15. Un nouveau départ pour les elfes

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Un nouveau départ pour les elfes


Cerise


Je clignai plusieurs fois des yeux devant la vision de l’elfine qui me faisait face. J’avais du mal à le croire, c’est pourquoi je réitérai ma question, quitte à passer pour une idiote.

— C’est vraiment la Dame Galadriel ?! Vous ne vous moquez pas de moi ?!

La superbe créature qui se tenait devant moi me lança un sourire crispé tandis que Thranduil soupirait bruyamment derrière mon dos.

— Cerise, pouvez-vous écouter ce que l’on vous dit, ne serait-ce qu’une seule et unique petite minute ? me murmura-t-il à l’oreille.

Je secouai la tête en signe d’acquiescement. Je ne parvenais plus à parler, subjuguée par celle qui ne me lâchait pas des yeux. Malgré sa surprenante beauté, Galadriel me mettait mal à l’aise. Elle m’observait, non pas avec indulgence, mais comme si j’étais un ennemi potentiel. Pourquoi cela ? Que lui avais-je donc fait pour qu’elle me scrute de la sorte ? Avisant son époux à ses côtés, je vis que lui-même avait tourné son regard vers elle et semblait crispé. Cela n’augurait rien de bon pour moi. Si j’avais cru qu’elle allait m’accueillir à bras ouverts, je m’étais une nouvelle fois fourvoyée. Décidément, rien ne se passait comme je l’espérais dans cette histoire.

— Qui êtes-vous, jeune enfant, et d’où venez-vous ?

Je sursautai au son de cette voix mélodieuse, car elle semblait provenir de nulle part et de partout à la fois. C’était déstabilisant. Puis, je compris que c’était Galadriel elle-même qui venait de s’exprimer à voix haute. Son ton, bien que doux, restait ferme et attendait une réponse sans appel. Je commençais à être effrayée par son attitude. J’avais l’impression qu’elle ne m’appréciait pas beaucoup alors que nous venions à peine de nous rencontrer. Thranduil lui avait-il tenu des propos négatifs à mon égard ? L’elfine bougea et se mit à tourner autour de moi comme pour me jauger. Ses iris d’un bleu translucide ne me quittaient pas un instant, ses sourcils, d’un blond presque transparent, étaient froncés… Sans y prendre garde, je reculai pour finir par toucher Thranduil. J’avais oublié qu’il se tenait toujours derrière moi. La chaleur émanant de son corps me réconforta.

— Répondez-lui, m’encouragea-t-il en passant doucement une main dans le creux de mes reins comme pour m’apaiser.

Je me rendis compte que je tremblais de peur. Je me serais certainement enfuie si Thranduil n’avait pas été là pour me rassurer. Je déglutis plusieurs fois avant de pouvoir ouvrir la bouche.

— Je… bégayai-je, la langue engourdie par la terreur qu’elle m’inspirait. Je m’appelle Cerise Martin, repris-je précipitamment. Je viens d’un autre monde.

Mon cœur cognait si fort dans ma poitrine que je crus qu’il allait en jaillir d’un moment à l’autre.

Elle arrêta son manège autour de moi et me toisa un instant, assimilant ma réponse avec beaucoup d’attention. Je crus voir passer une certaine frustration sur son visage avant qu’il ne redevienne inexpressif.

— Il est certain, déclara-t-elle, que vous ne venez pas de notre monde.

Était-ce moi, ou le bruit de la salle s’était tu ? J’avais l’impression que le temps venait de se figer sous cette sentence qui fendit l’air tel un coup de fouet.

Sans préavis, elle s’approcha de moi et saisit mon menton de ses doigts fins. Je voulus m’écarter, mais j’étais toujours bloquée par Thranduil. Une vague glacée déferla dans tout mon corps tandis qu’elle me scrutait avec une intensité déconcertante. J’entendis clairement Thranduil émettre un son proche de la surprise. J’aurais aimé connaitre ce que pensait Celeborn de l’attitude étrange de son épouse, mais je ne voyais que Galadriel dans mon champ de vision. La pression de ses doigts se relâcha avant que son index ne vienne caresser la ligne de ma mâchoire contractée. Ne sachant que faire, je fermai les yeux avec force, priant pour que son inspection s’achève au plus vite. Je me sentais prête à défaillir.

— Êtes-vous humaine ou bien est-ce un leurre pour mieux nous duper ? continua-t-elle toujours concentrée.

Je crus qu’elle n’allait jamais me laisser, c’est pourquoi je sentis un véritable soulagement me gagner quand elle s’écarta enfin de moi. Je serais tombée au sol si la main de Thranduil ne m’avait pas retenue. J’avais envie de baisser la tête et de river mes yeux ailleurs que sur elle, mais je tins bon. En l’observant à la dérobée, je vis que ses poings étaient crispés. Ses lèvres ne souriaient plus du tout et son regard était plus sombre et glacial que jamais. Après la peur, un sentiment de colère si puissant que je faillis hurler m’assaillit. Elle me jugeait – en mal – sous prétexte qu’elle n’arrivait pas à deviner ce que j’étais. Elle aurait pu tout aussi bien me le demander sans tourner autour de moi comme un chien qui flaire un objet étrange. Mais pour qui se prenait-elle d’ailleurs ? Je ne lui devais rien. Si j’étais ici, c’était bien contre mon gré. Je la trouvais injuste et mon sentiment de haine à son encontre enfla encore plus sans que je ne parvienne à le contenir.

— Et vous ? lançai-je furieuse en la pointant du doigt avec une impolitesse digne de son irrespect. Êtes-vous sérieuse avec vos accusations ? Vous ne voyez donc pas que je suis simplement humaine ? Est-ce que vous m’avez prise pour un orque ou je ne sais quelle autre affreuse créature? Est-ce que ma tête est si repoussante que cela pour que vous vous permettiez d’être si odieuse avec moi ?

— Cerise ! me prévint le roi des Elfes sylvestres derrière mon dos.

Je savais que je venais de dépasser les bornes, mais je ne pouvais pas la laisser me traiter de la sorte sans réagir. Toutefois, loin de me réprimander, la main de Thranduil quitta le creux de mes reins pour remonter vers mon cou. Je compris qu’il s’agissait d’une mise en garde. Je ne devais pas aller trop loin avec Galadriel au risque de me brûler les ailes.

— Vous n’êtes absolument pas celle que j’attendais.

Dans la salle de réception, la conclusion de la Dame de Lórien venait de tomber comme un couperet.

À ces mots dits avec une telle froideur, je sentis mon cœur rater plusieurs battements. Inexplicablement, j’eus l’impression d’avoir échoué à un examen hautement important. Et je me sentis encore plus mal que quelques instants plus tôt.

— Qu’est-ce que cela veut dire, Galadriel ?

La question venait de Thranduil. Il semblait aussi surpris que moi.

— Cette jeune personne, reprit l’elfine en me toisant de nouveau, n’est pas celle que je m’attendais à voir en ces lieux.

— Comment est-ce possible ? voulut savoir Celeborn qui ne semblait pas mieux comprendre que nous.

— Son esprit m’est inconnu, répondit-elle. Je suis incapable d’y pénétrer et son avenir ainsi que son passé, ses désirs ou bien ses peurs, me sont parfaitement inaccessibles. Elle ne ressemble en rien à l’image que j’ai eue d’elle à son arrivée en ces terres. Ni de ce qui m’en avait été confié par les Puissances Supérieures.

À ces accusations à peine voilées, je sentis la nausée me gagner. Imposteur ! me cria mon cerveau. Tu n’es qu’une imposture !

— Mais c’est impossible ! s’exclama Celeborn qui se tourna vers moi comme s’il me voyait pour la première fois.

— Ce que je ne comprends pas, continua Galadriel plus implacable que jamais, c’est comment vous arrivez à me bloquer ainsi. Dissimulez-vous un quelconque pouvoir ?

Elle et son époux me contemplaient avec dureté et cela me fit mal. Que devais-je leur répondre ? Je ne savais pas et actuellement, la seule chose que j’avais envie de dire m’aurait fait paraître encore plus grossière que je pouvais l’être en temps normal. Il valait donc mieux que je me musèle.

— Je pense qu’il y a un malentendu, Dame de Lórien, répondit le roi des elfes des bois d’une voix posée. Je vous assure que jusqu’à ce jour, le seul pouvoir de Cerise était de nous rendre la vie impossible.

J’aurais ri de cette réponse si je n’avais pas tant été heureuse qu’il vienne à mon secours. Parce que d’une façon comme d’une autre, il venait clairement de leur signifier que Galadriel avait été trop loin.

— Ce n’est pas très gentil de dire cela, marmonnai-je tout de même pour la forme.

— Vous voyez bien qu’elle n’a rien d’une magicienne, continua-t-il, chassant mon intervention d’une pichenette. Comme je vous l’ai déjà signifié, Cerise n’a rien d’exceptionnel.

Alors là ?! m’indignai-je en mon for intérieur. De quel droit osait-il dire cela ?! Je voulus protester, mais une pression de ses doigts sur ma nuque m’en dissuada. Je dus me mordre la lèvre inférieure pour ne pas l’insulter vertement.

— Non, effectivement, convint Galadriel, les lèvres serrées tout en revenant vers moi. Cependant, vous êtes une étrange petite humaine, Cerise Martin. Si vous l’êtes seulement, termina-t-elle tout en plissant les yeux.

Nous nous observâmes quelques minutes avant qu’elle ne tende la main vers son mari. Notre entretien était terminé et un mélange de frustration et de déception m’étreignit tandis que je la voyais s’éloigner avec son époux. Elle devait se dire que le problème « Cerise » était réglé. Au lieu d’être soulagée que cet interrogatoire digne d’une inquisition se soit enfin terminé, je poussai un soupir tremblant. Mes yeux me picotaient, et j’étais prête à fondre en larmes. Inconsciente de ce que je faisais, je m’appuyai contre le mur qui se trouvait derrière moi. J’avais oublié qu’il s’agissait de Thranduil et sursautai quand il m’entoura de ses deux bras avant de déposer un léger baiser sur mon crâne. Je me retournai vers lui aussi rouge qu’une pivoine et choquée par ce geste intime qu’il venait de faire en public. Son regard était doux et un léger sourire naquit sur son visage avant qu’il ne lève la main pour me prendre une mèche de cheveux entre les doigts avant de la lâcher.

— Ce fut un moment pénible pour vous Cerise, mais je vous prie d’oublier les propos que la Dame de Lórien vient de vous tenir. Nous savons parfaitement ce que vous êtes. Ceci est l’essentiel et le reste n’est que quantité négligeable qui ne mérite pas que l’on s’en inquiète outre mesure.

J’acquiesçai les yeux brillants de larmes.

— Je ne m’attendais pas à cela, avouai-je dans un murmure à peine audible.

Thranduil secoua la tête.

— Au risque de vous vexer, j’avais déjà prévenu Galadriel que ses attentes à votre égard étaient quelque peu exagérées. Elle n’a pas voulu m’écouter. Mais vous êtes Cerise et n’est-ce pas là le principal ?

J’aurais dû me sentir insultée, mais au moins il était franc et il avait raison. Ne me battais-je pas quotidiennement pour que ces elfes m’acceptent telle que j’étais et non pour ce que je pourrais être ?

— Merci, Thranduil, finis-je par lui dire.

Il inclina légèrement la tête d’un côté, son regard sur moi était empreint d’une douceur inhabituelle que je ne lui avais jamais vue auparavant. J’allais le lui faire remarquer quand un elfe de haute stature s’arrêta à côté de moi avant de parler en Sindarin comme si je n’étais pas là. Je l’avais déjà vu plusieurs fois ces derniers mois. Tamril m’avait dit qu’il s’appelait Annaël et qu’il était le premier conseiller du Roi. De ce que j’en savais, il ne semblait pas beaucoup m’apprécier. Allons donc, encore un, pensai-je avec amertume.

Revenant au présent, j’entendis Thranduil lui répondre, puis l’elfe partit sans même m’adresser le moindre mot.

— Je serai bien resté plus longtemps avec vous, Cerise, déclara Thranduil en me scrutant avec attention, mais le devoir de ma condition m’appelle. Nous nous reverrons un peu plus tard.

Il m’observa encore quelques secondes avant de me laisser seule. Je le regardai partir et ne pus m’empêcher de frémir devant la prestance qui se dégageait de lui. Je n’y avais pas prêté attention, mais il était particulièrement beau ce soir. Sa couronne était sertie par d’innombrables feuilles vertes et de jolis bourgeons de fleurs qui ne tarderaient pas à éclore. C’est là que je me rendis compte que nous étions au printemps, sa couronne changeant au rythme des saisons. J’écarquillai les yeux en me rendant compte de tous ces mois passés ici. Un élan douloureux traversa mon cœur en me souvenant de ce que j’avais laissé derrière moi. Une larme coula avant que je ne la fasse disparaître en l’essuyant avec le dos de ma main. Reniflant un bon coup, je bombai le torse avant de contempler la salle dans laquelle je me trouvais. Elle n’avait pas désempli depuis que j’étais arrivée, bien au contraire. Je ne savais où donner de la tête. Partout, il y avait des elfes qui discutaient en groupe, ou bien en couple… Des soldats en tenue d’apparat, des Seigneurs de la maison de Thranduil. Sur un côté de la gigantesque pièce se trouvait une piste de danse où quelques elfes sautillaient avec bonne humeur.

Il a quelque temps de cela, ce spectacle m’aurait fait rire. C’était comme si j’étais tombée dans un film d’époque. L’envie de les choquer me démangea, mais je décidai de m’abstenir de quoi que ce soit qui aurait pu mettre Thranduil en défaut. Le son des flûtes et des harpes commença à me bercer et je me serais endormie si je n’avais pas été debout. Soupirant, je décidai de trouver l’endroit où l’on servait les boissons, pour aller me rafraîchir un peu. Une fois que j’eus mon verre de vin, je le humai avant de trouver un siège libre où je m’assis sans aucune grâce. J’allais le déguster quand un elfe inconnu s’arrêta devant moi.

— Passez-vous une bonne soirée, gente damoiselle ? me demanda-t-il avec sollicitude, l’œil brillant d’intérêt.

Son sourire se fana quand il vit mes jolies oreilles arrondies. Je lui adressai alors un rire sardonique.

— C’est étrange, commençai-je. Je m’amusais bien jusqu’à ce qu’un elfe vienne gâcher ma tranquillité. Allez jouer à la sauterelle avec l’une de vos congénères et fichez-moi la paix ! jetai-je méchamment avant de boire d’un trait tout le vin qui se trouvait dans ma coupe.

Je le plantai là, me fichant de savoir si ma répartie l’avait choqué. Après tout, ce n’était pas comme s’il ne m’avait pas manqué de respect ! Une envie sourde de quitter ce maudit bal me saisit, mais je me retins, car ce n’était guère le moment de faire l’enfant mal élevée.

Pour me frayer un chemin entre les elfes, je dus faire attention où je mettais les pieds. Ce genre de soirée me rappela celles que j’avais faites une fois ou deux avec mes parents. Je me souvins d’un réveillon de la nouvelle année que nous avions passé à la salle des fêtes et qui avait été organisée par le village. Il n’y avait eu que des personnes âgées et en guise de musique nous avions eu un accordéoniste chevronné. Non pas que cette soirée y ressemblait, mais… C’est alors que le tempo changea et une musique plus entraînante emplit la pièce faisant pousser à certains elfes des cris de joie. Cela me plaisait beaucoup plus et l’envie de me joindre à eux me saisit sans que je ne souhaite la réprimer. Alors que je me rendais vers la piste, je vis passer non loin de moi une chevelure blonde, puis le profil reconnaissable d’un des elfes de ma vie. Oh ! pensai-je avec plaisir. Voilà qui allait agréablement changer le ton de cette fête morose.

— Haldir ! l’interpellai-je d’une voix forte qui le fit se retourner instantanément.

Il semblait surpris de me voir, puis je me rendis compte qu’il n’était pas seul. À son bras était pendue une elfine aussi brune que magnifique. Elle avait l’air de mauvaise humeur. Malgré tout, je m’avançai nonchalamment vers eux plus curieuse que jamais. Qui pouvait bien être cette elfine qui me regardait de haut comme si ma présence l’indisposait. Arrivée à leur hauteur, elle me toisa et fit un pas en arrière que je ne manquai pas de noter. Je compris qu’à première vue, elle ne m’aimait pas du tout. Pourquoi ? Mystère.

— Alors c’est elle, cette « humaine » dont vous m’avez parlé ? demanda-t-elle à Haldir sans même m’adresser un mot.

Je les contemplai tour à tour, estomaquée par le manque de politesse flagrant de cette femme. Pour qui se prenait-elle ? Je lui trouvai un air de Galadriel dans sa manière de me jauger.

— Oui, c’est bien Cerise, répondit Haldir tout en baissant son regard vers l’elfine avant de me jeter un coup d’œil.

Toutefois, j’attendis que le gardien des bois de la Lothlórien nous présente de manière formelle. Je n’avais aucune envie de parler à cette mégère de bas étage.

— Dame Cerise, commença-t-il un peu mal à l’aise, permettez-moi de vous présenter ma tendre épouse, Gabrielle*.

Je crus avoir mal entendu, j’avais certainement mal compris, cela ne pouvait pas être possible. Haldir, MON bel Haldir ne pouvait pas être marié à une harpie pareille. Gay, à la rigueur, mais marié ?! Et avec cette espèce de furie qui me lançait maintenant un regard furibond. Si ses yeux avaient été des sabres laser, Thranduil aurait pu me ramasser avec une pelle et une balayette.

— Votre épouse ?! répétai-je surprise.

Le pauvre, songeai-je avec compassion. La vie aux côtés de cette fille ne semblait pas des plus faciles.

— Cela vous pose-t-il un problème ? me demanda l’intéressée, toujours aussi furieuse contre moi.

Plissant les yeux, je croisai les bras sur ma poitrine tout en la contemplant atterrée. S’il y avait une chose que je pouvais dire, c’était que Haldir méritait mieux. Avisant ce dernier, je vis qu’il faisait son possible pour garder son calme. Comme je le comprenais. L’attitude de son épouse était inexcusable.

— En fait, commençai-je aussi froide qu’une banquise. Vous me posez effectivement un problème. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi impoli que vous. Alors oui, savoir que cet elfe doit vous supporter, et ce pour l’éternité, cela me consterne terriblement. Il mérite mieux, croyez-moi.

— Comment osez-vous ?! s’étrangla-t-elle, son joli visage virant au rouge écarlate. Je n’avais aucune envie de venir dans cet endroit rempli de sauvages, mais on m’y a forcée ! Si j’avais su qu’en plus de cela, j’allais devoir subir la plus horrible des humaines. Vous êtes aussi laide que médisante, Madame !

— Gabrielle ! tonna la voix de Haldir hors de lui.

Mais l’elfine en question venait de s’enfuir non sans m’avoir jeté un dernier regard haineux. Néanmoins, j’avais eu le temps de voir des larmes perler sur ses joues. Son attitude me rendait perplexe. L’avais-je jugée trop hâtivement ?

— Vous avez été dure avec elle, Cerise, me reprocha Haldir, mais elle non plus n’a pas été tendre avec vous. Vous m’en voyez navré, ma Dame. Je vous prie d’excuser son inadmissible comportement, cependant, sachez qu’elle vit mal la séparation d’avec notre fille.

Si je m’attendais à une telle révélation ! Ainsi donc, Haldir était père. Bien, je pouvais le rayer définitivement de mes fantasmes. Jamais je n’aurais aux hommes mariés, pas même en imagination. Concernant sa femme, je pouvais comprendre en partie sa détresse.

— Elle ne supporte pas cet éloignement, dis-je doucement.

— Eärwen* est née il y a quelques mois seulement, reprit Haldir, mais au lieu de la rendre heureuse, elle s’est totalement fermée. Elle m’évite. Je ne la reconnais plus.

Je fixai l’elfe, étonnée. Il ne semblait pas du genre à se confier aussi facilement, et surtout pas à moi. Je compris qu’il devait être vraiment désespéré lui aussi. Je ne l’enviais pas. J’avais connu ce cas de figure avec un de mes amis. Après la naissance de leur bébé, sa femme avait fait un baby blues. Sauf qu’au lieu d’être très proche de son enfant, elle avait rejeté les deux, le bébé et le père. Cela s’était terminé dans une sorte de centre spécialisé pour mère en détresse.

— Votre femme fait une dépression post-partum, avançai-je prudemment.

— Je vous demande pardon ?

Bien sûr, à quoi m’attendais-je donc ? Il ne devait pas connaître ce terme.

— Votre femme, repris-je tout en essayant de rester patiente avec lui, a ses hormones qui lui jouent des tours. Elle se sent mal et pense à l’heure qu’il est qu’elle a abandonné son bébé. Elle rejette la faute sur son entourage et sur vous. C’est naturel.

Ou pas, mais qu’en savais-je après tout ?

— Comment pouvez-vous savoir une chose pareille, ma Dame ? me demanda-t-il comme s’il lisait dans mes pensées.

Je le fixai, fière, bien trop heureuse de pouvoir étaler ma science.

— J’ai connu un couple d’amis dans ce cas-là, dis-je tout simplement.

— Et cela s’est-il bien terminé pour eux ?

Haldir me regarda avec les yeux remplis d’espoir. J’en eus mal au cœur pour lui. Je ne pouvais pas me moquer de son infortune, mais cette discussion commençait à me mettre mal à l’aise.

— Oui, au bout de plusieurs mois et avec beaucoup de communication, finis-je par lui avouer.

Il se rembrunit.

— Gabrielle ne veut pas me parler, elle se renferme…

Allons donc, m’avait-il pris pour une conseillère conjugale ?

— Secouez-la ! Que sais-je encore ! dis-je agacée qu’il ne saisisse pas de lui-même que je n’étais pas la personne la plus adaptée pour ce genre de conversation.

— Je vous demande pardon, ma Dame ? me demanda-t-il outré que je puisse lui proposer une telle chose.

J’exhalai un long soupir. Ne comprenait-il donc rien ? J’allais devoir le lui expliquer en faisant fi de ma gêne.

— Haldir, je n’ai rien d’une psychologue. Ce que je viens de vous révéler, c’est ce que j’ai connu d’une expérience similaire. Je ne suis pas la plus fiable pour trouver la solution qui résoudra tous vos problèmes. Vous seul savez ce que vous devez faire. Enfin, dites-lui juste que vous êtes là pour elle, d’accord ?

Il s’inclina vers moi, la main sur le cœur.

— Merci infiniment pour tous vos précieux conseils, ma Dame. Si vous me le permettez, je vais rejoindre ma femme à présent.

J’acquiesçai trop heureuse de clore cette discussion.

— Faites ce que vous avez à faire, dis-je en faisant un signe de main à la manière de Thranduil.

Je le regardai filer comme une flèche. Et merde, il était pris lui aussi. Et à ce que je voyais, il avait une sacrée corde autour du cou. Étrangement, cela me fit rire.

Prêtant une nouvelle fois attention à la musique, je me souvins pourquoi je me rendais vers la piste de danse. Un immense sourire éclaira mon visage. Je regrettais presque de ne pas avoir récupéré mon Ipod pour leur faire écouter un autre genre de chanson. Avisant les elfes massés près de la piste, j’en aperçus un qui se détachait du lot. Il était vêtu tout de vert et ses longs cheveux bruns étaient agrémentés de plusieurs tresses. Me dirigeant vers lui, j’attrapai son bras sans quérir son avis et l’entraînai à ma suite. Il me jeta un coup d’œil inquiet avant de se rassurer en voyant où nous allions.

— Bien le bonsoir gent elfe. Je m’appelle Cerise et je serai honorée de danser avec vous, dis-je avec joie tout exécutant une légère courbette.

Il me scruta plus méfiant que jamais. Il venait d’apercevoir mes oreilles et j’anticipais déjà ce qu’il allait dire.

— Mais, vous êtes humaine ?!

— Oui, cela vous pose-t-il un problème ? lui demandai-je en posant les poings sur mes hanches.

Il inclina sa tête d’un côté comme pour réfléchir à la question. Il était très beau, convins-je et, ce serait sans doute très plaisant de l’avoir pour partenaire. C’est alors que la musique changea. Elle était plus rythmée, avec des temps de pause plus longs entre chaque accord, qui me rappelèrent un mélange entre la valse et le tango. J’aimais beaucoup le tempo que j’entendais. Toutefois, ma robe longue allait entraver mes mouvements de jambes. Me baissant, je pris un bout de la précieuse étoffe pour la déchirer. Je dus m’y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à la fendre en deux, jusqu’à la naissance de ma cuisse. Cela devrait suffire. En me relevant, je vis que mon bel elfe me dévisageait médusé.

— Avouons que pour danser, ce sera plus simple, déclarai-je mutine.

— Effectivement, répondit-il en jetant des coups d’œil soucieux aux alentours espérant sans doute que quelqu’un allait pouvoir le sauver de mes griffes.

Il ne semblait pas rassuré du tout.

— Ne vous inquiétez donc pas, dis-je, je ne vais pas vous manger. Je veux juste m’amuser. À ce propos, lui demandai-je sur le ton de la conspiration, savez-vous valser ?

Il secoua la tête, intrigué. Je lui montrai donc ce que j’attendais de lui et un timide sourire de compréhension se peignit sur ses traits.

Nous commençâmes par un début de valse plutôt lent, ce fut plaisant et nous donna l’occasion de converser. J’appris avec surprise qu’il appartenait à la maisonnée de Thranduil. Je ne l’avais jamais vu auparavant, mais lui avait entendu parler de moi. Je ne vis pas qu’au fur et à mesure, notre danse devenait plus complexe, plus sensuelle et que les elfes de la salle s’étaient tous agglutinés autour de la piste pour nous observer. Je rayonnais littéralement, car mon partenaire avait très vite saisi comment accompagner mes mouvements. Nous étions en parfaite concordance. La danse m’avait tant manqué, j’étais dans mon élément et pour la première fois depuis des mois, je me sentis pleinement revivre.


Thranduil


Laurelin, la sœur de ma défunte épouse, m’accaparait depuis plus d’une heure. Nous nous étions rendus à l’extérieur de la salle où se déroulaient les festivités pour plus de tranquillité. Je l’écoutais me parler du voyage qu’elle avait commencé et qui la conduirait jusqu’aux Havres Gris avant de faire voile vers l’Ouest en direction d’Aman, les Terres Immortelles. Elle était aussi enthousiaste qu’une enfant à l’idée de découvrir l’île qui abriterait les nôtres pour l’éternité. Un jour ou l’autre, chaque elfe de la Terre du Milieu sentait monter en lui l’inévitable appel de la mer. Une envie aussi forte et viscérale que le besoin de respirer. Cela faisait quelques décennies que je l’avais ressenti pour la première fois, cependant mon devoir de Souverain ne me permettait pas de me préoccuper de mes désirs ; et celui-ci plus que les autres. Nous regagnâmes ensuite la pièce bondée après qu’elle se soit excusée de l’attitude inacceptable de son fils. Depuis la mort de son père, Aldahir était devenu agressif et elle ne savait plus comment le contenir. Elle espérait que Valinor lui serait bénéfique. Je le gardais pour moi, mais à mon avis aucune île, même immortelle, ne pourrait venir à bout de la stupidité de son seul et unique rejeton.

J’allais prendre congé d’elle pour chercher Cerise et la ramener dans mes quartiers quand nos regards furent attirés vers la foule qui s’était attroupée devant la piste de danse. Intrigués, nous nous y rendîmes, les elfes m’apercevant nous laissèrent passer et ce que je vis me stupéfia.

— Par les Valar ! s’écria Laurelin en posant une main sur sa bouche.

Je ne pouvais que comprendre son exclamation. Mon souffle se bloqua dans ma cage thoracique quand je vis les deux danseurs évoluer ensemble. Ils ne semblaient faire qu’un, seule la musique les guidait et cette danse était empreinte d’une telle sensualité qu’il était difficile de se dire qu’ils n’étaient pas amants. Mais il ne l’était pas, compris-je en reconnaissant celle que j’avais faite mienne quelques heures plus tôt. Fait tout à fait prodigieux, elle brillait telle une étoile auréolée par la lune. Son partenaire n’avait d’yeux que pour elle et il l’accompagnait dans chacun de ses pas. Cerise exultait et cela me perturba tout autant que cette étrange émotion qui me donnait envie de me ruer sur eux pour les séparer. Je compris qu’ils continueraient ainsi tant que les musiciens n’auraient pas cessé de jouer. Leur jetant un regard, je voulus lever la main pour leur dire d’arrêter, mais j’en fus empêché par Laurelin.

— S’il vous plaît Thranduil, laissons-les poursuivre encore un peu. Ils sont tellement beaux, soupira-t-elle en posant une de ses mains sur son cœur.

Je poussai un grognement en la voyant faire. Je pris sur moi encore un moment, mais n’y tins plus quand Cerise s’accrocha à lui avec ses jambes tandis qu’il se courbait en lui tenant le dos. Je crus qu’il allait l’embrasser. Ne pouvant attendre plus longtemps, je me dirigeai vers l’orchestre et leur ordonnai de jouer un air plus doux. Revenant vers le centre de mes préoccupations, je vis le couple faire une dernière pirouette avant de s’arrêter. L’elfe, l’un des seigneurs de ma propre maisonnée, se pencha vers Cerise qui était tout essoufflée. Il n’y avait bien que les humains pour être de constitution aussi fragile. Je le vis lui dire quelque chose avant qu’il ne se sépare enfin d’elle. J’avais pu voir l’émerveillement dans son regard, ce qui ne me plut guère.

.

.

— Cette petite humaine est…

— Impossible, terminai-je à la place de ma belle-sœur qui ne l’avait pas quittée des yeux, elle non plus.

D’ailleurs, aucun elfe présent dans la pièce n’avait voulu manquer ce spectacle enchanteur. À la vérité, Cerise avait été fabuleuse. Ce que je ne comprenais pas, c’était pourquoi je me sentais prêt à partir en guerre contre l’un de mes sujets.

— J’allais dire incroyable, Thranduil, me reprit Laurelin. Cette enfant a une façon de danser tout à fait fascinante, très elfique. Êtes-vous certain qu’elle n’a pas du sang commun avec ceux de notre peuple ?

— Plaît-il ? soufflai-je, déstabilisé par les propos que me tenait ma belle-sœur. Cerise est humaine, je peux vous l’assurer. À ce propos, elle chante fort mal, ce qui prouve bien qu’elle ne peut être des nôtres.

Au même moment, je vis la jeune femme s’avancer vers nous. Son visage resplendissait de bonheur. Elle n’était sans doute pas une elfine, mais à la voir, il était vrai qu’il y avait de quoi douter. Tandis qu’elle arrivait à notre hauteur, la foule se mit à applaudir avec force.

— Elle chante peut-être mal, mais je suis sûre qu’elle danse presque aussi bien que Nessa la Valië*.

— Il ne faut quand même pas exa… voulus-je objecter, mais je fus coupé dans mon élan par Laurelin qui venait de prendre les mains de Cerise dans un enthousiasme non feint.

— Vous avez été renversante ! s’exclama-t-elle une nouvelle fois, avant de la lâcher pour applaudir de joie.

Je faillis glousser quand je vis la perplexité se peindre sur les traits de ma petite humaine qui m’observa comme si j’allais contester les propos de ma belle-sœur.

— Vous me dites la vérité ? demanda Cerise à Laurelin qui ne put s’empêcher d’acquiescer vigoureusement.

— Votre façon de danser ne dépareillerait pas des elfines de notre communauté, révéla la sœur d’Elenna.

— Vous avez été fabuleuse, surenchérit Sieren, l’elfe qui avait dansé avec elle et qui lui tendait un rafraîchissement qu’elle accepta avec plaisir.

J’aurais dû y songer le premier, pensai-je avec humeur.

— Pourtant, répondit Cerise avec amusement, vous ne sembliez pas très rassuré au début.

— Il est vrai que vous m’avez surpris, répondit Sieren dans un rire de gorge. Mais vous avez la musique dans le corps et ce fut un honneur que de partager ces quelques instants avec vous.

— Toutefois, elle chante faux, ne pus-je m’empêcher de répéter.

Cerise me regarda, l’air incrédule.

— Ce que vous venez de dire là n’est pas très gentil, dit-elle en plissant les yeux.

— Ce n’est pourtant que la vérité, lui dis-je avec froideur avant de me pencher sur elle. Vous devriez dire au revoir à vos admirateurs, il est grand temps pour vous d’aller dormir.

Elle me lança un coup d’œil assassin avant de soupirer lourdement. Je fus rassuré de constater qu’elle ne me contredirait pas.

— Très bien, dit-elle avant d’aller saluer les elfes qui l’avaient admirée lors de sa prestation.

Lorsqu’elle eut fini, je la traînai presque de force jusqu’à la sortie. Je savais que je me conduisais de façon inappropriée avec elle, mais elle avait le don de faire ressortir ce qu’il y avait de moins bon en moi.

— Restez ici, lui intimai-je doucement. J’ai encore un discours à prononcer et ensuite nous regagnerons mes appartements.

— Mais pourquoi n’ai-je pas le droit de rester avec les autres ? s’écria-t-elle.

Comment lui avouer que je voulais la garder pour moi seul ?

— Faites ce que je vous dis, Cerise ! la grondai-je entre mes dents.

J’appuyai mon ordre d’un regard dur qui la fit tressaillir. Ce n’était guère le moment de nous donner en spectacle. Cerise finit par battre en retraite non sans me lancer un coup d’œil plein d’insolence. Nous réglerions ce problème en privé. Pour l’heure, mon devoir de Souverain m’appelait une nouvelle fois.

.

.

C’est d’un pas rigide que je retournai dans la salle de réception, sous les coups d’œil curieux de l’assemblée qui n’avait rien manqué de la sortie de Cerise. Beaucoup devaient se demander pourquoi le Roi agissait ainsi avec une simple humaine. Moi-même, je peinais encore à le comprendre. Étais-je en train de perdre le contrôle ? Je ne l’espérais pas.

Lorsque je fus parvenu au centre de la pièce, je vis arriver vers moi Celeborn et son épouse, Galadriel ainsi que deux de mes conseillers. En retrait se trouvait mon capitaine de la garde accompagné de son bras droit. Bien, il était l’heure d’annoncer de manière formelle les changements concernant notre Royaume, et qui allaient bientôt survenir. Je fis signe au Héraut de me rejoindre. Ce dernier réclama l’attention de tous tandis qu’il déclamait d’une voix claire et vibrante les derniers évènements survenu à Dol Guldur. Nos faits d’armes et la délivrance qui s’en suivit furent acclamés unanimement. Au même instant, je vis Galadriel se pencher vers son mari pour lui parler. Je fronçai les sourcils quand je le vis chercher quelqu’un des yeux. Je compris qu’ils se demandaient où ma petite humaine était passée. Ils n’avaient sans doute pas été témoins de la manière dont je l’avais fait sortir du bal. Revenant au Héraut, ce dernier expliqua comment la Dame de Lórien avait pu anéantir à jamais le mal qui régnait encore sur nos terres jusqu’à peu. Quand il eut fini, il me tendit un long parchemin dont j’étais au fait pour en avoir rédigé une partie avec les Seigneurs de la Lothlórien.

— Bien, déclarai-je avec force. À présent que vous connaissez tous la manière dont s’est déroulée cette ultime bataille, j’ai l’incommensurable joie de vous confirmer ce que votre cœur chante depuis quelques heures : Vertbois est enfin libre !

De longs applaudissements suivirent. J’attendis quelques instants avant de pouvoir reprendre, dans un silence approximatif.

— Les elfes des bois sont enfin libres, répétai-je avec force, de pouvoir revoir leurs arbres, leurs fleurs et leurs plantes pousser en toute quiétude. Nos innombrables célébrations ne seront plus ponctuées par la peur d’être surpris par quelques monstres tapis dans l’ombre.

Je vis quelques ellir porter leur main à leur cœur, des larmes de joie dévalant leur visage éclairé par la lumière d’un avenir plus heureux. Mon cœur en chanta d’allégresse même si je regrettais les terribles pertes que nous avions subies au cours de ces derniers millénaires.

— Mirkwood n’a plus de raison d’exister en tant que telle, continuai-je. C’est pourquoi avec le seigneur Celeborn, nous avons convenu de lui donner le nom d’Eryn Lasgalen, les bois de Vertes Feuilles.

Chacun acquiesça de bonheur. Voir mon peuple aussi heureux me rasséréna et une partie de la noirceur qui m’étreignait depuis tant d’années s’envola de mon âme. L’avenir s’annonçait radieux. J’aperçus à la dérobée ma petite Cerise qui était restée derrière la porte. Elle m’observait et son visage était légèrement crispé. Je me demandais bien à quoi elle pouvait songer. Elle ne le savait sans doute pas, mais elle venait d’assister à l’un des plus grands moments de la vie de notre Royaume. Je terminai mon discours en expliquant la nouvelle répartition de la forêt et ce dont nous avions décidé avec le seigneur Celeborn. Toutefois, je ne fus libre qu’après avoir répondu aux dernières questions des gens de ma maisonnée. Je trouvai Cerise dans le couloir en grande conversation avec ma belle-sœur. Intrigué, je m’avançai vers elles, curieux de connaître le sujet de leur discussion.

— Vous me le promettez mon enfant, dit Laurelin en prenant la main de Cerise dans les siennes.

— Si Sa Majesté Thranduil me le permet, ce serait avec grand plaisir, ma Dame, répondit Cerise.

Je les contemplai tour à tour, tentant de deviner de quoi il s’agissait.

— Si vous me l’autorisez, reprit Cerise tout en me dévisageant, je vais vous laisser. Je suis exténuée, car la journée fut longue et je n’ai qu’une envie, c’est d’aller dormir. Après tout, je ne suis qu’une simple humaine.

J’avais bien saisi la petite pique derrière sa dernière affirmation, mais je n’en pris pas ombrage. D’un signe de tête, je lui signifiai qu’elle pouvait partir, puis je revins à la sœur d’Elenna.

— Que devrais-je permettre à cette petite humaine ? demandai-je à Laurelin, une fois que nous fûmes seuls.

— Rien de particulier, répondit-elle en me souriant doucement. Je suis juste très intriguée par votre invitée. Comme je vous l’ai dit, sa manière de danser n’est pas commune et me rappelle certaines légendes.

Je secouai la tête en riant amèrement.

— Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi. Cerise est humaine et rien d’autre ! grognai-je excédé.

— Si vous le dîtes, cher Thranduil.

Elle me fit la révérence et partit en direction des quartiers réservés aux membres de la famille de la défunte Reine. Laurelin avait gardé cette jovialité et cette spontanéité que j’avais adulée chez Elenna. Elle avait toujours été pour moi un rappel constant de celle que j’avais perdue. De fait, et à cause de cela, je l’invitais rarement ici. Laurelin vivait avec les elfes des bois de la Lothlórien depuis qu’elle avait épousé l’un des Galadhrim de ce Royaume. Les deux sœurs se ressemblaient beaucoup, et je fus étonné de me rendre compte que pour la première fois depuis des siècles, la voir ne m’avait pas ébranlé plus que cela.


Cerise


J’eus le temps de faire ma toilette avant de me mettre en chemise de nuit pour finir par m’asseoir sur mon lit. Je me mis à cogiter sur ce qu’il venait de se passer ce soir. J’avais cru que j’allais m’ennuyer lors de ce bal et c’était l’inverse qui était arrivé. J’avais adoré pouvoir danser. Cela faisait tellement longtemps. Je ne savais certes pas chanter comme l’avait justement rappelé Thranduil, mais apparemment tous avaient convenu que j’étais aussi gracieuse qu’une elfine. Repenser aux compliments que j’avais reçus ce soir me fit rosir de plaisir. J’en oubliai presque la manière dont Thranduil s’était comporté avec moi par la suite.

J’étirai mes orteils tout en guettant les bruits provenant de derrière la porte. Thranduil n’était pas encore revenu et j’étais aussi anxieuse que surexcitée à l’idée de me retrouver seule une nouvelle fois avec lui. Avisant mes ongles de doigts de pieds, je poussai un petit gémissement. Que n’aurais-je pas donné pour avoir du vernis à ongle ! J’étais loin d’être frivole, mais j’aimais bien prendre soin de moi de temps à autre.

Il me semblait avoir quitté Thranduil et son invitée depuis des heures. Exhalant un long soupir d’impatience, j’envisageai un instant de m’allonger pour dormir même si je n’avais pas sommeil. L’attendre était une torture.

La porte s’ouvrit enfin sur l’objet de mes pensées, accélérant mes battements cardiaques. Il s’avança lentement vers moi.

— Que faites-vous ? me demanda-t-il comme si cela ne se voyait pas.

Je soufflai sur une mèche de cheveux qui me tombait devant les yeux pour me donner une certaine contenance.

— À votre avis ? dis-je en marmonnant presque ce qui eut pour effet de le faire hausser un de ses sourcils blonds à l’arc parfait.

— Vous m’attendiez, bien évidemment, répondit-il avec une pointe d’insolence dans la voix.

Je faillis m’étouffer devant tant de suffisance. Il savait parfaitement l’effet qu’il avait sur moi. En temps normal, je lui aurais rétorqué quelque chose de bien senti, mais ce soir je n’avais aucune envie de me battre avec lui. Mes sentiments à son égard étaient bien trop confus.

— Sans doute, en convins-je, me levant pour récupérer la carafe de vin ainsi qu’un verre qui se trouvait sur la desserte près du lit.

Thranduil m’observa faire, intrigué. Une fois que je me fus servie, j’avalai cul sec. J’allai me resservir cependant il fut plus rapide que moi. Il m’attrapa le bras et récupéra la carafe. Ses gestes étaient rudes, son humeur avait changé.

— Puis-je savoir à quel jeu vous jouez ? tonna-t-il, le visage déformé par la colère.

— Je me détends, dis-je en relevant le menton vers lui avec une assurance feinte qui ne trompait personne, surtout pas lui.

— Vous ne vous détendez pas, cracha-t-il, vous essayez de vous enivrer ! Pourquoi cela ?

Il resserra fortement sa prise sur mon poignet.

Il ne comprendrait pas si je lui en donnais la raison. Je voulais oublier ces émotions qu’il faisait naître en moi. Je ne savais pas comment les gérer et cela me faisait peur. Le savoir si proche de moi me fit frémir et mon ventre se contracta douloureusement à l’idée de ce qui pourrait arriver d’ici peu. Je le voulais, mais je n’étais pas certaine de pouvoir contrôler ce flux d’émotions vives. Tout était si confus dans ma tête. L’alcool agissait déjà, compris-je. Passant ma langue sur mes lèvres engourdies, je hissai mon visage jusqu’au sien et l’embrassai. Surpris, il me relâcha instantanément et j’en profitai pour passer mes bras autour de lui. Je sentis qu’il essayait de se dégager, mais je resserrai mon étreinte autour de son corps

— Cerise… murmura-t-il entre deux baisers.

— Heum…

Je n’avais pas envie d’arrêter et je ne voulais surtout pas qu’il reprenne le contrôle. Quand il s’abandonna enfin, ce fut moi qui relâchai notre étreinte et m’éloignai de lui. Thranduil me contempla, les yeux plissés, un souffle saccadé s’échappant de ses lèvres gonflées. Pour le rassurer sur mes intentions, je lui envoyai un sourire aguicheur avant de m’éloigner vers sa propre chambre. J’avais le cœur qui battait la chamade. Je ne savais pas exactement ce que j’étais en train de faire, mais je n’avais plus le temps d’analyser la logique de mes actes. Tout ce que je savais, c’était que je voulais revivre une nouvelle fois ce qu’il s’était passé ce matin avec lui.

Ma première fois m’avait laissé un goût mitigé. Je n’avais pas mesuré la force de mon anxiété et cela m’avait empêché de me laisser aller à vivre ce moment important de ma vie de femme. La vérité était que je désirais Thranduil comme je n’avais jamais désiré personne auparavant. Ce qui me perturbait plus encore, c’était que ces émotions risquaient de déborder bien au-delà des limites de la simple attirance physique. Secouant la tête pour chasser ces troublantes pensées, je me débarrassai du seul vêtement qui recouvrait encore ma nudité et m’allongeai sur son lit, puis j’attendis qu’il vienne à moi. Je me délectai déjà de la tête qu’il ferait en me voyant ainsi abandonnée, les jambes légèrement écartées.

L’attente ne fut pas longue et j’eus juste le temps de me passer la langue sur les lèvres qu’il franchissait déjà le seuil de la porte. Quand son regard tomba sur moi entièrement nue et offerte sur sa couche, je le vis écarquiller légèrement les yeux de surprise.

— Cerise ?! souffla-t-il, confus tout en me détaillant d’un regard appréciateur.

— Thranduil, murmurai-je doucement d’une voix que je voulais séductrice et qui cachait surtout l’appréhension qui me gagnait.

Je vis mon elfe tourner autour de moi tout en me dévisageant avec intensité avant de s’arrêter brusquement. Devant mon regard brûlant, il commença à retirer ses vêtements avec lenteur et je sentis mon entrejambe s’humidifier à la vue de son corps dénudé. Il continua son manège, un sourire sensuel étirant ses lèvres pleines.

— Vous me donnez le tournis, Thranduil, dis-je.

Je fus troublée de constater que ma voix tremblait.

— Je suis étonné, gloussa-t-il, vous ne vous cachez pas ?

Je me mordis une nouvelle fois les lèvres avant de secouer la tête pour répondre à sa question. Non, je n’avais pas envie de louper une miette de ce qu’il avait à me montrer. Bien au contraire, j’admirai avec gourmandise tout ce qu’il me dévoilait. Il était absolument magnifique, selon mes critères. Pas un gramme de graisse en trop, des pectoraux parfaitement bien dessinés et musclés, un ventre plat, présentant de jolis abdominaux. Il entretenait sa forme, c’était une évidence. Il respirait la virilité à plein nez et en cet instant, je ne désirais qu’une chose : le prendre en moi.

Tandis que je déglutissais sous la tension sexuelle qui commençait à s’accumuler redoutablement dans le creux de mon ventre, je le vis esquisser un sourire de défi. Je compris quand ses yeux descendirent vers son propre corps qu’il voulait que je l’admire entièrement. Il se demandait très certainement si je n’allais pas me mettre à rougir en le regardant à cet endroit. Je me relevai lentement en observant avec intérêt le centre névralgique de sa personne. Ma bouche s’assécha en contemplant ce sexe fièrement dressé et où une goutte de désir perlait déjà. Je n’avais jamais vu de véritable pénis en érection avant lui et je dus m’avouer que cet aspect-là des hommes me laissait pour le moins perplexe et curieuse.

Oubliant un instant mon personnage de séductrice, j’avançai à quatre pattes sur le lit jusqu’à me retrouver nez à nez avec LUI. Nous nous fixâmes un instant – si tant est qu’un organe masculin puisse me fixer.

Bonjour, Monsieur, le beau pénis de Thranduil, dis-je mentalement. Enchantée de faire enfin votre connaissance en bonne et due forme et oui, croyez-moi, vous l’êtes. En forme, j’entends. Oui bon, nous nous sommes déjà rencontrés brièvement ce matin, mais vous étiez si pressé que vous ne m’avez même pas saluée avec les politesses d’usage. Pour la peine, je ne sais pas si je dois vous serrer la main ou pas. Cela dit vous m’intriguez beaucoup.

Toute à mon monologue intérieur, je n’entendis pas Thranduil grogner quand je me risquai enfin à caresser son sexe sur toute sa longueur. Que c’était doux ! Je n’avais jamais touché quelque chose d’aussi soyeux de toute ma vie. Arrivée au niveau du gland, je fus sans pitié et cueillis de mon doigt la petite goutte qui attendait mon bon vouloir. Je trouvai cette partie de son sexe plutôt amusante. C’était rouge, presque violacé, comme si le fait d’être aussi tendu et gonflé lui faisait mal. J’eus alors envie de prendre cette hampe à pleine main et c’est avec un mélange de désir et de curiosité que je me mis à faire coulisser la peau du haut vers le bas, imprimant ainsi un mouvement de va-et-vient.

Au bout de quelques instants, je sentis quelque chose me toucher l’épaule.

— Cerise, entendis-je alors.

Fronçant les sourcils, je me rappelai enfin qu’il y avait un elfe, au bout de mon nouvel ami… car oui, assurément lui et moi étions devenus amis. Il semblait prendre grand plaisir à mes attentions tout comme je prenais plaisir à le câliner. Je n’appréciais pas d’être dérangée comme cela lors de nos échanges, cependant son maître ne semblait pas d’accord avec nos envies. Prise d’une envie totalement irréfléchie, je lui donnai un petit coup de langue sur le dessus. C’était très salé. Je recommençai avant d’entendre un gémissement, puis une main m’agrippa férocement les cheveux.

— Cerise !

Je grondai de frustration quand mon elfe nous arracha l’un à l’autre.

— Cerise, répéta-t-il une nouvelle fois. Vous allez trop loin, continua-t-il tout en tentant de reprendre le contrôle de la situation.

— Vraiment, Thranduil, vous nous dérangez, là, marmonnai-je à mon tour, déçue de voir mon copain s’éloigner de moi.

— Parce que je vous dérange ? demanda-t-il, consterné.

— Tout à fait, oui, lui confirmai-je. Votre sexe et moi-même étions en pleine conversation privée et vous ramenez vos grands sabots…

Je vis Thranduil s’asseoir pour me regarder ; il se demandait très certainement si je n’étais pas devenue folle. Toutefois, il secoua doucement la tête en riant.

— Vous êtes l’humaine la plus imprévisible et étonnante qui m’ait été donné de rencontrer, Cerise.

Ses lèvres fondirent sur moi avant que je puisse faire le moindre geste. Il m’embrassa à en perdre haleine, nos langues se caressant furieusement. C’était bon et je pouvais sentir mon nouvel ami se frotter délicieusement contre l’une de mes cuisses ; un éclair fulgurant de désir traversa mon propre sexe qui s’humidifia encore plus qu’il ne l’était déjà. Lui aussi voulait mieux le connaître. Ce matin, ils étaient partis du mauvais pied, tous les deux.

Je me mis à gémir contre les lèvres de Thranduil et, à l’instant où j’allais dire quelque chose, il quitta ma bouche. Je le sentis égrainer une série de baisers humides contre mon cou. Puis il effleura de sa langue un de mes mamelons et une chaleur sourde traversa mon ventre. Cependant, il ne s’arrêta pas là et descendit plus bas… puis plus bas encore. Quand je compris ce qu’il allait faire, je fus tiraillée entre l’envie de resserrer fortement mes cuisses et celle de prendre mes jambes à mon cou.

— Laissez-moi faire Cerise, vous allez aimer cela, je vous le promets.

Je n’avais aucun doute là-dessus et je remerciai le ciel d’avoir pensé à prendre une douche avant. Le contraire aurait été embarrassant, pensai-je avant de sentir quelque chose d’humide et de chaud contre mon clitoris. J’ouvris grand les yeux quand je réalisai qu’il était en train de me lécher « là ». Le plaisir était tellement fort, tellement incontrôlable, que je me mis à me tortiller dans tous les sens. J’entendais à peine mes geignements de pure extase. Il allait, allait… Mais avant tout, je voulais le voir à l’œuvre, et la vision de cet elfe entre mes cuisses qui me goûtait comme si j’étais le plus fin des nectars eut raison de moi. Quand son regard accrocha le mien, je sus que j’allais perdre pied. L’orgasme fut dévastateur, aussi puissant qu’un raz-de-marée qui m’aurait emportée au-delà des confins de la réalité.

Je réalisai à peine que sa bouche avait quitté mon sexe et qu’il s’allongeait sur moi. J’eus vaguement conscience qu’il se positionnait au-dessus de moi. Quand il poussa sa virilité à l’intérieur de mon intimité, je fus prise d’un nouvel élan de désir. Les premiers coups de reins furent un peu douloureux, mais bien vite la gêne et la brûlure s’estompèrent, remplacées par le plaisir. J’eus vaguement conscience que ma tête roulait de droite à gauche sur l’oreiller. Mes yeux étaient fermés et j’entendis de très loin, à travers le déferlement de sensations qui me dévastait, l’ordre de Thranduil.

— Cerise, ouvrez les yeux, regardez-moi, je veux vous voir !

Je fis ce qu’il me demandait et je me perdis dans ce regard si intense, qui semblait exprimer du désir et de la souffrance en même temps.

— Thranduil, gémis-je, tandis que je sentais une boule de feu monter en moi, de plus en plus impérieuse, de plus en plus aigüe.

Ses coups de reins se firent de plus en plus durs et rapides. Il ne me quittait pas des yeux. Inconsciemment, j’agrippai ses biceps bandés sous l’effort. J’allai jouir à nouveau et c’est sous une ultime poussée que je connus un deuxième orgasme, presque aussi bon que le premier. Je pouvais sentir les parois internes de mon vagin se contracter autour du sexe de Thranduil qui continuait à aller et venir en moi de manière de plus en plus saccadée. Puis je le vis se crisper à son tour, sa bouche se referma, ravalant le grognement guttural qu’il était en train de pousser.

Nous restâmes enlacés ainsi quelques instants, chacun tentant de reprendre son souffle. Je savais que j’avais les yeux écarquillés. Et pour cause, cette deuxième fois n’avait rien eu à voir avec ce matin. J’avais eu du plaisir, beaucoup même. Je poussai un hoquet de surprise quand il se retira, laissant un grand vide en moi. Toujours sans un mot, Thranduil se rallongea à mes côtés, mais sans me prendre dans ses bras. J’eus un moment de déception, puis je me convainquis que ce n’était pas bien grave. Au lieu de faire comme lui, je me redressai pour m’asseoir confortablement. Je l’entendis soupirer doucement avant qu’il ne se lève du lit. Il alla récupérer la carafe et se servit une coupe de vin. Il m’en proposa une que je déclinai. J’avais assez bu pour ce soir. Il avala une gorgée avant de la reposer et de revenir à mes côtés. Son visage s’était considérablement assombri. Quelque chose semblait le préoccuper.

— L’avenir des miens est en train de se dessiner, commença-t-il tout en me dévisageant. Le Royaume d’Eryn Lasgalen va connaître plusieurs décennies de paix, mais le temps des elfes en ce monde touche à sa fin.

Il me prit une mèche de cheveux qu’il porta à ses lèvres avant de la lâcher. Je ne savais quoi lui répondre, je n’étais pas certaine que ses paroles me concernent. Ses yeux croisèrent les miens avant qu’il ne se relève une nouvelle fois. Il se dirigea vers un valet où il attrapa une robe de chambre rouge carmin faite du plus beau des tissus pour s’en couvrir. Après l’avoir lacée sur le devant, il récupéra son verre qu’il porta à ses lèvres. C’était la première fois que je le voyais aussi peu loquace. Il semblait réfléchir à quelque chose, et quand il reprit, son ton était bas, sa voix rauque.

— D’ici une année, si tout se passe comme nous l’avons prévu, je quitterai définitivement ce Royaume pour les Havre Gris. Une partie des miens me suivra dans ce dernier voyage en Terre du Milieu.

Ma poitrine se serra en comprenant ce qu’il était en train de me signifier. Je le vis revenir vers moi et s’asseoir sur le rebord du lit. Il ne m’avait pas quittée des yeux, ses lèvres ne formant plus qu’un pli. Je déglutis péniblement. Allait-il se débarrasser de moi maintenant qu’il avait eu ce qu’il voulait ? Je ne pouvais y croire et pourtant… Quelle serait ma place dans tout cela ?

— Cerise, vous serez libre d’aller où bon vous semble. Si jamais vous décidiez de partir pour Dale ou même en Ithilien, ce que je ne saurais que trop vous recommander, et si tel était votre choix bien sûr, je pourrais vous proposer un de mes gardes pour vous conduire.

Nous y étions, compris-je le cœur déchiré par ce que j’entendais. Il ne voulait plus de moi. Après tout, qu’allait-il s’embarrasser d’une vulgaire petite humaine ?

— Je ne suis plus assez bien pour vous ? demandai-je d’une voix tremblante.

— Je vous demande pardon ?

— Vous avez eu ce que vous désiriez alors vous me fichez à la porte de votre Royaume ?

Il se releva tout en se pinçant l’arête du nez avant de soupirer.

— Ce n’est pas cela, Cerise. Je ne vous chasse en aucun cas d’Eryn Lasgalen, simplement, nous allons bientôt quitter cette terre, et ce, pour toujours.

Il me sonda un instant. Je ne savais que dire, j’avais peur de comprendre.

— Ce ne sera pas un voyage d’agrément. Nous nous en allons, Cerise. Nous ne reviendrons jamais ici, répéta-t-il cependant.

— J’avais compris, marmonnai-je au bord des larmes.

Comme dans un brouillard, je me levai de la couche royale pour récupérer ma chemise de nuit que j’avais laissé tomber un peu plus tôt. Je me mis frénétiquement à la chercher par terre, un drap appuyé contre mon torse.

— Mais où est-elle, bon sang de bois ?! grommelai-je.

J’étais nerveuse et je me sentais tellement démunie. C’était idiot. Je ne devrais pas éprouver ce sentiment de rejet. Après tout, ce n’était pas comme si nous nous étions promis un amour éternel. Il n’était même pas question de cela entre nous.

— Que faites-vous ? me demanda-t-il suspicieux.

Je relevai la tête avec toute la dignité dont j’étais capable.

— Cela ne se voit pas ? Je cherche mon vêtement !

À force de tâtonner, je finis par mettre la main dessus et je passai la chemise sur ma tête avec urgence. Une fois décente, je me levai pour prendre congé de lui, mais il me retint par le bras.

— Vous êtes l’humaine la plus exaspérante qu’il m’ait été donné de rencontrer, Cerise, persifla-t-il à mon oreille avant de m’enlacer.

— Mais que ? m’exclamai-je.

— Vous n’écoutez vraiment rien de ce que je vous dis, n’est-ce pas ? Vous agissez comme une enfant.

— Ce n’est pas vrai, Roi… Thranduil, me repris-je avec hargne. Vous venez de me sauter comme une vulgaire putain et maintenant que vous avez obtenu de moi ce que vous désiriez, vous me jetez comme…

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase que je sentis ma tête voler sur le côté.

— Vous m’avez giflée ! m’écriai-je, ahurie par son geste.

Thranduil écumait de rage.

— Je vous interdis de vous rabaisser comme cela, rugit-il contre moi. Vous n’êtes pas une prostituée. Je ne couche pas avec ce genre de femmes ! Je n’ai d’ailleurs couché avec aucune autre femme depuis ma défunte épouse !

Je le scrutai, le visage moqueur. Il mentait, je savais que Maeiell avait été sa maîtresse avant qu’il ne la remplace par moi.

— Vous avez un culot monstre de me dire cela ! Vous avez été avec Maeiell avant moi !

Il cligna plusieurs fois des yeux avant de s’esclaffer.

— Par tous les Valar, et qu’ils m’en soient tous témoins, je ne l’ai jamais touchée comme je le fais avec vous.

Cette fois, ce fut moi qui le contemplai bêtement.

— Êtes-vous en train de me dire que vous n’avez jamais couché avec elle ? Mais, pourquoi ?

— Les raisons ne vous concernent pas, sachez juste que les elfes ne perçoivent pas l’acte de chair comme vous autres, les humains.

Il détourna le regard un instant comme s’il était gêné. Ses joues avaient pris une jolie teinte rosée. Loin de me soulager, ses révélations m’attristèrent encore plus. Nous étions si différents lui et moi. J’allais partir pour de bon quand il me saisit par la taille avant de me retourner vers lui.

— Vous n’êtes qu’une idiote, Cerise. Ne tirez jamais de conclusion hâtive sur ce que vous ne connaissez pas. Et pour en revenir à la discussion qui nous préoccupe, je n’ai jamais dit que je voulais me débarrasser de vous !

— Que voulez-vous dire alors ? le questionnai-je vaincue.

— Cerise, écoutez-moi bien, si Dale, le Gondor ou tout autre endroit ne vous plaît pas, j’allais vous proposer de m’accompagner jusqu’au port des Havres Gris. Quand les miens et moi-même aurons pris la mer, vous pourrez vous rendre en Imladris le temps de décider ce qui est le mieux pour vous. Qu’en dites-vous ? Resterez-vous encore un peu avec moi le temps de cet ultime voyage en Terre du Milieu ?


Tamril


Je fus réveillé par un terrible vacarme. Sortant précipitamment de mon lit, je me rendis vers l’endroit d’où provenait le bruit. Atterré, je découvris Maeiell dans la cuisine royale en train de tout casser en poussant des cris de rage. Son visage transformé par la haine ruisselait de larmes. Ses propos étaient incohérents. Avisant autour de moi, je soupirai en comprenant qu’il n’y avait personne d’autre que moi pour l’arrêter. Nous étions seuls… pour le moment, mais vu le raffut qu’elle faisait, je ne doutais pas qu’une partie des gens vivant non loin n’allait pas tarder à arriver.

Soufflant un bon coup, je me jetai sur elle et je la pris dans mes bras pour l’empêcher de continuer à tout saccager.

— Calme-toi Maeiell ! lui ordonnai-je durement. Ce n’est pas l’attitude d’une noble elfine !

— Je m’en moque ! hurla-t-elle. Je l’aime, comment peut-il me faire une chose pareille après tout ce que j’ai sacrifié pour lui ?!

Elle tenta de se débattre vainement, mais j’étais bien plus fort qu’elle.

— Il suffit ! Je ne sais pas de quoi tu parles.

Je resserrai mon étreinte et attendis qu’elle se calme. Cela prit un bout de temps avant que je ne sente son corps enfin se détendre contre le mien. Elle sanglotait toujours, je pouvais sentir sa douleur et sa détresse.

— Cette maudite humaine, comment a-t-elle pu le corrompre ainsi ?!

Je ne savais pas si elle me le demandait à moi, mais mon cœur manqua un battement quand elle fit allusion à ma douce Cerise. Qu’avait-elle encore fait à notre Roi ?

— Que veux-tu dire ? lui demandai-je doucement, le cœur au bord des lèvres.

Elle se dégagea de moi pour me faire face.

— Ce soir, j’ai voulu rendre visite au Roi après la fin de la réception et je suis entrée dans ses appartements sans faire de bruit. Je sais que l’autre idiote dort dans la pièce principale.

— Et ? ne pus-je m’empêcher de la questionner. Qu’as-tu vu alors ?

— Ils… bégaya-t-elle, son visage virant au rouge carmin, ses yeux s’assombrissant dangereusement. Ils faisaient l’amour, Tamril ! Comme seul un véritable couple pourrait le faire ! Mais notre Roi est marié et…

Elle ne put finir, car je venais de mettre ma main sur sa bouche pour l’empêcher de continuer. Dire que je n’étais pas choqué et que je n’avais pas moi-même envie de tout casser actuellement serait faux, mais… Je venais d’entendre des pas, et sa révélation était assez grave pour que personne d’autre ne le découvre aussi.

— Maeiell, chuchotai-je, ce que tu affirmes là est terriblement compromettant, si c’est la vérité. Tu le sais. Je sais que tu n’aimes pas cette humaine, mais je me dois de te rappeler tes devoirs envers notre Souverain. Me comprends-tu ?

Rien ne devait sortir de cette cuisine.

Elle acquiesça et je la relâchai aussitôt. Au même instant, apparut sur le pas de la porte Linwë suivi d’Annaël – il ne manquait plus que lui. L’elfine alla se réfugier dans ses bras et ce dernier me jeta un regard mauvais. Secouant la tête, je les laissai partir avant d’aviser Linwë qui était proche de la crise de nerfs également, mais non pour les mêmes raisons.

— Je suis désolé, Mellon nìn, dis-je avant de l’aider à tout remettre en état et de nettoyer ce qui avait été irrémédiablement brisé.

— Cette elfine est une véritable vipère, marmonna-t-il, le visage las.

Je le savais tout aussi bien que lui. J’espérais juste que son amour pour le Roi serait plus fort que sa haine pour Cerise. Repenser à ce que j’avais appris m’affligea plus que tout et je dus me retenir à un meuble pour ne pas tomber. Ce qu’ils avaient fait… Comment était-ce possible ?!

À suivre


Annotations

*Gabrielle : héroïne d’une autre fanfiction, une romance avec Haldir écrit par Essaidel. J’ai voulu mettre à l’honneur son histoire et y aie incorporé la relation amoureuse qui unit Haldir et son personnage.

*Eärwen : c’est le prénom de la mère de Galadriel. Dans l’histoire d’Essaidel, Gabrielle donne ce prénom à sa propre fille pour lui rendre d’hommage. Eärwen est une elfine d’origine Teleri vivant à Tirion sur Aman avec son fils Finarfin, le roi des Noldor.

*Nessa : Nessa est l’une des sept Valier, les Valar qui endossèrent une forme féminine. Sœur d’Oromë, elle est particulièrement réputée pour sa vitesse à la course et ses talents de danseuse, qui ravissent les autres Valar.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

2 Commentaires

  1. Toujours éblouissante, je préfère la nouvelle version notamment avec la crise de nerfs de Maeile qui pete littéralement les plombs. Ont comprend mieux les liens qui unissent Tamril et Maeile dans le cas ou la fin ne serait pas changer et que Tamril et cette vipère finiraient toujours ensemble.
    De plus Annaël est un jeune elfe qui à l’air très proche de cette jeune fille perdue et aimée.

    • Merci pour ton commentaire 🙂 Je suis ravie que cette nouvelle édition de ce chapitre t’ai plu. Par contre, je me dois de rectifier certaines choses. Pauvre Tamril, jamais il n’a fini avec Maeiell dans la première version et jamais il ne finira avec elle x) J’avoue, j’ai eu mal pour lui pendant une seconde. Annaël n’est pas jeune, c’est le premier conseiller du Roi ^^.

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