7. Entre Amour et Devoir

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Entre Amour et Devoir


Attention : des passages très épicés (Lemon) entre Aria et Thorin se trouvent dans ce chapitre. Si vous ne tenez pas à le lire (pour ne pas être choqué), passez ce chapitre ou les paragraphes concerné.


— Thorïn pourquoi ne prends-tu pas femme ? demanda un jour Dís, sa jeune sœur.

Elle venait de retrouver son frère à son atelier. Il travaillait comme forgeron dans un village d’hommes non loin des Montagnes Bleues où ils avaient élu résidence pour un temps.

La seule réponse qu’elle obtint dans l’immédiat fut le son du marteau frappant inlassablement le bout de métal qu’il forgeait. De grandes gerbes de flammes partaient dans tous les sens, mais la jeune femme s’en moquait éperdument. Elle n’aimait pas ce qu’il était devenu, ce qu’il devenait.

Vraisemblablement, Thorïn préférait finir ce qu’il avait commencé plutôt que de répondre à sa sœur. Cette épée devait être livrée au Seigneur du village avant la tombée de la nuit. Le cœur de Dís saigna à le voir travailler ainsi. Lui, le fier prince d’Erebor, devenu un simple manant, un forgeron. Comment en étaient-ils arrivés là ? Essuyant son front couvert de sueur avec un vieux chiffon sale, Thorïn se tourna enfin vers sa sœur. Il la regarda un instant, les sourcils froncés.

— Ne vois-tu pas, ma chère Dís, que je n’ai pas le choix ? Nous n’avons plus rien et père a disparu. Depuis que nous avons perdu grand-père dans le combat de la Morïa, il faut bien que quelqu’un subvienne à nos besoins.

— Mais, tenta Dís, cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir une épouse…

Thorïn grogna.

— Je n’ai pas le temps de me consacrer à une femme. Je n’ai rien à lui offrir. Aucun bijou ni argent. De plus, continua-t-il en fixant son ventre proéminent, tu attends un second enfant. Tu as déjà un fils, Fili. Je n’ai pas besoin d’héritier. J’en ai déjà un. Pour ce que cela me sert dans l’immédiat, d’ailleurs…

Il sortit se rafraîchir un peu la tête, suivi par Dís qui était bien décidée à ne pas le lâcher.

— Mais pour toi, relança Dís, Thorïn, n’as-tu pas envie de te poser, de…

— Cela suffit, femme ! tonna-t-il, plein de morgue et de colère. Tant que nous n’aurons pas vengé notre peuple, continua-t-il, tant que nous n’aurons pas repris la fierté qui nous a été volée, foulée au pied, je n’aurai jamais de paix ! comprends-tu ?

Sa sœur recula en se tenant le ventre. Que pouvait-elle y faire ? Elle avait déjà tout tenté, tout. De chaudes larmes perlèrent le long de ses joues rebondies pour venir s’accrocher dans les tresses de sa barbe brune.

Le cœur de Thorïn se serra. Il n’avait pas voulu être cruel avec sa sœur, mais elle le harcelait depuis tant de temps avec ces histoires d’épouses et de mariages. Ne comprenait-elle pas que pour lui, toute idée d’épousailles, d’enfants ou de bonheur était exclue ? Il ne connaîtrait jamais la paix tant qu’il n’aurait pas redonné un véritable but, un véritable espoir aux siens. Il devait guider son peuple, mais comment le faire quand on était soi-même perdu ? Il se jura que lorsqu’arriverait le jour de la vengeance, il ne se consacrerait qu’à elle ! Il serait celui qui ramènerait les siens à leur véritable foyer. Erebor.

Levant les yeux vers le ciel, il se jura que quoiqu’il arrive, il ferait tout pour que les nains de la lignée de Durïn puissent croire en lui comme il se l’était juré des années plus tôt.


Fili avait suivi la jeune femme du regard. Il avait bien vu qu’elle en avait après son oncle. Comment lui en vouloir, cela dit ? Thorïn était l’incarnation de la virilité faite naine et son statut ne faisait aucun doute, tandis que lui-même… Il secoua la tête. À quoi bon ruminer quelque chose qui ne se ferait jamais ? Au lieu de cela, il porta sa chope remplie de bière à ses lèvres.

— Hey frangin, souffla Kili qui ne se sentait pas au mieux de sa forme, je crois que je vais aller me taper un petit somme. ‘Me sens pas super bien, là.

Fili inquiet se pencha vers son frère.

— Tu veux que je t’aide ? demanda-t-il

— Si cela ne te dérange pas, je n’ai aucune envie de m’étaler comme une fille devant tout le monde.

Dwalïn, qui n’avait pas manqué les messes basses des deux frères, décida de s’en mêler.

— Qu’est-ce qu’il se passe, Kili ? C’est ta blessure qui te démange ?

— Pas du tout, mentit Kili. J’ai un peu trop forcé sur la bonne bière. Faut que j’aille piquer un petit roupillon.

Se retournant vers son frère :

— Fili, tu m’accompagnes ?

— Bien sûr, assura ce dernier, se levant pour soutenir Kili qui ne tenait pas droit.

Dwalïn observa un moment les deux gamins qui s’éloignaient en titubant. Il se doutait bien que ce n’était pas les effets secondaires d’un peu trop d’alcool consommé. Il espéra juste que Kili tienne le coup encore un peu. Si le môme venait à mourir, il ne savait pas dans quel état ils devraient ramasser le frère.

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Fili soutenait son frère comme il le pouvait, mais plus ils avançaient et plus le poids de Kili se faisait sentir.

— Tu ne me feras pas croire que c’est juste la bière qui te met dans un tel état, n’est-ce pas Kili ?

— J’ai pas envie d’inquiéter les autres, Fili. Vaut mieux qu’ils pensent que je ne tiens pas l’alcool. Imagine si Thorïn refusait que je me joigne à vous pour le grand final ?

Fili se pencha vers son frère :

— Écoute-moi bien, Thorïn sait très bien que tu dois venir avec nous. On avisera à ce moment-là, mais je te promets que je ne te laisserai pas tomber !

— C’est vrai, ça ? demanda Kili en fixant son grand frère le plus sérieusement du monde.

— Bien sûr que c’est vrai, affirma Fili, j’ai promis à maman que je ne te lâcherais pas.

Kili soupira. Il avait de la chance d’avoir un frangin pareil, mais non d’un petit caillou de montagne, pourquoi fallait-il que cela lui arrive à lui ? Là et maintenant ? Peut-être aurait-il dû demander à Dame Aria de renouveler ses soins ? Demain, il n’y manquerait pas quand il la croiserait. Pour l’heure, il avait juste envie de se reposer un peu.

oO§Oo

Non loin du long lac d’Esgaroth, Legolas et Tauriel continuaient leur route, traquant sans relâche les Orques menés par Bolg. Un peu plus tôt, ces derniers avaient appris, grâce à un messager en provenance de Dol-Guldur, que les nains se trouvaient à Bourg-Du-Lac. C’est avec des cris rageurs que les monstres étaient repartis dans la bonne direction sans savoir qu’ils étaient suivis par deux elfes intrépides. Toutefois, les deux elfes en question ignoraient qu’eux-mêmes étaient surveillés de près par le Seigneur de Mirkwood, Thranduil. Quand ce dernier avait appris l’escapade de Tauriel et de son fils, il avait ordonné qu’on les surveille prudemment.

— Monseigneur, avança un garde, Tauriel et votre fils semblent s’approcher du lac d’Esgaroth.

— Bien, murmura Thranduil le visage tourné vers son immense royaume.

Si tout se passait comme il le voulait, peut-être son fils récupérait-il la princesse Ariana. C’était tout ce qu’il souhaitait. Concernant la punition qu’il réservait à Tauriel quand il la retrouverait, elle serait exemplaire et… sans appel.

— Des nouvelles des nains ? demanda-t-il aussi.

— Oui Majesté, s’enquit un autre garde, ils sembleraient qu’ils soient à Bourg-Du-Lac.

Bien, bien, pensa Thranduil, ce Thorïn allait sans aucun doute lui faciliter la tâche. Une fois que le nain aurait accompli sa mission, il se débarrasserait de lui et récupérerait Ariana ainsi que le trésor d’Erebor. Une douce chaleur se répandit dans tout son corps en s’imaginant déjà en possession des deux.

oO§Oo

Pendant ce temps, au domaine du Bourgmestre

Bilbo était pensif. Que se passerait-il une fois qu’ils seraient arrivés sous la Montagne Solitaire ? Allait-il devoir combattre un dragon en colère ? Il se mit à trembler en imaginant la scène. Non, non, non, ne pas y penser, surtout pas.

— Que vous arrive-t-il, petit homme ? demanda Bard qui venait de le rejoindre sur son banc.

— Heu… rien, répondit Bilbo qui ne voulait pas se montrer couard face à cet homme qui semblait si fort et courageux.

— Vous savez, il n’y a pas de mal à avoir des craintes sur ce qu’il va vous arriver si vous suivez les nains sous leur montagne, reprit Bard tout en se servant une miche avec un peu de fromage.

— D’ailleurs, enchaîna-t-il, pourquoi y allez-vous ? Vous n’êtes pas un nain, que je sache ?

Il enfourna un gros morceau de pain dans sa bouche sans quitter le hobbit des yeux.

— C’est à dire, messire Bard, que j’ai signé un contrat. Je ne puis me dédire. Les hobbits ont leur honneur, vous savez.

L’homme le contempla un instant. Ce semi-homme avait l’air d’un enfant et pourtant, on pouvait sentir en lui une très grande force. Décidément, cette espèce qu’il ne connaissait guère était bien surprenante.

— Je comprends, finit par répliquer Bard, on ne peut cracher sur son honneur, surtout quand il ne nous reste plus que cela.

Les deux compagnons de tablée se turent, tout à leurs pensées.

Bien qu’il soit très tard, la fête battait toujours son plein. Chacun des nains voulant goûter encore et encore jusqu’à l’épuisement à ce qui serait, peut-être, leurs derniers moments de joie et de paix. Non qu’ils n’aient pas confiance en leur chef, mais il fallait aussi être objectif. Rien n’était gagné d’avance.

oO§Oo

Au même moment dans une chambre de l’aile des invités

Il était trop tard pour revenir en arrière, mais Aria le voulait-elle vraiment ? Elle pouvait sentir son cœur battre intensément dans sa poitrine. Thorïn ne l’avait pas lâchée depuis qu’il l’avait attirée à lui dans une étreinte aussi passionnée que sauvage. Tout au baiser qu’il venait de lui donner, elle ne le vit pas relever doucement la tête. Il mit fin à leur étreinte tout en la gardant près de lui.

— Vous êtes à moi, Aria, jamais je n’ai voulu cela, mais par Durïn, vous l’êtes.

Il avait le souffle court et ses yeux la contemplaient comme jamais personne ne l’avait regardée auparavant. Elle se sentit défaillir et fut heureuse d’être encore dans ses bras puissants, car sinon elle serait tombée à ses pieds.

— Que… que vous arrive-t-il, Thorïn ? balbutia-t-elle, encore grisée par leur baiser.

Elle avait un doute, mais ne voulait pas être déçue si jamais il changeait d’avis en cours de route comme cela lui était arrivé si souvent. Elle le désirait si fort qu’une partie d’elle-même exultait à ce revirement de situation pour le moins inattendu.

Il la considéra un instant avant de rire doucement. Le cœur d’Aria rata un battement.

— Comme si vous ne le saviez pas, petite ensorceleuse ! répondit Thorïn.

Il s’écarta doucement, inspira bruyamment et sans prévenir, il se jeta de nouveau sur elle. Ils tombèrent alors sur le lit qui les accueillit avec un couinement sourd.

— Vous avez gagné, Aria, souffla-t-il contre son cou avant de reprendre possession de sa bouche en un nouveau baiser vorace.

Par tous les drakons de la Terre du Milieu, qu’arrivait-il à Thorïn ? Il y a quelques heures encore, c’est à peine s’il pouvait la supporter et là, il semblait prêt à… à… Elle n’arrivait toujours pas à y croire. La langue de Thorïn continuait son ballet impitoyable, la goûtant toujours plus, avant de s’arrêter, appuyant ses lèvres contre les siennes.

— Je vous veux, Aria, reprit-il tout contre sa bouche.

Son souffle rauque lui chatouillait délicieusement le nez. Aria fut incapable de prononcer le moindre mot. Avec un hoquet de surprise, elle sentit la main de Thorïn se faufiler sans préavis sous son jupon avant de remonter entre ses cuisses. Personne ne l’avait jamais touchée à cet endroit. Personne, hormis elle-même. Troublée, elle se laissa faire et s’abandonna aux merveilleuses sensations que le nain faisait naître en elle. C’était si bon, il semblait si sûr de lui. Partagée entre le désir et l’appréhension, elle décida néanmoins de profiter de ce qu’il avait à lui offrir.

oO§Oo

Thorïn n’avait jamais rien ressenti de tel de toute son existence. Ce qu’il éprouvait à l’égard d’Aria était plus fort qu’un simple élan de désir. Depuis le premier jour, il avait su qu’il finirait par lui succomber. Elle n’était pas de son peuple et pourtant, tout l’attirait en elle, de sa bouche tremblante à ses formes pulpeuses. Humaine ou autre chose, elle était dorénavant à lui. Quand un nain se laissait aller aux élans de son cœur, c’était pour l’éternité. Voilà une des raisons pour laquelle beaucoup d’entre eux restaient seuls jusqu’à leur mort. Il était relativement fréquent qu’un homme soit épris d’une femme déjà en couple. Il fallait dire qu’elles étaient si peu nombreuses. Lui-même avait toujours fait en sorte de ne jamais être tenté par qui que ce soit. À part sa sœur Dís, il n’avait fréquenté aucune femelle de son espèce, se préservant pour son importante mission.

Un long gémissement féminin vint le tirer de ses pensées, de son passé. Aria, douce et désirable Aria. Elle avait gagné, il avait capitulé, il ne pouvait plus faire comme s’il ne ressentait rien pour elle. Tandis que ses doigts caressaient son intimité, il trouva vite le petit bouton de chair et le pinça doucement entre son pouce et son index. Avec des gestes experts, il ramena un de ses doigts à sa propre bouche pour l’humidifier avant de le repositionner plus bas, décapuchonnant son clitoris pour le masser avec des gestes savants qui firent bientôt perdre toute notion de pudeur à sa belle petite humaine qui se déhanchait sous ses assauts. Il la sentit alors se crisper avant qu’elle ne lui attrape les avant-bras. Son regard passionné fut l’aphrodisiaque qui le débarrassa des derniers vestiges de sa réticence et il s’abandonna à son tour aux effluves dévastateurs de la passion.

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C’est dans l’urgence que les deux amants ôtèrent avec une certaine impatience tous leurs vêtements pour se retrouver totalement nus, l’un contre l’autre. Thorïn attrapa la main d’Aria pour la poser sans pudeur sur sa virilité érigée, preuve évidente de son désir pour elle. La jeune femme hoqueta de stupeur, ce qui fit sourire Thorïn. Il aimait cette réaction. Il l’adorait, même.

Aria paniqua légèrement quand elle attrapa le sexe dressé de son amant entre ses mains. Comment un homme de si petite taille pouvait-il être aussi bien pourvu ? Elle se demanda un instant s’il allait pouvoir… Tandis qu’elle assimilait ce qu’elle touchait avec une certaine timidité, il s’allongea sur elle, lui caressant les flancs d’un geste doux et rassurant avant de lui écarter les jambes avec l’un de ses genoux.

Oh par tous les Drakons… Il essayait de…

— Ouvre-toi à moi, souffla Thorïn qui n’avait cessé de la dévisager tout en tentant de la pénétrer lentement.

Elle était très humide, mais terriblement étroite, comme si elle était… mais non, ce n’était pas possible…

—Oh, Thorïn, je… je ne crois pas que cela rentrera…je… balbutia-t-elle tiraillée entre le désir d’être entièrement à lui et la peur qu’il lui fasse mal.

Le nain fronça les sourcils sous l’effort. De longues gouttes de sueur perlaient le long de son front et vinrent s’écraser sur la poitrine de la jeune femme. Puis, d’un coup brusque, il fut en elle. Elle cria sous la surprise et…

— Par la barbe de Durïn Aria… vous… tu es vierge ?! s’exclama Thorïn, ébranlé, qui avait senti la fine barrière de son hymen se rompre sous sa violente poussée.

Elle lui adressa un pauvre sourire contrit.

— Je suis heureuse que tu sois le premier.

— Et le dernier, la prévint-il gentiment.

Le vouvoiement n’était plus nécessaire ni requis entre eux et Aria, qui sentait la réticence de Thorïn à continuer ce qu’il avait commencé, prit sur elle l’initiative de bouger légèrement. À sa grande surprise, la douleur se mua rapidement en autre chose et fut vite remplacée par un bien-être mêlé de plaisir. Les deux amants finirent par trouver ensemble un rythme commun avant de s’enfoncer encore plus dans les délices de l’amour.

La jeune femme aurait voulu que cette union dure éternellement, mais, alors qu’elle avait été à un cheveu de connaître l’explosion ultime de l’orgasme, elle sentit la virilité du nain grossir encore en elle avant qu’il ne jouisse sourdement et ne se répande dans la chaleur de son intimité. Elle ne manqua pas une seule de ses crispations et l’abandon de Thorïn valait bien tous les orgasmes de la Terre du Milieu.

Il leur fallut plusieurs minutes de répit bienheureux avant que Thorïn ne se décide à prendre la parole :

— Je suis navré, Aria, je ne voulais pas vous faire de mal, soupira-t-il en se détachant d’elle pour s’allonger à ses côtés.

Il avait repris le vouvoiement et cela la chagrina un peu. Il remettait ainsi une certaine distance entre eux, à tout le moins elle crut le deviner.

La jeune femme se redressa sur un coude et appuya sa main sur le torse viril du nain.

— Ce n’est pas grave, le rassura-t-elle. Il paraît que la première fois n’est jamais vraiment satisfaisante pour une femme. Mais j’ai beaucoup aimé ce que vous m’avez fait, ajouta-t-elle en voyant la mine de Thorïn s’assombrir.

— Je ne voulais pas vous blesser, je vous pensais expérimentée dans l’art de l’amour.

Elle tiqua sous l’accusation sous-jacente qu’elle crut déceler dans sa phrase.

— Désolée de vous décevoir mais non, je ne suis pas le genre de fille auquel vous pensez.

Sa voix tremblait légèrement. Comment pouvait-il imaginer une seule seconde qu’elle était experte en la matière ? Comme si elle se donnait à n’importe qui. De là où elle venait, une femme n’offrait son corps qu’à l’élu de son cœur. Le sexe était intimement lié à l’amour. Seules les Vaïanäes, les prêtresses du dieu des plaisirs et de la luxure, offraient leur corps au plus offrant et méritant.

Thorïn, comprenant qu’il venait d’être grossier, tenta néanmoins de se rattraper.

— Je ne voulais pas dire cela, Aria…

Il se frotta les yeux, prenant le soin de réfléchir à ce qu’il allait lui dire.

— Je souhaiterais que vous compreniez que dès le départ, j’ai su que vous seriez un problème pour moi… Non, la coupa-t-il avant qu’elle n’objecte quoi que ce soit, écoutez-moi jusqu’au bout, s’il vous plait.

Thorïn se redressa à son tour et lui fit face. La jeune femme eut bien du mal à se concentrer sur son visage plutôt que sur autre chose. Elle avait une envie furieuse de faire descendre son regard un peu plus bas, et, pourquoi pas, encore plus bas. Cependant, elle sentit tout de suite que l’attitude du nain avait changé. Il semblait si sérieux, comme s’il allait affronter le plus terrible des obstacles.

Il la fixait d’un regard aussi insondable que le fond des océans. Elle eut peur un instant de ce qu’il allait lui avouer, car elle sut qu’il allait lui dire quelque chose d’important. Une petite voix lui soufflait que cela ne serait pas quelque chose d’agréable à entendre.

— En vain ai-je lutté contre l’attirance que vous exercez sur moi, Aria…, commença Thorïn tout en lui tenant les épaules.

Il expira brièvement avant de reprendre, semblant chercher ses mots :

— Jamais je n’aurais cru que vous arriveriez à me détourner de mon premier but. Hélas, en ce jour, je ne peux réprimer plus longtemps mes sentiments pour vous. Vous êtes ma force et vous serez certainement ma faiblesse. Je m’incline devant-vous, mon aimée, et je vous déclare mienne dès à présent. Bien qu’humaine, vous serez la seule et unique reine à mon cœur, Aria.

Que répondre à cela, s’alarma la jeune femme qui était à la fois flattée et en colère. Comment pouvait-on vous faire une déclaration d’amour et vous insulter en même temps ? Pourtant, au regard que lui lança son amant, elle comprit que son but n’était pas de la blesser. Il était sincère. Aussi sincère qu’un nain pouvait l’être dans un moment pareil.

— Oh ! Thorïn, soupira-t-elle.

Elle était partagée entre la joie et l’horreur que de telles paroles signifiaient. Elle avait peur de relever la tête vers lui, de le regarder dans les yeux. Pourtant il fallait qu’elle le fasse, qu’elle lève la tête et… Ce qu’elle vit l’électrisa de la tête aux pieds. Les yeux de Thorïn étaient deux lacs tranquilles et il souriait doucement… le plus beau et le plus doux des sourires éclairaient son visage aux traits rudes. Aria en fut toute retournée. Des larmes se mirent à couler sur ses joues. Il était tellement beau quand il la dévisageait ainsi… comme si elle était la chose la plus précieuse au monde. Que n’aurait-elle pas donné pour se laisser aller à l’aimer à son tour de cette façon. Il semblait si… vulnérable. Alors qu’il y a encore un jour, il la repoussait avec toute la brutalité dont il était capable, aujourd’hui, il déposait son cœur et son âme à ses pieds.

C’était un… cauchemar ! Un véritable cauchemar.

— Laissez-moi vous faire l’amour comme il se doit, mon aimée, j’ai envie de vous faire connaître l’extase à mon tour, dit-il, inconscient du drame intérieur que vivait la jeune femme.

Sans attendre de réponse de sa part, il l’embrassa avant de l’allonger sous lui. Il allait l’adorer et l’honorer comme il se devait.

La suite ? Ils aviseraient plus tard, ils avaient bien le temps pour ça, n’est-ce pas ?

oO§Oo

Alors qu’Aria et Thorïn s’étaient enfin abandonnés l’un à l’autre, à quelques kilomètres de là, sur les chemins escarpés qui menaient à Bourg-Du-Lac, Tauriel et Legolas continuaient de suivre à la trace les Orques dirigés par Bolg.

— Les Orques se dirigent vers le village. Je pense que les nains y sont déjà, déclara Legolas qui avait les yeux rivés au-delà de la prairie.

— À ton avis, demanda Tauriel, combien de temps mettront-ils avant d’arriver ?

L’elfe plissa les yeux avant de répondre :

— À cette allure, ils y seront d’ici quelques jours.

Puis se tournant vers son amie :

— Penses-tu pouvoir suivre le rythme où veux-tu que nous fassions une pause ? demanda-t-il de manière ironique.

Tauriel arqua un sourcil.

— Dis plutôt que c’est toi qui as besoin de repos, Legolas, répliqua Tauriel, entrant dans le jeu de son ami.

— Continuons encore un peu si tu le veux bien, lança Legolas qui se mit à bondir de pierre en pierre avec une agilité déconcertante.

Tauriel secoua la tête. Parfois elle se demandait sérieusement si son ami était bien le fils du roi Thranduil. Ils étaient si différents, hormis leur blondeur commune.

— Ce n’est pas le moment de rêver, gamine, entendit-elle Legolas lui dire au loin.

Le bougre, il était déjà presque hors de sa vue. Elle expira un grand coup avant de le suivre. Ses pensées vagabondèrent loin jusqu’au souvenir du nain qui avait su marquer son cœur comme aucun elfe n’avait jamais su le faire auparavant. Elle avait peur pour lui. Quelques jours auparavant, ils avaient croisé un Orque, un envoyé d’Azog qui leur avait révélé qu’un nain avait été touché par une flèche de Morgul dont la lame avait été conçue dans les forges de la Tour de la Magie Noire. Legolas avait été sans appel à ce sujet, s’il n’était pas vite soigné par la médecine elfique ou… magique, ce nain allait très prochainement mourir. Le cœur de Tauriel se glaça en imaginant le pire pour ce Kili.

Ils devaient faire vite !

oO§Oo

Les jours suivants défilèrent comme dans un rêve pour Aria et Thorïn qui devisait tranquillement de leur avenir commun une fois qu’il serait monté sur le trône d’Erebor. Loin d’être choquée par la nouvelle de leur relation, la compagnie des nains bien au contraire fut enchantée et chacun y alla de son petit commentaire guilleret. Seul Fili semblait plus taciturne que jamais. La santé de Kili se dégradait de jour en jour et il risquait de mourir s’ils ne trouvaient pas un remède bientôt.

— Je pense qu’il serait plus judicieux que Kili ne nous suive pas jusqu’à Erebor, signala Thorïn.

Les nains, ainsi que Bilbo et Aria, qui étaient tous attablés dans la grande salle des banquets du domaine du Bourgmestre, le regardèrent gravement.

— Mais mon oncle ! protesta Kili, j’ai envie de venir, moi aussi. Tu nous as tellement conté d’histoires sur Erebor.

— C’est vrai, appuya Fili.

Thorïn les regarda tour à tour.

— Écoutez-moi bien, vous deux, Kili est au plus mal et sera davantage une charge pour notre compagnie qu’une aide. Je refuse de prendre le moindre risque.

— Mais mon oncle, tenta vainement Fili.

— C’est non, asséna Thorïn, d’une voix de stentor. Si ton frère ne va pas mieux, il ne viendra pas. Est-ce assez clair ?

— Très bien, comprit Fili, dans ce cas, je ne viendrai pas moi non plus. Hors de question que je laisse Kili seul ici.

Leur oncle les regarda tour à tour, la mine sévère.

— Tu dois venir, Fili. Erebor est ton héritage. Tu sais très bien que c’est important.

— Non, mon oncle, ce qui est important, c’est mon frère. Si Kili ne vient pas, je ne viens pas non plus. C’est aussi simple que  cela.

Le prince d’Erebor soupira bruyamment. Décidément, ils avaient la tête dure, dans cette famille.

S’ensuivit une conversation des plus animée sur la meilleure façon d’atteindre la montagne. Aria les écoutait distraitement, sans participer. Depuis qu’elle était devenue, en quelque sorte, la promise de leur futur roi, elle faisait partie intégrante de leur communauté. Elle aurait dû être heureuse, car elle n’avait plus à prouver sa valeur pour les accompagner, mais toutefois, l’aiguillon de la culpabilité la rongeait peu à peu. Thorïn se voyait déjà reconquérir son bien sans grande difficulté et plus les jours passaient et plus il divaguait sur cette maudite pierre, l’Arkenstone. Elle déglutit péniblement. Elle ne pouvait pas se permettre de faire passer ses sentiments avant son devoir. C’était impossible, inadmissible.

Un sourd sentiment d’horreur lui serra davantage la poitrine.

Oh père, qu’ai-je fait ? se lamenta-t-elle. Comment ai-je pu laisser parler mes sentiments ne serait-ce qu’un temps ?

Elle allait étouffer si elle ne sortait pas prendre l’air, là, tout de suite.

— Excusez-moi, déclara Aria à la cantonade avant de s’enfuir dans la cour.

Thorïn la regarda partir, l’air surpris.

— Que lui arrive-t-il ? voulut savoir Bilbo qui avait toujours montré beaucoup de prévenance à l’égard de la jeune femme.

— Je ne sais pas, avoua Thorïn, elle semblait de fort meilleure humeur un peu plus tôt.

Il fronça les sourcils.

— Sans doute quelque chose qu’elle a mal digéré.

— Ou bien des problèmes de femmes, peut-être, marmonna Bard qui venait de les rejoindre.

Tous les nains, Bilbo y compris, se retournèrent vers lui.

— Qu’est-ce que vous en savez ? voulut savoir Ori.

Bard le regarda un sourire aux lèvres.

— J’en sais, Maître Ori, que j’ai été marié.

— Ah ! Ah ! Ah ! Possible, déclara le prince d’Erebor une lueur mauvaise au fond des yeux, mais ce n’est pas cela dont il s’agit.

— Comment pouvez-vous en être certain ? questionna l’archer, intrigué.

— J’en sais que je partage sa couche, grogna Thorïn. Je le saurais si elle était indisposée, ne croyez-vous pas ? asséna-t-il de façon implacable.

Comprenant ce que cette déclaration signifiait, Bard tourna la tête l’air gêné et toussa doucement contre son poing.

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Aria n’avait pas pu rester à l’intérieur. Elle se sentait si mal. Demain serait le dernier jour de Durïn. Demain, si tout se passait bien, ils atteindraient l’entrée secrète de la Montagne Solitaire et alors elle aurait à accomplir son devoir et sa vengeance. Des larmes de détresse coulèrent doucement sur ses joues. Elle aimait Thorïn… Elle avait toujours cru que le jour où elle tomberait amoureuse, elle serait folle de bonheur. Malheureusement, son destin en avait décidé autrement.

Parviendrait-elle à faire ce qui devait être fait ? Se mordant la lèvre inférieure sous le poids de la culpabilité d’un amour qui aurait dû la rendre plus forte, plus heureuse, elle s’essuya rageusement les yeux avec la manche de sa robe. Se retournant, elle se décida à affronter sa destinée. Pour le meilleur… et sans doute le pire.

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A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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