilla au son que produisit Smaug le Doré en piquant vers le bourg. Un long hurlement à en faire frémir le plus sourd des hommes du village.

— Que… Que se passe-t-il ? voulut-il savoir en se redressant partiellement, les yeux encore mi-clos.

Il se sentait désorienté. Il avait fait le plus doux et le plus beau des rêves. Sa Tauriel, dans ses songes, elle était venue à lui, pour lui, elle le lui avait dit. Sortant de sa torpeur, il avisa alors Oïn, Bofur et son frère qui le dévisageaient, la mine grave. Qu’est-ce qui s’était passé, au juste ?

— Tu as failli mourir, Kili, dit la voix chevrotante de son frère.

Les deux autres nains hochèrent la tête à l’unisson, appuyant les propos de Fili. Kili soupira. Il était pourtant bien vivant et il ne se sentait pas mal du tout. Juste un peu sonné.

— Mais je suis en vie, aujourd’hui, rétorqua-t-il néanmoins.

Il allait sortir une blague vaseuse pour détendre un peu l’atmosphère qu’il jugeait trop tendue, mais ce qu’il vit derrière ses amis le coupa net dans son élan.

Elle était là, il ne rêvait pas. Encore plus belle que dans ses souvenirs.

— Tauriel ! chuchota-t-il plus qu’il ne parla. Ses yeux étaient rivés sur elle. Mais que faisait-elle là ? Ici. Se pouvait-il que…?

— Ce n’était donc pas un rêve ? demanda-t-il, un sourire indécis se dessinant sur son visage encore tiré par la fièvre et ce qu’il venait de traverser.

— Non, répondit Tauriel qui avait la mine préoccupée. Ça ne l’était pas, Kili. Je suis bien ici. Mais, ajouta-t-elle, un terrible danger nous guette dehors.

— Un danger ? questionna Kili qui se sentait vraiment confus.

Avait-il raté quelque chose ?

— Oui, reprit Fili, le dragon… Je crois que Thorïn et les autres ont réussi, enfin je l’espère, à regagner Erebor et à reprendre la montagne… mais…

— Mais le dragon est sur nous maintenant, coupa Bofur, les yeux agrandis par l’angoisse.

Comme pour prouver ce qu’il avançait, un terrible bruit se répercuta dans tout le village suivi d’un horrible craquement, puis de hurlements stridents provenant de toutes parts. Les murs de planches vibrèrent sous le choc causé par le monstre qui sévissait à l’extérieur. Chacun retint son souffle, attendant l’inévitable, mais comme rien ne se passait de plus, Tauriel, suivie de Fili, Bofur et Oïn, sortirent dehors pour voir ce qu’il en était.

Ce qu’ils découvrirent les stupéfia un instant. Une boule d’angoisse se forma dans la gorge de Fili. Non, ce n’était pas possible ? Il voyait double, ce qu’il apercevait là-bas n’était pas possible…

— Oh, par la barbe de Durïn, s’étouffa Bofur, il s’est reproduit comment ?!

— Deux dragons, souffla Fili. Mahal, nous sommes fichus.

— Hein ?! s’exclama Oïn qui semblait lui aussi en état de choc.

Comment ne pas l’être à la vue de cette épouvantable découverte ? Personne ne pourrait rien faire pour les aider. Ils allaient tous mourir, car si tuer un dragon relevait de l’impossible, alors en abattre deux…

Tauriel ne disait rien, avisant les deux monstres dans le ciel gris, la mine préoccupée. Quelque chose n’allait pas. Les deux bêtes ne semblaient pas réellement ensemble bien au contraire. Ouvrant grand les yeux, l’elfine comprit que l’un des deux dragons voulait éloigner l’autre de la ville. S’ensuivit alors un incroyable ballet aérien où les deux monstres, ailes et pattes déployées, s’envoyaient des gerbes de flammes et autres hurlements stridents à la gueule.

Image incroyable et fantastique qui ne laissa pas le capitaine de la garde du Seigneur Thranduil insensible. Qui a dit que la beauté n’était que l’œuvre du bien, songea la jeune femme, hypnotisée par ces deux créatures qui se défiaient au-dessus de leurs têtes.

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Aria était furieuse. Elle avait cru pouvoir arrêter Smaug avant qu’il n’atteigne son but, mais la bête fut encore une fois plus sournoise que dans ses souvenirs. Il avait déjà réussi à saccager la moitié de Bourg-Du-Lac. On ne voyait plus que les flammes qui consumaient ce qu’il restait de certaines habitations. En contrebas, sur la gauche, elle vit le capitaine de la garde du roi Thranduil et se demanda brièvement ce que Tauriel faisait ici… en compagnie de Fili, Bofur et Oïn… Mais que ? Smaug, profitant de son inattention, lui envoya un coup de patte et réussit à lui griffer la gueule. Elle hurla de fureur. Toutefois, au-delà de cette rage froide et mordante, un autre sentiment de pure excitation s’abattit sur elle avec la force d’un ouragan. Elle avait attendu ce moment avec une telle impatience. Elle pouvait enfin rendre coup pour coup, sans se priver, sans se retenir. Combien de fois n’avait-elle pas rêvé cet instant de confrontation. La bête aurait dû se plier devant sa princesse, sa reine. Au lieu de cela, ce maudit dragon continuait à la défier, à la mettre au pied du mur. Il voulait qu’elle se soumette à lui. Ce que Smaug le Sournois n’arrivait sans doute pas à comprendre, c’était que quoiqu’il arrive, il finirait par céder…et mourir.

Tandis que les habitants du lac voyaient leurs espoirs s’amenuiser d’heure en heure face aux dragons dans le ciel, un long son provenant d’un cor elfique se fit entendre à l’entrée du village, au niveau du grand pont qui les reliait à la terre ferme. Se redressant du mieux qu’elle le pouvait, Aria aperçut une armée. Les soldats de Thranduil étaient là, prêts à aider les hommes.

— Habitants du lac, commença l’un des soldats elfique, s’exprimant en langage commun. Il existe entre les elfes et les hommes, une amitié commerciale de longue date. C’est pourquoi nous venons aujourd’hui vous prêter main-forte contre ces monstres qui terrifient ce lieu.

Le garde avisa alors les deux bêtes qui se tournaient toujours autour dans les airs puis avisa ses hommes.

— Archers, en garde ! tonna l’elfe qui se mit à galoper entre les premiers rangs.

Aria crut reconnaître cette blonde chevelure, mais se ravisa bien vite. Il était impossible que le prince se mêle aux soldats du roi.

— Prêts ! hurla-t-il de nouveau.

Les soldats étaient en position, prêt à tirer sur eux.

— Tirez !

En l’espace de quelques minutes, une pluie de flèche s’abattit sur les deux bêtes qui continuaient à se battre l’une contre l’autre comme si de rien n’était. Bien qu’Aria fasse attention à eux, Smaug, quant à lui, semblait bien décidé à lui faire le plus de mal possible.

Le manège des dragons continua pendant un certain temps sous le torrent incessant de flèches qui ne semblait pas pouvoir faire grand-chose contre eux.

Baïn, le fils de Bard, qui avait assisté impuissant à ce terrifiant spectacle lui aussi, décida de tenter par tous les moyens de sortir son père de prison. Quand il avait vu ses deux sœurs courir dans sa direction, il leur avait ordonné d’aller se mettre à l’abri. Que faisaient-elles dehors ? Elles auraient dû rester avec les autres. Connaissant Sigrid, cela ne l’étonna pas. Elle aimait ne rien faire comme tout le monde et avait toujours peur qu’il arrive quelque chose à leur père qui restait leur seul parent encore en vie. Avisant que les deux filles étaient enfin en sécurité, il reprit sa course folle. Cela ne fut pas bien difficile d’arriver jusqu’aux geôles du Bourgmestre sans être vu, car tout le village était en panique depuis l’arrivée des deux dragons et de l’armée elfique.

Il lui fallut quelques minutes néanmoins pour trouver où avait été placé son père.

— Vite ! lança Bard à son fils qu’il avait vu arriver de loin. Il faut que nous atteignions la tour de garde le plus rapidement possible.

— Attends papa, il faut que tu saches, s’exclama alors Baïn, il n’y a pas un, mais deux dragons en haut.

— Par l’enfer ! jura Bard, mais qu’est-ce que cela veut dire ?

Une fois qu’ils furent enfin sortis de cet infâme endroit, Bard leva son visage en l’air et put constater que son fils disait vrai. Il y avait bien deux dragons dans le ciel. La prophétie n’avait pourtant pas parlé de cela. Il se sentait perdu, mais l’heure n’était plus aux incertitudes. Il devait agir, et vite.

— Baïn, où as-tu caché la flèche que je t’ai confiée ? demanda-t-il urgemment à son fils.

— Par ici, papa ! s’exclama Baïn en détendant son jeune corps pour se mettre à courir entre les étalages du marché jouxtant l’entrée du port.

L’homme le suivit. Le temps leur était compté. Baïn avait caché la flèche sur le rebord d’une fenêtre jouxtant le bureau des douanes qui avait été déserté depuis un bon moment maintenant.

Après avoir récupéré l’arme en question, Bard partit en direction de la tour et pria pour avoir l’occasion de les embrocher tous les deux. Il savait qu’il était leur dernière chance, car, à ce qu’il constatait amèrement, les elfes ne semblaient pas non plus en mesure de les arrêter.

Maudits soient-ils !

oO§Oo

Pendant qu’Aria tenait toujours Smaug en garde, elle vit l’archer, Bard, prendre la direction de la tour. Il avait la flèche des nains avec lui. Que les Drakons en soient loués pensa-t-elle, soulagée. Par contre, il ne pourrait y avoir qu’une seule chance. Un seul coup. Attrapant fermement l’autre dragon entre ses griffes, elle fit appel à toute la magie de ses ancêtres pour pouvoir délivrer à l’homme qui se trouvait au-dessous d’eux un message d’une importance capitale.

Tandis que Bard avait réussi à rejoindre l’édifice et qu’il était à mi-chemin de son but, il crut entendre une voix dans sa tête. Devenait-il fou ? Que lui arrivait-il ? Il se secoua brusquement, mais la voix était toujours là, raisonnant en lui.

« Bard, pour tuer le dragon, vous devez viser son abdomen, là où le feu rougeoie. Bard, ne visez rien d’autre que le ventre de la bête. C’est votre seule et unique chance. Ne la gâchez pas. »

La voix impérieuse lui rappelait celle de la Dame Aria. Pourtant c’était impossible, elle était à des kilomètres de là. Sans doute déjà tuée par le, enfin les monstres. Poussant un juron, il escalada les dernières marches avant de pouvoir actionner la flèche dans l’engin fabriqué dans les forges des nains d’Erebor.

Le dragon qui tenait toujours fermement Smaug avait bien vu que l’archer était en position de tir. Smaug, quant à lui, trop occupé à se dépêtrer de son adversaire, n’avait pour le moment rien vu. C’était tant mieux, se dit Aria. Il ne fallait pas qu’elle le lâche. Surtout pas maintenant.

— Si tu penses que toi ou ces maudits elfes allez gagner, petite princesse, grogna le monstre, vous vous fourvoyez tous.

Il cracha alors une gerbe de flammes qui fut déviée dans les airs. C’est alors qu’un long sifflement se fit entendre à leurs oreilles. Aria n’avait toujours pas lâché Smaug quand elle comprit que Bard avait très vraisemblablement réussi à atteindre sa cible, il avait écouté son conseil. Le dragon qu’elle tenait toujours de toutes ses forces se mit à hurler, des cris perçants s’échappaient de sa gueule, mais il était déjà trop tard pour lui. La flèche noire venait de transpercer avec une violence inouïe son abdomen pour finir par se loger dans le haut de la poitrine de l’autre bête qui le tenait.

C’est sous les grognements ininterrompus du monstre qui avait causé tant de ravages et de souffrance qu’elle vit défiler le ciel jusqu’à ce qu’un gros trou noir ne l’avale entièrement. Elle eut juste le temps de reprendre son apparence humaine avant de perdre définitivement conscience.

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Bilbo suivait Thorïn et les autres dans le dédale de la forteresse d’Erebor. Alors que l’heure était grave au dehors, Thorïn avait totalement refusé de porter assistance aux habitants de Bourg-Du-Lac.

— Que pouvons-nous y faire de toute façon, argua-t-il avec colère. Rien. Autant rester ici, il y a tellement de travail.

— Comme de se débarrasser des morts, chuchota Ori à l’oreille de Dori.

Le nain tremblait encore de l’horrible découverte qu’ils avaient faite quelques heures plus tôt. Dans la salle jouxtant celle au trône s’amoncelait un amas de cadavres encore en état de décomposition, envoyant des relents nauséabonds à qui s’en approchait trop près. Le froid de la montagne avait, semble-t-il, très bien conservé l’état de tous ces morts des femmes et des enfants pour la plupart. Bilbo en avait la chair de poule. Il ne rêvait que d’une chose, quitter cet énorme tombeau le plus vite possible.

Alors que tous étaient choqués par cet affreux spectacle, cela n’avait pas pour autant décontenancé leur chef. Bien au contraire, Thorïn semblait vouloir redevenir le maître des lieux, coûte que coûte.

— Mais, c’est insensé ! marmonna Bilbo qui ne savait que penser du comportement de celui qui était devenu, au cours de l’aventure, un véritable ami.

Thorïn, après le choc passé des révélations concernant Aria et de tout le reste, ne décolérait toujours pas. Comme il aurait aimé faire fi de ce que son cœur lui chantait. Trois chansons bien différentes et bien distinctes qu’il ne lui plaisait guère d’entendre. Une part de lui criait qu’il devait sortir de cette montagne, SA montagne, pour vérifier qu’Aria, SON Aria, n’avait rien. Qu’il la voulait toujours quoi qu’elle soit, car après tout, ne l’avait-elle pas sauvé d’une mort certaine ? Par la barbe de Durïn, il lui avait donné son cœur et malheureusement pour lui, tout comme les elfes, les nains ne le donnaient pas aussi facilement. Après coup, on ne pouvait plus revenir en arrière. Dans le même temps et malgré tout, une autre chanson, bien moins exaltante, bien plus perturbante, s’agitait dans tout son être. Un chant où la trahison s’insinuait à travers tous les pores de sa peau, aussi acide et destructrice qu’un poison. Qu’il voulait la haïr, cette traîtresse, pour qui il avait été prêt à tout donner. Il s’était agenouillé devant elle, s’était donné à elle. Il lui avait fait confiance, bon sang ! Il avait finalement cru en elle. Elle, qui était un… dragon ! Son ennemi juré ! Une engeance de Morgoth. Comment avait-il pu se laisser berner aussi facilement, lui qui avait toujours évité les affaires de cœur ?

Entre ces deux mélodies se jouait aussi un accord beaucoup plus impérieux, enchanteur même… Son Arkenstone. Où était-elle, par Mahal ? Jamais il ne quitterait ses trésors ! Plus jamais on ne les lui enlèverait. Thorïn Oakenshield scruta les ombres de son palais devenu tombeau et poussa un rugissement qui se termina par un rire tonitruant qui se répercuta entre les méandres des longs et grands couloirs d’Erebor. Son royaume était enfin à lui. Alors pourquoi se sentait-il aussi misérable et incomplet ?

Tandis que le prince ruminait sa tragédie personnelle, le temps passa, le jour succomba à la nuit jusqu’à ce que le soleil reprenne ses droits à nouveau. L’aventure, finalement, semblait bien loin d’être terminée pour les nains d’Erebor.

oO§Oo

Aria avait terriblement mal à l’épaule. Doucement, elle émergea des ténèbres en se demandant ce qui s’était passé. Puis elle se remémora les derniers jours et voulut se redresser, mais une longue plainte sortit de sa gorge quand elle tenta de le faire.

— « Doucement », dit une voix en elfique qui pétrifia Aria.

Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas entendu du Sindarin.

Était-elle donc de retour dans les cachots de Mirkwood ?

— Où ? Où suis-je ? demanda-t-elle en ouvrant les yeux avec précaution.

La lumière lui faisait mal quand elle essaya d’ouvrir les paupières.

— Vous êtes dans mon humble demeure, ou du moins ce qu’il en reste, lui apprit alors la voix atone de Bard.

Aria poussa un soupir de soulagement. Elle n’était pas de retour dans la demeure du Seigneur de la Forêt Noire. Puis elle se rappela les évènements tragiques depuis Erebor et … Smaug.

— Le dragon ? voulut-elle savoir, le cœur battant.

— Il est mort, reprit la douce voix féminine, mais en langage commun cette fois.

Intriguée, Ariana tourna la tête pour découvrir le capitaine de la garde. Tauriel. Elle ne l’avait vu qu’une seule fois, mais avait été intriguée par cette femme qui se battait comme un homme. Il était toutefois étrange que le Seigneur Thranduil ait permis qu’une femme se joigne à ses soldats et encore plus qu’il en fasse un capitaine. Cependant, l’aura que dégageait cette elfine était aussi pure et bienveillante que forte et vaillante. On pouvait sentir que Tauriel était du genre à ne jamais faillir et suivre les impulsions que lui dictait son cœur.

S’adossant à ses oreillers Aria aperçut alors devant son lit, la mine intriguée et inquiète de trois… non quatre nains.

— Kili ! s’exclama-t-elle dans un filet de voix, vous êtes vivant !

— Heu oui, répondit ce dernier. Il semblait gêné… C’est Tauriel qui m’a sauvé la vie.

Il coula un regard vers l’elfine aux cheveux roux, empreint de bien plus que de la simple gratitude, ce qui fit tiquer Aria. Elle avait sans doute inventé ce qu’elle venait de voir. Elle se sentait si fatiguée. Cependant et par précaution, elle préféra s’assurer que c’était bien la fatigue et son imagination qui lui jouaient des tours.

— Tauriel ? questionna-t-elle.

Aria avisa alors la rougeur qui montait aux joues de la jeune elfine et, en les observant bien tour à tour, elle finit par comprendre qu’elle n’avait pas rêvé ce qu’elle avait cru voir.

Bien, pensa-t-elle. Au moins que ces deux-là aient un dénouement heureux même si elle savait que les elfes… ou même les nains, ne verraient pas cette union d’un très bon œil.

La jeune femme avait tant de choses à dire, mais ce n’était pas le moment. Elle devait se reposer un petit peu pour aller mieux ensuite. Tauriel lui donna alors une nouvelle potion qui l’emporta dans les limbes du sommeil.

Elle ne se réveilla qu’un jour plus tard, se sentant un peu mieux quoiqu’encore terriblement fatiguée. Quand elle sortit du lit, elle s’aperçut qu’il faisait nuit. Elle pouvait entendre des voix masculines deviser dans l’autre pièce. Elle entra sans trop faire de bruit. Fili fut le premier à se lever quand il l’aperçut. Il la fixait d’un regard intense et peu amène. La jeune femme savait pourquoi les nains et même Bard semblaient sur leurs gardes tout à coup.

— Vous ne devriez pas être debout, lui dit-il en se levant à son tour.

Doucement, Bard la ramena à sa couche, suivi par tout le monde. Kili, Fili, Oïn, Bofur, Bard et enfin Tauriel la dévisageaient de façon aussi pénétrante qu’étrange.

Soupirant, elle s’adossa aux oreillers que lui avait rajoutés l’homme pour qu’elle soit plus à son aise. Il était temps de leur dire la vérité, comprit-elle.

— Je pense que j’ai beaucoup de choses à vous dire, commença-t-elle tendue.

À Suivre


Annotations

* À l’époque où j’ai écrit cette fic, le dernier film n’étant pas sorti. Je me suis inspirée du livre et le reste vient de mon imagination.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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