17. Un compagnon Inattendu

17

Un compagnon Inattendu


Cerise


J’étais en train de faire un drôle de rêve. Un cauchemar plutôt. Je me trouvais sur un bateau et la mer démontée nous faisait chavirer, puis je me mettais à tanguer avant d’être secouée comme dans le tambour d’une machine à laver.

J’avais peur.

Cela ne sembla jamais s’arrêter et puis… les ténèbres aspirèrent mes craintes les plus profondes.

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J’avais mal à la tête. De terribles élancements me coupèrent la respiration et la nausée m’assaillit. Je sentis à peine une main ferme me soutenir au moment où j’expulsai tout ce que j’avais dans l’estomac avec un affreux borborygme. C’était répugnant, je détestais vomir, mais cela me soulagea instantanément. Je laissai ma tête retomber lourdement contre un oreiller et me passai un bras sur le visage. Je restai inerte je ne sais combien de temps avant de sombrer à nouveau.

J’eus bien du mal à refaire surface. Ouvrir les yeux était une épreuve. Quand je voulus me redresser sur ma couche, je sentis la terre tourner avec tant de force que je faillis me trouver mal une nouvelle fois. Mais que m’arrivait-il, bon sang ?! Essayant de relever une paupière, je vis une ombre s’approcher de moi.

— Restez tranquille, entendis-je m’ordonner une voix féminine.

Son accent ne me disait rien, si ce n’était qu’elle n’avait pas la voix d’une elfine. Ses intonations étaient hachées et dures. Qui pouvait-elle bien être et que faisait-elle dans le Royaume de Thranduil ? Un élan de curiosité s’empara de moi sans que je ne puisse le réfréner ; je fis le suprême effort d’ouvrir mes deux yeux en même temps. Oh ! Bon sang ! Que cela faisait mal ! La lumière qui filtrait à travers la minuscule fenêtre était aveuglante. Bien qu’il ne s’agisse que d’un pauvre rayon de soleil, elle m’indisposa lors de mon réveil. Hormis cette unique source lumineuse, le reste de la pièce était plongé dans la pénombre, si bien que je n’apercevais même pas le mur d’en face.

Je mis un moment avant de m’acclimater à mon environnement. Les battements de mon cœur s’affolèrent en constatant que je n’étais plus chez Thranduil. L’endroit me parut d’emblée insalubre, car l’odeur était forte et désagréable ; un mélange nauséabond de poisson et d’humidité. Revenant à la personne qui se tenait à mes côtés, je la détaillai sans m’inquiéter d’être impolie. Il s’agissait d’une femme entre deux âges aux formes plus que généreuses. Je distinguais mal ses cheveux qui étaient cachés par un fichu ayant connu des jours meilleurs. Son visage était tanné et de grosses rides blanches marquaient son front. Elle avait les sourcils bruns froncés et ses mains posées sur ses larges hanches me firent comprendre qu’elle était soit inquiète soit mécontente.

— Où est-ce que je suis ? demandai-je, non sans quelques difficultés.

Ma voix était méconnaissable. Rauque. Ma gorge était douloureuse comme si je n’avais rien bu depuis une éternité ou que j’avais crié trop longtemps. J’étais très enrouée et essayer de tousser pour me désencombrer ne changea rien.

— Z’êtes à Laketown sur l’Esgaroth, petite, me répondit la femme, se penchant pour me tâter le front. On peut dire, reprit-elle, que vous nous z’avez fait une sacrée frayeur. Z’étiez aussi inerte qu’une morte quand mes hommes vous z’ont repêchée du tonneau dans l’quel vous croupissiez comme de la charogne oubliée.

Je dus bien tendre mes deux oreilles pour comprendre tout ce qu’elle racontait. Comment avais-je pu atterrir dans un tonneau et que… Un nouvel élancement suivi d’une douleur aiguë me vrilla le cerveau. Des souvenirs affluèrent par flashes ininterrompus à travers mes paupières crispées. Cela me fit haleter sous la souffrance que j’endurais. Je revis les abords du bois, une elfine… Maeiell, le visage fendu d’un sourire de travers. Les sous-sols, la cave et… Je grimaçai en essayant de toucher l’endroit où j’avais été frappée.

Elle ne perdait rien pour attendre, celle-là. Il était hors de question que je ne lui demande pas des comptes lorsque nous nous reverrions – car je ne doutais pas de la retrouver un jour. J’avais eu raison de me méfier d’elle, même si je n’avais pas su voir venir ce mauvais coup. Et comment avait-elle réussi à me mettre dans un tonneau sans l’aide de personne ? Je savais les elfes costauds, mais quand même. En plus de me sentir mal, je m’en voulais de m’être fait avoir de cette manière. Elle me le paierait cher.

Un claquement de doigts devant mes yeux me ramena au présent et à la femme qui m’avait sauvé la vie. Laketown ? Dans quelle partie de la Terre du Milieu m’étais-je égarée ? J’avais peur de le demander, mais je devais savoir.

— Excusez-moi, bafouillai-je,  mais Laketown, cette ville, elle se trouve où exactement ?

— Où de quoi ? marmonna la femme avant de vérifier à son tour l’arrière de mon crâne.

La douleur explosa là où elle me toucha.

— Jamais vu une bosse pareille, continua-t-elle. C’est un miracle que vous soyez encore en vie, ma p’tite.

Mon estomac se tordit à ce constat. S’entendre dire que l’on avait frôlé la mort n’avait rien de plaisant.

Le nom de cette ville ne me disait rien du tout. Ceci dit, j’espérais qu’il en serait autrement pour Thranduil. Je ne doutais pas un seul instant qu’il découvrirait rapidement ce que m’avait fait cette maudite elfine ! Je ne pouvais qu’imaginer la rage et l’inquiétude qui devaient tordre ses traits en ayant découvert ma disparition. Il ne m’aimait pas, mais je savais qu’il tenait quand même à moi. C’était une évidence. En attendant, je devais me lever et sortir de là. Plus vite je prendrais la route et plus vite je pourrais confronter Maeiell une fois de retour au Royaume des elfes.

Je voulus sortir du lit, mais je sentis une main ferme me repousser sans ménagement contre le montant de ma couche improvisée.

— Mais qu’est-ce que vous faites ?! protestai-je vivement. Il faut que je parte !

Elle n’avait aucun droit de me retenir ici contre mon gré.

— Ah ! Ça non, ma p’tite ! objecta mon infirmière d’une voix bourrue. J’vous laisse pas filer dans cet état !

Je la toisai de mon regard le plus furieux. Je n’arrivais pas à croire que cette bonne femme ose me donner des ordres comme si j’étais sa fille. Certes, c’était aimable de sa part de m’avoir sauvée d’une mort certaine, mais pourquoi ne comprenait-elle pas que je devais partir ? Je n’avais rien à faire ici. Ni maintenant ni jamais ! Je devais lui expliquer ma décision.

— Ce que vous avez fait pour moi est très honorable, commençai-je d’une voix douce, mais où l’on pouvait sentir une certaine impatience. Cependant, vous devez comprendre que les gens chez qui je vis – les elfes de la forêt de Mirkwood, pour les nommer – vont s’inquiéter si je ne rentre pas bientôt. Je suis sûre qu’ils doivent même me rechercher activement.

Elle me regarda sans ciller avant de partir dans un grand éclat de rire, ce qui me laissa perplexe. Je ne voyais pas ce que j’avais pu dire de si drôle.

— Ne vous moquez pas de moi, grognai-je vexée.

— Vous z’êtes une marrante vous, hein ?! répondit-elle entre deux hoquets de rire.

Elle souffla plusieurs fois avant de pouvoir se reprendre.

— M’enfin ! Ma pauvre enfant, me réprimanda-t-elle avec une certaine compassion dans la voix, une fois qu’elle se fut calmée.  Y’a personne qui s’inquiète de vous chez eux. Ça va faire une semaine que z’êtes ici et y’a pas d’elfe qui s’est manifesté pour vot’tête. Aussi jolie soit-elle ! Même celui qui se charge de récupérer la victuaille pour son Roi n’a pas soufflé mot concernant une probable disparition.

Avais-je bien entendu ? Je clignai plusieurs fois des yeux avant de comprendre ce qu’elle venait de me dire. Elle devait sans doute plaisanter à mes dépens. Mais sa dernière phrase capta mon attention et me mit mal à l’aise.

— Vous connaissez les elfes de Mirkwood ?! m’exclamai-je, incrédule.

Elle émit un ricanement que je ne sus comment interpréter.

— Pour ça oui ma p’tite ! se rengorgea-t-elle. Même que c’est Eryn Lasgalen maintenant, qu’ils disent. Vertbois de Vertes Feuilles ou quelqu’chose du genre. Rien qu’ça !

J’aurais pu en rire si je n’avais pas été si outrée.

— Comment est-ce possible ? murmurai-je d’une voix rauque.

Elle secoua la tête avant de s’asseoir sur un  tabouret qui craqua sous son poids.

— Faut qu’vous compreniez qu’on commerce avec eux depuis des lustres, reprit-elle comme si elle parlait à une enfant. ’Sont nos voisins, voyez-vous, c’est donc bin normal, eux et nous.

Je voyais bien ce qu’elle voulait dire, son village ne devait pas se trouver bien loin du Palais souterrain de Thranduil. Dans ce cas, j’étais moins perdue que ce que je m’imaginais. Toutefois, l’amertume d’avoir été abandonnée à mon triste sort était tenace.

— Ils m’ont vraiment oubliée, marmonnai-je plus pour moi-même que pour cette femme envers qui j’aurais dû témoigner un peu plus de reconnaissance.

— Allons ma p’tite ! voulut me rassurer ma bienfaitrice. Si ça s’trouve ils s’doutent pas qu’vous êtes chez nous.

Mais oui ! Quelle idiote, je faisais ! Bien sûr qu’ils ne pouvaient pas s’imaginer que je me trouvais aussi loin, encore moins dans ce village. C’était même une évidence. Je sentis un immense soulagement m’envahir à cette pensée. Fatiguée, je m’adossai contre ce qui me servait d’oreiller tandis que mon hôtesse était retournée à ses occupations.

N’ayant rien d’autre à faire, je l’observai en train d’allumer plusieurs bougies et commencer à préparer ce qui ressemblait à un repas. La pièce étant mieux éclairée, je vis sur une table branlante un objet qui me sembla familier. Ce pouvait-il que…

— Mon sac ?! m’exclamai-je surprise, me redressant à demi sur mon séant.

Comment était-ce possible ? Je devais rêver, cela ne pouvait être le mien puisqu’il se trouvait bien à l’abri dans les appartements de Thranduil. À moins que quelqu’un l’ait récupéré, mais dans quel but ? Voyant que la femme était partie dans une autre pièce, je sortis du lit en serrant les dents pour ne pas crier de douleur. Ma tête m’élançait toujours autant. En quelques pas mal coordonnés, je fus devant la table sur laquelle je récupérai ma besace. Elle était presque sèche, mais je pouvais encore sentir l’humidité par endroit. Reniflant férocement pour m’empêcher de pleurer, je l’ouvris pour découvrir l’intérieur. Une mare humide stagnait dans le fond et baignaient dedans toutes mes précieuses affaires. Les mains tremblantes, je récupérai mon Ipod et tentai de l’allumer. Rien ne se passa. Ma tablette avait grillé et le reste… Je refermai vivement le sac en poussant un gémissement de rage. Tout était mort, il n’y avait plus rien à sauver. Tout ce qui me reliait à mon monde. La fureur se disputait avec la peine, mais j’avais des envies de meurtres contre ces maudits elfes !

— Chuis désolée, marmotta ma bienfaitrice qui était revenue. J’ai rien touché à votre gib’cière, chais pas ce qu’y avait dedans. Mais vous feriez mieux d’vous r’coucher. Z’êtes toute pâlotte.

Baissant la tête, je passai devant elle avant de me remettre au lit. Il ne servait à rien de m’apitoyer sur moi-même, pensai-je tout en grinçant rageusement des dents. Il fallait que je me calme. Je devais juste prendre soin de moi pour pouvoir être en forme le plus vite possible. J’avais des comptes à régler avec certaines personnes.

— À votre avis, madame, demandai-je avec amertume. Dans combien de temps je pourrai partir d’ici ?

La dame en question, dont je ne connaissais toujours pas le nom, mit ses poings sur les hanches avant de m’évaluer sombrement.

— Si vous faites plus d’fièvre et si vous rendez plus rien, pt’ête bin que d’ici que’ques jours ce devrait êt’bon.

J’avais du mal à la comprendre. Elle mangeait la moitié des mots et son étrange accent était très prononcé. Je devais être patiente même si c’était loin d’être mon fort. J’eus bien du mal à me rendormir, car je n’aspirais plus qu’à une seule chose : en découdre avec cette insupportable garce de Maeiell. Et peut-être découvrir qui étaient ses complices.

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Je me réveillai en sursaut, le cœur battant la chamade avant de me rappeler où je me trouvais. Bien que cela fasse plusieurs jours que j’étais revenue complètement à moi, je n’avais pas pu partir immédiatement. Je me sentais bien trop mal en point et dans l’incapacité de bouger.

Si je devais effectuer un décompte, j’étais chez ma bienfaitrice depuis plus de trois longues semaines. Rien dans la vie d’un elfe, une éternité pour moi. Mon hôtesse, qui s’appelait Wilma, avait eu la bonté de s’occuper de moi depuis tout ce temps. À vrai dire, j’étais chanceuse dans mon malheur, j’aurais pu tomber sur bien pire qu’elle et alors, que serait-il advenu de moi ? Les fils de cette dernière avaient prospecté auprès des elfes avec qui ils faisaient affaire, mais ces derniers avaient fait mine de ne rien savoir. Je ne savais plus que penser. Thranduil avait-il seulement lancé des recherches pour me retrouver ? D’après Wilma, il y avait peu de chance pour que ce soit le cas. Loin de s’en étonner, elle avait essayé de me consoler du mieux qu’elle avait pu, m’invitant même à rester avec elle et ses fils. Il n’en était pas question. Laketown était bien la dernière ville dans laquelle j’avais envie de m’installer. D’un geste vif, je sortis du lit et constatai avec plaisir que je me sentais bien mieux. Je me rendis jusqu’à la porte de bois que j’ouvris d’un geste sec.

Ce que je découvris dehors me laissa pantoise, mais loin d’être en admiration, j’avalai ma salive plusieurs fois avant de réussir à me calmer. Cette ville était un chaos à elle toute seule, pensai-je, sidérée. Toutes les constructions étaient sur pilotis et chaque baraquement avait les pieds dans l’eau. Si Venise était réputée pour être majestueuse et pleine de charme, Laketown pouvait se targuer d’être aussi laide que répugnante. L’air était imprégné de relents à peine supportables. Cela sentait le poisson avarié et les ordures laissées en décomposition. Et je ne parlais pas du bruit. Prenant mon courage à deux mains, je fis quelques pas sur le ponton et je pus admirer le fleuve couvert de barques en tout genre sur lesquelles des pêcheurs se disputaient et d’autres semblaient rentrer de leur matinée de pêche.

N’y tenant plus, je portai une main à mon nez et allai m’enfermer dans la bicoque quand je fus interpellée par Wilma qui revenait les bras chargés.

— Tiens donc ! me lança-t-elle. Vous êtes debout !

Elle semblait de bonne humeur.

— Comment se porte-t-on c’matin ? me demanda-t-elle en arrivant à ma hauteur.

— Mieux, dis-je tout en la suivant dans la pièce où elle déposa ses victuailles sur la table déjà bien encombrée.

J’aurais dû l’aider au lieu de rester plantée là  à la regarder faire. Ce n’était pas très poli de ma part.

— Je n’ai plus la tête qui tourne et plus de migraine non plus, déclarai-je pour meubler.

— C’est bien, dit-elle tout en rangeant ce qu’elle avait rapporté.

Puis elle alla dans sa chambre et revint avec un paquet de vêtements propres. Je reconnus avec un pincement au cœur la robe que je portais chez les elfes.

— J’ai fait c’que j’ai pu pour la raccommoder, déclara-t-elle en me tendant mes affaires.

Je les récupérai tout en la remerciant et allai me changer à côté. Une fois que je fus habillée, je pris le ruban qu’elle m’avait donné et ramenai mes cheveux en arrière pour les attacher en queue de cheval. Quand je revins dans la pièce, Wilma était en train de préparer un sac et ne faisait pas du tout attention à moi.

— Bon, bien, marmonnai-je gênée de ne savoir quoi dire dans un moment pareil – je n’avais jamais été douée pour les adieux. Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi. Vous n’étiez pas obligée et pourtant, vous l’avez fait.

Elle se retourna vivement pour me faire face, ses yeux brillaient dangereusement. L’avais-je dérangée ?

— Il n’en est pas question ! Z’irez nulle part tant que je n’aurais pas fini vot’paquet ! s’écria-t-elle.

J’écartai les yeux sous la surprise. Alors ce baluchon qu’elle préparait avec tant de soin, c’était pour moi ? Je ressentis à son égard un élan de gratitude. C’était tellement gentil et altruiste de sa part. Je dus me retenir à ma chaise pour ne pas me jeter dans ses bras.

— Pourquoi faites-vous tout cela pour moi ? ne pus-je m’empêcher de lui demander.

Je la vis se raidir à ma question. Je voulus la retirer, mais c’était trop tard. Je n’avais simplement plus l’habitude de gentillesse à mon égard.

Elle se redressa et vint vers moi en se frottant les mains sur son tablier élimé.

— Y’a pas de gentillesse qui tienne ma p’tite, commença-t-elle d’une voix grave. Il s’ra pas dit que la vieille Wilma a laissé une pauvre p’tite chose partir de chez elle sans rien pour survivre !

Je comprenais ce qu’elle voulait dire et savoir que je ne partirais pas les mains vides me rasséréna.

— Merci Wilma, dis-je simplement.

Elle retourna à ses affaires.

— Vous comptez aller où, au juste ? me demanda-t-elle tout en fourrant un morceau de viande séchée dans un torchon. Dale ?

Je secouai la tête. Je ne savais même pas où c’était.

— Non, pas à Dale, dis-je.

J’avais eu le temps de réfléchir à ce que j’allais faire et surtout où j’allais me rendre.

— Vous retournez chez les elfes d’la forêt d’Vertbois alors ? insista-t-elle l’air de rien.

Une boule d’amertume se forma dans ma gorge. C’était mon idée, au début. Mais finalement, j’avais changé d’avis. La déception causée par l’attitude de Thranduil me faisait bien trop mal. Et puis je voulais me reprendre en main, c’est pourquoi j’avais opté pour une tout autre destination. Maeiell pouvait bien penser ce qu’elle voulait, je me faisais la promesse de la retrouver un jour et de lui régler son compte.

— Pas Vertbois, non, dis-je d’une voix douce. Je veux me rendre à Fondcombe, même si je ne sais pas trop quelle route prendre pour cela.

C’est vrai que je n’avais aucune idée de la carte géographique de la Terre du Milieu. Je ne pensais pas non plus trouver des panneaux indicatifs sur de supposées routes nationales. En clair, j’étais plutôt mal parti, ce que me confirma Wilma.

— Ah ! dit-elle l’air contrit. J’connais pas du tout. Par contre, vous serez obligée de passer par Vertbois quand même. La bonne nouvelle, c’est qu’le coin est presque sûr, mais à c’qu’on dit, les elfes veillent.

Je ne doutais pas un seul instant que les elfes des bois devaient ratisser la forêt en quête de bestioles atroces qui devaient encore traîner dans le coin. J’allais devoir faire attention de ne pas les croiser sur mon chemin. Une fois que je serais arrivée à Fondcombe, je demanderai au Seigneur Elrond s’il n’y avait pas un moyen pour me renvoyer chez moi. Je ne sus expliquer pourquoi, mais au même moment Tamril s’imposa à mes pensées, me faisant perdre le fil. Il me manquait. J’étais certaine qu’il devait faire des pieds et des mains pour me retrouver et cela me peinait de l’oublier ainsi. Son Roi était un … Roi justement et il avait d’autres choses bien plus importantes à faire que de s’inquiéter d’une simple humaine, aussi plaisante soit-elle…

En vrai, j’avais la haine contre Thranduil et cela me rendait malade de penser qu’il n’en avait rien à faire de moi.

— Un bon p’tit déjeuner avant de prendre la route, ça vous tente ? me proposa gentiment Wilma, me sortant par la même occasion de mes réflexions.

Je restai silencieuse quelques secondes, le temps de décider ce que j’allais faire quand mon estomac décida pour moi. Il valait mieux que je parte le ventre plein.

— Avec grand plaisir, finis-je par accepter de bonne grâce.

Je la suivis jusqu’à la grande table et m’y installai le temps qu’elle m’apporte de quoi me sustenter. J’avais faim finalement et je fis honneur à son repas. Quand il fut l’heure de faire mes adieux, une pointe acide remonta le long de mon œsophage. J’allais voyager à pied dans une contrée que je ne connaissais pas. Je ne savais même pas quel chemin prendre. Devant l’ampleur de la tâche qui m’attendait, je faillis rendre tout ce que j’avais mangé.

— Allons, mon p’tit, m’encouragea Wilma d’une voix chaleureuse, presque maternelle. Ne vous inquiétez pas trop. Chuis certaine que vous arriverez à bon port.

Elle vint s’asseoir à mes côtés et me frotta vigoureusement le dos en guise de réconfort. Son geste était tellement inattendu que je faillis me jeter dans ses bras pour fondre en larmes, mais je me retins. Je devais rester forte.

— Je ne sais même pas par où aller, balbutiai-je découragée par avance.

J’entendis Wilma soupirer avant de se lever.

— J’vais vous accompagner jusqu’au grand pont qui relie not’village à la forêt, décida-t-elle tout en rangeant les couverts. Ensuite, vous n’aurez qu’à suivre la route de pierre. On l’appelle la route de la vieille forêt. Elle traverse tout Vertbois et y’en a qu’une, vous pouvez pas vous tromper.

Je hochai la tête sans trop savoir si j’y parviendrais. Même si j’avais eu une carte en main, je n’aurais pas été certaine de savoir la lire.

La suite se passa comme dans un rêve. Wilma et moi partîmes de sa maison sous un soleil déjà bien haut dans le ciel puis nous prîmes une barque qui nous emmena au grand port. De là, nous nous rendîmes à pied jusqu’au fameux pont qui enjambait le fleuve jusqu’à la forêt des elfes Sylvestres.

Une fois devant le portail ouvert qui gardait le lieu, Wilma me tendit le balluchon qu’elle m’avait préparé.

— J’peux pas aller plus loin, me prévint-elle. Z’êtes sûre de pas vouloir rester ici avec moi ?

Je secouai la tête. Non, je ne me voyais pas vivre ici toute ma vie. Je devais me débrouiller par moi-même et arrêter de me faire dorloter comme si j’étais impotente.

— Je vous remercie pour tout ce que vous avez fait pour moi, Wilma. Du fond du cœur. Mais je dois le faire. Je dois me rendre là où je le désire et tenter de trouver une solution pour pouvoir rentrer chez moi.

— J’comprends, répondit-elle en me regardant d’un œil bienveillant. Une fois que vous s’rez d’l’aut’côté, cherchez la route. Elle est en pierre.

— Je ferai attention, répondis-je avant de reporter mon regard sur cette large passerelle faite de bois qui ne me disait rien qui vaille.

Prenant mon courage à deux mains, je me lançai sans un regard en arrière. Il était temps que je prenne ma vie en main.

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Je mis bien longtemps à trouver la fameuse route en pierre qui traversait la forêt de Thranduil. Effectivement, cette dernière n’étant pas entretenue, j’avais dû la chercher munie d’un bâton de bois que j’avais trouvé par terre. Une couche de poussière la cachait, ce qui ne me facilitait guère la tâche. J’étais en sueur et c’est le cœur battant que je m’enfonçai à l’intérieur des bois en priant pour ne pas me perdre.

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Je ne savais pas depuis combien de temps je marchais, mais il fallait que je me dépêche de trouver un endroit pour passer la nuit. Sans doute que je m’y prenais un peu tardivement, il commençait à faire très sombre et je ne voyais presque plus rien. Je n’étais vraiment pas douée. Depuis le temps que je vivais dans ce monde, j’aurais dû savoir qu’ici il n’y avait pas de lampadaire pour éclairer le soir. C’est en tâtonnant et avec beaucoup de précaution que je trouvai un arbre sur lequel m’appuyer. Je m’assis sans aucune grâce tout contre lui et respirai un bon coup avant d’ouvrir mon balluchon. Le sac que m’avait préparé Wilma ne contenait pas seulement des vivres, il y avait aussi une chaude couverture pour la nuit et diverses bricoles qui trouveraient inévitablement leur utilité là où je me trouvais.

Je sortis une miche de pain avec de la viande séchée et mangeai sans réel appétit. Maintenant qu’il était tard, que j’étais fatiguée et que je me sentais angoissée, les doutes ressurgirent. Avais-je fait le bon choix ? Comment est-ce que j’allais survivre jusqu’à Fondcombe ? Levant ma tête vers le ciel, je contemplai un moment les étoiles ainsi que la lune qui était dans son quart. Un peu de musique m’aurait rassurée, mais je n’avais plus ce luxe. Pour tout dire, j’avais même laissé mon précieux sac chez Wilma. Tout était inutilisable et il ne servait à rien que je m’apitoie sur ce que je n’avais plus. Le sommeil vint me cueillir sans que je m’y attende le moins du monde.

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J’étais en train de rêver de mes amis, ceux que j’avais avant de quitter si brutalement mon monde, quand j’entendis une voix impérieuse qui m’appelait. Les visages se brouillèrent, remplacés par les ténèbres. Puis je me mis à tomber, tomber, et il n’y eut plus rien avant qu’un grand flash blanc ne m’aveugle.

— Ouvre les yeux, Elenwë, ne te cache pas de nous, murmura cette même voix.

Intriguée, je fis ce qu’elle me demandait et ce que je vis en face de moi me coupa le souffle. Un couple aussi étonnant que bizarre se tenait par la main. Ils m’observaient et dans leur regard, je pus sentir tout l’amour qu’ils avaient pour moi. Mais qui étaient-ils ? Que me voulaient-ils ?

Incapable de parler, je me repaissais d’eux de tout mon soûl, comme si leur simple vue pouvait me rendre plus forte. L’homme avait les cheveux blancs lumineux portés en une étrange coiffure et la peau incroyablement mate. Ses yeux étaient deux billes translucides et la couleur des vêtements qu’il portait avec grâce oscillait en différentes teintes de bleu. Son épouse – je ne doutais pas qu’elle le fût – avait la chevelure la plus extraordinaire qui soit ; elle avait une voie lactée sur la tête, ni plus ni moins. Ses yeux étaient deux galaxies qui me sondaient avec bienveillance. Sa peau était aussi blanche que celle de son mari était brune. Ses lèvres aux belles couleurs de grenade bougeaient sans que je ne comprenne ce qu’elle disait. Sa robe portait la lumière des étoiles.

Mais qui étaient-ils ? me demandai-je pour la seconde fois… 

Puis, l’homme s’avança vers moi, une main tendue et parla :

— Elenwë, suis les étoiles vers la voie qui t’est tracée, ma douce enfant. Nous t’attendons. Que les astres te protègent et te ramènent vers nous !

Un drôle de sentiment naquit en moi. Mes mains devinrent moites, mon cœur redoubla d’ardeur et je levai mes yeux vers ces deux êtres magnifiques qui me sondaient avec un tel amour et…

— Milyë, Atto ?! criai-je avec espoir.

Je les avais reconnus ! Je me souvenais d’eux !

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Je me réveillai en sursaut, la douleur du hurlement que j’avais poussé dans mes songes encore prégnante dans ma gorge. Mon visage était baigné de larmes et ce qui me surprit le plus fut que j’étais trempée de la tête aux pieds. Qu’avais-je fait ? Je mis quelques secondes à comprendre qu’il pleuvait. Jurant à voix basse, je récupérai mes affaires que je rangeai dans le sac avec précipitation avant d’aviser les environs. Comment allais-je retrouver la route de pierre ? Il faisait à peine jour !

Le bruit du tonnerre me tira de ma torpeur et je me mis à courir, les yeux baissés sur le sentier tout en jurant copieusement. Il ne fallait pas que je panique. Ce n’était guère le moment. Une bourrasque de vent balaya alors un tas de poussière et c’est là que je le vis.

— Le chemin de pierre ! m’exclamai-je ivre de soulagement.

Je ne tergiversai pas plus et pris sa direction sans m’arrêter de courir. La pluie tombait de plus en plus drue sur ma tête et je priai pour que les vivres que m’avait donnés Wilma ne soient pas tous abîmés. Le reste, je m’en fichais. Je devais avancer et trouver un abri. Trop absorbée par ma course, je fus surprise en relevant la tête un peu plus tard, de m’apercevoir que les rayons du soleil perçaient à travers les nuages gris. L’averse avait cessé. M’arrêtant quelques secondes pour reprendre mon souffle, je m’essuyai le visage du plat de la main. La matinée était à peine avancée et je me doutais bien que je n’avais même pas fait le quart du chemin. Avant qu’un sentiment d’échec ne m’assaille, je repris la route en tentant de me souvenir du songe que j’avais fait la nuit passée.

J’avais tout oublié.

La journée fila à toute vitesse. Je m’étais à peine reposée le temps du déjeuner et j’avais repris la route, pressée de quitter cette forêt. J’avais peu pensé à « lui » durant la marche. Pourtant, tout dans ces bois me le rappelait. C’était triste quand on y réfléchissait, mais c’était sans doute mieux ainsi. Trop occupée par mes réflexions, je n’entendis pas des branches craquer ni l’ombre avancer subrepticement derrière moi. Ce ne fut qu’aux sons de dangereux grondements que je pris conscience que je n’étais plus seule.

En me retournant, je me retrouvai face à un énorme loup. Il était terrifiant avec sa gueule aplatie, ses petits yeux qui me scrutaient avec hargne et la bave qui dégoulinait de ses énormes crocs effilés. Je sus que j’étais son prochain repas dès qu’il se mit en position d’attaque. Je n’avais pas le choix, je devais fuir avant qu’il ne me saute dessus.

C’est ce que je fis. Je pris la direction opposée à la route que je devais emprunter et détalai comme un lapin. Il me prit aussitôt en chasse et malheureusement pour moi, je n’étais pas aussi rapide que lui. Il me rattrapa en quelques bonds et se jeta sur mes jambes. Sa mâchoire se referma sur l’un de mes mollets, ce qui me fit tomber par terre avec brutalité. J’allais mourir, pensai-je le cœur battant à tout rompre. La douleur qui irradiait dans ma jambe était atroce et des points blancs et noirs dansaient devant mes yeux noyés de larmes. La bête me traînait sur plusieurs longueurs avant de me lâcher d’un coup en grondant. J’avais peur. Qu’allait-il encore se passer ? Profitant de ce moment d’accalmie, mon instinct de survie me poussa à ramper le plus loin possible de ce monstre qui voulait me dévorer toute crue.

Je mis un temps à réaliser pourquoi le loup m’avait laissé tranquille, il se battait avec quelque chose. Pas quelque chose, compris-je en me retournant vers le bruit, mais avec un homme, certainement un elfe vu son agilité et sa souplesse. Me redressant sur mon séant, je les regardai, totalement fascinée par les gestes de l’elfe. J’avais l’impression qu’il était monté sur des ressorts. Ses bonds étaient haut et sa manière de parer les coups… J’aurais dû en profiter pour prendre mes jambes à mon cou. Fuir aussi loin que possible et reprendre ma route, mais j’en fus incapable. Mon mollet me faisait atrocement souffrir et je sentis que j’étais dans l’incapacité de faire le moindre mouvement. Je tremblai de tous mes membres. Des grognements de bête blessée me sortirent de ma torpeur et en tournant la tête, je vis l’elfe porter le coup fatal au loup. Quand le corps sans vie de l’animal s’affala à ses pieds, l’elfe porta sa main à sa poitrine et psalmodia une courte litanie. Ensuite je le vis s’éloigner pour prendre quelque chose, puis il récupéra dans la foulée un bâton qu’il enflamma avant de le jeter sur la bestiole. Il observa un moment les flammes consumer le cadavre du loup avant de se rappeler ma présence.

— Voilà une bien courageuse jeune femme, murmura-t-il avant de me rejoindre et de s’accroupir pour être à mon niveau.

— Êtes-vous blessée, ma Dame ? demanda-t-il tout en scrutant mon visage comme s’il cherchait une quelconque égratignure.

Je déglutis, car il était vraiment superbe. Ses yeux d’un bleu presque céruléen contrastaient avec sa brune chevelure qui lui descendait jusque dans le bas du dos.

— La bête m’a attrapée par la jambe, répondis-je d’une voix sourde.

À l’admirer ainsi, j’avais presque occulté la douleur qui revint avec plus de force que précédemment.

L’elfe se contenta de soulever ma jambe sans état d’âme pour ma pudeur. Je rabattis comme je pus les pans de ma robe sur mes genoux. Mais quelle idée j’avais eu de garder ce vêtement que Wilma avait eu la gentillesse de repriser. J’aurais dû accepter la tenue masculine qu’elle m’avait proposée. En tout cas, cela ne sembla pas émouvoir mon sauveur qui reposa délicatement mon pied à terre.

— Votre blessure n’est pas très jolie à voir, commenta-t-il, songeur. Ce warg ne vous a pas ratée. Estimez-vous heureuse d’être encore entière.

Il récupéra la sacoche qu’il portait en bandoulière et sortit une gourde en fer blanc qu’il déboucha avant de verser son contenu sur ma blessure.

Je hurlai de douleur, car ce n’était pas de l’eau.

— Vous voulez m’achever ?! m’écriai-je en sentant mon mollet à vif.

Je voulus récupérer ma jambe, mais il me retint d’une main ferme.

— Ne bougez pas, s’il vous plaît, j’essaie de nettoyer votre plaie et vous me voyez navré de vous faire souffrir davantage.

Je hochai la tête, les lèvres pincées. J’avais vraiment très mal. Pendant ce temps, il sortit une boîte de son cabas et récupéra des herbes ainsi que différents objets, dont un pilon. Pendant qu’il préparait sa mixture qui ressemblait à une sorte de cataplasme verdâtre, j’eus tout le loisir de l’observer. Il était grand et possédait un corps élancé que je savais assez souple. Je n’y avais pas prêté attention plus tôt, mais il portait sur chaque côté de ses tempes de longues tresses qui étaient rassemblées  à l’arrière de son crâne en demi-queue de cheval. Il avait le teint légèrement hâlé de celui qui avait l’habitude de vivre au grand air et ses oreilles étaient pointues. Normal. Quant à ce qu’il portait, il aurait pu se fondre dans les bois sans problème. Sa tunique était d’un vert sombre et tombait sur des chausses marron foncé. Il avait tout de l’elfe sylvestre. Je me demandai s’il venait du Royaume de Thranduil et s’il avait entendu parler de moi.

Je revins à ce qui m’entourait quand je sentis quelque chose de très chaud couler sur ma blessure. Cela me fit pousser un nouveau gémissement de douleur.

— Je suis désolé de vous faire mal, déclara-t-il, vraiment contrit. Je viens de verser un emplâtre à base de plantes médicinales sur l’endroit où le warg vous a attaqué. J’ai dû tirer sur les deux bords de la plaie après les avoir nettoyés. Il ne faut surtout pas que cela s’infecte.

J’étais moi-même sceptique jusqu’à ce que la douleur se mue en simple gêne. Je n’en revenais pas.

— Vous avez des dons de magicien, soufflai-je, me sentant tout d’un coup beaucoup mieux.

— Oh, non ! objecta-t-il en souriant doucement. Je n’ai rien d’un Istar*. Mais dites-moi, reprit-il tout en rangeant ses affaires. Où sont vos compagnons ?

Il y eut comme un moment de flottement entre nous et je le vis froncer les sourcils l’air mécontent. Son expression me rappela celle d’un Roi que j’avais connu et auquel je ne voulais plus penser.

— Vous voyagez seule ? demanda-t-il sombrement.

J’acquiesçai vigoureusement.

— Ne pouvez-vous pas vous exprimer à haute voix ? me reprocha-t-il d’une voix radoucie.

Je me mordis les lèvres avant de lui répondre.

— Oui, je voyage seule et ce n’est pas de mon propre gré, croyez-moi, finis-je par lui dire.

J’étais essoufflée et je ne voyais pas pourquoi. Le contrecoup de ce que je venais de vivre, certainement.

Au lieu de dire quoi que ce soit, il se releva, épousseta ses vêtements et il partit. Je crus sur l’instant qu’il m’avait laissée à mon triste sort, mais son sac était encore là. Rassurée, je m’adossai contre la roche qui se trouvait derrière moi et attendis.

.

Je dus m’endormir à même le sol, car ce fut un délicieux fumet qui me tira du sommeil. La nuit était tombée et je découvris mon sauveur absorbé par la cuisson de ce qui devait être du lapin. Je me frottai les yeux tout en m’asseyant, à ma grande surprise, une couverture glissa de mon corps. Il m’avait couverte pendant que je dormais.

— Ce n’est guère prudent de s’endormir ainsi sans protection, déclara-t-il sans me regarder. Les bois ont beau être plus sûrs qu’il y a quelques mois, vous n’êtes pas à l’abri de bêtes sauvages ou d’Orcs égarés.

Il récupéra une assiette en bois sur laquelle il déposa de la viande et des graines.

— Tenez, mangez ! dit-il tout en se servant à son tour.

— Merci beaucoup, lui répondis-je avant de porter la cuisse rôtie à ma bouche.

Je n’avais rien mangé d’aussi délicieux depuis un moment.

Nous nous sustentâmes sans nous parler, chacun appréciant les bruits de la forêt en présence d’un inconnu. Il faisait bon ce soir, le ciel sombre était dégagé, laissant entrevoir la lune dans son quart et les étoiles. C’était agréable.

— D’où veniez-vous ? me questionna-t-il tandis qu’il portait sa boisson chaude à ses lèvres.

Nous avions fini de manger et mon compagnon nous avait préparé une infusion.

— C’est assez compliqué, commençai-je en cherchant mes mots avec soin. Je viens de la ville de Laketown, mais je n’y habitais pas. Je m’y suis retrouvée un peu par hasard.

— Que voulez-vous dire ? me coupa-t-il. Il n’y a pas d’autres villes humaines dans les environs, hormis Dale qui se trouve encore plus au nord que Laketown.

Je secouai la tête.

— Je ne sais pas comment vous l’expliquer. Je ne viens pas d’ici. Enfin, ce que je veux dire, repris-je mal à l’aise, c’est que ce monde n’est pas le mien.

Il m’observa avec attention, ses sourcils bruns de nouveau froncés.

— Je ne saisis pas bien ce que vous essayez de me dire, je le crains.

C’était bien ma veine.

— Connaissez-vous le Royaume des elfes Sylvestres de ces bois ? demandai-je à brûle-pourpoint. Êtes-vous de là-bas ?

Ce serait plus simple, s’il venait effectivement du palais de Thranduil alors il aurait certainement entendu parler de la petite humaine du Roi qui avait disparu.

— Les humains sont bien curieux, murmura-t-il plus pour lui-même que pour moi.

Je faillis lui rétorquer quelque chose de bien senti mais il ne m’en laissa pas le temps, car il reprit :

— Je viens effectivement du Royaume de Vertbois, mais je ne suis pas revenu ici depuis plus d’un an.

— Ah ! fis-je déçue.

Il ne savait donc rien de moi.

— Je… J’habitais à Vertbois, balbutiai-je en rougissant.

Il me scruta, ses beaux yeux plissés.

— Je ne puis croire que le Roi ait accepté une humaine, aussi plaisante soit-elle, dans son univers.

Il ne semblait pas insultant, il était juste surpris et je le comprenais. J’allais devoir expliquer comment j’avais réussi un tel prodige.

— Rassurez-vous, au départ, Thranduil m’a jetée dans ses cachots, il faut dire aussi que je l’avais bien cherché. Pourtant, au fil du temps, nous avons appris à cohabiter.

Et à nous apprécier, au point de finir par nous envoyer en l’air comme des bêtes sauvages ! Bien sûr, cela, je ne lui dis pas. Mais ce n’était pas l’envie qui m’en manquait.

— Thranduil, répéta-t-il, presque méditatif. Vous l’appelez par son nom.

— Ce n’est pas un si mauvais Roi, repris-je inconsciente de ce qu’il pouvait penser. Il a su prendre soin de moi jusqu’à présent. J’avais même droit à des cours d’histoire et de Sindarin.

Avant qu’il ne me jette comme un vieux préservatif usagé, me dis-je une nouvelle fois pour moi-même. Là encore, je gardai mon ressentiment pour moi. Thranduil ne me méritait pas.

Il ne m’avait pas lâchée de ses yeux écarquillés.

— C’est incroyable. Mais, pourquoi êtes-vous partie si vous étiez si bien accueillie parmi les miens ? me questionna-t-il décontenancé.

Je soupirai.

Je me retenais de lui hurler que son Roi était un sale type qui se fichait bien de savoir que l’on m’avait fait du mal !

— Je ne suis pas partie de mon plein gré, croyez-moi, répondis-je non sans amertume. Cette Maeiell de malheur était jalouse de ma position et avec des complices – parce que je suis certaine qu’elle n’était pas seule –, ils m’ont jetée dans un tonneau avec tous mes biens.

— Maeiell ?! s’exclama-t-il, presque choqué. Je vois, continua-t-il, enfin non je ne saisis pas tout, mais je pense qu’il va nous falloir éclaircir certaines zones d’ombre directement avec le Roi.

Je fis un bon en arrière.

— Il n’en est pas question ! objectai-je. Je comptais me rendre à Fondcombe pour demander l’aide du seigneur Elrond. Je veux retourner chez moi. Je n’ai que trop tardé.

— Nous sommes bien plus proches de Vertbois que de Fondcombe. Et seule, vous n’y arriverez jamais, répondit-il. De plus, Elrond est à présent sur le chemin des Havres Gris, vous ne l’y trouverez donc pas, j’en ai bien peur.

Pourquoi le sort s’acharnait-il contre moi ? Pourquoi mon destin semblait-il me ramener invariablement vers ce crétin de Thranduil ?!

— Je ne veux plus retourner à Vertbois, marmonnai-je en piquant un fard.

Je ne voulais pas revoir Thranduil ni maintenant ni jamais. J’étais en colère contre lui et il m’avait déçue

— Nous allons quand même devoir y aller, me prévint mon sauveur. Je sens qu’il y a bien plus que ce que vous me dites entre le Roi et vous. Mais ne serait-ce que pour avoir l’avis d’un médecin compétent, je ne veux pas prendre de risque inconsidéré avec votre blessure.

— Très bien, dis-je, vaincue. Mais je ne retourne pas là-bas de gaieté de cœur.

Il émit un ricanement.

— Vous êtes étrange, le savez-vous ?

Je lui fis un sourire en coin.

— Sans doute parce que je n’appartiens pas à ce monde, dis-je doucement.

— Comment vous appelez-vous ? me demanda-t-il tout d’un coup.

C’est vrai que nous ne nous étions pas présentés. Cela dit, les circonstances ne nous avaient pas laissé le choix.

— Je m’appelle Cerise Martin, répondis-je. Eh oui, Cerise est mon véritable prénom, je ne me moque pas de vous, au cas où vous le penseriez.

Il eut un rire de gorge qui me fit frissonner.

— Pourquoi le feriez-vous ? persifla-t-il. Cerise est un très beau prénom et vous va très bien.

Il s’arrêta le temps de mettre une nouvelle branche dans le feu qui crépitait.

— Quant à moi, reprit-il l’air songeur, vous pouvez m’appeler pour le moment Laiqalassë.

— Laiqalassë ?! m’étonnai-je. Autant vous le dire, mais vous portez un prénom étrange. On dirait celui d’un yaourt d’origine biologique à base de chèvre.

Je disais n’importe quoi, mais cela eut le don de le faire rire à gorge déployée. Il était magnifique et je me pris à imaginer ce que cela serait de tomber amoureuse de lui. Ce serait facile et je savais que quoi que je puisse penser, mon cœur resterait à l’abri. Laiqalassë… Son prénom m’évoquait de vertes feuilles sous un soleil de printemps.

— Dormez, m’ordonna-t-il. Je veillerai cette nuit et nous partirons dès l’aube. Nous sommes à une journée de marche du Royaume souterrain des elfes.

— Mais, et vous ? Ne devriez-vous pas vous reposer aussi ?

— Cela ira, ne vous en faites pas pour moi.

Après avoir vérifié l’emplâtre, il ajouta un bandage et me souhaita une bonne nuit. Je m’endormis presque aussitôt et je ne fis aucun rêve ni cauchemar.

.

.

Nous prîmes la route dès l’aube et nous marchâmes sans prendre de pause jusqu’à ce qu’il soit l’heure de déjeuner. Laiqalassë refit mon pansement tout en marmonnant dans sa barbe. La blessure me faisait de plus en plus mal et mon mollet était anormalement gonflé.

— Il faut nous hâter, me dit-il tout en tâtant ma jambe.

— Sommes-nous encore loin ? demandai-je avec anxiété.

Je ne me sentais pas très bien et par moment, des frissons me parcouraient le corps.

— Non, nous devrions être rendus d’ici la fin de la journée.

Il prépara notre repas qui se composa d’une soupe dont l’odeur donnait l’eau à la bouche avec des graines et un morceau de pain à la texture riche et fondante en bouche.

— Vous cuisinez bien, dis-je la bouche pleine.

Ce qui n’était pas très poli, mais cela le fit rire. Je ne pus m’empêcher de sourire en l’observant. Il était gentil et incroyablement « humain » pour un elfe des bois.

— Vous me voyez ravi de savoir que ce simple repas vous plaît, répondit-il tout en me jetant un coup d’œil avant de revenir à son propre bol.

La fin du repas se déroula dans un silence plus qu’apprécié, chacun étant perdu dans ses pensées. Laiqalassë était simple et je sentais dans ses regards qu’il ne me jugeait pas. Il ne me connaissait pas et pourtant il avait tenu à me venir en aide sans rien attendre de moi en retour. Il m’avait prise sous son aile de manière si naturelle. Lui rappelais-je quelqu’un qu’il avait connu ? Sa fille peut-être ? Cela me fit glousser, car il avait l’air aussi jeune que moi.

— Je sais que cela ne me regarde pas, mais êtes-vous marié ? Parce que si vous ne l’êtes pas, continuai-je sans attendre sa réponse, je vous épouse sur le champ !

Ce n’était pas sérieux, et pourtant, il aurait été si facile de vivre avec lui. Si je devais rester en Terre du Milieu et si je devais un jour y faire ma vie, j’espérais tomber sur quelqu’un comme Laiqalassë – enfin si je voulais me marier bien sûr.

Quand mes yeux rencontrèrent les siens, une énorme boule se bloqua dans ma gorge. Les iris de l’elfe avaient pris une teinte plus foncée et me fixaient avec une telle insistance que je me mis à rougir. Son propre visage était d’une jolie couleur rouge carmin et ses lèvres ne formaient plus qu’une fine ligne. Je compris un peu tardivement, je l’avoue, que j’avais dû dire une énorme bêtise.

— Je n’étais pas sérieuse en vous disant cela Laiqalassë, balbutiai-je en piquant de nouveau un fard. Je suis désolée !

Je vis ses épaules se détendre, puis il exhala un long soupir de soulagement. Devrais-je m’en sentir vexée ? Bien sûr que non, ce n’était pas comme si j’avais éprouvé quoi que ce soit pour lui.

— Ma Dame, je vous prierai à l’avenir de ne plus jamais me faire ce genre de demande si elle n’est pas sérieuse, commença-t-il tout en se rapprochant de moi. Les gens de mon peuple ne prennent pas le mariage à la légère et j’étais déjà en train de penser à la façon dont je l’annoncerai à ma famille.

Il n’attendit pas que je lui réponde et se leva prestement pour récupérer nos couverts et les rincer un peu plus loin.

Il venait de me choquer. Avait-il eu l’intention de m’épouser si ma demande avait été réfléchie ? Plaisantait-il en voulant me rendre la monnaie de ma pièce ? Je ne savais que penser et cela me mis mal à l’aise. J’aurais dû me taire ! me tançai-je en mon for intérieur. Cela faisait plus d’une année que je vivais parmi les elfes, je n’avais aucune excuse.

— Je suis désolée, finis-je par lui dire. Mes propos étaient inappropriés en pareilles circonstances.

Il acquiesça sans se retourner vers moi et je décidai de l’aider à ranger nos affaires. Nous allions bientôt repartir, alors autant être utile à quelque chose.

Au moment où nous allions reprendre la route, il m’arrêta d’une main.

— Cerise, dit-il tout en me dévisageant avec intensité – mon cœur manqua un battement – Je suis flatté que vous puissiez me voir comme un époux potentiel. Si après réflexions et d’ici quelque temps, vous pensez toujours à moi pour une union éventuelle, je serai ravi de l’accepter.

Et il me lâcha là, me laissant seule et ô combien surprise par ce qu’il venait de me dire. Je ne sus combien de temps je restai planter là, avant qu’il ne m’appelle d’une voix forte.

— Il faut nous hâter, Cerise ! s’écria-t-il en faisant un geste de la main dans ma direction. Allons ! Dépêchez-vous !

— Laiqalassë ! m’exclamai-je en m’élançant vers lui, tout en faisant attention à ma jambe, étiez-vous sérieux ou bien ?!

.
.

Nous avions accompli plus de la moitié du chemin quand je sus que j’avais atteint mes limites. Je boitai de plus en plus ma jambe douloureuse me faisant vraiment mal. Laiqalassë était un marcheur discipliné qui nous fit faire quelques pauses, mais jamais plus d’une demi-heure chacune. Je ne m’étais pas plainte. Cela n’aurait servi à rien sinon à retarder notre arrivée. Mais, je n’arrivais plus à suivre le rythme. Ma tête bourdonnait et je me sentais incroyablement faible.

— Je vous demande encore un effort, Cerise, me souffla Laiqalassë à l’oreille.

Depuis notre dernière halte, il marchait à mes côtés, sans doute pour me rattraper au cas où je m’écroulerais par terre.

— Sommes-nous encore loin ? demandai-je d’une voix essoufflée.

L’elfe scruta le lointain avant de m’observer.

— Il reste une heure de marche, tout au plus, dit-il l’air soucieux. Je vous sens éreintée, Cerise. Souhaitez-vous que je vous porte ?

J’aurais dû me sentir offusquée par sa proposition mais avais-je le choix ? J’étais à deux doigts de de tomber alors autant ranger ma fierté et me montrer raisonnable.

— Je m’excuse de vous imposer cela, Laiqalassë, murmurai-je en baissant les yeux.

Il ne répondit pas et vint plutôt s’agenouiller devant moi pour vérifier l’état de ma blessure. Il souleva délicatement bandage et cataplasme.

— La plaie n’est pas belle, déclara-t-il après un moment. Les pourtours sont gonflés et à vif. Il est à espérer qu’il n’y aura pas d’infection. Mais nous avons marché longtemps, ce qui explique les gonflements et les rougeurs.

Il se retourna et me présenta son dos.

— Allez, montez Cerise. Nous irons plus vite ainsi, m’ordonna-t-il d’une voix mesurée.

Je n’eus qu’une seconde d’hésitation avant de faire ce qu’il me disait. J’espérai ne pas être trop lourde pour lui.

En tout cas, il n’en dit rien et se paya même le luxe d’avancer à grands pas comme si je ne pesais rien. Je ne me savais pas si légère. M’accrochant à lui comme un petit singe acrobate, je fermai les yeux et savourai le vent sur mon visage. Des effluves venant de Laiqalassë vinrent chatouiller mes narines. Il sentait bon aussi, dussé-je m’avouer. Pas autant que Thranduil, mais presque. Mon étreinte se raffermit en pensant au Roi que je ne tarderai pas à revoir. Qu’allions-nous nous dire ?  Comment allait-il réagir ? Penser à cela m’angoissa plus que tout.

— Vous ne devriez pas avoir peur, me lança mon preux chevalier.

Je fus étonnée qu’il puisse savoir ce que je ressentais.

— Je ne suis pas effrayée, le détrompai-je toutefois, je suis juste un peu inquiète de savoir comment Thranduil nous accueillera dans son Royaume.

—  Le Roi est bon, répondit Laiqalassë. Il est certes plutôt taciturne et protecteur envers les siens, mais jamais il ne fera de mal à autrui sans raison. Et puis, vous étiez son invitée, ce qui je ne vous le cache pas, est relativement surprenant venant de sa part.

Je sentis dans sa phrase une question cachée. Pourquoi Thranduil s’intéressait-il à une humaine ? Comment aurais-je pu lui répondre alors que Thranduil lui-même n’en savait rien.

— Je ne sais pas, marmonnai-je tout en observant le paysage qui défilait à une vitesse vertigineuse autour de moi.

J’avais eu envie de lui poser des questions, malheureusement je m’endormis sans d’autres formes de procès et je réagis à peine quand il m’appela.

— Cerise, réveillez-vous !

— Heum, que se passe-t-il ? dis-je d’une voix pâteuse.

J’avais sommeil, et surtout j’avais très froid ! Je m’aperçus qu’il faisait nuit noire dehors. Je me demandais bien comment il faisait pour mettre un pied devant l’autre sans tomber. Je replongeai dans les ténèbres quand deux lumières vacillantes au loin me firent relever la tête. Tendant mon oreille, si je me concentrai, je pouvais entendre des chants elfiques.

C’est là que je compris.

— Nous sommes arrivés au Royaume de Vertbois, me répondit nonchalamment Laiqalassë.

Mon cœur s’emballa. J’allais revoir Thranduil et cette constatation était loin de me déplaire.


Tamril


— Tu ne peux pas partir ! s’exclama Finlenn, hors de lui.

J’avais envie de le frapper mais je me retins. C’était indigne d’un elfe, même Sylvestre.

— Je ne peux pas faire comme si elle n’avait jamais existé, grognai-je entre mes dents serrées.

Nous nous trouvions dans mes quartiers. Mon ami de toujours, mon frère spirituel m’avait surpris en train de faire mon sac. Quoiqu’en pense notre Roi et avec tout le respect que je lui devais, je ne pouvais décemment pas abandonner Cerise à son triste sort. Je n’arrivais pas faire comme si ce que je ressentais pour elle n’était rien. Je n’avais aucune preuve tangible que Maeiell ait fait quelque chose contre Cerise et cela me minait. Après quarante-huit heures de recherches acharnées, nous avions reçu l’ordre de tout arrêter. Sa Majesté n’avait donné aucune explication. Toutefois, j’étais persuadé de ne pas être le seul à souffrir de l’absence de Cerise. Lui-même n’était plus sorti de ses appartements depuis deux semaines. Ses conseillers nous avaient dit qu’il avait beaucoup de travail et qu’il ne voulait être dérangé sous aucun prétexte. Selon moi, il vivait mal la disparition de sa chère petite humaine. Si Maeiell avait dit vrai, leur relation équivalait à celle d’un couple marié et chez les elfes, les unions étaient sacrées. Cela me rendait malade qu’il ait pu faire cela et trahir, par la même occasion, sa propre épouse.

— Tamril ! Tu m’écoutes ? s’agaça Finlenn.

— Oui, non ! répondis-je furieux. Au cas où tu ne l’aurais pas compris, j’aime cette fille et la savoir là dehors, en danger, me rend fou !

Finlenn, se passa une main sur les yeux. Il semblait las, mais je n’en avais que faire.

— Tu n’abandonneras pas, n’est-ce pas ?

— Non, jamais ! dis-je vivement.

Il soupira avant de s’asseoir dans un fauteuil.

— Très bien. Reste où tu es. Je vais voir avec le Roi si nous pouvons dépêcher des éclaireurs aux abords de la forêt. De toute façon, nous devons continuer à surveiller les environs.

J’acquiesçai.

C’était tout ce que nous pouvions faire. J’espérais de toutes mes forces qu’ils la retrouveraient.

.

.

Elle avait disparu depuis deux semaines. Personne ne savait où elle se trouvait et tout le monde s’en moquait… Enfin presque tout le monde. Liamarë ne souriait plus, même Dagnir semblait épuisé. Quant au Roi, quand il était apparu dans la salle du trône, tous avaient été choqués de le découvrir amaigri. Moi aussi, j’avais perdu du poids. Je n’avais plus d’appétit pour rien. Si j’avais encore douté des sentiments que je lui portais, j’avais la preuve que ma vie sans elle n’avait plus aucun sens.

Cela était puéril. Je ne la connaissais pas depuis longtemps, mais elle avait su me toucher. Quant à notre Souverain, son état rappelait quelque peu ce qu’il avait traversé après la perte de son épouse bien aimée. Là aussi, cela était bien étrange. Un elfe ne pouvait se lier qu’une seule fois, n’est-ce pas ?

La journée était bien entamée quand un des messagers de Thranduil entra en trombe dans la grande salle.

— Votre Majesté ! commença ce dernier tout en mettant un genou à terre, l’un de ses avant-bras posé sur l’autre cuisse. J’ai une lettre à vous remettre de la part du prince Legolas.

Le Roi, qui discutait avec Annaël, se redressa vivement et tendit la main pour que l’elfe puisse lui donner la lettre.

Au fur et à mesure que ses yeux parcoururent la missive, un véritable sourire naquit sur son visage pâle.

Mon cœur s’emballa. L’avait-il enfin retrouvée ?!

— Voilà une nouvelle qui ne peut que mettre du baume au cœur des gens de ce Royaume, commença notre Souverain avec entrain. Mon fils bien aimé sera parmi nous d’ici peu.

Pourtant, son sourire se fana quand il croisa mon regard accusateur. Je n’y pouvais rien. C’était vrai qu’il y avait de quoi se réjouir de ce retour, mais… Pas quand une jeune humaine était en danger au dehors.

Je n’avais plus peur de rien. Je sus à cet instant ce que j’aurais dû faire voilà bien des jours.

— N’y pense même pas Tamril ! jeta froidement Finlenn. Si je dois te mettre au cachot quelques jours, je n’hésiterai. Pour ton bien.

À Suivre


Annotations

* Istar : les Istari (singulier : Istar en quenya), littéralement « les Sages », sont un ordre de « mages » auquel appartiennent notamment Gandalf et Saroumane.

*Pas de POV de Thranduil dans ce chapitre et à dessein.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

4 Commentaires

  1. Comme je te l’ai déjà dit en direct et en d’autres lieux, cette nouvelle version est magnifique. Je ne peux pas me permettre de faire la comparaison avec ce que tu avais écrit il y a trois ou quatre ans, faute d’avoir relu et de m’en souvenir mais dans tous les cas, ce chapitre est une réussite. Cette pauvre Cerise n’en mène pas large entre ses blessures et le sentiment de trahison. En plus, un malheur n’arrivant jamais seul, à peine est-elle remise de sa blessure à la tête qu’elle manque de se faire croquer par un gros louloup. Karma de merde, a-t-on envie de penser. Cela dit, cette anecdote était nécessaire pour deux raisons : premièrement, cette rencontre avec le (deuxième 😉 ) brun le plus charmant de la Terre du Milieu et deuxièmement, il s’agit d’une preuve nécessaire qu’on ne traverse pas la Terre du Milieu comme ça… surtout quand on ne sait pas où on va XD Parce que Fondcombe n’est pas à côté et Cerise, de toute évidence, ne sait même pas où ça se trouve. Il aurait été intéressant de voir jusqu’où elle aurait pu aller sans cette attaque de Warg… pas très loin, on est en droit de le craindre.

    Sinon, coup de cœur sur le point de vue de Tamril qui montre que, malgré le départ de Cerise, la terre continue de tourner à Eryn Lasgalen… en quelque sorte, vu la mauvaise santé évidente de Thranduil qui perd du poids, de Liamarë qui boude et de Tamril lui-même qui… ne se laisse pas faire malgré tout, prêt qu’il est à outrepasser les ordres et à voler au secours de sa mortelle préférée… Ce point de vue est, outre très chouette sur le fond et sur le plan narratif, une bonne transition vers le chapitre suivant !

    Gros câlinous à toi ! <3 :*

    • Je crois que ma plus grande joie dans cette réécriture, ce sont nos discussions sur le sujet. Et oui, mon, Laiqalassë (yaourt au chèvre bio) est trop mignon ! En tout cas, je suis vraiment contente que ce chapitre t’aie plu ! Je te n’❤️

  2. J’ai adoré ! Surtout le passage où elle rencontre Legolas (c’est bien lui hein je me trompe pas ?). Si j’étais elle, c’est clair que j’irais plutôt avec lui, il est carrément plus charmant et respectueux que son père qui me fiche les jetons xD Mais bon, Cerise, Cerise quoi… et il semblerait qu’un gâteau se révèle sous ses pieds, à présent, si je puis dire (hum) parce qu’elle semble plus importante que ce qu’elle supposait.
    En bref, la suiiiite 😀

    • Bravo, tu as bien deviné 😝 ! Alors Thranduil est un elfe bien plus vieux que son fils (normal, tu me diras XD), mais je te jure qu’au fond il est adorable lui aussi. Bon, en vrai je suis en train de craquer pour lui moi aussi 😍. Pour ce qui est de Cerise, vous en saurez plus en temps et en heure, pour le moment, elle a des comptes à rendre… Enfin dès qu’elle sera de retour à Vertbois.
      Merci pour ton commentaire qui me fait très plaisir ❤️

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