4. Confidences au Coin du Feu

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Confidences au Coin du Feu

Les yeux du roi Adrial étaient rivés vers le lointain. La Montagne Solitaire venait de perdre son éclat. Ces maudits nains avaient trouvé son cœur et troublé son repos. Quelques jours après le terrible appel à l’aide de celle qui se dressait seule dans ces lointaines contrées de la Terre du Milieu, le Seigneur de Mirkwood était venu à lui.

— Que me vaut l’ennui d’une telle visite ? interrogea le roi Drakon avec sarcasme.

— Erebor, souffla doucement l’Elfe.

Adrial le détailla de la tête aux pieds. Il connaissait le Seigneur Thranduil depuis tellement de siècles. Il avait vu comment ce dernier s’était lié aux nains dans l’espoir vain de quelques pierreries et surtout d’une certaine parure. Des alliances avaient été scellées… Avant de se défaire dans l’indifférence et l’orgueil le plus total.

— Erebor se meurt, Thranduil ! tonna Adrial. Les nains ont pillé sa source de vie.

L’Elfe le regarda, sans comprendre. C’était justement là le problème. Les elfes, les nains, les habitants de la Terre du Milieu, toutes races confondues, n’avaient jamais eu conscience de toute la vie qu’ils foulaient, pillaient… Le vieux roi ferma les yeux. La vie le désertait lui aussi et il n’avait plus la patience d’écouter l’Elfe en face de lui. Il savait pourquoi Thranduil était là. Fût un temps, le roi des Drakons aurait ri devant cette folie. Il se souvint des différentes guerres qui les avaient opposés jadis, se souvint que son peuple avait toujours été vainqueur. Un sourire cruel déforma son visage parcheminé de rides.

— D’ici quelque temps, quelques décennies tout au plus, mon peuple ira reprendre ce que les nains ont pris à leur montagne. D’ici quelques siècles, nous leur ferons payer leur acharnement à tuer tout ce qu’ils convoitent.

Adrial, fort de sa colère, se mit à grandir, ses yeux jaunirent, ses pupilles devinrent de longues fentes étroites et noires. Thranduil, tétanisé, comprit que le roi Drakon allait se transformer sous ses yeux. Allait-il le tuer?

— Repartez d’où vous venez, Roi des Elfes, grogna sourdement le Drakonnite devenu mi-homme, mi-dragon. Vous n’obtiendrez rien de moi.

Ses bras devinrent alors d’immenses pattes terminées par des griffes aussi affilées que meurtrières.

— Si j’apprends, reprit-il, que les Elfes ont à nouveau fait alliance avec les nains, ils subiront eux aussi notre colère, souffla Adrial d’une voix devenue gutturale de par sa transformation.

Thranduil contempla l’immense dragon qui se tenait à présent devant lui. Bien que terrifié, il était tout de même roi des Elfes et il se refusa à laisser la peur transparaitre sur son visage. Prenant sur lui, il s’inclina avec toute la majesté que lui conférait son rang et se retourna sans rien ajouter de plus.

Alors qu’il s’apprêtait à quitter la salle des audiences, ses yeux croisèrent ceux d’une jeune fille pleine d’assurance.

— Princesse Ariana, salua-t-il d’un signe de tête.

— Seigneur Thranduil, répondit-elle doucement, en lui faisant la révérence.

Ariana ne quitta pas Thranduil des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse de son champ de vision. Le peuple des Elfes avait toujours été en guerre avec celui des Drakons, et ce, depuis la nuit des temps. Quant aux nains… Quelle maladie les poussait donc à vouloir inlassablement plus de trésors, au risque de se perdre pour l’éternité ?


Tandis que la journée touchait à sa fin, Thorïn et Aria durent se rendre à l’évidence : ils n’étaient plus tout à fait sur la bonne route. L’humeur du nain s’assombrit d’heure en heure et, quand il fut question de dresser un camp pour la nuit, cela n’alla pas en s’arrangeant.

Aria essayait de comprendre ce qui poussait ainsi Thorïn à vouloir récupérer sa montagne et son trésor. Le dernier jour de Durïn était pour le lendemain soir. La dernière lune d’automne serait alors dans son entier. Si jamais ils échouaient, ils ne pourraient plus entrer dans la Montagne Solitaire par ce passage caché. Parfois, elle ne comprenait pas la manie des nains à inventer des portes dont eux-mêmes avaient du mal à se rappeler l’existence bien plus tard. Cela défiait le bon sens. Par ailleurs, s’ils n’y arrivaient pas par cet accès, ils pourraient toujours tenter par un autre endroit… Cela dit, ils risquaient également de se retrouver nez à nez avec un dragon ensommeillé. Personne n’aimait déranger un dragon dans son sommeil. Surtout si ledit dragon veillait sur son or aussi jalousement qu’un nain sur son trésor.

Pendant que Thorïn récupérait quelques branches pour le feu, Aria entendit au loin le bruit d’un cours d’eau. La jeune femme fut ravie de constater qu’une rivière coulait non loin de leur campement. Elle pourrait se rafraîchir un peu. Elle détestait être sale. Ceux qui partaient à l’aventure sans se soucier de leur hygiène étaient bien chanceux ou alors n’avaient aucun amour-propre, c’était sûr. Pour elle, ne pas se laver relevait de l’inimaginable et cette entreprise lui pesait parfois du fait qu’elle ne pouvait pas se débarbouiller aussi souvent qu’elle l’aurait souhaité.

— Thorïn, commença-t-elle, rompant ainsi le silence qui s’était installé entre eux depuis qu’ils avaient quitté la grotte, je vais me rafraîchir, et ensuite je ferai notre dîner.

Ce dernier la regarda, l’air sombre.

— Ah !? Et avec quoi allons-nous nous restaurer ? demanda-t-il la mine circonspecte. Nous n’avons rien !

Agacée, elle ne lui répondit pas, préférant le laisser à ses noires pensées, et se dirigea vers la rivière. Ce nain, songea-t-elle en marchant. Il s’imaginait à chaque instant que tout lui était dû. Cela en était exaspérant. Il avait beau avoir vécu à la dure après que le dragon leur eut volé leur montagne, il n’en gardait pas moins une attitude hautaine, voire despotique, avec le commun des mortels. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant, en plus de la rivière, une jolie cascade qui courait le long des roches. Voilà un endroit plein de promesses et de sérénité, s’enthousiasma-t-elle. C’est le cœur un peu plus léger qu’elle se déshabilla et entra dans le petit torrent, oubliant pour un temps le nain qui l’exaspérait.

L’eau était froide, mais cela lui fit un bien immense. Elle s’immergea totalement durant un instant. Depuis sa rencontre avec la compagnie des nains, elle n’avait pas vraiment eu de temps pour elle hormis le moment de tranquillité qu’elle avait eu la veille à l’auberge. Elle devait réfléchir à un plan d’action pour que sa mission réussisse. Cependant, elle s’avoua que c’était bien plus compliqué que prévu. Elle ne voulait pas trahir les nains qui étaient devenus en peu de temps de vrais amis pour elle. Elle pensa à Thorïn et son cœur se serra. Comment avait-elle pu s’amouracher de lui ? Il était infect avec elle. Il la méprisait ouvertement, ne cachait pas son ressentiment à son égard et malgré tout, elle voulait être à lui. Ah, le cœur et la raison… Tandis que la jeune femme réfléchissait à ses problèmes tout en s’ébrouant dans l’eau, elle sentit quelque chose lui effleurer la hanche. Surprise, elle fronça les sourcils pour découvrir l’intrus qui venait de la déranger. Quand elle comprit ce que c’était, elle poussa un petit cri de joie. Thorïn allait être content et fier d’elle !

oO§Oo

Tauriel et Legolas n’avaient pas quitté la trace des Orques des yeux. Ces derniers avaient dressé un camp au milieu de nulle part et semblaient attendre quelque chose. À leur tour, les deux Elfes s’arrêtèrent et attendirent un moment avant qu’un nouvel arrivant ne rejoigne le groupe un peu plus loin, à dos de Warg. Fronçant les sourcils, Legolas essaya d’intercepter les borborygmes des monstres qui parlaient entre eux.

— Il semblerait que les Orques soient sur une mauvaise piste, interpréta Legolas.

Tauriel scruta les ombres qui bougeaient au loin. Son ouïe n’était pas aussi fine que celle de son ami et elle ne put que se fier à lui.

— Si les nains sont partis vers Erebor, il est vrai que nous sommes sur le chemin inverse, dit-elle.

L’elfine soupira.

— Maudits Orques et leur intelligence aussi développée qu’un amas de purin ! jeta-t-elle le regard mauvais.

Legolas la dévisagea, surpris.

— Je ne te savais pas aussi loquace, Tauriel. Je suis jaloux. Ton vocabulaire est bien plus coloré que le mien, se moqua-t-il gentiment.

— C’est tout à fait logique, Legolas, je ne suis pas la fille de Thranduil… Ce dont je suis personnellement ravie.

— Taratata, objecta Legolas, la réprimandant sur le ton de la plaisanterie. N’insulte pas celui qui t’a recueillie enfant.

Tauriel ne put s’empêcher de rire même si son ami n’avait pas tort.

— Certes, mais il semble bien que ma vie éternelle ne suffise pas à rembourser ma dette envers ce vieux croulant.

Elle ne pouvait s’empêcher d’être médisante envers le roi des elfes. Elle ne le détestait pas, mais n’appréciait pas pour autant qu’il lui reproche des choses issues de son imagination.

— Sale gosse, termina Legolas en riant doucement. Tu n’en fais toujours qu’à ta tête.

Tauriel lui donna alors une tape sur l’épaule pour se venger. Non, mais franchement, comment et pourquoi Thranduil avait-il cru que Legolas avait un penchant pour elle ? Il l’avait toujours vue comme une sœur et elle-même l’avait toujours considéré comme son grand frère. Alors qu’une brise légère venait chatouiller ses cheveux, elle se rappela un homme de petite taille au sourire ravageur… Kili.

Où pouvait-il bien être en ce moment ? Pourvu qu’ils n’arrivent pas trop tard.

—Tauriel, on va les retrouver, affirma Legolas qui savait lire en elle mieux que personne.

L’Elfine acquiesça. Oui, ils les retrouveraient. Elle en avait la certitude.

oO§Oo

Cela faisait un petit moment que l’humaine était partie se « rafraîchir » et il ne l’entendait toujours pas revenir. Peut-être s’était-elle noyée ? Pourquoi s’en inquiéterait-il d’ailleurs ? Qu’elle se noie et bon débarras ! Cela dit, il repensa à ses guerriers et songea que ceux-ci n’approuveraient pas son choix de ne rien faire. De plus, il n’était pas dans sa nature d’agir ainsi. Jurant dans sa barbe, c’est avec agacement qu’il se leva pour aller voir ce qu’elle faisait. Arrivé sur place, il constata qu’elle n’était nulle part. Avisant la rivière, il vit quelque chose se débattre et il comprit qu’elle était très certainement en danger. Cette humaine était plus qu’un fardeau un véritable boulet. Elle ne savait sans doute pas nager et avait perdu pied. Quelle idiote ! Sans plus attendre, il se délesta du plus lourd de ses vêtements pour se retrouver en caleçon long et chemise ouverte. Sans demander son reste, il sauta dans l’eau pour venir à sa rescousse. Elle était peu profonde et cela le rassura. Les nains n’aimaient pas l’eau.

Aria sentit une main qui lui étreignit durement la cheville. Le cœur battant, elle lâcha le gros poisson qu’elle avait réussi à attraper avec bien des difficultés pour se défendre contre cet inconnu.

— Lâchez-moi immédiatement, qui que vous soyez ! hurla-t-elle, les cheveux dans les yeux. Je vous préviens, je ne suis pas seule et vous le paierez chèrement de votre vie.

Malgré ses véhémences et ses coups de pieds, elle se retrouva vite jetée sans ménagement sur la terre ferme. Folle de rage, elle se leva vivement, oubliant qu’elle était totalement nue et se débarrassa de ses cheveux trempés, plaqués sur sa figure qui l’empêchait de voir son agresseur.

— Vous ! cracha-t-elle avant de croiser les bras sur son opulente poitrine. Mais qu’est-ce qui vous a pris de venir me repêcher de cette manière ? Cela vous amuse malmener les pauvres femmes nues sans défense dans la rivière ?

Tout d’abord, Thorïn ne lui répondit pas, trop choqué par ce qu’il ressentait présentement. Elle était nue, totalement et il l’avait touchée. Il n’avait pas touché de naines nues depuis fort longtemps et ses hormones lui brouillaient un peu les idées. Aria continuait à l’invectiver en vain. Il venait de voir deux gros poissons sur la terre ferme, des truites, qu’elle venait surement de pêcher.

— Je pêchais pour nous, espèce d’abruti sans cervelle ! jeta-t-elle durement et vous m’avez fait laisser filer la dernière prise, c’est malin !

Elle était furieuse.

— Je vois cela, finit-il par avancer, ne sachant pas trop quoi dire d’autre, mais je vous conseille de vous habiller si vous ne voulez pas attraper froid.

Il ne se laisserait pas déstabiliser aussi facilement.

— Je vous demande pardon ?! cria-t-elle, dépitée. Vous venez me déranger et vous ne vous excusez même pas ? Mais quel toupet ! Votre mère ne vous a donc jamais appris la politesse ?

— Ma mère m’a appris bien des choses, l’humaine, répondit Thorïn que cette situation commençait à agacer sérieusement. Dire qu’il aurait déjà pu être au Bourg-du-Lac prêt à reconquérir sa chère montagne au lieu de perdre son temps avec cette… créature de malheur.

Aria se mordit la lèvre inférieure. Elle n’arrivait pas à détacher ses yeux de Thorïn et en oublia pourquoi elle était en colère contre lui.

Il était là, devant elle, tout mouillé, la chemise ouverte dévoilant un impressionnant torse recouvert de poils où certaines gouttes d’eau venaient la narguer. Vilaines gouttes, songea-t-elle. Comme elle aurait aimé se glisser sur lui aussi effrontément. Inconsciemment, elle s’approcha de Thorïn et tendit la main vers sa poitrine. Elle semblait comme hypnotisée.

— Qu’est-ce que vous faites ?! jura ce dernier en sentant la main d’Aria se poser doucement sur lui.

Incapable de lui répondre, elle continua son manège et se mit à caresser les pectoraux du prince nain qui en oublia presque de respirer. Il ne savait pas à quoi elle jouait, mais c’était diablement bon. Il grogna de passion contenue en sentant son sexe palpiter durement contre ses braies. Instinctivement il la ceintura par la taille et la colla contre lui pour lui faire sentir son envie d’elle, oubliant ce que sa conscience lui criait. Au diable la conscience, songea-t-il pour lui-même.

La jeune femme leva les yeux vers lui et se perdit dans ce regard où on ne lisait plus que désir à l’état brut. Doucement, Thorïn fit aller et venir ses grandes mains dans le dos d’Aria jusque-là où s’arrêtait le dos et où commençaient les fesses. Par Durïn, comme c’est doux, pensa Thorïn avant de poser ses doigts sur l’un des seins d’Aria. Doucement, il caressa la chair de ce globe aussi doux que ferme. Tandis qu’il commençait à lui titiller le téton avec son pouce pour le faire ériger, il avança avec une lenteur calculée sa bouche vers celle de la jeune femme.

Aria nageait en plein rêve érotique. C’était si bon, si extraordinaire. Elle pouvait sentir les mains de Thorïn sur son corps, c’était le paradis. Pourtant lorsqu’elle sentit et goûta le souffle du prince d’Erebor, dont la bouche était à quelques millimètres de la sienne, elle se rappela qui ils étaient et la mission qui les attendait. Par tous les Wargs de Morgoth, était-elle idiote à ce point ? Maudissant sa raison qui intervenait à un bien mauvais moment, elle s’arracha aux bras du nain et le toisa de toute sa hauteur avant de cacher une nouvelle fois ses seins à la vue de ce mâle qui la mettait dans tous ses états.

D’abord frustré par ce revirement de situation, Thorïn grogna et soupira lourdement avant de fermer les yeux sous la pression de ce désir qu’il contrôlait difficilement. Prenant sur lui, il releva la tête et quand il ouvrit ses paupières, il put voir que sa petite humaine avait remis une certaine distance entre eux. Avisant sa poitrine cachée à son regard, il faillit en rire de dérision, lui qui quelques secondes à peine auparavant avait eu les mains dessus. À ce souvenir, sa virilité déjà bien tendue se rappela une nouvelle fois à son bon souvenir. Grondant contre cette faiblesse inopportune et se maudissant d’avoir été aussi idiot, il décida qu’il était temps de reprendre le pouvoir entre eux. Ce n’était pas elle qui allait lui dicter ce qu’il devait faire. Il revint alors vers elle, prêt à tout pour lui faire comprendre que ce petit intermède n’avait eu aucune incidence sur ce qu’elle lui inspirait.

—Tout à fait entre nous, Aria, lui jeta-t-il tout en s’approchant d’elle, je n’ai que faire de vous.

Il lui saisit les mains puis écarta violemment les bras qu’elle gardait croisés sur sa poitrine.

— Tout ceci me laisse totalement indifférent. Alors soit vous arrêtez de m’aguicher comme vous le faites depuis hier et vous faites votre boulot, soit vous disparaissez et me laissez tranquillement retourner à ma quête.

Pieux mensonge, voulut se convaincre Thorïn, mais il était hors de questions qu’elle continue à se moquer ainsi de lui. Personne ne se jouait de lui impunément, et surtout pas cette petite humaine récalcitrante qui s’était invitée à sa compagnie. Trop choquée pour lui répondre, Aria le laissa récupérer ses affaires, et repartir vers leur campement. Elle prit son temps pour reprendre contenance et se rhabiller. Il venait de l’humilier, sans raison. Mais comment osait-il ?!

—… et tout ça me laisse totalement indifférent, se moqua-t-elle en faisant la grimace, reprenant les dures paroles du nain alors qu’il n’était même plus là.

Elle avait été nue et sans défense face à lui et c’est tout ce qu’il avait trouvé de plus blessant à lui dire ? Pourtant, elle avait bien senti qu’il était loin d’être indifférent à ses charmes. Quel menteur ! Même Thranduil faisait semblant de la désirer. Bien sûr, elle savait qu’il n’en avait qu’après ses pouvoirs, mais au moins, il y mettait les formes et savait se montrer galant ! Pourquoi Thorïn était-il si insensible ? Était-ce l’Arkenstone qui l’avait dépossédé de toute chaleur humaine ? Elle se mordit les lèvres. Son propre désir de chaleur était grandissant. Elle en avait besoin et la froideur polaire que Thorïn entretenait à son égard la déstabilisait au plus haut point. Certes, ils se connaissaient depuis peu, mais c’était bien assez pour qu’il la désire, non ? Elle repensa alors à la gentillesse et à la prévenance qu’avait eues Fili à son égard. Lui au moins était serviable et elle avait bien vu qu’elle ne le laissait pas insensible. Pourquoi avait-il fallu qu’elle s’amourache du mauvais nain ? Par toutes les flammes des Drakons de cette terre, un nain ! Son père l’aurait vraisemblablement reniée s’il avait su ce que sa fille avait en tête.

Revenant au campement, elle trouva Thorïn debout, l’air pensif. Malgré son envie d’en découdre avec lui, car la haine était préférable à l’indifférence, elle préféra le laisser tranquille. Sans lui prêter la moindre attention, elle alluma un feu pour faire cuire ce qu’elle avait pêché plus tôt.

oO§Oo

Thorïn, l’avait entendue revenir, mais ne s’était pas retourné à son approche. Il était anxieux. Le jour de la prophétie approchait et considérer que la venue d’Aria compliquait tout n’arrangerait pas la situation présente. Il fallait faire avec et trouver une solution rapidement. De plus, sa présence le laissait de moins en moins de marbre. La vision du corps nu de la jeune femme l’avait complètement électrisé et déjà, la veille, il avait eu du mal à s’endormir, imaginant les cris d’extase de l’humaine lorsqu’il la prendrait brutalement. Les nains n’étaient pas des saints et ceux qui avaient lancé la rumeur qu’ils naissaient de la pierre étaient des imbéciles. Bien au contraire, ils étaient de bons vivants. Ils appréciaient la bonne nourriture et les belles femmes bien en chair, justement, mais avec beaucoup de barbe. Tout ce qu’était Aria, à quelques centimètres et poils près. Quoique, quand il se remémora la toison entre ses cuisses, il sentit revenir la tension de son bas ventre et il ferma les yeux. Avait-elle fait exprès tout à l’heure de le mettre dans une telle situation, tiraillé entre son désir de vengeance et celui, plus doux-amer, de la luxure ? Sans doute devrait-il assouvir l’un pour ensuite se consacrer à l’autre.

Sentant la bonne odeur de cuisson, il souffla un coup et retourna aux côtés de cette ensorceleuse. Cette dernière lui tendit un bol rempli à ras bord d’où s’échappait un délicieux fumet. Après s’être sustentés dans le silence le plus total, Aria et Thorïn préparèrent leur couchage pour la nuit.

— Je prends le premier tour de garde, déclara Thorïn brisant ainsi le long silence qui s’était installé entre eux depuis leur dispute au bord de la rivière.

Ils ne pourraient pas dormir tous les deux en même temps, il leur fallait assurer leur sécurité, au cas où.

— Très bien, répondit froidement Aria. Pas de problème.

Sur ces mots, elle s’allongea et tourna le dos au nain. Ce dernier ne chercha pas à comprendre son attitude. Après ce qu’il s’était passé tout à l’heure, c’était sans doute mieux ainsi.

Au bout d’une demi-heure, ou d’une heure, elle n’aurait su le dire, la jeune fille n’arrivait toujours pas à trouver le sommeil. Elle n’aimait pas la tension qui s’était installée entre eux. Il l’avait blessée en dénigrant ce qu’elle avait à lui offrir. Blessée ? Comprenant ce qu’elle venait de penser, elle soupira doucement. Finalement, sa mission s’annonçait bien plus périlleuse et dangereuse qu’elle ne l’avait cru. Et à cause d’un nain, qui plus est. Elle se retourna et leva les yeux vers l’objet de ses pensées. Elle se mordit les lèvres. C’est vrai qu’il n’était pas laid pour un petit homme des montagnes. Il avait un visage fin, des traits royaux. On ne pouvait nier ses origines. Il était si différent de ce à quoi elle s’était attendue. Pour elle, tous les nains se ressemblaient, hommes et femmes on pouvait facilement les confondre, d’ailleurs. En parlant de femmes, elle se demanda s’il était marié, avait-il des enfants, peut-être ? Son cœur se serra à cette éventualité. Il avait le regard perdu au loin et fumait sa pipe qui ne le quittait jamais.

— Pourrais-je savoir pourquoi vous me fixez de la sorte, l’humaine ? questionna Thorïn qui n’avait pas manqué de voir qu’il était le sujet de contemplation de la jeune femme.

— Rien, je me demandais juste si une femme vous attendait quelque part, et si vous aviez des enfants, répondit aussitôt Aria qui n’avait pas le cœur à se battre avec lui avec de nouveaux sarcasmes.

Thorïn ricana doucement.

— Voilà des pensées bien puériles, se moqua-t-il avant de tourner son regard vers elle.

Il comprit alors qu’elle ne lui cherchait pas des poux, cette fois elle semblait vraiment sérieuse. Il tira lentement sur sa pipe, soufflant une grande bouffée de fumée blanche autour de lui, avant de reposer cette dernière à ses côtés.

— Aucune naine ne m’attend nulle part, ni aucun enfant d’ailleurs, dit-il.

— Pourquoi ? voulut savoir Aria.

Thorïn soupira bruyamment.

— Mes questions vous importunent, éluda-t-elle sans toutefois retirer sa dernière interrogation.

— Exact, l’humaine, mais je vais vous répondre : seuls mon désir de vengeance et mon royaume m’importent. Le reste n’est qu’un obstacle une entrave à mes désirs les plus profonds.

En disant cela, il ne l’avait pas quittée des yeux, son regard tranchant semblant fouiller le moindre recoin de son esprit. Aria savait que le dessein de Thorïn Oakenshield était, dans un sens, héroïque et noble. Il était même dans son bon droit, en tant qu’héritier du trône de Durïn, mais… Elle avait peur que, tout comme son père avant lui et son grand-père bien avant encore, il ne soit corrompu par le mal qui avait rongé sa famille depuis des générations. Peur que partageaient bon nombre de sages, y compris Thranduil, quoique son attrait pour le trésor des nains était encore plus fort que la raison et la sagesse Elfique.

— Et vous ? demanda Thorïn, que me vaut l’honneur de votre ennuyeuse présence parmi nous ?

La question prit Aria de court et l’amusa. Riant doucement, elle mit un temps avant de répondre :

— Je me rends moi-même du côté d’Erebor, le royaume de Dale n’existe plus, mais il reste ce petit village, Bourg-Du-Lac… C’est là-bas que je me rends. Comme je vous l’ai déjà dit, il me semble.

Thorïn attendit un petit moment qu’elle développe son histoire, mais il comprit rapidement qu’elle s’était déjà perdue dans ses pensées.

— J’espère que demain nous serons arrivés sur la Montagne Solitaire, reprit Thorïn, changeant de conversation.

— Je l’espère aussi pour vous, répondit Aria qui bâilla doucement.

— Vous devriez dormir, l’humaine.

— Pourquoi m’appelez-vous toujours « l’humaine » ?

— Parce que c’est ce que vous êtes, non ?

— Oui, certes, dit-elle en tremblant légèrement.

Voyant qu’elle avait froid Thorïn se leva et lui offrit son manteau.

— Merci, souffla Aria surprise par ce geste inattendu.

— De rien, marmonna le nain, je n’ai pas envie que vous attrapiez froid, vous risqueriez de nous retarder.

Il entendit la jeune femme rire doucement. Il leva un sourcil.

— En quoi est-ce drôle ? demanda-t-il.

— En rien, bonne nuit dit-elle, mettant un terme à leur conversation.

Sans demander son reste, elle s’enroula dans le manteau du nain et enfouit son nez dans les fourrures, se repaissant de l’odeur masculine qui y était imprégnée. Elle ne tarda pas à trouver le sommeil.

Intrigué, Thorïn ne l’avait pas quitté des yeux.

Il n’avait jamais pris le temps de la regarder vraiment, mais il se rendit compte que malgré ses formes, elle n’avait franchement rien d’une naine son visage était trop beau, trop lisse aussi pour celui d’une humaine. Il fronça les sourcils. Il était impossible qu’elle soit un Elfe. Les Elfes avaient une taille bien plus imposante, étaient longilignes et leurs oreilles étaient très pointues. Sa chevelure avait vraiment la couleur des flammes. Elle avait des cheveux superbes, que plus d’un nain, mâle ou femelle, rêverait d’avoir. Il ne lui manquait qu’un peu de barbe sur le visage, mais il se rendit compte, non sans surprise, qu’il la préférait ainsi, telle qu’elle était. Ses pensées auraient dû le mettre en colère, mais pas ce soir. Il se sentait plus calme qu’il ne l’avait été depuis des jours. Plus ils approchaient d’Erebor et plus il commençait à entrevoir la fin de son périple. Si Aria était encore dans les parages d’ici là, peut-être n’écarterait-il pas l’éventualité de la garder auprès de lui… Quand il serait le roi sous la Montagne Solitaire.

Se rendant compte où ses pensées l’emmenaient, il ricana doucement. Décidément, la solitude le faisait divaguer.

oO§Oo

Le temps est compté pour Thorïn Oakenshield qui a perdu sa compagnie. Arrivera-t-il à temps pour trouver l’entrée secrète de la Montagne Solitaire ? Aria l’en empêchera-t-elle ou bien l’aidera-t-elle à accomplir sa destinée ? Pour le savoir, rendez-vous au prochain épisode.

À Suivre


Annotations

* Le Caractère de Thorïn est un mélange que j’ai voulu entre celui des films et du livre. Il faut bien avouer qu’il est très bourru, à la limite de la mauvaise foi, mais c’est qu’il n’a pas d’autres ambitions que de mener sa reconquête jusqu’à la victoire. Aria est un obstacle et ce qu’elle lui fait ressentir peut risquer de le détourner de sa mission. C’est pourquoi il lui en veut d’être là. S’il avait pu s’en débarrasser au premier carrefour (pas le supermarché hein ;)), il l’aurait fait sans aucune hésitation !

* Il y pas mal de tension sexuelle entre Thorïn et Aria. Cette histoire, je l’ai écrite il y a plus de trois ans. Je voulais en faire une romance un peu érotique. Si je l’avais écrit à ce jour, j’aurais bien changé des choses ou je les aurais tournées autrement.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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