16. Orgueil et Préjugés

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Orgueil et Préjugés


Thranduil


La nuit était déjà bien avancée quand l’envie presque incontrôlable de voir la dame de Lórien me saisit. Je compris avec une pointe de colère que Galadriel réclamait ma présence séance tenante. N’avait-elle donc rien de mieux à faire à pareille heure ? Me passant une main sur le visage, je me levai sans faire le moindre bruit. Cerise dormait profondément, et après la soirée que nous venions de passer tous les deux, elle le méritait amplement. Une fois debout, je récupérai mon manteau d’intérieur et sortis de la pièce non sans jeter un dernier regard vers ma belle endormie. Dès que je fus sorti, je poussai un soupir de soulagement en me remémorant la discussion que nous avions eue concernant notre prochain voyage. J’avais réussi à la convaincre de nous accompagner jusqu’aux Havres Gris. Je ne comprenais pas pourquoi je ressentais ce besoin de l’avoir constamment auprès de moi. J’avais espéré que cela finirait par s’atténuer, mais c’était l’inverse qui se produisait. Plus nous passions du temps ensemble et plus je me retrouvais dans l’incapacité de me passer d’elle. Elle n’était pas des nôtres, et si j’étais sincère avec moi-même, ce que je ressentais à son égard s’apparentait à une union entre deux époux. À cette évidence, mon cœur se serra. Pour la première fois de toute ma longue existence, j’avais le sentiment de trahir mon âme sœur, ma douce Elenna. Je devais me ressaisir. Cerise n’était qu’une humaine pour qui j’éprouvais un étrange penchant, rien de plus. Oui, rien de plus, me convainquis-je avec force.

Je me rendis compte que je m’étais figé dans le couloir. Secouant la tête, je repris le chemin vers l’aile des invités d’honneurs. J’avais demandé à Liamarë de faire préparer, pour le Seigneur Celeborn et son épouse, les plus grands et les plus beaux appartements que nous ayons. Je voulais leur montrer que les elfes du Royaume de Mirkwood savaient recevoir. Nous n’étions pas des sauvages comme la rumeur pouvait le laisser supposer. Tout en marchant, je pus entendre de la musique provenant de l’extérieur. Des éclats de rire suivis de murmures inaudibles me firent sourire malgré moi. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas entendu les elfes de mon peuple agir en toute insouciance.

Eryn Lasgalen, murmurai-je pour moi-même, savourant la texture sur ma langue de ce nouveau nom donné à nos bois.

J’avais attendu cet instant sans jamais oser l’espérer. Le risque d’une autre désillusion m’aurait perdu dans les confins d’un désespoir bien trop cruel pour que je puisse le surmonter un jour. Pourtant… Cela était enfin arrivé. Nous étions en paix.  Il était donc naturel que les elfes des bois du Nord fêtent dignement cette victoire contre le Noir Ennemi. J’espérais du fond de mon cœur que jamais plus aucun mal ne serait perpétré dans ces contrées, cependant… L’avenir en Terre du Milieu n’appartenait plus aux elfes mais aux hommes. Tant que nous resterions ici, nous goûterions pleinement cette joie d’être enfin libérés de ces chaînes de peur qui nous avaient retenus prisonniers si longtemps.

Les festivités qui avaient commencé la veille devaient durer sur plusieurs jours. Elles seraient ponctuées par le début des travaux de nouvelles résidences en extérieur, hors des grottes, car je l’avais décidé ainsi. À présent, ceux qui le souhaitaient pourraient vivre en dehors. Un souvenir me revint en mémoire, me rappelant ces temps lointains où le Roi Oropher avait fondé ce Royaume, je n’étais alors qu’un enfançon. Mon père avait vécu à Doriath*. La cité souterraine du Royaume de Thingol* avait été construite dans des cavernes aérées comme l’aimaient les elfes Sindar. En venant ici, nous avions adopté ce modèle sans nous poser de questions. Les elfes verts ne nous l’avaient jamais reproché, mais les temps changeaient et je désespérais de vivre autrement que caché. Ce serait une expérience inédite, comme ce que je vivais avec ma petite humaine.

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Arrivé devant la porte des Seigneurs des bois de la Lothlórien, je m’apprêtais à frapper quand elle s’ouvrit subitement sur le gardien de la Lórien, Haldir, si j’avais bonne mémoire. Il tenait une frêle elfine brune entre ses bras. Cette dernière avait des yeux rouges et bouffis qui ne lui seyaient guère. Sans doute avait-elle pleuré et, de fait, elle gardait ostensiblement la tête baissée. Je les avisai du coin de l’œil sans toutefois me préoccuper de leur présence.

— Mon Seigneur, s’inclina le gardien dans une révérence parfaite avant de passer devant moi, son fardeau dans les bras.

La compagne de Haldir ne m’avait pas salué, n’osant pas me regarder, sans doute trop honteuse de se présenter ainsi devant un Souverain. Je haussai un sourcil mécontent.

— N’en veuillez pas à l’épouse de notre cher Haldir, Thranduil, elle traverse une période compliquée, répondit Celeborn devant mon air contrarié.

J’inclinai la tête. Je pouvais le comprendre en voyant son état, bien que cela ne me concerne pas. Néanmoins, le protocole ne l’exemptait aucunement du respect qu’elle aurait dû me témoigner. Les bonnes manières semblaient se perdre au Royaume de la Lothlórien.

— Certes, répliquai-je froidement. Cela ne la dispense pas d’un peu de politesse à l’égard d’un Roi, terminai-je en pénétrant dans la pièce avant de refermer la porte derrière moi.

Du coin de l’œil, je vis la femme de Celeborn de dos. Elle non plus ne semblait pas décidée à me saluer. Je fronçai les sourcils, irrité par cette attitude peu conventionnelle. Comme si ma présence ne lui importait guère, elle n’avait pas bougé de sa place. Elle observait les rayons de lune qui filtraient à travers les cavernes dans lesquelles nous avions pris refuge des millénaires plus tôt.

Une bouffée de colère que j’eus bien du mal à refréner me saisit. Je plissai les paupières pour me maîtriser. Je ne l’aimais pas, je ne l’avais jamais aimée et cela ne changerait probablement jamais. Elle était une Ñoldo, et cela résumait les choses bien plus que je n’aurais su le faire. Les elfes gris avaient toujours fait preuve d’une extrême méfiance envers les autres clans de la Terre du Milieu et particulièrement les Ñoldor. Comment oublier les actes barbares qu’ils avaient perpétrés il y a des millénaires de cela ? Je n’étais alors pas encore de ce monde, mais chaque ellon savait le terrible parjure qu’ils avaient commis. Les Valar leur avaient pardonné bien des choses, mais la malédiction* sur les enfants de la lignée de Finwë planait toujours comme un rappel constant des horreurs qu’ils avaient provoquées. Bien qu’ayant refusé de prendre part au massacre des Teleri  en Alqualondë*, Galadriel avait fait partie de ces ellir sans cœur, portés par l’envie de posséder un pouvoir qui les dépassait tous. Je m’étais toujours demandé pourquoi, depuis tout ce temps, elle n’avait pas encore pris la mer. Après tout, n’était-elle pas revenue dans les bonnes grâces des Ainur ? Pour être honnête, je me défiais d’elle et de cette suffisance qui éclairait ses prunelles en permanence, comme si elle seule pouvait porter le poids des abominables pêchés de son clan.

Revenant au présent, je me dressai devant eux, impassible, attendant que celle que tous appelaient « la dame lumineuse » veuille enfin prendre la parole. Qu’est-ce qu’elle pouvait…

« Je vous agace, Thranduil Oropherion. Vous m’en voyez navrée », entendis-je une voix au timbre doucereux chanter dans ma tête. « Ce n’est aucunement dans mes intentions. »

Comment osait-elle ? ne pus-je m’empêcher de penser, outré par tant d’infatuation.

— Galadriel, dis-je à voix haute entre mes dents serrées. Je déteste par-dessus tout lorsque vous faites cela !

« Je sais que cette petite humaine représente bien plus qu’une simple charge à vos yeux, Thranduil, mais cela doit cesser. »

Mon cœur s’emballa et je m’en voulus de réagir ainsi.

—  Cela ne vous regarde aucunement Dame de Lórien ! tonnai-je avec fureur.

Un ellon de ma condition se devait de conserver son calme en toute circonstance, mais ses propos me hérissaient plus que tout. S’il y avait bien une chose que je ne supportais pas, c’était que l’on s’immisce dans mon intimité.

« Elle n’est pas des nôtres », continua-t-elle sans se formaliser de mon éclat, sa voix me harcelant et blessant mon âme à chaque coup qu’elle portait.  « Les Valar la surveillent. Il y a quelque chose en elle qui va au-delà de notre compréhension. »

Son sourire empreint d’une grande douceur me narguait et cela ne me plaisait pas. Cependant, je devais me ressaisir. Je ne me comportais plus comme un Roi, mais comme un jeune ellon plein de morgue à peine sorti des jupes de sa naneth*.

— Celeborn, dites à votre épouse de cesser cela immédiatement, ordonnai-je d’une voix blanche à l’elfe blond qui se tenait non loin d’elle.

Il m’observa quelque seconde avant d’incliner sa tête sur le côté puis posa doucement la main sur l’épaule de sa femme. Une simple pression qui la fit se tourner enfin vers nous.

— Thranduil, commença Celeborn d’une voix grave, êtes-vous certain de vouloir garder cette jeune personne auprès de vous ?

Je l’avisai un instant, le regard mauvais, le temps de calmer la colère qui menaçait d’exploser d’un instant à l’autre. Je ne comprenais pas en quoi cela pouvait leur importer. N’était-elle pas qu’une simple humaine ? Avaient-ils peur pour mon âme ? Ma lignée ? Pourquoi tant d’inquiétude tout d’un coup ?

— Cerise est mon problème, Celeborn, pas le vôtre, déclarai-je d’une voix redevenue étonnamment calme.

Il émit un léger soupir avant de s’asseoir dans un fauteuil. Galadriel, quant à elle, me dévisageait sans aucune gêne.  Je savais qu’elle ne fouillait plus dans mon esprit, du moins je l’espérais. Elle avait une façon bien à elle de mettre ses interlocuteurs mal à l’aise. Déstabiliser était l’une de ses spécialités ; repérer les faiblesses en inspirant la peur.

— Il y a plusieurs lunes de cela, les Valar m’ont envoyé la vision d’une jeune personne arrivant sur nos terres, commença-t-elle, à haute voix cette fois-ci.

Ses yeux perçants étaient fixés sur moi comme si j’étais celui qui lui cachait la vérité. Elle en savait plus, compris-je, mais elle ne voulait pas me le dire. Cela m’agaça prodigieusement.

— Qui n’est pas Cerise, vous en avez convenu hier soir, répondis-je, acerbe.

Ses yeux pétillèrent.

— Je n’ai pas dit cela, objecta Galadriel.

Je ne pus m’empêcher d’être surpris. Que sous-entendait-elle encore ?

— Il est vrai, reprit-elle tout en continuant à me fixer intensément, un nouveau sourire éclairant son visage, qu’elle n’est pas celle que j’attendais. Il n’en reste pas moins qu’elle est bel et bien arrivée en Terre du Milieu d’une étrange façon.

— Qu’importe la façon, cela ne vous regarde pas, persiflai-je.

— Vraiment ? argua-t-elle en haussant l’un de ses sourcils à l’arc parfait. Pensez-vous que sa venue ici ne soit due qu’au hasard ? Est-elle une simple humaine ou quelques puissances essaient-elles de nous leurrer une fois de plus ?

Elle s’avança vers moi avec assurance. Je ne la quittai pas des yeux, soutenant son regard sans ciller.

— Que voulez-vous que je vous dise ? répliquai-je d’une voix âpre. Je vous rappelle que si l’un de mes soldats ne s’était pas trouvé auprès d’elle quand elle est apparue dans nos bois, jamais nous n’aurions cette discussion. C’est moi et moi seul, martelai-je durement, qui l’ai sauvée ! Sa vie m’appartient à présent.

« Vous voilà bien vindicatif, Mellon nìn », entendis-je une nouvelle fois dans mon esprit.

— Arrêtez cela immédiatement, Galadriel ! ordonnai-je durement. Je ne joue pas.

— Je n’ai jamais prétendu le contraire, dit-elle d’une voix calme. Je vous remercie d’avoir pris soin d’elle malgré ce que vous pensez des humains. Toutefois, je ne peux faire comme si sa venue était fortuite. J’obéis à des forces qui vous dépassent, Thranduil, vous devriez être moins arrogant. Cela ne vous servira pas.

Elle se détourna de moi et se dirigea vers une commode sur laquelle elle saisit un miroir à main. Elle contempla son reflet avant que son regard ne se perde au lointain.

— Rien n’arrive sans que les fils du destin tissés par Vairë ne l’aient décidé, c’est un fait, Sinda, murmura-t-elle d’une voix lointaine et voilée. Vous tenez à être l’unique responsable de cette jeune enfant égarée et nous vous l’accordons. Toutefois, vous devrez répondre de vos actes quand le moment sera décidé.

Le temps se suspendit avant que je ne comprenne que Galadriel avait eu une de ses fameuses visions. Cette dernière cligna des yeux avant de soupirer. Elle semblait confuse mais se reprit bien vite.

— La jeune Cerise est sans doute humaine, ou sans doute ne l’est-elle pas, déclara Galadriel comme si ce qu’elle avait dit un peu plus tôt n’avait jamais eu lieu.

J’osai jeter un coup d’œil en direction de Celeborn dont l’expression s’était assombrie et je compris que je n’avais pas rêvé ce que son épouse avait prédit.

— Quoiqu’il en soit, dis-je, en tombant sur mes terres, elle est devenue ma responsabilité. Je m’occuperai d’elle jusqu’à ce que je prenne la mer.

À ces mots, Galadriel plissa les yeux de suspicion.

— Et que deviendra-t-elle alors ? Une fois que vous aurez quitté la Terre du Milieu ?

J’exhalai un long soupir.

— Je ferai en sorte qu’elle soit bien installée et qu’elle puisse avoir une vie décente, répondis-je avec assurance.

— Et c’est tout ? demanda Celeborn, qui se mêla à la conversation. Vous n’êtes pas curieux de savoir comment elle s’est retrouvée dans notre monde ? Une part de vous ne désire-t-elle pas connaître la vérité ? Savoir qui elle est véritablement ?

Mon corps frissonna sous l’accusation sous-jacente qu’il venait de proférer. Je décidai de ne pas entrer dans son jeu, cela ne servirait à rien.

— Pour tout vous dire, Celeborn, répliquai-je avec un aplomb qui frisait l’insolence, je m’en moque. Ce n’est qu’une humaine après tout ; comme je vous l’ai maintes fois répété d’ailleurs. Si elle est là, c’est qu’elle devait y être. Je ne suis pas friand des devinettes. Si quelque chose doit être révélé sur sa personne, il le sera un jour ou jamais.

Quelques secondes auparavant, cela aurait été l’entière vérité lorsqu’une étrange émotion me saisit. Une idée venait de germer dans mon esprit, une de celle qui ne pouvait s’expliquer… Mais non, je devais couper court à ces divagations idiotes. Revenant au couple, je vis qu’ils me dévisageaient l’air sombre. Je les avais froissés et déçus.

— Quand partez-vous pour l’Ithilien ? demandai-je, préférant clore cette conversation sur Cerise qui ne servait à rien, sinon à me donner une terrible migraine.

De fait, j’omis également de leur révéler la faculté qu’avait Cerise de parler le Quenya dans son sommeil. Pourquoi irais-je leur rapporter des informations tandis qu’eux-mêmes se gardaient bien de tout me dire ?

— Nous partirons dès demain, quand l’aube se lèvera. Nous rejoindrons le cortège de notre beau-fils, répondit Celeborn.

— Je vois, dis-je laconique.

— Êtes-vous certain de ne pas vouloir vous joindre à nous ? me questionna Galadriel d’une voix joyeuse.

Je secouai la tête.

— Comme je vous l’ai déjà dit, mon fils Legolas me représentera dignement pour le mariage du Roi Elessar et de votre petite-fille, expliquai-je las de me répéter.

— C’est bien dommage, soupira Galadriel avant de retourner à la contemplation du ciel étoilé que l’on pouvait voir par la fenêtre.

Celeborn l’observa un moment avant de revenir à moi.

— Quand le mariage sera célébré et les fêtes terminées, mon épouse et notre beau-fils partiront pour les Havres Gris.

Son regard se voila de tristesse à ces mots. Je comprenais que cela ne lui plaisait guère de se séparer de celle qui illuminait sa vie depuis tant de millénaires. Pourquoi Galadriel ne pouvait-elle pas attendre ? Cela ne me concernait pas, mais la douleur de son époux était tellement palpable que je ne pus que compatir pour lui.

— Pour ma part, reprit Celeborn, je partirai ensuite au Sud-Ouest. Il y a encore nombreuses choses à superviser, notamment la construction de nouvelles demeures pour les miens et moi-même.

Un long silence s’installa dans la pièce sans que quiconque se décide à le rompre. Celeborn avait rejoint Galadriel et lui avait pris la main. Voir ce couple uni depuis si longtemps attisa ma jalousie autant qu’il m’attrista. Je les enviais. Que n’aurais-je pas donné pour avoir mon Elenna auprès de moi.


Cerise


J’aurais dû nager dans un océan de félicité, mais c’était loin d’être le cas. J’avais tout pour être heureuse. Le Roi des elfes n’avait jamais été aussi attentionné que depuis que je lui avais dit « oui » concernant ce voyage qui le conduirait aux Havres Gris. Il me comblait, c’était vrai. Son attitude avait changé. Il était plus doux, plus attentif et me couvait d’un regard à me faire rougir en permanence. Oui, j‘aurais dû être heureuse, mais je ne l’étais pas. Comment aurais-je pu l’être alors que cette histoire, notre histoire, avait une date de péremption ?

Elle n’était plus là, mais le fantôme de sa défunte épouse semblait me narguer à chaque fois que j’osais croire que ses penchants à mon égard allaient au-delà d’un simple désir physique. Pour tout dire, je me sentais perdue et j’avais peur. J’essayais de toutes mes forces de combattre ce lien qui m’attirait vers lui comme un aimant. Je tentais tant bien que mal de réfréner mes battements cardiaques lorsqu’il apparaissait dans mon champ de vision ; en vain. Je ne voulais pas, je ne DEVAIS pas tomber amoureuse de lui. Je me mordis les lèvres pour ne pas gémir de frustration.

Revenant à mon assiette, je pris l’un des gâteaux que m’avait apportés Linwë pour me faire plaisir. C’était une sorte de pâte de fruits recouverte d’un succulent feuilletage. Je lorgnai la pâtisserie avant de me décider à mordre dedans. Cela avait beau être délicieux et fondant en bouche, je me sentis toujours d’humeur morose. Qu’allais-je donc bien pouvoir faire après que Thranduil soit définitivement parti ? Au lieu de me tourner les pouces, j’aurais dû réfléchir plus sérieusement à un moyen de repartir dans mon monde. Si j’avais pu atterrir ici, l’inverse devait être concevable. Il fallait que j’arrête de me languir de quelque chose qui n’arriverait sans doute jamais. Moi qui détestais les jeunes femmes qui désespéraient sur les beaux garçons qui n’en avaient qu’après leur corps, je faisais exactement pareil.

Où était passée ma hargne habituelle ? Elle s’était envolée après cette incroyable soirée où Thranduil m’avait fait l’amour une nouvelle fois, quand j’avais cru déceler en lui autre chose qu’un simple intérêt passager.

Une fois que j’eus terminé ma collation, je me léchai les doigts avant de relever la tête, croyant avoir entendu du bruit. J’étais seule dans cette partie du palais souterrain. Elle était réservée aux nobles seigneurs de la maisonnée de Thranduil, mais la plupart étaient dehors en train de superviser je ne sais quoi. Thranduil lui-même n’était guère présent la journée. Il n’avait jamais été aussi occupé que depuis qu’ils, les Seigneurs de la Lothlórien et lui-même, avaient éradiqué les forces du mal qui sévissaient ici autrefois. Dit comme cela, j’avais l’impression de me retrouver dans un épisode des Power-Rangers. Pourtant, c’était indéniable. De fait, je me retrouvais là, à errer comme une âme en peine. Pour tout dire, les cours de Dagnir étaient devenus presque attrayants à mes yeux tant je m’ennuyais. Heureusement, il n’y avait pas un soir où une petite fête n’était pas donnée. Thranduil finissait par m’y rejoindre, nous discutions de tout, de mon monde, du sien. Puis, nous terminions la nuit dans ses appartements où le réveil le lendemain matin me ramenait inéluctablement à une réalité bien plus brutale : je n’étais qu’un passe-temps ludique pour lui.

Ce n’était pas mon genre de me rabaisser ainsi. Mais les sentiments qu’il faisait naître en moi, je ne savais tout simplement pas les gérer. Pas quand ce qu’il éprouvait à mon égard était si incertain.

Tout à mes sombres pensées, je ne vis pas tout de suite l’elfine s’approcher. Ce ne fut que lorsqu’elle fut devant moi que je reconnus l’épouse de ce cher Haldir. Après le fastueux mariage du Roi Elessar et de la belle Arwen, Haldir et sa femme étaient revenus ici. D’après ce que j’avais entendu, Haldir était devenu l’émissaire du Seigneur Celeborn. J’avais été enchantée d’apprendre son retour, mais beaucoup moins quand j’avais appris que sa charmante épouse l’accompagnait. Cette dernière m’observait d’un air déterminé. Attendait-elle que je lui adresse la parole ? En lui jetant un rapide coup d’œil, je vis qu’elle semblait plus détendue que lors de notre première rencontre. Et pour cause, elle et son compagnon n’étaient pas revenus seuls, leur enfant les accompagnait. Je n’avais pas cherché à aller vers eux, ayant été passablement refroidie par son attitude passée. Un léger sourire effleura mon visage quand je sus que ce n’était pas moi qui ferais le premier pas vers elle. Quoiqu’il arrive, je ne l’aurais pas fait. De toute façon, je n’avais rien à lui dire.

— Auriez-vous un moment de votre temps à m’accorder, Cerise ? demanda-t-elle poliment.

Je la fixai, les yeux plissés. Elle semblait gênée, ce que je pouvais comprendre. Il n’était jamais aisé de faire le premier pas dans ce genre de situation. Soupirant, je compris qu’il allait falloir que je lui réponde.

— Que me voulez-vous ? lançai-je, suspicieuse.

Je ne lui faisais pas confiance, et pour cause. Nous étions seules toutes les deux dans cette partie du palais, moi assise sur une sorte de divan confortable tandis qu’elle me disséquait du regard, toujours debout. Ce n’était pas très agréable.

— Je ne vous veux aucun mal, soupira-t-elle. Je souhaite simplement faire amende honorable. J’ai été plus qu’impolie à votre égard. Vous n’aviez rien fait pour mériter pareil traitement.

J’étais jalouse, elle s’exprimait bien et sa voix coulait d’entre ses lèvres comme du velours. Un peu rauque, mais pas trop. Un homme venant de mon monde aurait même dit qu’elle avait un timbre sexy.

Secouant la tête pour chasser des réminiscences, je l’invitai à se joindre à moi. Elle prit place à mes côtés, non sans me jeter un coup d’œil prudent. Je faillis éclater de rire. Sur ce point, elle avait raison de faire attention. Je savourai d’avance ce que j’allai lui répondre.

— J’accepte vos excuses, débutai-je en me tournant vers elle. Je comprends votre amertume et vos ressentiments. Après tout, cela ne doit pas être facile à vivre tous les jours.

Elle me contempla sans comprendre. Je dus me retenir pour ne pas éclater de rire. La vengeance était un plat qui se mangeait froid, disait-on.

— Je ne vois pas où vous voulez en venir, ma Dame ?

Elle cligna une seule fois des paupières et son petit visage se chiffonna d’incompréhension. Je secouai la tête prenant l’air le plus navré possible.

— Eh bien, je vous trouve tout à fait admirable, débutai-je, mielleuse au possible. Voyez-vous, je ne sais pas comment vous arrivez à vivre avec un elfe aussi ennuyeux que votre époux. Il ne semble pas très enclin aux frivolités. On a toujours l’impression qu’il a quelque chose de coincé au plus profond de lui-même. Ce ne doit pas être très agréable pour lui, cela dit, terminai-je presque dans un murmure, comme si cela me demandait de la réflexion.

La pauvre elfine s’arrêta de respirer et me regarda comme si j’étais devenue folle. Étais-je allée trop loin ? Elle ne semblait pas apprécier mon humour douteux.

— Je suis désolée, marmonnai-je, je voulais vous faire une blague, mais ce n’est pas drôle.

— Une blague ? répéta-t-elle surprise.

— Oui, répondis-je en rougissant. Une tentative d’humour.

— Mais ce n’était pas drôle, répondit-elle en pinçant les lèvres.

— Non, effectivement, grognai-je.

J’avais honte. Comme certains disaient par chez moi, je venais de faire un bide en bonne et due forme.

— Et sinon, dis-je, tentant maladroitement de changer de sujet. Comment allez-vous ? Haldir m’a confié que vous ne vous sentiez pas bien depuis la naissance de votre fille.

Mandieu, Cerise. Pourquoi ne peux-tu pas te taire ? Pourquoi faut-il que tu te fourres dans des histoires qui ne te regardent pas ? Qu’est-ce que je pouvais être bête parfois !

La femme de Haldir baissa la tête tout en triturant la manche de sa robe.

Est-ce que j’avais le temps de fuir ou…

— Notre enfant est le plus merveilleux cadeau que les Valar aient pu nous offrir, chuchota-t-elle, réduisant à néant mon plan de fuite. Néanmoins, et je me sens honteuse de l’avouer, j’ai du mal à faire la part des choses. C’est vrai qu’en y repensant, je n’aurais pas dû être aussi blessante à votre égard. Vous n’êtes en rien responsable de mon chagrin. Personne ne l’est… Hormis moi-même, sans doute.

Quand bien même je ne comprenais pas sa peine ou ce qu’elle vivait, son désarroi me toucha. Je pouvais sentir mon cœur se serrer en voyant les larmes couler sur ses joues qu’elle essuya aussitôt de sa main. Elle avait l’air si malheureux. Je devais faire quelque chose, mais quoi ?

Une idée me traversa l’esprit.

— Je m’appelle Cerise Martin, dis-je, tendant la main vers elle en lui souriant de toutes mes dents.

Elle nous fixa, ma main et moi, ne comprenant pas où je voulais en venir.

— Ma chère, je vous propose d’oublier notre première rencontre. Recommençons depuis le début comme si nous nous rencontrions pour la première fois. Qu’en dites-vous ?

— Oh oui, bien sûr, dit-elle l’air sceptique.

Je haussai mes deux sourcils pour lui faire comprendre que c’était son tour et elle mit quelques secondes à saisir ce que j’attendais d’elle.

— Oh ! Excusez-moi ! Je m’appelle Gabrielle, répondit-elle tout en serrant vivement ma main.

Cette fois, c’est moi qui fus circonspecte. Je pensais avoir mal compris son prénom.

— Vous vous appelez vraiment Gabrielle ? Non sans vouloir vous offenser, mais il s’agit d’un prénom humain, dis-je, surprise.

— Certes, m’avoua-t-elle. Mais il est aussi utilisé chez ceux de mon peuple.

Elle ne l’avait pas mal pris, je pouvais respirer normalement. J’en profitai alors pour lui tendre des pâtisseries et lui servis une infusion qui ne devait plus être vraiment chaude. Tandis que je lui donnais son verre, elle me lança un sourire timide. Je le lui rendis avec grand plaisir. C’est qu’elle pouvait se montrer très charmante quand elle le voulait.

— Soyons amies ! déclarai-je sur un coup de tête.

Elle acquiesça, ravie.

Finalement, l’épouse de Haldir n’était pas une mauvaise personne. Je comprenais mieux ce qui avait pu séduire le gardien de la Lothlórien. Elle avait beau être bien plus âgée que moi, bien plus sage, sans aucun doute, j’eus l’irrépressible envie de la protéger en la gardant près de moi. Je ne me leurrais pas non plus sur mes intentions. Gabrielle était la deuxième amie que je me faisais ici. J’en avais peu et cela me chagrinait. Parfois, je me sentais si seule.

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Pendant que nous devisions tranquillement de nos vies respectives, Thranduil, accompagné de ses conseillers, entra dans la pièce. Occupés, ils ne firent pas attention à nous. Toutefois j’eus le temps de constater que ma nouvelle amie s’était raidie en découvrant qui venait d’arriver.

— Vous sentez-vous bien ? lui demandai-je doucement.

Elle était devenue toute blanche et ses mains tremblaient. Elle mit un temps à comprendre ce que je venais de lui dire et piqua un fard.

— Il est si terrifiant, murmura-t-elle.

J’eus un temps d’arrêt.

— Mais de qui parlez-vous, bon sang ?! m’exclamai-je, perplexe.

Elle me regarda comme si des cornes venaient de pousser sur mon front.

— Du Roi, chuchota-t-elle pour qu’ils ne l’entendent pas.

Jetant un coup d’œil à Thranduil, je le vis en pleine conversation avec un des elfes qui l’entouraient. Ces derniers faisaient mine de ne pas avoir remarqué notre présence, mais je savais que c’était faux. Ils se trouvaient à l’autre bout de la pièce et venaient de s’installer autour d’une table, celle du Roi. Je reconnus non sans peine l’elfe qui parlait à mon amant. Il s’agissait d’Annaël, je ne l’aimais pas. C’était réciproque d’ailleurs. Sa beauté froide et figée me fichait les jetons. Si Gabrielle avait eu peur de lui, j’aurais compati avec elle, mais là…

J’éclatai de rire avant de me ressaisir, une main sur la bouche. Trop tard, leur petit groupe se tourna comme un seul homme vers nous, puis ils reprirent leur discussion comme si nous étions quantité négligeable. J’aperçus subrepticement Thranduil m’adresser un long regard langoureux avant de revenir à ses hommes. Cela eut le don de me faire rougir jusqu’à la racine des cheveux. Mon cœur se mit à battre la chamade et je dus m’éventer de la main avant de remarquer le verre d’eau que me présentait Gabrielle. Je le saisis brusquement et le vidai d’un trait.

— Haldir me fait exactement le même effet, m’avoua-t-elle dans un sourire complice.

Heureusement que j’avais terminé de boire, car j’aurais avalé de travers.

— Je ne savais pas que vous nourrissiez des sentiments pour le Roi, continua-t-elle, une lueur amusée dans le regard. Ce n’est pas le genre d’ellon que l’on peut aimer aisément, d’autant plus qu’il est marié.

Je déglutis péniblement. Je préférais quand elle m’avouait sa crainte de lui. Que répondre à cela ? Que j’étais la reine des idiotes et non celle du cœur d’un elfe déjà pris ?

— Elle est morte, sa femme, marmonnai-je en récupérant mon verre vide pour le remplir à nouveau.

— Oh, Cerise ! murmura-t-elle.

Gabrielle me caressa la joue et je crus déceler de la pitié au fond de ses iris. Je voulus la repousser, mais ce n’était guère le lieu pour me donner en spectacle. Voilà une autre chose qui m’avait fait comprendre que ma relation avec Thranduil était un secret. Personne ne le savait et il m’avait bien fait comprendre que cela ne regardait que nous. Jouer la comédie aux yeux de tous ne semblait pas le déranger et pour cause, il ne m’aimait pas, lui. Oh non ! Cerise, s’il te plaît, ne t’aventure pas sur ce terrain-là. Il est hautement miné et tu y perdras bien plus que ta fierté.

— De toute façon, repris-je pour changer de sujet, je sais très bien qu’il n’y a rien à attendre de lui. Mais vous, je ne vois pas pourquoi il vous effraie tant ! Ce n’est pas comme s’il ressemblait à une de ces araignées géantes qui vivaient non loin d’ici il y a peu.

Elle eut un mouvement de recul. Bien.

— Des araignées géantes ?! souffla-t-elle dans un filet de voix, très probablement pour qu’ils ne l’entendent pas.

— Oui, fis-je, des tonnes, mais ne vous inquiétez pas pour cela, ces créatures de cauchemar ont toutes été anéanties.

Enfin, je l’espérais !

.

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Nous continuâmes à deviser gaiement, moi faisant abstraction de l’elfe qui se trouvait non loin de nous, elle me changeant les idées. Je n’avais pas vu les heures passer et bientôt il fallut nous séparer. J’avais grandement apprécié sa compagnie, mais j’étais attendue pour mes cours de Sindarin.

Tout en me rendant en salle de classe, je me souvins qu’en plus de la langue, Dagnir allait commencer mon apprentissage de l’histoire de la Terre du Milieu et plus particulièrement celle des elfes. Ce n’était pas une mauvaise idée, j’ignorais tout  de leurs us et coutumes et des évènements qui avaient défini ce qu’ils étaient aujourd’hui. Et puis, il y avait cette histoire de langue africaine qui commençait à me tracasser de plus en plus. Il était de moins en moins rare que je me réveille la nuit suite à des rêves plus qu’étranges. J’avais demandé à Thranduil s’il comprenait ce que je disais, mais ce langage était visiblement peu usité en Terre du Milieu. Il saisissait quelques mots, mais pas tout. Je voyais bien qu’une part de lui mourrait d’envie de savoir, et de mon côté, je me demandais comment une langue venant de mon monde pouvait être utilisée ici. Sans doute n’était-ce pas le même Kenya ? Quoi qu’il en soit, il fallait que je comble mes lacunes sur ce monde si je voulais y survivre plus de deux heures quand il m’aurait quittée pour une nouvelle existence.

Ravalant un soupir de frustration, je me glissai dans la pièce déserte. Mon professeur n’était pas encore arrivé, ce qui me permit de vagabonder dans mes songes en l’attendant.

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J’avais honte de moi ! Comment avais-je pu m’endormir pendant ce maudit cours ? Pourtant, j’avais toujours aimé l’histoire avec un grand H, mais Dagnir la racontait de manière si ennuyeuse que mes yeux s’étaient fermés tous seuls. J’avais été réveillée par le son d’un livre que l’on pose brutalement sur la table. Cela m’avait fait bondir de ma chaise et quand j’avais croisé les yeux emplis de pitié de  l’elfe qui me dispensait le cours, je m’étais sentie rougir.

— Écoutez, jeune fille, me tança-t-il. Je conçois que la langue des elfes soit compliquée à comprendre, mais un simple cours d’histoire ?!

Il haussa un sourcil avant de croiser les bras sur sa poitrine.

— Vous êtes ennuyeux au possible, marmonnai-je dans ma barbe, évitant son regard.

— Je vous demande pardon ? s’exclama-t-il, vexé que j’ose lui dire cela.

Je me décidai à me lever, prête à partir. Cela ne servait à rien de continuer aujourd’hui. J’allais me diriger vers la sortie quand il me retint par le bras.

— Où croyez-vous aller comme cela ?

Je le fixai tout en me mordillant la lèvre inférieure. Rien ne servait que je me comporte comme une gamine, même si je lui en avais donné l’habitude. Autant lui dire ce que j’avais sur le cœur.

— Vous me faites cours comme si vous saviez d’avance que j’allais échouer ! m’écriai-je sentant la colère monter en moi. Vous employez des mots que je ne saisis pas, sur un ton monotone au possible. Vous ne m’expliquez rien, vous contentant du minimum et je reste persuadée que votre but ultime est de faire en sorte que je ne comprenne rien ! Avouez ! Vous ne souhaitez pas que j’apprenne quoique ce soit de votre monde, encore moins de votre si précieuse langue !

— Cerise, commença-t-il, encore plus blanc que d’habitude.

Je secouai la tête.

— Je crois que vous en avez assez fait pour aujourd’hui, maître Dagnir, crachai-je avec mépris. Je ferai des efforts, non pour vous plaire, mais pour moi seule. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser…

Je sortis sans demander mon reste et je fus plus que surprise d’entendre claquer la porte, ce n’était pourtant pas son genre.

.

.

Après les cours, je me rendis dans les appartements du Roi pour me changer. Je bouillais intérieurement. Je sentais les évènements changer comme si je pouvais avoir une certaine emprise sur le temps. Ce qui était irréaliste. Peut-être qu’à force de vivre parmi les elfes, je commençais à devenir comme eux ? Enfin, comme les elfes des bois. J’avais cru comprendre que chaque clan avait ses propres mœurs et qu’ils n’aimaient pas trop se mélanger. Les elfes de Galadriel, qui étaient restés ici, semblaient toujours sur le qui-vive et surpris par l’attitude des elfes sylvains du Royaume de Thranduil. Une fois prête, je me dirigeai vers les cuisines, car j’avais soif. Je tombai sur le capitaine de la garde royale, Finlenn qui me salua en passant. Un certain elfe se rappela à mon bon souvenir. Depuis combien de temps n’avais-je pas vu Tamril ? Il m’évitait, il n’y avait aucun doute, mais pourquoi ? Que lui avais-je fait pour qu’il se comporte de la sorte ? Il me manquait et je n’avais pas honte de me l’avouer. J’allais partir à sa recherche quand je fus rejointe par une Liamarë en colère.

— Cerise, te voilà, je te cherchais partout ! déclara-t-elle tout en se plantant devant moi, mains sur les hanches.

Cela ne sentait pas bon pour moi.

— Que t’arrive…

— Qu’as-tu encore été faire à ce pauvre Dagnir ? me coupa-t-elle. Je ne l’avais jamais vu aussi mal.

Je me mordis les lèvres jusqu’au sang. Elle le défendait et c’était tout à fait normal, après tout, ils étaient fiancés. Elle me l’avait appris quelque temps après que je les aie découverts enlacés. Je ne voulais pas la juger, mais si j’avais été elle, mon choix se serait porté sur Finlenn.

Elle commença à taper du pied, montrant son impatience devant mon mutisme. C’était de ma faute, mais je ne supportais plus qu’elle me traite comme une enfant mal élevée.

— Arrête de me prendre pour une gamine, Liamarë, répliquai-je vertement. Je me suis endormie pendant son cours d’histoire et il en fait tout un plat. Je lui ai sans doute dit ma façon de penser un peu trop violemment. Quoi qu’il en soit, cela ne te regarde pas. S’il a quelque chose à me dire qu’il me le dise en face au lieu d’envoyer son cerbère.

— Qu’est-ce qu’un cer…

— Le Cerbère est le chien de garde du Royaume d’Hadès, dis-je dans un sourire vengeur.

Elle secoua la tête, l’air totalement perdu. C’est à ce moment-là que Dagnir apparut derrière elle. Sa bouche se pinça en un pli amer en me voyant. Bien, il allait pouvoir profiter lui aussi de mon petit cours personnel.

— Que se passe-t-il ? nous demanda-t-il en jetant un coup d’œil vers Liamarë.

— Cerise me racontait ce qu’était un Cerbère, mais je n’ai pas bien compris, raconta cette dernière tout en continuant à me fixer.

Il acquiesça, l’air entendu et passa son bras autour de l’elfine.

— Parfait, repris-je devant ma petite assemblée improvisée, je vais éclaircir ce point pour que vous saisissiez ce que je veux dire. Le Cerbère est un chien à trois têtes qui garde la porte du Royaume des enfers. Là où les morts se rendent une fois leur vie achevée. Ils rejoignent Hadès et son épouse Perséphone qui vit avec lui six mois dans l’année avant de rejoindre l’Olympe où se trouve sa mère Déméter.

Je les vis écarquiller tous deux les yeux d’incompréhension et j’en conçus un malin plaisir.

Plus vengeresse que jamais, je poursuivis sur ma lancée en déblatérant sur un ton ennuyeux au possible toutes mes connaissances de la mythologie grecque jusqu’au moment où je surpris Dagnir regarder ailleurs.

— Je vous ennuie Dagnir ? demandai-je sarcastiquement.

— Ce n’est pas cela, intervint Liamarë, mais tu nous parles de choses venant de ton monde avec des mots que nous ne comprenons pas. Il nous est alors assez difficile de pouvoir te suivre, vois-tu.

— Oui Liamarë, je vois tout à fait. Parce que comprends-tu, ton cher fiancé m’a servi la même soupe insipide pendant son cours avec des mots et des références qu’il m’était impossible de comprendre parce que… jusqu’à preuve du contraire, je ne suis pas de votre monde.

— Oh ! s’exclama mon amie avant d’aviser son fiancé, l’air plus mécontent que jamais.

— Allons, fis-je. Ne vous disputez pas pour moi. Cela n’en vaut pas la peine. Sur ce, je vais vous laisser en paix.

Je les plantai là, un énorme sourire plaqué sur mon visage. J’espérais bien que le message soit passé !

Reprenant ma recherche du Tamril perdu, un des gardes m’apprit qu’il surveillait actuellement un chantier en dehors du palais. Décidant que m’aérer me ferait le plus grand bien, je pris la direction du grand hall, tout en faisant attention où je posai les pieds. Les coursives du Royaume de Thranduil étaient très dangereuses pour une créature ne possédant pas la dextérité d’un elfe.

Quand je fus dehors, je m’arrêtai devant les bois et profitai des rayons du soleil qui me chatouillaient le visage avec bonheur. Que c’était bon ! Humant l’air, je pus sentir les fragrances des arbres et de la végétation luxuriante. C’était incroyable. Dire qu’il y a peu, une grande partie de la forêt avait été empoisonnée par le mal qui y sévissait. Mais ce n’était plus le cas et il n’y avait qu’à regarder avec quelle désinvolture les elfes travaillaient.

Où que j’aille, je pouvais entendre leurs chants tandis qu’ils s’affairaient. Je m’arrêtai devant un groupe qui avait fini d’installer deux étages de ce qu’ils appelaient des Talans. Ce concept venait du Royaume des Galadhrim, m’apprirent-ils quand je leur posai la question. Plus loin, je croisai un groupe d’elfines qui confectionnait des couronnes de fleurs tout en riant et en jetant des coups d’œil amusés en direction des elfes. Je secouai la tête. Je ne comprenais pas pourquoi les tâches étaient ainsi réparties. Dans mon monde, les femmes pouvaient faire, elles aussi, des métiers d’homme sans que cela soit mal vu.

Je tournai encore un moment autour des différentes constructions, sans trouver pour autant Tamril. Il semblait s’être volatilisé. J’en conçus une certaine déception. Il avait dû retourner au palais sans que je le remarque. Un peu triste, je pris la décision d’aller m’allonger non loin d’un grand chêne pour profiter de cet air pur et frais. Nous étions en plein été et je me mis à regretter de ne pas pouvoir aller à la plage, mais ce n’était que partie remise. J’en profiterais bien un jour ou l’autre.

J’allai m’endormir tout à fait quand je sentis une présence approcher, puis une ombre obscurcir le champ lumineux qui filtrait à travers mes yeux fermés. Relevant une paupière, je fus stupéfiée de découvrir qui se trouvait devant moi. Décidément, cette journée était pleine de surprises.

— Maeiell ! m’étonnai-je sur un ton dans lequel perçait le dégoût qu’elle m’inspirait et que je ne cachais pas. Que me vaut le déplaisir de ta compagnie ?

Je crus déceler un éclair de haine dans ses iris presque translucides. Avais-je rêvé ? Je la croisais rarement dans les cavernes, voire jamais. Enfin, pas depuis que Thranduil et moi partagions le même lit. Je me demandais bien ce qu’elle me voulait.

Elle se mordit la lèvre inférieure avant de parler.

— Je sais que je n’ai pas été des plus agréables avec toi, et que nos rapports n’ont jamais dépassé une certaine rivalité, mais je souhaiterais ardemment que nous puissions envisager une relation plus amicale, me lança-t-elle d’une voix douce, presque contrite.

Je n’aimais pas trop ce que j’entendais. Venant de sa part, cela devait certainement cacher quelque chose. Ne voulant pas rester en position de faiblesse devant elle, je me relevai maladroitement tout en époussetant ma robe. Il fallait quand même le dire, à côté de sa beauté froide, j’avais l’impression d’être le vilain petit canard de cette histoire.

— Tu me laisses perplexe. Il n’y a pas si longtemps, c’est à peine si tu me regardais et là tu souhaites enterrer la hache de guerre. Tu m’excuseras si j’ai du mal à te croire sincère, terminai-je en la dévisageant.

Elle se passa la langue sur les lèvres avant de soupirer, comme si tout cela lui coûtait.

— Je me doutais que tu penserais comme cela. Tu es loin d’être bête. Cependant, tu fais partie de l’entourage du Roi, tout comme moi, et il serait malvenu que nous soyons ennemies. Je sais qu’il faudra du temps, mais si nous faisons chacune des efforts, je suis certaine que nous finirons par nous entendre.

Mais bien sûr, pensai-je, pour qui me prenait-elle ? Toutefois, on m’avait toujours dit que les ennemis, il valait mieux les garder près de soi. J’allais devoir ronger mon frein et essayer de bien m’entendre avec elle. Tout en restant vigilante ! Je n’oubliai pas qui elle était et ce qu’elle était capable de faire.

— Très bien, finis-je par concéder. Essayons de nous entendre, mais je ne te promets rien.

— C’est très bien, répondit-elle. À ce propos, j’aurais un petit service à te demander, continua-t-elle tout en me prenant par le bras et en esquissant un pas vers le palais souterrain.

Je sentais mal cette histoire.

— Qu’est-ce que tu veux ? demandai-je méfiante.

Elle m’observa, un lent sourire se dessinant sur son visage.

— Vois-tu, en ce moment, les fêtes ne s’arrêtent plus, et on m’a chargée de ramener les carafes de vin pour la maisonnée de notre Roi. Rien de bien difficile comme tu peux le constater. Cependant, je vais avoir besoin d’aide pour remonter tout cela de la cave. Galion voulait que je les rapporte en salle, mais toute seule cela risque d’être difficile. J’ai tout de suite pensé à toi. Ainsi, nous aurons le temps d’apprendre à mieux nous connaître.

Elle semblait ravie. Quant à moi, j’aurais mis ma main au feu qu’il y avait un coup tordu derrière tout cela. Néanmoins, il y avait aussi une chance pour qu’elle soit sincère. Jetant aux orties mes appréhensions, je la suivis jusqu’au sous-sol. Remonter des carafes de vin ne devait pas être bien compliqué. Après tout, ce n’était pas comme si je risquais grand-chose.


Thranduil


Elle était partie.

Comment cela pouvait-il être possible ? Nous la recherchions tous depuis vingt-quatre heures, sans le moindre succès. J’avais dépêché Finlenn et Tamril qui avaient ratissé les abords du bois. Ils avaient été jusqu’à étendre leurs recherches dans la rivière. En vain. Cerise semblait s’être évaporée. J’avais voulu me joindre à eux, mais mon devoir de Souverain ne me le permettait pas.

Et si jamais elle était repartie d’où elle venait ? Était-ce seulement possible ? Et pourquoi me sentais-je aussi mal ?

— Allez-vous bien, Majesté ? me demanda l’un des Seigneurs de ma cour.

J’acquiesçai avant de tous les renvoyer d’un signe de main. Je venais de terminer de lire et de signer les derniers traités que l’on m’avait présentés et je n’avais qu’une idée en tête : m’enfermer dans mes appartements. Je croisai sur mon chemin Liamarë qui ne m’apprit rien de plus et au moment où j’allai pénétrer dans mes quartiers, je fus arrêté par Maeiell qui semblait soucieuse. Je ne l’avais pas vue depuis que je l’avais consignée dans ses appartements. Je savais qu’elle l’avait mal pris, mais son attitude à mon égard avait été inadmissible. Loin d’être heureux de la voir, je me tins devant elle, l’air impassible.

— Que veux-tu ? lui demandai-je sèchement.

— Je venais aux nouvelles concernant l’humaine, dit-elle tout en me jetant un rapide coup d’œil.

Depuis quand Maeiell s’inquiétait-elle de Cerise ? Elle n’avait jamais caché son animosité à son encontre.

— Non, dis-je néanmoins. Nous ignorons où elle est passée.

Elle inclina sa tête sur le côté, faisant mine de réfléchir.

— Avez-vous vérifié si ses affaires étaient encore là ? me questionna-t-elle doucement. Beaucoup d’entre nous se demandent si elle ne serait pas partie d’elle-même.

Je fronçai les sourcils. Où voulait-elle en venir exactement ? Cerise était heureuse avec nous, elle avait pris la décision de nous accompagner dans notre dernier voyage.

— Je te remercie Maeiell, mais tu peux disposer, jetai-je froidement avant de lui fermer la porte au nez.

J’avais besoin d’être seul.

Une fois certain que personne ne viendrait déranger ma tranquillité, je m’avançai jusqu’à mon bureau pour relire la missive que j’avais reçue de Legolas, quelques heures plus tôt. Il allait revenir à Eryn Lasgalen pour quelque temps. Je pinçai les lèvres, sentant monter en moi un sentiment des plus mitigés. J’aurais dû être heureux du dénouement que prenait notre histoire en Terre du Milieu. Vertbois était de nouveau aussi majestueux sinon plus que d’antan. Nous allions enfin pouvoir quitter notre Royaume le cœur léger et je pourrais revoir mon fils une dernière fois avant d’accomplir ce long voyage vers les Terres Immortelles des Valar. Alors, par Varda ! Pourquoi me sentais-je si triste ?!

Saisissant ce que cela impliquait, je passai une main sur mon visage pour tenter d’y voir plus clair. Comment cette petite humaine avait-elle pu prendre une place si importante dans nos vies ? Si elle était partie d’elle-même, pourquoi n’en avait-elle pas formulé le désir plus tôt ? Jamais je ne lui aurais interdit de se rendre où elle le souhaitait, mais partir seule était risqué quand on ne connaissait rien de ces terres. Comptions-nous si peu à ses yeux pour qu’elle s’en aille de la sorte ?

Mon cœur était lourd dans ma poitrine, jamais je n’aurais dû éprouver ces sentiments pour elle. Elle n’était pas Elenna. Ce que je ressentais pour Cerise était plus fort de jour en jour, de lune en lune… Que devais-je penser de tout cela ? Relevant la tête, je fis une prière muette espérant que les Valar m’entendraient. Jamais je ne m’étais senti aussi peu clairvoyant. Mon fils me manquait, lui seul aurait su trouver les bons mots pour que je me ressaisisse, mais accepterait-il cette relation qui me liait avec une humaine ? Rien n’était moins sûr. J’aurais dû être soulagé de son départ qui était une bénédiction au lieu de cette affliction qui me désolait d’heure en heure.

Observant la pièce, je me souvins de ce qu’avait supposé Maeiell et je me surpris à chercher minutieusement ce qui appartenait à ma petite humaine.  Je ne trouvai rien dans le petit salon attenant à mon bureau, et son sac avait disparu lui aussi. Me rappelant qu’elle avait empiété sur une partie de l’espace de ma salle d’eau, je m’y rendis pour découvrir que tous les accessoires féminins n’y étaient plus non plus. Même constat sur la table de nuit, le livre qu’elle y avait laissé, ainsi que l’objet qui faisait de la musique, n’étaient plus à leur place.

Voyant ce que tout cela signifiait, une boule de chagrin se logea dans ma gorge. Je me serais écroulé au sol si je n’avais pas été adossé au mur. Elle était vraiment partie. Jamais plus je ne la reverrais. Elle n’était pas Elenna, me répétai-je comme une prière. Je devais me ressaisir, Cerise n’était rien. Alors pourquoi sentis-je cette unique larme glisser insidieusement sur mon visage ?


Tamril


Était-ce une punition que nous envoyaient les Forces Supérieures ? Depuis l’esclandre de Maeiell dans les cuisines royales, j’avais pris mes distances avec Cerise. Même prononcer son nom me faisait mal. Je l’aimais, je lui avais donné mon cœur et si j’avais eu quelques réticences du fait de sa condition d’humaine, jamais je n’aurais cru qu’elle se lierait avec un ellon déjà pris. Et pas n’importe lequel qui plus est, puisqu’il s’agissait de notre vénéré Roi. Maeiell était persuadée que Cerise avait ensorcelé le Souverain pour qu’il s’unisse à elle. Je savais qu’elle disait des bêtises, mais la douleur n’en avait pas été moins forte.

Cerise ne m’avait rien promis, j’en étais conscient, mais j’avais toujours eu l’espérance qu’un jour, elle puisse enfin me voir comme moi je la voyais.

Effondré, je n’avais pu en parler à personne et ce fardeau me pesait à un point tel que j’avais commencé à me renfermer sur moi-même. Bien sûr Finlenn n’était pas dupe. Il me connaissait mieux que quiconque. Il avait été bien compliqué de donner le change avec lui, mais je ne m’en étais pas trop mal sorti. Puis, les jours étaient passés et… elle me manquait tellement. Pendant mes temps de sommeil, je ne rêvais que d’elle. Je savais les prémonitions possibles, mais je ne les avais jamais expérimentées auparavant. J’avais senti que quelque chose allait se passer bien avant que cela n’arrive, mais je n’y avais pas prêté attention.

Je revenais d’une énième ronde quand je surpris Maeiell en compagnie d’un groupe d’elfes.

— Je vous assure ! Elle ne rêvait que de partir ! Elle me le disait quand nous étions ensemble et que je devais la surveiller. Après tout, qu’est-ce qu’une simple humaine comme elle aurait pu faire de plus parmi nous ? Elle a pris la bonne décision.

Je faillis voir rouge en entendant ces vils mensonges. N’avait-elle point d’amour-propre pour s’exprimer ainsi ?

—  Maeiell ! l’interpellai-je. Peux-tu venir un instant, s’il te plaît ?

Je ne voulais pas la confronter devant les gens du Roi. Elle risquait, par vengeance, de dévoiler la vérité sur la relation qu’entretenait notre Souverain avec Cerise, et les répercussions pourraient être terribles. Cette elfine était une véritable mégère.

— Je pensais les elfes incapables de mensonge ! sifflai-je une fois que nous fûmes seuls.

Elle eut le toupet d’éclater de rire.

— Cher Tamril, comme tu peux être naïf ! Bien sûr que nous savons mentir, seulement, nous n’avons jamais eu besoin de le faire auparavant.

— Que veux-tu dire ? grognai-je, me retenant de la secouer dans tous les sens.

Elle replaça une de ses longues mèches derrière son oreille tout en me jaugeant.

— Cette fille était néfaste pour notre Royaume. Ce qu’elle a osé faire à notre Roi…

Je la vis frémir en se souvenant de ce fameux soir. Je me passai moi-même une main sur les yeux comme pour chasser cette soirée de mon esprit.

— Où est Cerise ? demandai-je d’une voix ferme.

— Je ne sais pas, cracha-t-elle. J’ai prié pour qu’elle disparaisse et c’est ce qui s’est passé. Ne comprends-tu pas que c’est un bien ? Elle a voulu partir d’elle-même, grand bien lui fasse !

Elle me bouscula puis s’en alla sans se retourner. Je la suivis des yeux un instant avant de sentir une présence derrière moi.

— Que désirait Maeiell ? voulut savoir Finlenn.

— Rien, maugréai-je. Mais je reste persuadé que Cerise n’est pas partie d’elle-même.

— Tamril ! me reprocha Finlenn. Laisse tomber, veux-tu.

Il croisa ses bras sur sa poitrine et nous nous fixâmes un moment sans rien dire avant qu’il ne soupire de lassitude.

— Je la retrouverai, déclarai-je sûr de moi.

Mon ami secoua la tête, l’air désolé.

— Je crains que cela ne soit plus à l’ordre du jour, répondit-il.

Je le dévisageai sans comprendre.

— Que veux-tu dire ?

— Sa Majesté a ordonné que nous arrêtions les recherches, séance tenante Je suis navré Tamril, termina Finlenn en me tapant l’épaule en un geste compatissant.

Puis il partit, me laissant seul.

Si elle était dehors, Cerise ne survivrait jamais seule, j’en étais certain.

À Suivre


Annotations

 * Doriath : Fondé par Elu Thingol et Melian la Maia. Le royaume de Doriath était entièrement forestier. Toutes ces terres étaient encloses dans une protection magique tissée par Melian, appelée Anneau de Melian. La capitale de ce royaume était la cité souterraine de Menegroth, les Mille Cavernes, creusée par les Nains de Nogrod et de Belegost, avec lesquels le royaume de Doriath eut longtemps des relations amicales (Ref : Tolkiendil).

* Thingol : Il s’appelait auparavant Elwë et fait partie des premiers elfes à s’être éveillé.

* Alqualondë : Après être longtemps restés sur Tol Eressëa, les Teleri souhaitèrent vivre dans la lumière des Deux Arbres et se rapprocher de leurs amis les Ñoldor. Ils apprirent alors à faire des navires et commencèrent à sillonner la baie d’Eldamar. Ils finirent par s’installer au nord de Tirion où se tenaient les Ñoldor et bâtirent une ville portuaire qui leur servit de capitale. Olwë, le roi des Teleri, y éleva son palais au milieu des demeures de perles, et les pontons d’Alqualondë accueillirent les magnifiques navires blancs en forme de cygne avec un bec doré et des yeux noir et or. La ville fut attaquée et détruite bien plus tard par les Ñoldor en fuite vers la Terre du Milieu.

* Naneth : mère en langage elfique

* J’ai quasiment réécrit tout ce chapitre. J’ai trouvé la première version très simple et Cerise plus qu’immature et caricaturale. Ici, elle y apparait plus sensée et réfléchie. Quant à Thranduil, je l’ai voulu un peu plus romantique et torturé même s’il garde son caractère orgueilleux.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

4 Commentaires

  1. Salut ma belle, toujours parfait. Je préfère vraiment ce chapitre que la premiere version. Toute la partie avec Gabrielle et Cerise dabs la meme piece que Thranduil on sent la tendion de Cerise.

    Et cette ******* de Maeile est encore plus garce que dans la version 1 puisque on la decouvre menteuse avec les gens de son especes.

    Je crois quen plus dans la version precedente il ny avait pas l’ abandon des recherchespar le roi, ni le passage sur Tamril et Maeile.

    • Oui, cette partie de l’histoire quand Thranduil et ses sbires arrivent dans le salon, j’ai beaucoup aimé la reprendre. C’est apparu comme une évidence. Non le passage avec Tamril n’y était pas du tout.
      Merci beaucoup ! 😘

  2. Je t’ai déjà dit (plus ou moins) en direct tout le bien que je pensais de ce chapitre, avec ses personnages nuancés et cohérents, ses anecdotes destinées à tous les goûts — on peut rire comme avoir la gorge serrée — et Galadriel qui rit de se voir si belle en ce miroir (oui, je suis fière de cette blague).

    Je te n’aime très fort !

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