18. Manigances à Vertbois

18

Manigances à Vertbois


Cerise


Le Royaume de Thranduil ne semblait pas avoir changé depuis mon départ involontaire. Je sentis poindre un début de colère. Si je n’avais pas été si fatiguée, j’aurais sauté du dos de mon sauveur et houspillé vertement les gardes que nous croisâmes aux portes du palais souterrain. Mais je n’en fis rien, me contentant de les observer d’un œil. J’étais gênée d’arriver dans cet état – portée comme une enfant récalcitrante sur le dos d’un adulte –, à tel point que je ne pris même pas garde à ce qu’il se passait autour de nous.

Laiqalassë avançait tranquillement et se permit même un brin de causette avec les quelques elfes qui vinrent le saluer. Personne ne faisait attention à moi. Étais-je devenue invisible ? Quand Laiqalassë emprunta les couloirs suspendus de Vertbois, je fermai les yeux aussitôt, prise de vertiges.

— Tout va bien se passer, me tranquillisa-t-il en tournant sa tête vers moi.

— Regardez où vous mettez les pieds, bon sang ! grommelai-je, peu rassurée.

Les épaules de Laiqalassë se mirent à trembler et je compris qu’il riait. C’était bien le moment.

— Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle, grognai-je d’un ton revêche.

— Vous devriez vous détendre, Cerise. Il ne vous arrivera rien, faites-moi confiance, rétorqua-t-il d’une voix apaisante.

Je ne lui répondis pas. Je venais de reconnaître la salle dans laquelle nous venions de pénétrer et mon cœur s’emballa. Une partie de la cour du Roi était présente et une onde de murmures déferla vers nous tel un immense raz-de-marée. Je ne voulais pas voir ces elfes que j’avais à peine croisés durant le temps que j’avais passé parmi eux. M’avaient-ils reconnue ? Pourquoi cette agitation tout d’un coup ? Décidant que j’avais suffisamment joué à l’autruche, cachée derrière les épaules de mon sauveur, je redressai un peu la tête et c’est là que je le vis. Le roi… Thranduil.

Il était assis sur son trône dans une posture nonchalante et s’adressait à l’un de ses proches conseillers. Quand il nous vit arriver, il se tut et se leva sans nous quitter des yeux. Je le trouvais amaigri, la mine blafarde. Que lui était-il donc arrivé pour qu’il apparaisse dans un tel état ? Il nous examina avec intérêt avant de descendre les marches pour arriver à notre niveau. Toutefois, ce n’était pas moi qu’il observait avec intensité, mais Laiqalassë. Je n’étais même pas certaine qu’il m’ait vue. J’éprouvai un nouvel élan d’indignation avant que la curiosité ne l’emporte. Thranduil semblait étrangement ému et je compris que mon sauveur était la cause de cet afflux d’émotions sur le visage de celui qui avait été mon amant. Je ne l’avais jamais vu ainsi et mon cœur se serra. Je devais signaler ma présence avant que la situation ne devienne gênante.

— Je vous en prie, Laiqalassë, chuchotai-je tout contre son oreille, ce qui le fit frissonner. Laissez-moi descendre, je ne suis pas impotente et rester sur vous me gêne.

Il se passa un temps avant qu’il incline sa tête vers moi.

— Je ne sais pas si cela est vraiment raisonnable, commença-t-il, vous tenez à peine debout. À ce propos, comment vous sentez-vous ?

— Sans vouloir vous inquiéter, je me sens affreusement mal et je suis très fatiguée, dis-je.

Laiqalassë marmonna des paroles inintelligibles tandis que Thranduil continuait d’avancer vers nous, inconscient de ma présence. Cependant, l’elfe me laissa enfin glisser de son dos et, prise d’un vertige, je me raccrochai à lui avant d’enfouir ma tête dans les plis de sa tunique le temps de me ressaisir. Tandis que je me reprenais, j’entendis la voix grave et mélodieuse de Thranduil. Il s’exprimait en Sindarin et s’entretenait avec Laiqalassë. Je comprenais un mot sur deux, jusqu’à ce que je discerne mon prénom dans la conversation et de fait, Laiqalassë venait de se retourner vers moi. J’étais démasquée, comme qui dirait… Mon sauveur m’adressa un regard d’encouragement avant de me saisir par les épaules pour me faire avancer devant lui. Le moment de me dévoiler était donc arrivé, pensai-je avec fatalisme. Je ne pouvais plus reculer. Je relevai la tête avec courage, prête à me battre s’il le fallait.

— Pourquoi m’avez-vous abandonnée ?! demandai-je avec force.

— Cerise ?! s’exclama le Souverain dans un ton oscillant entre l’incrédulité et autre chose que je n’aurais su définir. Je vous croyais partie et loin d’ici !

Nous avions parlé en même temps. Je n’avais pas compris ce qu’il entendait par le fait que j’étais partie. Pensait-il que mon départ était volontaire ? Je n’eus pas le temps de me questionner plus longtemps. Quelqu’un m’avait pris dans ses bras et me serrait contre lui à m’en étouffer.

— Ma douce Cerise, vous êtes sauve, murmura avec fébrilité la voix d’un elfe qui n’était pas celle de Thranduil.

— Tamril  ?! balbutiai-je, surprise mais néanmoins ravie de le voir.

Il s’écarta sans toutefois lâcher mes bras. Ses yeux étaient embués par l’émotion, ce qui me fit rougir. Allait-il vraiment pleurer ?

— Les Valar ont entendu mes prières, reprit-il, inconscient des gens qui nous entouraient. Je voulais partir à votre recherche. Vous n’avez rien ? Vous êtes vivante… Je…

— Tamril ! s’interposa Laiqalassë. Laisse donc cette jeune personne respirer, veux-tu.

— Pardon ! répondit-il en me libérant.

Il passa une main derrière sa tête, l’air gêné. Visiblement, il avait beaucoup souffert. Mon cœur se serra pour lui. Il était si bon, et il ne m’avait pas oubliée. Puis Finlenn, le capitaine de la garde, se joignit à nous avant de tirer Tamril vers lui. Il lui parla un moment avant que son compagnon acquiesce, la mâchoire contractée.

— Je vous verrai plus tard, Cerise, me dit Tamril avant de me lancer un dernier regard qui ne cachait rien des sentiments qu’il éprouvait pour moi.

Je secouai la tête doucement. Il méritait mieux que moi. Je l’adorais, mais pas comme… Mon cœur rata un battement. Je jetai un coup d’œil vers Thranduil qui me fixait maintenant avec fureur. De quel droit osait-il être en colère ?

Le Souverain me fit face, ses yeux d’un bleu presque translucide ne me quittant pas un seul instant.

— Bien que vos retrouvailles avec l’un de mes gardes soit des plus touchantes, débuta-t-il d’une voix aussi tranchante qu’une lame, je me demande ce qui vous a décidé à revenir parmi nous. Vous manquait-il à ce point ?

Était-il jaloux de Tamril ? Au moins, lui ne m’avait pas accusée de je ne savais quoi, ce qui ne semblait pas être le cas de Thranduil. J’étais aussi furibonde que lui. Je serrai les poings pour me reprendre. J’étais sur le point de lui faire une scène, ce que je devais éviter devant ces gens. J’avais assez côtoyé les cachots humides de son Royaume pour avoir envie d’y retourner.

Nous nous défiâmes du regard un bon moment avant que je ne me décide à parler.

— Je ne suis pas partie de mon plein gré, déclarai-je d’une voix méconnaissable.

Et pour cause. J’eus de grosses bouffées de chaleur avant que la nausée ne me saisisse, puis… des points blancs dansèrent devant mes yeux et je compris trop tard que j’allais m’évanouir.


Thranduil


Les semaines depuis son départ m’étaient apparues aussi longues et sans fin que les millénaires à venir. J’avais beau me raisonner, me dire que cette mélancolie était exagérée et surtout anormale, je n’arrivais pas à me l’enlever de la tête.

Elle m’avait quitté. Pourquoi ? J’avais interrogé son entourage, et autant cette Gabrielle que Liamarë n’avaient pu me renseigner. Elles avaient été aussi choquées que surprises. Personne ne comprenait. Mais le doute instillé par Maeiell et les preuves irréfutables que Cerise avait pris la route sans nous le dire et de son plein gré étaient là.

En tant que Roi, je ne pouvais laisser libre cours à des sentiments qui m’auraient empêché de diriger mon Royaume de manière éclairée. On m’accusait d’être sans cœur. Il est vrai que j’aurais pu dépêcher des gardes pour la retrouver et l’accompagner dans son périple, mais j’étais en colère contre elle. Elle était devenue ma faiblesse. Comment cela pouvait-il être possible ?

Savoir que Tamril faisait des pieds et des mains pour tenter de la rejoindre m’avait par ailleurs profondément agacé. Ce n’était pas son rôle, mais Finlenn m’avait avoué que son ami et fidèle bras droit aimait sincèrement Cerise. J’avais bataillé avec des émotions qui n’auraient pas dû m’atteindre. La jalousie m’avait interdit de voir qu’il s’agissait là de la meilleure solution.

Pouvais-je véritablement éprouver des sentiments pour cette humaine qui ne faisait qu’un bref passage dans ma longue vie d’elfe ? Quoi qu’il en soit, après moult remises en question, je m’étais décidé à me montrer raisonnable.

En attendant, je devais régler différents problèmes internes à mon Royaume, même si j’avais bien du mal à me concentrer. Induil, l’un de mes conseillers, m’informait d’un litige entre deux elfines de ma maison quand les gens de ma cour se mirent à parler tous en même temps. S’il y avait bien une chose qui m’insupportait plus que tout, c’était que l’on me dérange en pleine discussion. Toutefois, en entendant le nom de mon fils prononcé avec stupeur, je relevai la tête avec intérêt.

Il était là, avançant tranquillement vers nous, mais il n’était pas seul. Plissant les yeux, j’essayai d’identifier son fardeau, mais la personne était cachée par la longue chevelure de mon fils. Se pouvait-il qu’il s’agisse de ce nain avec lequel il avait sympathisé ? Je n’osais l’imaginer. Avançant sans hâte vers eux, je n’avais d’yeux que pour cet elfe aussi vigoureux que magnifique. Mon fils. Un élan de fierté paternelle me traversa la poitrine quand je me remémorai tout ce qu’il avait accompli depuis qu’il savait marcher. Legolas laisserait sa trace en Terre du Milieu encore très longtemps, bien même après qu’il en serait parti.

Ion nìn, mon fils, débutai-je en Sindarin. Mes yeux et mon cœur se réchauffent à l’idée de te savoir parmi les tiens. Ta présence nous a manqué plus que tu ne saurais l’imaginer.

À cet instant, j’aurais donné n’importe quoi pour pouvoir le serrer dans mes bras comme un père qui aime son fils, mais ma condition de Roi et l’être qu’il portait sur son dos m’en empêchaient. Je le ferai plus tard, en privé.

— Vous me voyez également heureux de ces retrouvailles, répondit Legolas dans la même langue.

Ses yeux brillaient de plaisir, ce qui m’enchanta et me fit presque oublier la langueur qui m’avait étreint depuis le départ de Cerise. Peut-être saurait-il me la faire oublier ?

— C’est une grande surprise que tu nous fais là, lui répondis-je avec chaleur. Merci, mon enfant. Nous ne t’attendions pas avant plusieurs jours.

Legolas m’adressa un sourire en coin, l’air un peu contrit. Dans sa missive, il m’avait expliqué qu’il voulait se rendre auprès des hommes des bois pour s’entretenir avec eux. Certainement pour ce livre qu’il était en train d’écrire sur ces terres. Il avait ce grand projet depuis quelques années déjà.

— Effectivement. J’avais d’autres desseins, mais le destin, comme vous le savez, peut se montrer parfois bien facétieux.

Il se tournait vers la créature qui venait de descendre de son dos quand j’aperçus une longue chevelure blonde, reconnaissable entre toutes. Avec quelques mots d’encouragement, Legolas la fit passer devant lui et c’est le cœur battant que je reconnus celle qui m’avait causé un si grand chagrin.

Cerise.

Puis tout se passa rapidement. Nous nous affrontâmes du regard et Tamril bondit sur elle sans que personne ne l’ait vu arriver. Un élan de haine déferla en moi aussi brusquement que du poison. De quel droit la pressait-il ainsi contre lui, et devant tout le monde ! Devant moi, son Roi. La joie de la revoir vivante fut vite remplacée par la colère ; une colère dirigée contre elle tout autant que contre ce fat de Tamril. Il venait de la revendiquer comme sienne devant toute ma cour et elle ne l’avait pas repoussé !

Néanmoins, je ne pus empêcher l’inquiétude de me saisir devant sa pâleur. Elle avait perdu du poids et semblait malade. Je n’oubliais pas que quelques instants plus tôt, Legolas la portait sur son dos. J’avais tant de questions à leur poser mais elle me regarda d’un air où la peine se disputait à la bravoure.

— Je ne suis pas partie de mon plein gré.

Je dus tendre l’oreille pour comprendre ce qu’elle venait de dire. Sa voix était chevrotante et c’est là qu’elle perdit connaissance.

Je voulus la rattraper mais mon fils fut bien plus rapide que moi, ayant anticipé ce qui allait arriver. C’est avec consternation, inquiétude et confusion que je lui demandai ce qui lui était arrivé et pourquoi elle était si mal en point.

— Elle a une vilaine blessure à la jambe, dit Legolas, la mine sombre. Je l’ai rencontrée alors qu’un warg s’était attaqué à elle. Elle serait morte si je n’étais pas intervenu à temps.

Ce qu’il m’avoua me fit écarquiller les yeux de stupeur. Je n’avais pas prévu cette éventualité. J’avais laissé partir une pauvre humaine sans défense dans un monde qui n’était pas le sien. Je vacillai sous le poids d’une culpabilité subite. Comment avais-je pu être aussi peu perspicace ?

— Allons dans mes appartements, ordonnai-je d’une voix calme.

Je prévins Induil que je ne serai plus disponible pour aujourd’hui et quittai la salle du trône, suivi par Legolas qui portait Cerise dans ses bras. Une multitude de questions se bousculaient dans ma tête et l’inquiétude que j’éprouvais à cet instant était si grande que j’en aurais gémi d’impuissance si je n’avais pas été le Souverain de tout un Royaume. Mais devant son peuple, le Roi se devait de garder la tête haute en toutes circonstances.

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Je pouvais sentir le regard de mon fils peser avec insistance sur moi. Il devait se demander pourquoi je lui avais dit d’emmener une humaine dans mes propres quartiers. Je fronçai les sourcils. Je n’avais tout simplement pas réfléchi. Voir Cerise dans cet état me terrifiait. Quand nous arrivâmes, je désignai la causeuse qui se trouvait près d’une fenêtre pour que Legolas l’y dépose. Dès qu’il se fut un peu éloigné d’elle, je m’approchai et m’agenouillai à ses côtés. D’un geste sûr, je rabattis sa robe sur ses cuisses et défis le bandage pour constater par moi-même l’état de sa blessure. Legolas avait bien travaillé. Il lui avait fait un emplâtre qui avait réussi à limiter l’infection. Je vérifiai néanmoins son front. Elle n’avait pas de fièvre mais les plaies gonflées me laissaient supposer qu’il leur faudrait une attention toute particulière.

Ion nìn, commençai-je d’une voix calme où se mêlait tout de même une vive inquiétude. Que lui est-il arrivé ? Dis-moi tout, j’ai besoin de comprendre.

J’en profitai pour remettre le pansement en place – il faudrait le changer d’ici peu –, et je couvris Cerise d’une chaude couverture afin qu’elle n’attrape froid. Les humains étaient si fragiles.

Quand nous fûmes installés sur nos fauteuils respectifs, je récupérai une carafe remplie d’infusion et m’en servis un verre. Legolas ne prit rien, se contentant d’attendre que je sois prêt à l’écouter.

— Je me rendais dans le village des hommes des bois quand j’ai entendu des bruits anormaux suivis de hurlements stridents. J’ai compris qu’il se passait quelque chose de grave et j’ai accouru sur les lieux sans me poser de questions. Sur place, j’ai vite repéré le warg. Il chassait une jeune humaine. J’ai fait ce que tout elfe aurait fait à ma place. Je l’ai tirée des crocs de ce monstre et j’ai renvoyé la bête à son créateur. Il s’en est fallu de peu, je ne vous le cache pas, Adar*.

Comment avais-je pu la laisser partir sans protection ? pensai-je amèrement. Si mon fils n’avait pas été là pour la sauver, jamais je n’aurais su qu’elle n’était plus. Fermant les yeux quelques secondes pour me reprendre, je les rouvris et contemplai Legolas.

— À tout hasard, demandai-je d’une voix où perçait l’anxiété, sais-tu où elle se rendait ? S’est-elle confiée à toi ?

Je savais que l’urgence dans ma voix me trahissait mais je n’en avais cure. Legolas m’observa quelques instants avant de répondre :

— Pour tout vous dire, père, Cerise m’a dit qu’elle voulait se rendre à Imladris, pour y trouver Elrond et quérir son aide.

Surpris, je tiquai avant de me ressaisir.

— Pourquoi ? murmurai-je avant de reprendre plus fort : cela n’a aucun sens. Elle désirait rester parmi nous. Alors pourquoi partir ?

Mon fils soupira en se renfonçant contre le dossier de sa chaise. Il semblait en savoir plus que ce qu’il voulait bien me le dire. Je le voyais à ses yeux perçants.

— Je ne crois pas qu’elle désirait aller où que ce soit, débuta-t-il tout en me fixant. Elle m’est apparue perdue et peu sûre d’elle. Quand je lui ai dit que je la ramenais à Vertbois, j’ai senti de la confusion dans son esprit.

Legolas s’arrêta un instant et changea de position, signe qu’il était troublé. Cela ne me rassura guère.

— Je dois vous avouer, père, reprit-il, que je suis assez surpris – bien qu’agréablement, je ne vous le cache pas –, que vous ayez accepté une femme des Hommes parmi vos gens. Je suis d’autant plus perplexe à cause de l’attention toute singulière que vous semblez lui porter. Qui est-elle ? Que s’est-il passé pour que vous soyez devenu si généreux avec une étrangère ?

Je passai la langue sur mes lèvres avant de me lever et de me diriger vers Cerise qui avait gémi dans son sommeil. Pouvais-je révéler à mon unique enfant les sentiments troubles que m’inspirait cette jeune femme ? Sans m’en rendre compte, je pris une de ses mèches de cheveux entre mes doigts et la portai à mon visage. Son odeur m’avait tant manqué. Conscient que mes gestes en disaient plus long que n’importe quels mots, je replaçai délicatement cette mèche derrière son oreille au bout arrondi. Sans me quitter du regard, Legolas retenait son souffle. Était-il choqué ? En colère ?

Je revins vers lui et repris ma place à ses côtés sans toutefois lâcher ma belle humaine des yeux.

— Je ne sais comment l’expliquer alors que tout me paraît si désordonné, répondis-je d’une voix douce. Comment un elfe tel que moi peut-il être ému par une simple petite humaine ? Cela défie des millénaires de préjugés. Cela va à l’encontre même de mes valeurs et pourtant… Je ne parviens pas à le comprendre moi-même. Et toi, cher Legolas, le peux-tu ? Saurais-tu expliquer à ton père ce qui lui arrive ?

Nous nous contemplâmes avec les yeux du cœur, chacun se repaissant de la vision que l’autre lui offrait. Mon fils était une continuité de moi-même, mais aussi de sa chère et douce mère, mon Elenna. J’aurais dû appréhender les conclusions qu’il pourrait tirer de mes propos mais je le savais encore plus clairvoyant qu’aucun elfe de ma connaissance.

Sans rompre ce lien qui nous unissait en cet instant, Legolas se leva et vint s’agenouiller en face de moi. Il prit mon visage entre ses mains avant de déposer un léger baiser sur mes lèvres.

— Vous êtes mon père, débuta-t-il avec une tendresse dans la voix qui me fit fondre d’amour. Je vous aime du plus profond de mon cœur, continua-t-il. Savoir que vous vous ouvrez ainsi aux autres par le biais de cette jeune humaine est un très grand bonheur pour moi. Pour rien au monde je ne m’opposerais à vous voir heureux. Je sens que cela vous chagrine de ressentir cette affection pour une personne qui n’est pas ma mère. Pour être honnête avec vous, je devrais renier les sentiments que vous éprouvez pour une autre femme mais au fond de moi, je me sens rassuré. Père, aimer est une chose merveilleuse et vous méritez de l’éprouver une nouvelle fois…

— Mais ta mère, l’interrompis-je le cœur battant.

— Je crois au destin, père, dit Legolas. Je pense que les Valar ne font rien sans raison et si les fils de la Tisserande vous ont attirés l’un vers l’autre, Cerise et vous, il serait bien sot de ne pas l’accepter. Mais n’oubliez jamais que vous êtes l’époux de ma mère. Ne la trahissez pas comme vous l’avez fait depuis tant de siècles.

Je dus faire preuve d’une grande volonté pour retenir mes larmes. Qu’avais-je fait pour avoir un fils aussi sage ? Je me sentais béni des dieux. Toutefois, Cerise m’avait quitté, et je…

— Il faut que vous sachiez quelque chose père, reprit Legolas une fois qu’il eut regagné son fauteuil. Je ne crois pas que Cerise soit partie de son plein gré. Plusieurs choses me font penser le contraire.

Je soupirai avant de me relever. J’avais besoin d’une boisson un peu plus forte.

— Je t’en prie Legolas, explique-moi.

— Cerise semblait très en colère contre les elfes de Vertbois. Elle arrivait de Laketown. Qu’y faisait-elle ? Voyant son état de faiblesse après l’attaque du warg, je l’ai examinée plus en détail lorsqu’elle dormait. J’ai remarqué qu’elle gardait des séquelles derrière son crâne qui laissaient supposer une violente attaque. Avait-elle des inimitiés au sein de votre Royaume ?

Ses paroles me firent l’effet d’un coup de poing en pleine poitrine. Je serrai mon verre de vin à l’en briser. Je ne l’avais même pas touché. Quelques scènes passées me revinrent en mémoire. La seule personne qui aurait voulu du mal à Cerise était à ma connaissance…

— Maeiell, grognai-je entre mes dents.

Je reposai brutalement la timbale sur la table. Quelques gouttes de vin éclaboussèrent ma manche.

—Je suis navré de vous dire cela, Adar, mais venant de cette elfine, je n’en serais pas étonné, avoua Legolas en m’observant faire les cent pas devant lui.

— Qu’entends-tu par-là ? le questionnai-je sombrement.

— Elle avait déjà causé quelques torts à de jeunes elfines de notre maisonnée par le passé, déclara-t-il.

Je m’en souvenais. Maeiell n’avait jamais supporté la moindre rivalité, quelle qu’elle soit. C’était bien pour cette raison que je l’avais écartée de Cerise dès que j‘en avais eu l’occasion et lui avais fait comprendre qu’il lui en coûterait si elle osait lui porter préjudice.

— Tu ne l’as jamais appréciée, dis-je à Legolas qui acquiesça sans l’ombre d’un remord.

— Maeiell était une elfine des bois anonyme qui s’est élevée au premier rang de notre hiérarchie parce que vous le lui avez accordé, répondit mon fils. Je n’ai jamais compris pourquoi vous aviez jeté votre dévolu sur elle juste après la perte de ma mère, votre épouse. Elle a tout de suite pris ses aises et se comportait comme une reine à votre cour. Je ne suis pas quelqu’un qui juge, vous le savez bien, mais elle a souvent outrepassé ses droits, termina-t-il, un peu sur la défensive.

Le teint de Legolas avait viré au cramoisi. Le sujet Maeiell l’avait toujours fait sortir de ses gonds et je m’en voulais de l‘avoir imposée alors que n’avais jamais ignoré sa nature profonde.

— Me pardonneras-tu de ne pas avoir su t’écouter ? lui demandai-je d’une voix contrite.

— Vous n’avez pas à vous excuser, Adar. Vous étiez en colère contre le destin, contre ceux qui vous avaient enlevé ce que vous aviez de plus précieux. Pour tout vous dire, avoua-t-il dans un demi-sourire, je ne l’aimais pas, c’est vrai, mais je me suis dit que vous ne pouviez pas faire plus grand affront aux Ainur ! Je vous ai admiré pour cela.

Nous nous dévisageâmes, tentant de nous retenir, puis finalement, nous éclatâmes de rire en même temps malgré la présence de Cerise.

Comme deux jeunes ellir pleins d’insouciances, mais conscients d’avoir fait une bêtise, nous nous tournâmes comme une seule personne vers la jeune femme. Elle était toujours entre les bras de Lórien*. À quoi pouvait-elle bien rêver ? Quelle joie de la savoir vivante et à nouveau parmi nous. Tout cela, je le devais à Legolas.

— Merci de me l’avoir ramenée, Ion nìn.


Cerise


J’avais chaud et me sentais comme entourée d’un cocon chaleureux. Bien que totalement réveillée depuis un moment, je n’avais aucune envie de signaler ma présence. Au contraire, je préférais écouter les deux elfes qui discutaient en Sindarin. Leurs voix étaient si mélodieuses, rassurantes et puis… J’avais peur de devoir affronter Thranduil. Je ne me sentais pas encore prête pour cela.

Un léger courant d’air chatouilla mon visage. Mes paupières tremblèrent.

— Allons, jeune damoiselle, me gourmanda la voix de Laiqalassë. Nous savons que vous êtes éveillée, rien ne sert de faire semblant plus longtemps.

Je soupirai avant de relever mes paupières. L’elfe brun était penché sur moi et me souriait avec bienveillance.

— Vous n’êtes pas drôle, grommelai-je avant de me redresser sur ma couche improvisée tout en me frottant les yeux comme une enfant.

Observant les alentours, je reconnus sans peine le grand salon des appartements privés de Thranduil. Une boule d’angoisse se logea dans ma gorge avant qu’une douleur bien plus tangible ne se rappelle à moi. Instinctivement, je reportai mon attention sur ma jambe bandée.

— Nous avons refait votre bandage il y a peu. Le médecin personnel du Roi est venu vérifier votre plaie, me dit Laiqalassë la mine assombrie. Nous avons bien fait de revenir au palais, Cerise.

Je relevai la tête vers lui avant de me mordre les lèvres.

— Merci beaucoup. Sans vous, j’ignore ce que je serai devenue.

— C’est naturel, répliqua-t-il. N’importe qui d’autre aurait fait de même devant une jeune femme en détresse.

Je ne pensais pas que cela aurait été le cas. Il émanait de lui une telle gentillesse. Je lui adressai un sourire sincère avant de m’étirer en douceur.

Laiqalassë se redressa avant de chercher un fauteuil confortable qu’il apporta près du sien et de celui occupé par Thranduil. Je savais que ce dernier m’observait mais la couarde que j’étais avait peur de le regarder. Mon sauveur m’aida à me relever et m’accompagna jusqu’au siège où je m’affalai sans aucune grâce.

— Souhaitez-vous boire quelque chose, Cerise ? me proposa Laiqalassë, toujours aussi serviable.

J’aurais donné n’importe quoi pour un soda.

— Je présume que vous n’avez pas de Coca Light, lui dis-je dans un soupir non feint.

Laiqalassë me regarda avec des yeux ronds comme des billes avant de cligner plusieurs fois des paupières. Il y a encore peu, son expression m’aurait fait rire mais là, j’avais juste envie de pleurer de dépit. Je ne reverrais sans doute jamais mon monde. C’était ainsi et il allait bien falloir que je m’y fasse.

— Je peux vous servir une infusion, me répondit-il d’une voix plus douce encore, comme s’il avait eu conscience de mon désarroi.

— Ce sera parfait, le remerciai-je tandis qu’il me préparait ma boisson.

J’en profitai pour reprendre ma reconnaissance des lieux. Rien n’avait bougé depuis mon départ. Même la couche qui m’avait été octroyée était restée dans un coin, comme si Thranduil avait songé me voir revenir.

— Bien que l’on m’ait laissé croire que vous étiez partie de vous-même, Cerise, une part de moi gardait espoir de votre retour, déclara la voix tranquille de Thranduil.

Je sentis couler un long filet de sueur entre mes omoplates et je déglutis péniblement.

— Vous n’avez rien fait pour me retrouver, objectai-je néanmoins avant de prendre mon courage à deux mains pour le regarder en face.

Je pris sa beauté enchanteresse en pleine figure. Mon cœur chanta d’allégresse à sa vue et je ne pus empêcher une larme de s’échapper. Elle coula sur ma joue. Il se pencha vers moi et la récupéra avant de la porter à ses lèvres. Un peu plus loin, Laiqalassë nous observait, une lueur étrange dans le regard.

— Voici votre tasse, me dit-il avant de la déposer entre mes mains.

Elle était chaude, mais pas brûlante. Il revint à sa place.

— Vous savez, Cerise, reprit-il comme si mon échange avec Thranduil n’avait pas eu lieu, nous avons beaucoup de boissons sur Arda, mais pas de Coca Laïte. Qu’est-ce ? Si je puis me permettre cette question ?

Il essayait de détendre l’atmosphère compris-je avec gratitude.

— Arda ? répétai-je intriguée. Qu’est-ce donc cet endroit ? Je n’en ai jamais entendu parler, répondis-je par une autre question.

Je n’avais aucune envie de parler de mon monde, pas maintenant.

Laiqalassë éclata de rire avant de reprendre tout son sérieux.

— Père ! s’exclama-t-il. Comment pouvez-vous imaginer un seul instant qu’elle puisse survivre à un monde dont elle ne connaît rien ? Que lui avez-vous donc appris depuis son arrivée ici ?

« Père » ? Il a bien dit « Père » ?! Choquée, je les regardai tour à tour et admis qu’ils avaient un air de ressemblance. Mais Laiqalassë était brun alors que Thranduil était blond.

— Pardonnez-moi, commençai-je bien consciente que je venais de couper Thranduil alors qu’il allait s’expliquer. Mais, j’ai cru mal entendre, vous avez appelé Thranduil, Père ? Est-ce un nouveau titre que l’on donne au Roi de Vertbois ?

J’étais intriguée. J’avais toujours cru que Thranduil n’avait eu qu’un enfant. Cela dit, mes connaissances en la matière s’arrêtaient à la trilogie du Seigneur des Anneaux et aux deux premiers films du Hobbit, ce qui était bien léger, je le reconnaissais.

— Cerise, Legolas ici présent est mon fils. Il est normal qu’il m’appelle ainsi.

— Legolas ? m’écriai-je. Mais il m’a dit qu’il s’appelait Laiqalassë et… il est brun !

Ce que je venais de dire était si puéril que j’eus envie de reprendre et d’avaler ma dernière phrase. Ainsi mon sauveur était cet elfe que je fantasmais depuis des années. Sauf que dans mon imagination, il avait toujours été blond et non brun. Je ne pus m’empêcher de rougir jusqu’à la racine des cheveux tandis que ce diable d’elfe était plié de rire. Charmant.

— Laiqalassë ? questionna Thranduil étonné. Pourquoi t’es-tu présenté avec la forme Quenya de ton prénom ? Souhaitais-tu rendre hommage à cet homonyme qui est mort bravement lors de la chute de Gondolin* ?

— Je l’avoue, il y a quelque chose en Cerise qui m’a donné envie d’utiliser cette forme peu usitée de mon prénom. Et puis, vous savez bien que c’est celle-ci que j’utilise le plus souvent lors de mes déplacements.

Quiconque m’aurait vu à cet instant aurait hurlé de rire devant ma mine déconfite. J’étais en présence du vrai Legolas. Quel extraordinaire tour du destin ! J’étais si choquée que j’en oubliai presque ma blessure à la jambe ainsi que ma précédente question.

Toutefois, j’avais besoin d’un remontant.

— Finalement, leur dis-je d’une petite voix. Je veux bien un verre de vin, s’il vous plaît.

J’étais complètement sonnée et un peu fâchée contre Laiqalassë, pardon Legolas, qui s’était innocemment joué de moi. Je vis Thranduil prendre la carafe remplie du liquide couleur rubis avant d’en verser une petite quantité dans un verre qu’il me tendit. Je le pris et le vidai d’un trait avant de le reposer un peu trop vivement sur la desserte.

Mandieu… On peut dire que je collectionnais les bévues.

— Allez-vous vous en remettre, Cerise ? me demanda Legolas qui semblait à présent soucieux.

— Oui, bien sûr, répondis-je sur la défensive. Ce n’est pas comme si vous m’aviez menti.

— Ce qui est le cas. Je vous ai juste donné une version différente de mon prénom. Il n’y a pas eu de mensonge.

Il avait raison, bien entendu, mais je me sentis inexplicablement vexée. Vexée qu’il ne m’ait pas suffisamment fait confiance pour me dévoiler qui il était. J’étais tout de même heureuse d’avoir gardé pour moi certaines informations concernant ma relation avec son père, je n’étais pas certaine qu’il apprécierait.

— Cerise, répliqua Legolas, je sais par où vos pensées cheminent. Il y a bien des choses dont je me doute et cela ne me regarde pas du moment que vous ayez tous deux conscience des limites à ne pas franchir.

Ion nìn, objecta Thranduil en Sindarin. Pas maintenant. Nous devons parler de ce qu’il s’est passé. Je dois savoir comment elle s’est retrouvée à Laketown.

Les joues de Legolas prirent une teinte écarlate particulièrement soutenue avant qu’il ne se tourne vers moi.

— Pourriez-vous nous expliquer en détail ce qui vous est exactement arrivé avant de disparaître du Palais ?

Je déglutis. J’allais parler quand la porte s’ouvrit sur la personne à laquelle je m’attendais le moins.

— Majesté, je viens vous apporter votre repas du soir, susurra la voix ô combien mielleuse de Maeiell.

Une chape de plomb s’abattit sur moi sans que je puisse la réprimer. Un affreux goût de cendre se rependit dans ma bouche. La trahison. Comment avait-il pu la faire revenir ici après tout ce qu’elle m’avait fait ? Quand bien même pensait-il que j’étais partie de mon plein gré, pourquoi avait-il fait cela ? Trop obnubilée par cette elfine que je haïssais plus que tout, je ne vis pas la surprise se peindre sur les traits de Thranduil.

— Maeiell, commença-t-il d’une voix qui m’apparut comme grinçante, mais le sourire qu’elle lui renvoya me fit voir rouge.

Je me levai, oubliant que j’étais blessée, et me ruai sur elle au pas de charge avant de la repousser violemment avec son plateau rempli de nourriture qu’elle se prit en plein visage.

— Tu vas me le payer cher ! crachai-je avec toute la haine dont j’étais capable.

Surprise, elle trébucha et tomba au sol au milieu des différents mets que Linwë avait dû préparer avec application. Au fond de moi, je m’en voulus de gâcher autant de bonnes choses. Puis je me souvins de tout le mal qu’elle m’avait fait et si Legolas ne m’avait pas retenue en m’attrapant fermement les bras, j’aurais probablement tenté de lui envoyer un ou deux uppercuts même si je ne savais pas boxer.

— Cela suffit, Cerise ! ordonna-t-il d’une voix sévère tout contre mon oreille.

Je me débattis comme une belle diablesse mais la poigne du fils de Thranduil était implacable. Voyant qu’il ne servait à rien de ruer davantage, je me calmai tout en grognant de frustration.

C’est alors que Thranduil passa devant moi et s’agenouilla au niveau de cette garce de Maeiell. Il l’aida à se relever et la tint plus longtemps entre ses bras que la convenance ne l’exigeait. Les voir ainsi enlacés me lacéra le cœur. Je sentis Legolas raffermir sa prise contre moi. Thranduil se tourna vers nous et ordonna quelque chose à son fils en Sindarin. Le débit était trop rapide pour que je comprenne ce qu’il venait de lui dire mais, au sourire victorieux qui se peignit sur le visage de Maeiell, je compris qu’elle avait vraisemblablement gagné cette manche.

— J’ai envie de vomir, marmonnai-je, écœurée par ce que je voyais.

— Allons, venez, Cerise, dit Legolas d’une voix radoucie. Je vous accompagne ailleurs.

Nous passâmes devant eux tout en faisant attention où nous posions les pieds. Le sol était couvert de bris de verre et de nourriture. Thranduil disait quelque chose à Maeiell qui soupira de contentement.

Je la détestais de toute mon âme.

.

.

— Le Roi m’a demandé de vous emmener dans votre ancienne chambre. Savez-vous laquelle est-ce ? me demanda Legolas en desserrant sa prise sur moi.

Je dus faire appel à mes souvenirs avant de nous y conduire. Cette pièce n’était pas tellement éloignée des appartements privés de Thranduil. Elle était à un couloir d’ici et me retrouver devant le seuil de cette dernière me renvoya des mois en arrière. D’une façon assez obscure, cela me fit très mal. Quand nous fûmes à l’intérieur, Legolas alluma plusieurs bougies et m’invita à m’asseoir sur le lit tandis qu’il prenait place en face de moi sur un tabouret de bois.

— L’arrivée de Maeiell vous a empêché de nous confier ce qu’il vous était arrivé, commença-t-il sombrement. Dites-moi tout sans omettre aucun détail.

Je mis quelques instants avant de me lancer, je me sentais si mal. Je lui racontai tout. La manière dont Maeiell m’avait abordée dehors quand je cherchais Tamril, ce qu’elle m’avait dit pour m’attirer dans les caves royales, puis le coup que je m’étais pris à l’arrière de la tête et enfin, mon sauvetage grâce à Wilma. Il m’écouta sans jamais m’interrompre et, pouvoir dire tout ce que j’avais sur le cœur me fit un bien fou.

— Parlez-moi aussi de votre venue en Terre du Milieu, me demanda-t-il.

Je n’aurais su dire si c’était sa curiosité ou toute autre chose, mais j’ouvris les vannes de mon cœur et parlai pendant ce qu’il me sembla des heures. Je ne me rendis pas compte que je m’étais mise à pleurer avant qu’il ne sorte un mouchoir en tissu d’une de ses poches pour que je puisse m’essuyer les yeux.

— Je comprends bien mieux certaines choses, dit-il avec un sourire apaisant. Sachez, Cerise, que si mon père vous donne parfois l’impression de vous traiter en public comme n’importe quel autre invité, c’est tout à fait normal. Il vous apprécie bien plus que sa condition ne l’y autorise. Vous avez omis certains détails mais je sais lire entre les lignes. Cependant, n’oubliez jamais ceci : Thranduil, avant d’être un elfe fait de chair et de sang, est avant tout un Roi qui gouverne tout un peuple. Il est très difficile dans ce cas de s’épancher comme a pu le faire Tamril un peu plus tôt. Quant à Maeiell, nous soupçonnions fortement ce qu’elle vous avait fait et vous venez de confirmer nos doutes. Oui, même mon père n’est pas dupe.

Je fis la grimace. Je n’étais pas certaine que ce soit le cas, mais je gardai mes incertitudes pour moi.

— Nous allons devoir faire preuve de prudence, continua Legolas. Demain, le Roi vous convoquera, Maeiell et vous, pour que vous puissiez vous expliquer et donner chacune votre version des faits. Ne faites rien de répréhensible toute seule. Tout acte irréfléchi pourrait se retourner contre vous.

— Je vois, fis-je.

J’en avais la tête qui tournait. Je ne savais pas si j’étais prête à subir une sorte de procès même si j’en étais à l’origine. Tout ce que je savais, c’est que je voulais qu’elle paie cher le mal qu’elle m’avait fait.

— Ce sera comme un procès, répondis-je. J’espère que vos juges seront impartiaux et qu’elle sera punie.

Legolas se rembrunit quelque peu, ce qui me troubla. Son expression ennuyée me déplut.

— Cela risque d’être difficile, Cerise. Vous n’êtes pas sans savoir que les elfes des bois n’aiment pas les étrangers. Mon père vous a gardée cachée trop longtemps. Maeiell a ses partisans et, malheureusement, le premier conseiller de mon père éprouve pour elle une profonde affection.

— Vous êtes en train de me dire que tout est perdu d’avance ?! m’exclamai-je, furieuse.

Qu’elle puisse s’en sortir me hérissait les poils.

— Je n’ai pas dit cela, objecta le fils de Thranduil. Ce sera compliqué mais si nous nous préparons intelligemment, vous avez toutes vos chances pour que la vérité éclate, ce que mon père et moi-même souhaitons ardemment, Cerise.

M’installant confortablement sur mon ancien lit, j’admirai le profil de Legolas. Il était bien loin de ce que j’avais pu imaginer, mais étrangement je le trouvais plus beau et surtout bien plus réel. Au bout d’un moment l’elfe se leva pour prendre congé de moi, quand la porte s’ouvrit sur Thranduil. Que venait-il faire ici ?

— Lui as-tu parlé, Legolas ? le questionna-t-il sans préambule.

Il avait l’air inquiet.

— Oui, père. Et vous avec Maeiell ?

— Je lui ai dit ce que j’attendais d’elle, répliqua le Roi.

— Très bien, fit son fils en hochant la tête. Je vais vous laisser, reprit-il, puis se tournant à demi vers moi. Reposez-vous, Cerise.

Il revint ensuite à son père.

— Je passerai vous rendre visite ce soir, j’aurai des choses à vous expliquer.

Thranduil acquiesça, son fils sortit, nous laissant seuls.

Celui qui avait été mon amant peu de temps auparavant m’observa avec une troublante intensité qui fit redoubler les battements de mon cœur. J’étais faible et je me sentais gênée. J’eus à peine le temps de me relever du lit qu’il me prit dans ses bras avec toute l’affection dont il était capable. Loin de me déplaire, son élan me donna envie de pleurer. Fermant les yeux, je me cramponnai à lui tandis qu’il murmurait des mots en Sindarin, si bas que je les distinguai à peine.

— Ne me quittez plus jamais ! m’ordonna-t-il avant de me relâcher.

— Je ne vous ai jamais quitté, soufflai-je, affligée qu’il pense l’inverse.

— Je le sais, petite. Mais l’impression n’en reste pas moins désagréable. Vous avez maigri, me reprocha-t-il tout en m’examinant en détail.

J’éclatai d’un rire amer.

— On va dire que je n’ai pas pris les plus belles vacances qui soient, dis-je avec ironie. Et si je puis me permettre, votre Majesté, vous ne semblez pas avoir meilleure mine que moi.

Un sourire tordit son visage avant qu’il ne recouvre tout son sérieux.

— Mon médecin personnel a confirmé que la bosse qui se trouve à l’arrière de votre tête n’est pas un accident. Mon fils a dû vous exposer la manière dont nous allions procéder pour confondre la coupable.

Il me caressa le visage d’un doigt avec un profond soupir.

— Cerise, ce que nous vous demandons n’est guère simple et cela vous coûtera sans doute, mais il va falloir que vous appreniez à contenir vos émotions et à nous faire confiance. Je sais que ce qu’il s’est passé ce soir vous a chagrinée. Malheureusement, Maeiell a des soupçons sur la nature de notre relation et, j’en suis navré, il ne faut pas que mes gens l’apprennent de sa voix. Cela serait trop risqué pour vous et mon autorité serait mise en doute. Nous n’avons pas besoin de cela en ce moment. Le comprenez-vous ?

Bien sûr. Mais savoir que j’allais devoir prendre sur moi ne rendait pas la tâche facile. Je n’avais rien fait de mal, contrairement à l’autre garce.

Thranduil déposa un léger baiser sur mes lèvres qui me surpris. Je ne m’y étais pas attendue.

— Souhaitez-vous prendre un bain ? me demanda-t-il.

— Oui, s’il vous plaît, cela ne me fera pas de mal, répondis-je déçue qu’il veuille déjà me laisser.

— Je vais vous envoyer Liamarë, elle s’est beaucoup inquiétée pour vous, comme nous tous, cela dit.

Je tiquai à ce qu’il venait d’affirmer.

— C’est faux Thranduil, grognai-je, sentant un peu de ma colère passée refaire surface avec d’autant plus de virulence. Vous m’avez laissée tomber en pensant que moi, j’étais partie de mon plein gré ! J’ai beaucoup souffert de votre silence, Thranduil. J’étais persuadée que vous, enfin un de vos hommes, finirait par me retrouver. Surtout que l’une des habitantes de Laketown chez qui j’étais alitée a bien dit à vos émissaires que j’étais chez elle, mais personne ne savait qu’une résidente de Vertbois avait disparu. Vous m’aviez abandonnée à mon triste sort sans vous préoccuper de ce qui aurait pu advenir de moi ! Si votre fils n’avait pas été là, je ne vous parlerais même pas à l’heure actuelle. Je serais morte dans l’indifférence la plus totale et c’est tout.

Bien que furieuse, je vis une ombre passer dans son regard à la mention de ma mort éventuelle. L’avais-je touché ? Je l’espérais bien.

— Il n’y a rien de pire que le sentiment de fierté qui vous laisse aveugle de toute clairvoyance, répliqua-t-il tristement avant d’ouvrir le battant de la porte et de sortir.

Qu’avait-il voulu dire exactement ?


Thranduil


Le retour jusqu’à mes appartements me parut interminable. Comment oublier ce regard empli de doutes autant que de tristesse ? Elle m’avait fait confiance et je l’avais trahie. Trop préoccupé par mes propres émotions, trop fier, j’en avais oublié de voir au-delà. Je ne m’étais pas montré raisonnable du tout. Je m’étais jeté à corps perdu dans mon rôle de Souverain, pour mes gens, mon Royaume et surtout pour oublier son existence. Cela me renvoya à Tamril. Il était sincèrement épris de Cerise, cela ne faisait aucun doute. Il avait fait fi des convenances et montré à toute ma cour à quel point il tenait à elle. Je n’oublierai jamais l’élan de jalousie qui m’avait étreint à ce moment-là. C’était déraisonnable au possible.

Hélas, je ne pourrai pas arborer plus qu’un intérêt modéré pour cette chère Cerise durant les prochains jours. Dès le lendemain, il me faudrait faire preuve d’impartialité pour son bien autant que pour le mien.

Une nouvelle fois, mes pensées m’amenèrent vers un sujet difficile, concernant autant mes émotions que les tréfonds de mon âme. Quand je fus dans mes appartements, j’aperçus mon échanson qui remplaçait toutes les carafes de vin.

— Je vais finir par croire que tu cherches à m’enivrer, Galion, dis-je en guise de salutation.

Ce dernier ne broncha même pas. Il était à mon service depuis des millénaires et la seule occasion où il m’avait fait défaut était quand il s’était saoulé avec Tamril en vidant toute ma cuvée personnelle. Une bien triste anecdote qui m’avait fait perdre un prisonnier de marque.

— Majesté, fit Galion, j’en ai fini pour ce soir. Puis-je me retirer ou souhaitez-vous que je vous serve un verre de votre vin préféré ?

— Cela ne sera pas nécessaire, répondis-je. Prends ta soirée, je pourrai m’en occuper seul.

L’ellon me salua avant de partir. Il fut un temps très lointain où il avait voulu rentrer dans ma garde personnelle. Mais Galion n’avait pas la stature d’un soldat. Je l’avais donc pris à mon service à la place. C’était un fidèle serviteur, à sa manière.

J’en étais là de mes réflexions quand quelqu’un pénétra dans la pièce sans que je lui en eusse donné l’ordre. Ce ne pouvait être qu’une seule personne de ma connaissance à oser cette familiarité.

— Vous ne devriez pas boire autant, me reprocha mon fils d’une voix mécontente.

J’avais à peine touché au verre que je venais de me servir mais il n’avait pas tort. Je buvais trop et l’oubli que m’apportait l’alcool n’apaisait que passagèrement mes sombres démons. Me moquant du protocole, je déboutonnai ma tenue d’apparat que je retirai d’une main. Elle tomba au sol et je m’affalai sur un fauteuil. Legolas m’examinait l’air préoccupé.

— Allez-vous bien, Adar ? demanda-t-il, anxieux.

— Ai-je l’air d’aller bien ? répliquai-je avec un ricanement ironique.

Il n’y avait qu’avec lui que je pouvais être moi-même, entièrement et sans condition.

— Dis-moi, cher fils, repris-je en me redressant et en m’adossant correctement contre le dossier de ma chaise, penses-tu que je sois un bon roi ?

Legolas soupira avant de s’asseoir sur la table basse, juste en face de moi.

— Pour la énième fois, oui, vous l’êtes. Un bon époux, un bon père, un bon roi et surtout, le plus important, un bon elfe…  Vous avez vos zones d’ombre, comme nous tous.

Un rire narquois m’échappa, puis je me repris. Je passai un doigt contre mes lèvres tout en les tapotant en un rythme régulier. J’étais d’humeur changeante ce soir. Chagriné par la petite humaine qui prenait de plus en plus de place là où elle n’avait rien à y faire et furieux que l’un de mes sujets ait essayé de me prendre pour un imbécile. Maeiell avait abusé du statut que je lui avais octroyé par simple caprice. J’en payais le prix à présent, quoique je n’aurais pas dû en être étonné.

— Quand repars-tu, Ion nìn ? demandai-je, connaissant toutefois déjà la réponse.

Je fus surpris de voir Legolas se servir du vin. Je faillis lui répliquer qu’il n’avait pas l’âge pour cela, mais me retint. Je devenais bien trop sentimental ce soir.

— Je pars cette nuit même, me lança-t-il avant d’avaler une gorgée du breuvage.

— Je te demande pardon ?! m’exclamai-je, abasourdi.

Il éclata de rire.

— Si vous pouviez voir l’expression de votre visage, mon père ! s’esclaffa-t-il. Je pars à Laketown retrouver cette Wilma qui a recueilli votre Cerise. Nous allons avoir besoin de son témoignage.

— Je vois. Penses-tu pouvoir être là à temps ?

J’avais des doutes, mais Legolas m’avait maintes fois prouvé qu’il était plein de ressources.

— Je ferai en sorte de l’être, dit-il. Mais père, faites attention à vous. Je sens que cette jeune humaine vous émeut bien plus que vous ne le montrez. Ce n’est pas une mauvaise chose et je bénis les Valar de l’avoir envoyée à vous, mais soyez prudent.

Il s’inclina poliment avant de me laisser seul avec mes préoccupations. J’aurais donné n’importe quoi pour retrouver Cerise et passer la soirée avec elle. Elle avait ouvert des portes en moi dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Je n’étais pas sûr de savoir pour l’instant ce que cela signifiait et une vague de rage déferla en moi. Nous n’étions pas complètement maîtres de nos vies et chaque décision reflétait une partie des fils tissés par Vairë. Que devais-je penser de tout cela ?

Je poussai alors un juron et balayai d’un revers de main la carafe pleine et le verre de Legolas qui allèrent s’écraser contre le sol dans un grand fracas. Je ne pouvais que m’en prendre à moi-même si tout allait de travers, si tout allait trop loin. Cette humaine que j’avais gardée à mes côtés par curiosité était en train de prendre une place bien trop importante dans ma vie d’elfe. Sans le vouloir, Cerise avait rouvert de vieilles blessures qui n’avaient jamais vraiment cicatrisé. Elle fissurait de sa simple présence des murs que j’avais érigés pour me protéger de la folie qui me guettait et que j’avais fini par oublier.

Fermant les yeux, je poussai un gémissement quand on frappa à la porte.

Qui cela pouvait-il bien être ?


Tamril


Elle était revenue, elle allait bien malgré la blessure qu’elle avait à la jambe. Je me sentais tellement soulagé et heureux. Je ne regrettais pas l’accueil que je lui avais fait quand elle et Legolas étaient apparus dans la salle du trône. Mon cœur débordait d’autant d’amour que de joie de la revoir saine et sauve. Même l’élan de jalousie qui m’avait assailli quand j’avais vu avec quelle familiarité le Prince la tenait n’avait pas résisté face au bonheur que je ressentais.

— Tu te rends compte que tout le monde connaît désormais les sentiments que tu éprouves pour l’humaine du Roi ? cracha Finlenn, furieux.

— Je m’en contrefiche bien, dis-je avec sincérité. Cerise est là, le reste a peu d’importance.

— Ce que tu peux être têtu ! Mellon nìn, soupira mon ami.

Je passai les heures suivantes dans un état proche de la félicité absolue. Même les vitupérations de Finlenn ne m’atteignirent pas plus que cela. Je me demandais ce que faisait Cerise. J’en étais là de mes réflexions quand j’entendis un grand fracas dans les cuisines, là où je me dirigeais. Pris d’un mauvais pressentiment, je hâtai le pas et découvris Maeiell, furieuse, qui venait de jeter un grand plateau contre le mur qui lui faisait face. J’avais une impression de déjà-vu.

— On peut savoir ce qu’il te prend ? la questionnai-je entre mes dents.

L’elfine se retourna vivement vers moi. Elle était échevelée et recouverte de nourriture. Par précaution, je reculai d’un pas.

— Ce qu’il me prend ?! hurla-t-elle, les poings serrés. J’ai été agressée par cette maudite femelle humaine.

Je clignai les yeux d’incompréhension.

— Elle est revenue ! ragea-t-elle. Et je te jure, Tamril, qu’elle va le regretter ! Le Roi veut nous soumettre à son jugement demain dans la matinée. S’il montre la moindre faille, je jure de révéler ce qu’il se passe entre eux.

— Tu es folle, Maeiell ! m’écriai-je. Personne ne te croira.

Elle me toisa avant de ricaner méchamment.

— Je me fiche d’être crue. L’important, c’est de semer le doute. Notre Souverain n’aura d’autre choix que de se débarrasser d’elle. C’est tout.

— Pourquoi tant d’acharnement ? ne pus-je m’empêcher de lui demander.

— Cette humaine est toxique pour notre Roi. Je suis certaine qu’elle est l’œuvre du Noir Seigneur ! jeta-t-elle le regard dément.

Je ne savais pas si elle délirait ou si elle était sérieuse. Dans les deux cas, il était clair que le danger qui menaçait la tranquillité de notre cour ne venait pas de Cerise mais de Maeiell elle-même.

Je m’écartai au moment où elle passa devant moi, je n’avais aucune envie que cette elfine me touche. Je mis un moment à quitter à mon tour les cuisines. Il fallait que je réfléchisse vite, me dis-je tout en partant précipitamment vers les appartements du Roi.

Sur le chemine croisai le Prince qui avait l’air préoccupé. Pouvais-je lui en parler ? Je me posai la question avant de redresser le menton. Après tout, il était mon ami, il saurait me conseiller.

— Prince Legolas, puis-je m’entretenir avec vous ? demandai-je d’une voix ferme.

— Ce serait avec plaisir Tamril, mais je n’ai pas le temps, je dois partir et…

— Un court instant, Legolas, c’est très important.

— Cela ne peut attendre ? marmonna-t-il.

— Non ! m’exclamai-je avant de me reprendre, trop tardivement.

Le prince grogna dans sa barbe avant de nous conduire dans une pièce libre.

— Que veux-tu me dire qui ne peut patienter ? lança-t-il vivement.

— C’est au sujet de Cerise et de votre père, commençai-je le cœur serré. Maeiell les aurait surpris dans une situation compromettante. Elle est prête à tout pour faire du mal à Cerise, terminai-je le souffle court.

— En faisant cela, ce n’est pas seulement à Cerise qu’elle fera du tort, mais à tout Vertbois, déclara Legolas d’un ton lugubre. J’ai toujours su qu’il fallait nous méfier d’elle. Maeiell a toujours eu une part d’ombre plus envahissante que n’importe qui d’autre.

— Un coup de Morgoth, à n’en point douter, marmottai-je pour moi-même.

— Tamril, tu vas aller immédiatement chez mon père et tout lui révéler, m’ordonna Legolas. Je dois, quant à moi, me rendre à Laketown.

Je hochai la tête.

— Soyez prudent mon Prince, répondis-je sourdement.

Le visage de Legolas s’illumina.

— Je le suis, la plupart du temps… Et au fait, Tamril, c’est un plaisir que de te revoir.

Je lui souris avant qu’il ne sorte.

J’avais une mission à accomplir. Quand je me retrouvai devant la porte des quartiers du Roi, je frappai sans attendre.

— Entrez ! entendis-je.

Une fois à l’intérieur, j’aperçus le Roi debout près de la desserte à alcool. À ses pieds gisaient les débris de sa carafe de vin, le tapis imbibé de liquide. Je fronçai les sourcils. Que lui était-il arrivé ?

— Que veux-tu Tamril ? me demanda-t-il l’air ennuyé.

— J’ai une information d’une importance capitale à vous soumettre ! avouai-je d’une voix forte.

— Je t’écoute.

À Suivre


Annotations

* Laiqalassë : vous le savez maintenant, il s’agit bel et bien de Legolas. Laiqalassë est la forme Quenya de son prénom. On la retrouve notamment dans les livres des Contes Perdus avec un autre Legolas, un elfe Ñoldo qui aurait péri lors de la Chute de Gondolin. Que savons-nous de Legolas au-delà des récits connus ? Pas grand-chose finalement. Pour ce qui est de la couleur de ses cheveux, il n’a jamais été dit nulle part qu’ils devaient être blonds. Nous l’avons supposé du fait que son père l’est (là encore rien n’est dit que Thranduil l’est véritablement). Pour le reste, c’est l’interprétation de Peter Jackson et d’Orlando Bloom qui ont fait le reste. Ce choix de la couleur brun est voulu. Ma vision de Legolas n’a vraiment rien à voir avec Orlando Bloom. Je m’inspire plus des livres que des films pour le composer.

* Adar / Ada : Père, papa

* Vairë : Elle est l’une des sept Valier, les Valar qui choisirent d’endosser une forme féminine. Épouse de Mandos, elle est réputée pour ses tapisseries, qui représentent l’histoire entière d’Arda, et qui ornent les murs du palais de son mari. Elle tisse les fils du destin.

* Lórien : ou Irmo, est le maître des Songes.

* La Chute de Gondolin : Ce fait historique de la Terre du Milieu se passe en été en 510 du premier âge. C’est un immense royaume qui sera détruit et qui était dirigé par le Roi Turgon. Entre autre Glorfindel de la maison de la fleur d’or, on y trouve un soldat du nom de Legolas et qui n’a rien à voir avec celui que nous connaissons dans le Seigneur des Anneaux.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

6 Commentaires

  1. Ce chapitre en particulier donne une certaine profondeur à l’histoire. Elle va bien au-delà des intrigues de couple voire de cour et le conflit entre Thranduil et Cerise, basé sur un malentendu, est presque oublié. Ils en ont d’ailleurs tous les deux conscience même si les sentiments prennent de temps en temps le dessus, en particulier dans le cas de l’héroïne. Elle ne peut, légitimement d’ailleurs, se départir de sa colère contre Maeiell et de son sentiment de trahison. Thranduil, lui, comprend rapidement que quelque chose ne va pas, que la réalité est bien plus complexe que les insinuations de cette Elfe dont il a occulté l’orgueil et l’arrivisme. Il s’en veut pour plusieurs raisons, les événements tels qu’ils se sont passés risquent de remettre beaucoup de choses en cause, à commencer par sa légitimité et il en a conscience. En ce sens, même s’il en doute puisqu’il pose ouvertement la question à son fils, c’est un « bon roi ». On ne peut lui reprocher que d’avoir été crédule, un peu inconscient et d’avoir tiré un peu rapidement certaines conclusions. Cela dit, personne n’est parfait même si les actes et les réflexions que tu prêtes au roi des Elfes le rendent infiniment plus intéressant, profond et attachant que l’espèce de despote obsédé qu’on voit ici et là. D’ailleurs, il est surprenant que dans de nombreuses fanfics, le peuple sylvain arrive à supporter cet être tyrannique, colérique et dont le cerveau se situe dans le fond de son pantalon.

    Autre aspect original, la relation fusionnelle entre Thranduil et son fils. J’avoue, à la première lecture, j’ai versé trois larmes. Là encore, on s’éloigne du cliché utilisé jusqu’à plus soif par les auteurs et c’est là qu’on voit à quel point les films du Hobbit n’ont pas fait de bien à ces deux personnages. Dans leurs rapports, c’est terriblement outrancier, cet espèce de conflit latent qui rappellerait presque celui d’un adolescent ronchon avec un parent, et ce n’est absolument pas elfique XD. C’est assez amusant, d’ailleurs, de voir la façon dont le roi des Elfes voit sa progéniture. À juste titre, il en est fier, il l’admire jusqu’à se confier entièrement et à prendre en compte ses avis et conseil mais dans le même temps, quand il le voit se servir un verre, il se retient de l’engueuler, du genre « à ton âge, c’est pas raisonnable ». Cela montre avec finesse que les parents, malgré leurs efforts, même s’ils savent que leurs enfants sont devenus des adultes responsables, les voient toujours comme des tout-petits, comme les garnements qu’ils ont élevés et vu grandir.

    L’attitude de Tamril est également quelque chose de notable. Là encore, on voit une sorte de dichotomie chez lui. D’un côté, quand il s’agit de Cerise, il jette ses principes par-dessus la clôture et se conduit avec elle sans se soucier des convenances et de l’autre, il sait tirer les conclusions qui s’imposent de l’attitude de Maeiell et voit venir les conséquences si jamais on la laissait aller au bout de son projet. Certes, il va un peu loin quand il l’accuse plus ou moins d’être possédée par Morgoth (on notera d’ailleurs l’étrange résonance entre son propos et celui de l’intéressée à propos de Cerise, qui est pour le moins équivalent) mais on ne peut décemment pas lui en vouloir. Même en mettant de côté le fait qu’il n’apprécie pas Maeiell, qu’il lui en veuille d’avoir voulu faire du mal à Cerise et de sembler continuer sur cette lancée, on voit que ses réactions exagérées — les cris, les insultes, les jets d’objets — lui font peur. Il la croit donc effectivement « possédée » à défaut d’être folle. À dire vrai, Maeiell est selon moi quelqu’un de très complexé, voire malheureux. Elle paie le prix de son arrivisme et de son orgueil. Si Thranduil l’a repérée et lui a offert une place à ses côtés, ça n’est jamais allé au-delà d’un certain point, elle le regrette, elle sait que son roi ne l’appréciera jamais vraiment et fait preuve de paranoïa en voyant quiconque s’approcher de Thranduil comme une rivale potentielle. Elle se sait assise sur un siège potentiellement éjectable et elle s’y raccroche désespérément quitte à se montrer infecte et sans penser aux conséquences. Le piège qu’elle a tendu à Cerise aurait pu causer la mort de sa rivale à de nombreuses reprises sans qu’elle l’ait vraiment souhaité (traumatisme crânien, noyade, hypothermie, etc.) et elle ne voit pas les répercutions que pourrait avoir le fait de révéler sur la place publique la relation entre le roi et la jeune mortelle. Elle n’y réfléchit pas, ne pense qu’à court terme. La disparition de Cerise est sa priorité numéro 1 (comme la nana forcée d’épouser l’ennemi public numéro 1 de son frère, pardon) et peu importe ce qui arrivera ensuite. Tamril, lui, va un peu plus loin, pense certes à Cerise mais aussi aux répercussions si la confrontation entre les deux femmes se passaient mal et il agit en conséquence. Quitte à prendre des risques.

    Bref, un très beau chapitre avec plusieurs niveaux de lecture et une belle matière à réflexion. J’aurais peut-être mieux fait d’écrire simplement ça au lieu de mes sempiternels pâtés informes.

    ❤️

    • J’adore tes points de vue complets sur mes chapitres parce que ça me montre vraiment si j’ai bien bossé ou pas. Et apparemment, c’est le cas, j’ai donc un énorme sourire banane. On va arriver à la fin de la première partie et ça risque de finir assez fort (genre apothéose, enfin j’espère XD

      Merci ❤️

  2. Magnifique chapitre et je ne saurais en dire plus que Lilou Black, si ce n’est du personnel (à répétition !): j’ai véritablement un faible pour Legolas dans cette histoire. Il est charming dans tous les sens du terme. Il y a effectivement quelque chose de plus dans cette partie, plus profonde et sérieuse, j’ai beaucoup apprécié la lecture, merci et j’ai hâte super hâte de lire la suite 🙂

    • Merci beaucoup Ruby. Oui, Legolas fait son petit effet même à moi.Il est choupi comme tout et posé. Je suis vraiment contente que cela te plaise. Merci pour ton commentaire ❤️

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