3. Une Magie Confuse

3

Une Magie Confuse

Smaug regardait la jeune princesse et sentit l’aiguillon d’un désir souverain lui transpercer le corps. Un jour, elle serait sienne, et alors il pourrait lui faire subir tous les outrages possibles, toutes ces choses qu’il s’amusait à lui susurrer à l’oreille quand il la croisait seule dans les couloirs du palais de son père. Il la voulait d’autant plus qu’elle n’avait pas peur de lui, bien au contraire : elle se défendait et n’hésitait pas à cracher son venin dès qu’une occasion se présentait. Un joyau brut qu’il prendrait plaisir à détruire à petit feu. Il la soumettrait et bientôt elle se prosternerait devant lui. Toutefois, ce que Smaug aimait par-dessus tout, bien plus qu’une princesse soumise, c’étaient les trésors des nains ; l’or était sa force et sa faiblesse.

Quand son roi mourant le somma de récupérer et de protéger de ce peuple primitif le cœur de leur montagne, il vit là l’occasion qu’il n’attendait plus : devenir son propre roi sur sa propre montagne d’or. La désolation qu’il causa s’étendit au-delà du royaume des nains, d’Erebor ou de la cité des hommes, Dale cela détruisit son propre peuple, mais Smaug n’en avait que faire, car tout ce qu’il souhaitait, c’était se repaître de son immense trésor.

Alors, il en oublia tout, tout sauf ce qui n’était pas à lui.


— Non, on ne peut se permettre de traînasser une journée de plus, Maître Cambrioleur, réprimanda gentiment Balïn. Le temps nous est compté si nous voulons arriver à temps pour trouver l’autre porte, celle cachée sur la Montagne Solitaire.

Aria, qui passait par là, sourit doucement devant la mine déconfite de ce pauvre Bilbo. Non, bien sûr, ils ne pouvaient pas rester plus longtemps dans cette auberge et ils s’y étaient déjà bien trop attardés compte tenu du temps qu’il leur restait. Il n’empêchait que cette nuit avait été une bénédiction. Elle avait dormi comme un bébé. Un bon bain doublé d’un peu de tranquillité, c’était son remède préféré.

Quand elle fut arrivée au bas des escaliers, elle constata que toute la compagnie était déjà debout, y compris Thorïn qui semblait de fort méchante humeur. Elle fronça les sourcils. Allons bon, l’avait-elle déjà vu sourire ne serait-ce qu’un peu ? Assurément non.

— J’espère que vous vous êtes bien reposée ? lui lança-t-il hargneusement quand elle arriva à ses côtés, car nous n’avons plus de temps à perdre. Il nous faut reprendre la route immédiatement.

Sans attendre sa réponse, il lui tourna le dos et sortit dans la cour de l’auberge.

— Merci oui, vous de même, et pas de problème, évidemment, marmonna la jeune femme, sa bonne humeur presque envolée devant la mine revêche du nain.

Les autres la regardèrent, perplexes. Que venait-il de se passer exactement ? Pourquoi Thorïn semblait-il à ce point remonté contre la petite humaine ?

— Heu, Thorïn, avança Bofur qui venait de rejoindre ce dernier dehors. Et notre petit déjeuner ?

— Nous n’avons pas le temps pour cela. Il nous faut avancer ! entendirent-ils clairement Thorïn dire à leur compagnon.

Chacun se rendit alors dans la salle à manger pour y chiper ce qu’il pouvait sur la table couverte du déjeuner qu’ils devaient malheureusement sauter.

— Il n’a pas tort, vous savez, soupira Aria. Il nous faut avancer plus vite si nous voulons arriver à destination à temps.

— À destination ? reprit Thorïn sarcastique. Parce que vous pensez sérieusement nous suivre jusqu’au bout de notre périple ?

— Et pourquoi pas ? proposa Aria, les mains sur les hanches.

N’avaient-ils déjà pas abordé ce sujet au moins… mille fois ?! Balïn les regarda tous les deux d’un air soucieux avant de reporter son attention sur la jeune femme.

— Pourquoi tenez-vous tant que cela à aller jusqu’à Erebor avec nous, Dame Aria ? Nous pensions qu’une fois arrivés au Bourg-du-Lac, nos routes se sépareraient.

Après tout, c’était ce qu’elle leur avait dit. Ce Balïn avait le don de poser les bonnes questions, songea-t-elle avec agacement.

Thorïn la scruta attentivement, attendant une réponse, tout comme chaque nain présent. Seul Bilbo semblait un peu embarrassé. Aria savait que lui non plus n’avait pas été épargné par le passé, aussi elle comprit son malaise. Cela étant, il avait signé un contrat le liant aux nains et par ailleurs, il avait sauvé Thorïn de son ennemi le plus mortel, un certain Azog. Du moins c’est ce qu’elle avait entendu dire. Sa présence non désirée faisait donc d’elle une cible idéale et cela ne semblait pas près de s’arranger. Quoique, ne les avait-elle justement pas sauvés des orques et de leurs wargs la veille? Ils avaient la mémoire courte.

— Eh bien, commença la jeune fille, cherchant ses mots avec soin pour ne pas dire de bêtise et le froisser par inadvertance. — Je dois avouer que ces quelques jours en votre compagnie m’ont donné envie de vous aider. Sincèrement, insista-t-elle un peu trop rapidement lorsqu’elle vit que Thorïn semblait sceptique.

Toutefois, il était certain que ce n’était pas grâce à lui ni à sa charmante attitude… Cependant, elle avait appris à connaître un peu mieux les autres et devait reconnaître qu’elle admirait et appréciait leur incroyable et indéfectible fidélité envers celui qu’ils voyaient comme leur chef et futur roi. Enfin, elle devait aussi admettre que le nain ne la laissait pas de marbre. Bien au contraire, lui seul avait réussi à allumer cette flamme qui ne voulait plus s’arrêter de brûler. C’était dur de le haïr et de le désirer en même temps, vraiment très dur et incroyablement perturbant. Reportant son attention sur l’objet de ses désirs les plus fous, elle faillit hurler de dépit. Il semblait mettre un point d’honneur à lui montrer le peu d’importance qu’il lui vouait. Saleté de nain sans cœur ! Pourquoi avait-il fallu qu’elle se sente attirée, entre tous, par ce maudit Thorïn Oakenshield ?! Prenant sur elle pour ne pas lui rentrer dedans, le gifler une bonne dizaine de fois et surtout, surtout pour ne pas lui faire sentir les flammes qui la consumaient depuis des jours… Si ce n’était depuis qu’elle le connaissait, elle se planta devant lui, les bras croisés.

— Monsieur Thorïn Oakenshield, je souhaite plus que tout au monde vous aider à pénétrer dans cette montagne.

Elle ponctua sa phrase d’un très grand sourire, puis elle leva son regard vers son visage sévère.

— Cependant, rectifia-t-elle, je ne le fais pas pour vous. Je le fais pour votre compagnie qui semble attacher une grande importance à votre quête. J’admire la loyauté qu’ils vous témoignent, termina-t-elle.

Leurs yeux s’accrochèrent quelques secondes qui lui parurent une éternité. Il la fixa sans ciller et une étrange émotion lui étreignit la poitrine. Aria sentit une boule se former dans sa gorge. À la vérité, elle était sincère et souhaitait l’aider de tout cœur. Mais l’aider en quoi ? Récupérer son royaume ? Cacher loin de lui la pierre maudite qui semblait avoir fait perdre l’esprit à ses ancêtres ? Une pierre qu’elle était censée reprendre et mettre en un lieu aussi sûr que l’était son propre cœur ? Venger son peuple ?

Tous deux restèrent plantés là jusqu’à ce que Thorïn rompe cet étrange lien qui s’était tissé entre eux l’espace de quelques secondes.

— Qu’en pensez-vous, Maître Cambrioleur ? demanda-t-il subitement au hobbit, sans cesser de la dévisager, elle. L’humaine doit-elle nous accompagner jusqu’au bout ?

— Eh bien je pense, avança timidement Bilbo qui ne savait franchement pas quoi dire, mais qui ne voulait pas faire de tort à la jeune humaine, que Dame Aria pourrait nous être utile. Vraiment.

— Vraiment ? questionna Thorïn, dubitatif. Si c’est le cas, alors c’est Aria qui affrontera avec vous le dragon. Peut-être pourrait-elle faire diversion en offrant sa vie au monstre, s’il est encore vivant, tandis que vous retrouverez mon bien ?

Aria leva les yeux au ciel. Pourquoi se montrait-il aussi cruel avec elle ? Que lui avait-elle fait pour mériter autant de haine ?

— S’il vous fait plaisir que ma vie soit sacrifiée pour votre bon vouloir, je veux bien, lança-t-elle, à bout de patience. Mais je vous préviens, il paraît que je suis difficile à tuer, prévint-elle avant de lui emboiter le pas.

La discussion était close.

Elle avait envie de hurler, de frapper et de pleurer de rage en même temps. Ce nain ne lui ferait-il donc jamais confiance ? Tandis que les battements de son cœur se calmaient progressivement, elle alla retrouver Fili et Kili qui étaient restés en retrait. Quelque chose n’allait pas avec le petit frère de Fili. Kili avait une mine de papier mâché et, quand elle fut à leurs côtés, elle s’aperçut qu’il souffrait terriblement.

— Par tous les orques de l’enfer ! s’écria Aria, inquiète. Que vous arrive-t-il, Kili ?

Elle voulut lui attraper le visage pour mieux le regarder, mais ce dernier fit tout pour se soustraire à ses mains.

Alertée par les cris de la jeune femme, leur petite troupe se rassembla vite autour d’eux, ce que Kili apprécia moyennement.

— Ce n’est rien, grogna-t-il. Juste ma blessure qui ne veut pas guérir…

— Une blessure ? s’exclama Aria avant d’être coupée par Thorïn.

— Si vous aviez fait un peu plus attention, l’humaine, vous auriez-su que Kili avait été blessé. Nous avons traité sa plaie, mais il semblerait qu’elle ne veuille pas guérir. Malheureusement, lâcha-t-il froidement. Nous n’avons plus le temps de traîner.

— Kili, peux-tu encore nous suivre ? questionna Thorïn, reportant son attention sur son plus jeune neveu.

La jeune femme, qui connaissait déjà la réponse du frère de Fili, décida d’intervenir. Elle ne pouvait pas le soigner, car la blessure semblait avoir déjà fait son emprise sur une partie de la vitalité de sa victime, mais la ralentir, oui. Elle avait ce qu’il fallait.

— Fili, dit-elle d’une voix plus forte pour se faire entendre. Montrez-moi sa blessure, j’ai un onguent qui lui permettra d’aller mieux, mais prévint-elle en voyant les visages s’éclairer d’espoir, je ne pourrais pas le sauver. Il a été touché par une lame maudite. Je n’ai pas les plantes nécessaires ici pour cela. Peut-être à Bourg-du-Lac si nous nous hâtons.

Une fois qu’elle lui eut appliqué sa pommade miraculeuse, la compagnie des nains put enfin reprendre la route sans se douter que de nouvelles embûches se trouvaient un peu plus loin.

oO§Oo

Dans la forteresse de Dol Guldur, Azog attendait patiemment les ordres de son Maître. L’œil unique du Nécromancien était tourné vers un point que lui seul semblait voir bien au-delà… Le sorcier se mit alors à psalmodier sans fin en Noir Parler du Mordor. Une épaisse fumée, d’abord noirâtre, puis se teintant de blanc à mesure qu’elle s’étendait, passa à côté de l’orque qui eut juste le temps de s’écarter. Le brouillard réduisait en cendres tout ce qu’il touchait. Puis il disparut. Azog le chercha des yeux et se demanda à qui était destiné ce traitement de faveur. Un sourire malsain se peignit sur son visage balafré. Il aurait donné cher pour voir ces pauvres diables de nains – car il ne tarda pas à se douter qu’ils fussent en ligne de mire – se tortiller dans tous les sens avant de mourir dans d’atroces souffrances. Il espéra juste que son fils Bolg aurait le temps de lui rapporter la tête du Prince. Il la désirait plus que tout au monde. Elle lui servirait de trophée et compenserait la main que ce Thorïn Oakenshield lui avait prise jadis. Un cri de haine s’éleva de sa bouche déformée par la rage et la colère.

Ils allaient tous le payer très cher.

oO§Oo

Plus ils se rapprochaient du long lac d’Esgaroth, plus les sens d’Aria l’avertissaient d’un danger imminent. Quelque chose de mauvais se tramait, mais elle n’arrivait pas à déterminer d’où pouvait provenir le risque. Thorïn avait bien sûr remarqué son manège depuis quelques minutes. Elle n’arrêtait pas de tourner la tête à droite et à gauche comme s’ils étaient suivis.

— Quelque chose ne va pas ? lui demanda-t-il au bout d’un moment, comprenant qu’elle ne jouait pas la comédie cette fois.

Aria le regarda fixement, humant l’air pendant quelques secondes. Que cette fille pouvait se montrer étrange, songea-t-il pour lui-même.

— Je sens quelque chose… mais je n’arrive pas à savoir quoi.

— Ah, les femmes ! s’esclaffa Kili qui allait un peu mieux depuis que le matin même, Aria lui avait prodigué ses soins.

— Chut, reprit Bilbo. Moi aussi, je sens que… regardez, paniqua-t-il, là-bas !

Il pointa du doigt une sorte de brouillard grisâtre et assez épais qui avançait dangereusement dans leur direction.

— Étrange, souffla Thorïn tandis que les nains s’étaient amassés en groupe derrière lui.

— Pas étrange, contredit Aria, comprenant ce que c’était. C’est de la magie noire !

Elle se tourna brusquement vers le nain :

— Fuyons avant qu’il ne nous rattrape, car sinon, je ne donne pas cher de notre peau.

— Fuir ? Mais pour aller où ? s’énerva Thorïn. Nous devons suivre cette route pour arriver au ponton du lac ! C’est la voie la plus courte.

— Soit vous continuez et vous vous ferez tuer, soit on fait demi-tour et on court ! Tout de suite ! hurla-t-elle.

Comprenant qu’il n’y avait pas d’autre solution, toute la bande prit exemple sur Aria et se mit à courir. Malheureusement, Bombur, qui était à la traîne, se retrouva bien vite rattrapé par le dangereux brouillard. Aria, qui l’avait vu, fit demi-tour pour se retrouver à sa hauteur.

— Donnez-moi la main Bombur !

— Mais pour quoi faire, je ne suis pas un enfant et…

Avant d’avoir pu finir sa phrase, une épaisse fumée s’éleva lentement derrière lui, accompagnée d’une odeur de brûlé…

— Aaaaah, je brûle, je brûle ! s’égosilla-t-il.

— Mais donnez-moi votre fichue main espèce de nainbécile ! explosa Aria.

Voyant qu’il la regardait sans toujours comprendre, elle l’attrapa de force par le poignet et le tira derrière elle pour rejoindre les autres qui la regardèrent, étonnés.

— Ce n’est pas parce que je suis une femme que je n’ai pas de bras, se justifia-t-elle, essoufflée.

— Dame Aria, dit Bilbo, le souffle court lui aussi à cause de leur folle course. Vous ne nous aviez vous pas dit que vous pratiquiez un peu de magie vous-même ? Ne pourriez-vous pas faire quelque chose ?

Quelque chose, quelque chose, pensa Aria… Certes, elle connaissait bien sûr un sort, mais ne l’ayant pas pratiqué depuis très longtemps, elle doutait de sa réussite.

— Ai-je le choix ? marmonna-t-elle. En fait non, je ne l’ai pas alors… entre cela et finir en cendres…

— Écoutez-moi, leur intima-t-elle, tenez-vous tous l’épaule, la main ou ce que vous voulez. Que chaque nain soit accroché les uns aux autres, je vais tenter de nous emporter ailleurs.

Thorïn la regarda un instant avant d’acquiescer. Si elle pouvait se montrer enfin utile à quelque chose, c’était le moment où jamais.

— Faites ce qu’elle vous dit, leur ordonna-t-il, conscient que son ordre serait mieux reçu que celui de l’humaine.

Quand Aria les vit tous reliés les uns aux autres, elle entama sa formule, en priant très fort les Valar et les Drakons pour que cela fonctionne. Alors qu’elle en était au deuxième verset de son sort, elle sentit la main de Thorïn sur son épaule, son souffle chaud près de son oreille.

— Dépêchez-vous, l’humaine, il se rapproche de plus en plus.

Un peu déconcentrée par cette interruption inopinée, elle réussit néanmoins à réciter le dernier mot. Elle ferma les yeux, haletant d’appréhension. Pourvu qu’elle ait réussi…. Mais une minute s’écoula sans qu’il ne se passe rien. L’épaisse fumée les encerclait presque à présent. Si Aria échouait, ils étaient tous morts à moins de s’enfuir au plus vite.

— Alors ? demanda faiblement Bilbo qui ne voulait pas mourir sans avoir revu au moins une fois sa chère Comté.

— Alors rien, cracha Gloïn, déçu et inquiet. Je propose que nous reprenions notre course.

— Gloïn a raison, rétorqua Thorïn. Le sort n’a pas marché, nous sommes fichus !

— Non ! hurla Aria qui eut juste le temps de reprendre le bras de Thorïn qui lui-même avait lâché celui de Gloïn, ne vous lâchez pas, car sinon…

Sans comprendre ce qu’il se passait, Thorïn se sentit aspiré par une espèce de trou noir… Puis plus rien. Il eut juste le temps de penser à sa mission et à sa pierre précieuse avant d’être englouti par le néant.

Que venait-il de se passer ? Que leur avait-elle fait cette maudite sorcière ?

oO§Oo

La première pensée cohérente de Thorïn, fils de Thraïn quand il ouvrit les yeux fut qu’il avait échoué dans sa mission et qu’il était mort. Un énorme poids lui étreignit la poitrine. Il avait beaucoup de mal à respirer. Ouvrant grand les yeux et louchant vers le bas de son corps, il comprit pourquoi. L’humaine, Aria, était affalée de tout son long sur lui, ce que la partie inférieure de son anatomie semblait fortement apprécier. Il la poussa sans ménagement, ce qui la réveilla en sursaut.

— Vous êtes lourde, se justifia-t-il sans ambages, pour ne pas lui montrer ce que son traître de corps ressentait pour elle.

— Par… Pardon ? bégaya-t-elle, l’esprit encore en vrac.

Thorïn jeta un œil circulaire sur ce qui les entourait. À priori, il était dans le pétrin. Première constatation : ses guerriers semblaient avoir tous disparu. Seconde constatation : ils étaient dans une grotte inconnue.

Pour résumer la situation, cette idiote les avait perdus.

— Où nous avez-vous emmenés ? grogna-t-il en colère. Vous nous avez égarés !

— Je vous ai sauvé la vie, oui. Et un « merci » vous mordrait-il la langue, espèce de butor des cavernes !

Aria était furieuse, mais en même temps soulagée. Son sort avait fonctionné ! Magnifique ! Sa préceptrice serait fière d’elle… Si elle était encore en vie.

— Nous sommes vivants, oui, pesta Thorïn, indifférent aux pensées personnelles de la jeune femme, mais perdus ! Dois-je vous rappeler que les heures avant le dernier jour de Durïn approchent ?!

— Que voulez-vous que je vous dise ?! s’exclama-t-elle. Désolée, de n’avoir pas pu amener sa sérénissime sainteté le prince nain descendant de Durïn devant sa petite porte cachée en haut de sa si petite montagne, qui ne se découvre qu’une fois tous les trente siècles et à une certaine heure, qui plus est !

Elle avait bien retenu la leçon de la veille. Merci Fili.

— De quel droit vous permettez-vous de me parler de la sorte ! hurla Thorïn que la colère et l’horreur d’avoir perdu, sans doute, son seul moyen d’atteindre son but, rendit presque fou. Je suis Thorïn, fils de Thraïn fils de…

— Vous seriez le fils d’un âne que je m’en ficherais… ROYALEMENT ! s’écria Aria à son tour qui en avait assez d’être le bouc émissaire du nain.

— Comment osez-vous ! tonna-t-il. Je suis… je suis… vociféra-t-il, l’écume aux lèvres.

— Oui, bon je sais qui vous êtes, ce n’est pas la peine de me le répéter tous les quatre matins, mon bon ami, tempêta Aria tout aussi furieuse, mais aussi un brin amusée par leur échange. Il n’empêche, et pour vous dire les choses franchement, je trouve cela aberrant, que vous deviez suivre à la lettre une soi-disant prophétie pour trouver l’entrée de votre royaume ! N’est-ce pas ? N’y avait-il donc aucun autre passage plus sûr et moins périlleux à trouver ?

Il la regarda comme si elle avait perdu la tête.

— Non, lâcha-t-il buté.

— Vraiment ?

— Oui.

— Non, parce qu’il me semblait, enfin je crois avoir entendu dire qu’un dragon avait élargi grandement l’entrée de votre déjà si impressionnant vestibule, laissant ainsi, un passage assez conséquent pour pouvoir y entrer à plusieurs.

Thorïn la regarda, éberlué. Sa colère retomba comme un soufflé face à la diatribe assurée de la jeune femme. Ses renseignements n’étaient pas tout à fait exacts, ils étaient même carrément faux. En fuyant la Montagne Solitaire, ils avaient réussi à refermer la porte, mais hélas, ils l’avaient aussi scellée. Il n’y avait aucun trou laissé par le dragon.

— On ne peut pas, dit-il entre ses dents.

— Vous ne pouvez pas quoi ?

— Entrer par la porte, soupira-t-il.

— Mais pourquoi ?

Il ne s’en tirerait pas à si bon compte, comprit-il.

— Parce que c’est ainsi ! L’entrée a été scellée. Vos renseignements sont erronés, finit-il par dire. De plus, la coupa-t-il avant qu’elle n’ajoute quelque chose, ceci est notre quête, pas la vôtre ! C’est vous qui avez tenu à nous accompagner alors vous vous plierez à ce que je commande de faire. Compris ?!

Aria leva les yeux au ciel et soupira bruyamment.

— Très bien c’est vous le chef, après tout. Alors, chef, par où va-t-on maintenant ? demanda-t-elle l’air sardonique.

— On sort de cette grotte, répondit Thorïn, trop heureux d’avoir repris la main, et on trouve les autres !

— À vos ordres, chef !

— Et arrêtez de vous moquer de moi, car sinon je vous embroche sans remord, rétorqua le nain en respirant lentement dans l’espoir de calmer ses nerfs déjà bien malmenés.

Aria le regarda, médusée.

— Ah oui ? Et avec quoi ? répondit-elle avec insolence, lorgnant sur l’espace vide où aurait dû se trouver une, voire plusieurs armes.

— Vous êtes impossible, vous savez, grogna-t-il.

— Je vous retourne le compliment, susurra-t-elle, bien décidée à le pousser à bout.

Prenant sur lui, il ne lui fit pas le plaisir d’entrer dans son jeu plus longtemps et avança d’un pas vif et assuré, lui faisant comprendre que la récréation était terminée. Ils devaient impérativement trouver les autres, et ce le plus vite possible. Il espérait juste qu’elle ne les avait pas trop fait dévier de leur chemin.

Aria quant à elle, ne sut pas si elle devait se féliciter de la tournure que prenaient les évènements ou bien les appréhender. Une fois arrivée dans la montagne, elle devrait récupérer la pierre et la mettre en lieu sûr et puis… Elle s’occuperait de ce satané dragon qui avait gâché la vie de tant de personnes ! En attendant, elle se retrouvait seule avec Thorïn et une partie d’elle-même ne put qu’apprécier cet intermède impromptu. Quand elle y repensait, elle devait quand même être un peu masochiste pour apprécier la compagnie d’un nain revêche qui ne l’aimait absolument pas.

oO§Oo

Thorïn et Aria finiront-ils par retrouver le reste de la compagnie ou se seront-ils entretués entre-temps ? Seuls l’avenir et la suite de cette histoire vous le diront.

À Suivre


Annotations

* Ici, tous les noms, appellations, etc. restent en VO et non en version française. D’ailleurs, ce qui est intéressant de noter c’est que selon certaines versions des romans, on se retrouve soit avec la version francisé des noms (Bilbo Baggins — version plus ancienne —, devient Bilbo Bessac — version plus récente —, etc.), soit avec la version originale, soit dans le Seigneur des anneaux, Bilbo Bessac devient Bilbon Sacquet…

* Dans les films Azog est toujours en vie alors j’ai tenu à le garder ici aussi par convenance.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire