2. Soleil Rouge

2

Soleil Rouge

L’attirance que les Elfes éprouvent pour les Drakons est aussi puissante que la peur qu’ils en ont. Alors que les Elfes vivent dans la lumière, les Drakons préfèrent l’ombre des roches volcanique d’où ils tirent leur force et leur savoir. Lorsque le dragon Smaug s’en prit à la Montagne Solitaire, Thranduil, le grand seigneur des elfes de la Forêt Noire, sut qu’il ne pourrait éviter le massacre et il ne le souhaitait pas. N’avait-il pas lui-même soumis l’idée au Roi Drakon ? La folie du roi Thror avait mené les nains d’Erebor à leur perte. C’était ainsi, il ne voulait ni ne pouvait rien y faire. Encore auraient-ils rendu ce qu’ils lui avaient volé, mais Thror s’était laissé guider par son avarice. Cette dernière sonnerait sa fin. Cependant, il n’avait pas vu venir l’extinction quasi totale du peuple des Drakonnites. La disparition de cette espèce fut une terrible perte pour les montagnes de la Terre du Milieu. La désolation causée par Smaug s’étendait au-delà d’Erebor… Sans que personne ne puisse rien y changer.


171 ans plus tard

Le roi Thranduil regardait, les sourcils froncés, le cachot vide où il avait enfermé ce qu’il avait de plus précieux. L’un des plus beaux trésors qui était à son sens en Terre du Milieu. L’obtenir avait été la chose la plus aisée qu’il n’eut jamais à faire de toute sa longue existence. Sa surprise avait été des plus grandes et des plus délectables. Il l’avait alors choyée, avait pris soin d’elle comme seul un roi Elfique savait le faire. Jamais il ne la laisserait repartir, pensait-il alors, il y veillerait. Pourtant, en ce jour sombre, elle avait échappé à sa vigilance et s’était volatilisée. Il l’avait perdue. Elle était partie… Envolée au nez et à la barbe de ses soldats qui n’avaient rien vu. Derrière lui, un garde mal assuré attendait la sentence.

— Alors, dit Thranduil d’une voix lisse et mesurée. Vous aviez enfermé un de ces nains avec elle ?

— Nous n’avons pas pensé sur le coup que cela poserait problème, Votre Majesté, répondit le garde tout en s’inclinant, prêt à recevoir le châtiment qu’il méritait.

— Non, effectivement, cela n’aurait pas dû arriver, dit posément Thranduil. Vous venez juste de me faire perdre un temps très précieux, sans parler de ce que ce cachot enfermait.

Un jour indéniablement funeste pour le roi des Elfes.

Sans plus de cérémonie, Thranduil repartit en direction de ses appartements privés, laissant la vie sauve au soldat. Ce dernier soupira, comprenant qu’il avait été à un cheveu de voir passer la mort. Une fois totalement seul, le Roi des Elfes se mit à réfléchir dans l’espoir de trouver une solution pour la récupérer. Ariana était un joyau inestimable qui valait cent fois l’Arkenstone à elle toute seule. Ces idiots de nains ne savaient même pas sur quoi ils venaient de tomber. Quand bien même l’auraient-ils su, se dit-il, ils l’auraient sans doute massacrée sans plus de cérémonie. Les nains haïssaient son peuple au plus haut point malgré un appétit assez similaire pour les pierres précieuses. Mais qui ne les aimait pas ? Lui-même en était friand et pourtant, il n’était ni un nain ni un Drakonnite. Par ailleurs, il y avait cette parure qui avait appartenu à sa défunte épouse et qui se retrouvait dans cette maudite montagne, sans espoir de retour. Enfin… pour le moment.

— Père, nous les avons perdus, Tauriel et moi, dit la voix de son fils qui venait d’entrer sans bruit dans la pièce.

La course poursuite sur la rivière avec les nains et les orques avait été aussi fastidieuse que revigorante. Les elfes adoraient chasser ces monstres.

— Je sais, Legolas, répondit Thranduil sans se retourner. Si ce n’est pas nous, ce sont les orques qui les retrouveront. Malheureusement, les nains ont pris quelque chose avec eux que nous gardions jalousement.

Au ton de la voix de son père, Legolas n’eut aucun mal à deviner de quoi il s’agissait.

— Ariana, répondit-il simplement. Mais comment ont-ils fait ? N’était-elle pas dans ses appartements ?

Thranduil se retourna pour faire face à son fils. Legolas ressemblait beaucoup à sa mère malgré ses cheveux blonds. Il avait hérité de son doux caractère. Trop doux au goût du Roi des Elfes, malheureusement.

— Ariana a refusé de se montrer coopérative, aussi l’avons-nous enfermée dans un de nos cachots pour la punir et lui faire recouvrer la raison.

Le monarque marqua une courte pause, soupirant avec une certaine lassitude.

— Or il se trouve qu’elle s’est enfuie en même temps que ces maudits nains. Il semblerait qu’elle se soit mêlée à leur groupe.

Chose inacceptable pour Thranduil.

— Mais pourquoi ? voulut savoir Legolas qui ne comprenait pas le désir que la jeune fille avait eu de s’enfuir. N’était-elle pas leur invitée ? Et pourquoi son père avait-il eu besoin de la faire arrêter ? Il ne comprenait rien.

— Pourquoi avez-vous cru nécessaire de l’enfermer ? reprit-il la mine circonspecte.

— Elle n’était pas raisonnable avec nous, souffla doucement le roi.

— Raisonnable ? s’exclama son fils, ne comprenant toujours pas où voulait en venir son père.

— Tu peux disposer, Legolas, répondit finalement son père, ne prenant pas la peine de lui répondre.

Legolas admirait son père plus que tout, mais il n’était pas toujours d’accord avec le roi qu’il était. Ce dernier était de plus en plus obnubilé par la beauté et les apparats, la force et le pouvoir. Ariana était l’une des dernières, sinon la dernière Drakonnite vivant en Terre du Milieu. La seule princesse survivante de ce peuple voué à disparaître à jamais, devenant ainsi aussi précieuse que les trésors qu’ils étaient censés garder. Thranduil avait été prêt à lui offrir une vie de quiétude et de douceur au sein de son royaume. Une sorte de cage dorée, en échange de quoi elle aurait dû vouer sa vie, ses pouvoirs, et son sang au Royaume de son père. Non pas que Thranduil soit sensible à ses charmes, loin de là, le Roi de Mirkwood n’était sensible qu’à lui-même. La princesse Ariana ne ressemblait en rien à un elfe, mais ses pouvoirs, eux, étaient immenses et cela valait bien un petit sacrifice de la part du grand Souverain de la Forêt Noire. Legolas savait tout cela et, même s’il était loin d’avoir son mot à dire dans les décisions de son père, il n’était pas d’accord pour autant. Avec Ariana, il avait l’assurance de devenir l’un des plus grands maîtres de la Terre du Milieu. L’intrépide princesse représentait un peu cet anneau unique qui avait été la force et la perte du seigneur des ténèbres, Sauron. À cette évocation, un frisson de dégout parcourut l’échine de l’elfe. Malgré tout, il devait obéir à son père. Si seulement il pouvait lui faire entendre raison au moins une fois.

Ses pensées se tournèrent alors vers Tauriel. Il avait nourri bien des certitudes à son égard, attendant patiemment qu’elle se décide à le voir comme il la voyait elle. La guerrière qu’elle était n’en restait pas moins une elfine avec un cœur plus tendre qu’on n’aurait pu le croire. Il savait qu’elle voulait venir en aide à ces nains qui avaient croisé leur chemin dans la forêt et qui s’étaient échappés de leurs geôles. Le plus jeune et le mieux fait de sa personne avait, semble-t-il, éveillé en elle quelque chose de plus profond. Étrangement, Legolas avait alors été plus dégoûté par le fait que ce soit un nain que la confirmation que Tauriel ne le voyait pas autrement que comme un ami, voire un frère.

Tandis qu’il regagnait, la mine préoccupée, ses propres quartiers, il croisa justement l’elfine de ses pensées. Elle semblait soucieuse et… curieusement armée pour quelqu’un qui rentrait à peine. Alors il comprit.

— Tu y retournes Tauriel ?! lui demanda-t-il bien qu’il soit déjà certain de la réponse.

— Je suis navrée, Legolas, mais je le dois. Au fond de moi, je sais que je dois le faire, insista-t-elle.

Sans un mot de plus, elle replaça de nouvelles flèches dans son carquois et partit en direction de la Montagne Solitaire. Avec un soupir résigné, Legolas décida de la suivre. Il ne pouvait ni ne voulait la laisser seule. Mais pour un nain ? songea-t-il atterré. Que ceux de Valinor lui en soient témoins, Tauriel était-elle tombée sur la tête ?! Si son père l’apprenait, c’en serait fini d’elle, il ne doutait pas un seul instant que jamais ce genre de nouvelle n’agréerait à leur souverain.

oO§Oo

Aria volait dans les cieux ! Elle ne faisait plus qu’un avec l’air et le vent. Le souffle de ce dernier sur son visage lui procura une sensation de bien-être qu’elle n’avait jamais connue jusqu’à maintenant. Elle parcourait la grande prairie jouxtant le lieu où la compagnie des nains avait fait son campement pour la nuit. Tandis qu’elle profitait de sa liberté retrouvée, à l’heure où le soleil s’apprêtait à s’élever dans le ciel gris, son sixième sens lui hurla qu’un danger imminent la guettait. Elle vit au loin quelques taches suspectes qui s’avérèrent être… Par tous les Drakons de la Terre du Milieu, non… des orques ?!

La jeune femme se réveilla d’un coup et hurla à la ronde :

— Les orques ! Ils arrivent ! Ils nous ont retrouvés !

Sans se faire prier et habitués à démarrer au quart de tour, les nains se levèrent tous d’un coup, prêts à en découdre, mais…

— Nous n’avons pas d’armes ?! s’alarma Gloïn qui venait de mettre la main à sa ceinture vide.

— Il va nous falloir prendre la fuite alors ? questionna Dori que cette seule idée révulsait autant qu’elle lui plaisait.

— Hors de question, grogna Dwalïn, le plus imposant de la bande après Thorïn.

Aria chercha justement des yeux leur chef et l’aperçut en grand conciliabule muet avec Balïn. Avec un soupir, elle remonta ses jupons, prête à se mettre à courir et leur cria d’une voix encore plus stridente :

— Mais fuyez, pauvres fous ! Vous voulez finir entre leurs mains ou quoi ?

Les nains ne se le firent pas dirent deux fois.

— Il est bien dommage que Gandalf ne soit pas là pour nous aider, gémit Bilbo que cette aventure fatiguait de plus en plus.

— S’il était là, continua Thorïn, mais il ne l’est pas, alors taisez-vous un peu !

Aria leva les yeux au ciel. Non, mais sérieusement ?! Était-ce vraiment le moment de compter les absents ?

Sans se faire prier, toute la petite troupe décampa avant que l’ennemi ne soit sur eux. Un peu plus loin, leur course effrénée les mena dans une grotte assez profonde où tous s’engouffrèrent, espérant que les orques continueraient tout droit sans chercher par ici. Thorïn n’aimait pas fuir, mais les elfes leur avaient confisqué toutes leurs armes. Saletés de bestioles aux oreilles pointues. Cherchant une solution, il s’aperçut que l’humaine parlait tout bas dans sa barbe… qu’elle ne possédait pas. Elle avait l’air très concentrée. Il fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que vous fichez, l’humaine ? Ce n’est pas le moment de parler toute seule, gronda-t-il.

— Mais taisez-vous donc, lui intima-t-elle sans lever les yeux vers lui.

Elle devait rester concentrée et ce nain ne l’aidait pas. En réalité, Aria, récitait une formule magique dans l’espoir de faire diversion en créant de fausses créatures volantes dans le ciel. Elle ne l’avait pas utilisée depuis très longtemps et pria par la même occasion pour que cela fonctionne toujours. Il faut dire qu’elle était un peu rouillée à ce niveau-là. Tous les nains, y compris Bilbo, avaient les yeux rivés sur elle, s’attendant sans doute à un miracle de sa part. Peut-être pourrait-elle leur être un peu utile malgré tout, quoi qu’en dise l’autre Seigneurie de pacotille. Au bout de quelques secondes qui lui parurent une éternité, elle entendit enfin le bruit salvateur des faux Crebains du Pays de Dun qu’elle venait d’invoquer. De grandes corneilles au plumage noir fondirent sans pitié sur les orques un peu plus loin en contrebas.

— Damoiselle Aria, s’exclama Fili, les yeux brillants d’une étrange lueur. Vous venez de nous sauver la vie ! Vous êtes une véritable magicienne… Comme Gandalf, ajouta-t-il fier de sa comparaison.

— Pour sûr, acquiesça vivement Kili qui ne voulait pas être en reste lui non plus, car après tout, n’était-il pas le beau-parleur de la famille ?

La jeune femme, que ces compliments atteignaient à peine tant la peur de se faire prendre avait été grande, put enfin soupirer de soulagement. Grâce à cette aide inopinée, le groupe allait enfin pouvoir repartir et décamper de cet endroit de malheur. Avisant un œil vers Thorïn, elle comprit que son petit tour ne l’avait pas impressionné le moins du monde. Elle aurait dû le transformer en cochon sauvage au lieu de lui sauver la vie, à cet âne mal embouché !

Quelques minutes plus tard, ils purent enfin reprendre leur voyage qui ne dura pas plus d’une journée entière. Finalement, ils arrivèrent aux abords d’un petit hameau où se trouvait une vieille auberge quelque peu délabrée. Fatigués, harassés, ils décidèrent de s’arrêter là pour prendre un peu de repos bien mérité. De toute façon et d’après Balïn, ils n’étaient plus très loin du but final de leur mission.

À une demi-journée de marche, les renseigna-t-on, se trouvait le lac qui les emmènerait directement au village surplombant Erebor. Dans des temps plus anciens, on pouvait aussi compter sur l’opulente cité de Dale, mais elle avait été détruite bien longtemps auparavant par le dragon Smaug. Aujourd’hui s’élevaient sur les eaux boueuses des petites maisons sur pilotis, entourées par le long lac d’Esgaroth, seul vestige d’une désolation qui s’étirait sur des kilomètres à la ronde. Le cœur d’Aria se serra d’amertume à cette évocation. Jamais son peuple n’avait voulu cela.

Cela faisait maintenant quelques jours que la jeune femme avait rejoint la fière compagnie des nains de la lignée de Durïn, mais malheureusement, sa relation avec leur chef, le futur roi d’Erebor, restait des plus tendues. Le nain semblait mépriser ouvertement sa présence. Pourtant, la jeune femme avait tout fait pour être plus plaisante à son égard, prenant sur elle les paroles dures qu’il avait à son encontre. Heureusement, elle pouvait compter sur le soutien indéfectible du hobbit Bilbo et de Fili. Ce dernier se montrait toujours courtois et charmant avec elle. Aria ne l’en apprécia que davantage. Kili, quant à lui, remarqua-t-elle, semblait se renfermer de plus en plus sur lui-même, au fil des heures qui passaient.

oO§Oo

Pendant ce temps, à quelques kilomètres de l’endroit où se trouvait la troupe de Thorïn, la route de Tauriel et de Legolas croisa celle des orques déroutés un peu plus tôt par l’illusion d’Aria. Les deux elfes, en guerriers aguerris, décochèrent flèche sur flèche, sans sommation, montrant une agilité peu commune qui déstabilisa bien vite leurs ennemis. Tauriel était plus décidée que jamais à retrouver la trace des nains et surtout celle du plus jeune, celui qu’on appelait Kili. Elle avait un mauvais présentiment à son égard. Et elle éprouvait aussi quelque chose qu’elle ne souhaitait pas nommer pour le moment.

— Legolas, je crois qu’ils sont partis vers l’Est, jeta-t-elle essoufflée.

— Étrange ! s’exclama-t-il, ils sont censés se diriger vers Erebor. Pourquoi rebrousser chemin ?

Il ne tarda pas à comprendre. Ils avaient dû se retrouver confrontés eux aussi aux orques et l’un d’entre eux avait dû avoir l’idée d’une diversion. Oui, mais comment ? À moins que…

— Ariana, dit songeusement Legolas.

Elle avait dû les aider à s’échapper. Il n’avait jamais vraiment mesuré l’étendue des pouvoirs Drakonnites, mais d’après le peu que son père avait bien voulu lui dire, ils étaient assez impressionnants.

— Que faisons-nous alors ? demanda Tauriel plus pressée que jamais.

Son compagnon la regarda droit dans les yeux, comprenant son impatience.

— Continuons vers Erebor !

oO§Oo

Non loin du bourg du Lac à l’auberge des Cinq Perches

— Ah ! Désolé mes p’tits messieurs, leur apprit l’aubergiste, mais il ne reste plus que deux chambres de libres. Si vous voulez, vous pouvez dormir dans l’écurie sinon, vu le nombre de bêtes qu’ils nous restent, y aura bien assez de place pour des p’tites personnes comme vous.

Les nains se consultèrent avant d’acquiescer.

— Cela nous va, mais nous prenons aussi les deux chambres, décida Fili. L’une pour Thorïn et l’autre pour la damoiselle qui nous accompagne.

— Ce n’est pas la peine, tenta vainement Aria qui avait vu le regard noir que lui avait lancé Thorïn. Je peux dormir avec les autres.

Même si au fond, elle aurait rêvé d’avoir un lit douillet et un peu d’eau chaude pour se débarrasser de toute la crasse accumulée au cours de ces derniers jours, elle était prête à faire ce sacrifice pourvu que cette imposture de roi cesse de la regarder de cette manière.

— Non, Fili a raison, reprit Bilbo, cela vous fera du bien. En tant que hobbit, nous ne sommes pas habitués nous non plus à…

Aria adressa alors à Bilbo son sourire le plus éclatant et ce dernier, ébloui, n’arriva jamais jusqu’au bout de sa phrase.

— Heureusement que je vous ai, vous – Aria accentua bien sur le vous destiné à Bilbo – pour prendre soin de moi, cher Bilbo, s’enthousiasma-t-elle sincèrement.

Toute contente, elle se tourna vers Fili :

— Et vous aussi Fili. Vous êtes tellement adorable avec moi.

Elle se pencha alors et lui embrassa doucement la joue avant de faire de même avec Bilbo. Le nain et le hobbit, devenus aussi rouges qu’une tomate, ne purent que balbutier des phrases sans aucun sens. Thorïn, qui n’avait rien raté de cette scène mielleuse au possible, grogna de mécontentement. Pour qui se prenait cette petite péronnelle pour aller séduire ainsi SON Maître Cambrioleur et SON neveu ?

— Ce n’est pas en jouant votre petite comédie, l’humaine, que vous me ferez changer d’avis sur ce que je pense de vous. Et n’allez pas séduire mon neveu, de toute façon vous n’avez aucun charme.

— Mais mon oncle ! protesta vivement Fili qui n’était pas du tout d’accord.

— Laissez tomber Fili, susurra Aria qui avait une furieuse envie d’arracher la peau de ce petit chef de rien du tout, par petits bouts, lentement, très lentement même et après elle irait le faire griller à la broche. — Je crois que c’est la jalousie qui fait parler votre oncle.

— Moi, jaloux ? Mais de quoi ? s’étrangla Thorïn. De vous peut-être ?

— Et si vous montiez voir vos chambres, proposa Bilbo à Aria et Thorïn qui allaient vraisemblablement en venir aux mains d’ici quelques minutes vu comme l’air crépitait d’électricité autour d’eux. C’était impressionnant.

Aria fut la première à abandonner et soupira lourdement. Ce petit bout d’homme était vraiment très sympathique et on sentait que lui aussi voulait faire ses preuves auprès de Thorïn. Il avait bien sûr signé un contrat et il était prêt à le remplir même au mépris de son débiteur. Quel manque de savoir-vivre de la part de ce prince nain quand même ! Trop heureuse de leur échapper quelques instants, elle alla se débarbouiller dans la chambre qui lui avait été attribuée avant d’aller souper. Elle prendrait son bain un peu plus tard. L’aubergiste avait eu la gentillesse de mettre un tube à leur disposition dans la pièce qui servait de salle d’eau, attenante aux deux chambres qui étaient voisines. Bien sûr, la gentillesse du vieux monsieur n’était pas gratuite et lorsqu’elle repensa au peu de considérations qu’avait eu l’autre Seigneurie de pacotille à son égard, elle avait failli voir rouge. Mais ce n’était pas le moment de mettre le feu au seul toit qu’ils auraient au-dessus de leur tête avant longtemps. Il n’empêchait que c’était elle qui avait tout déboursé, car eux, bien évidemment, avaient les poches presque vides. Les elfes leur avaient tout pris lors de leur captivité à Mirkwood.

— Ce Thorïn Oakenshield n’était qu’un gros porc sans savoir vivre, rumina-t-elle tout haut, en sortant de sa chambre tout en claquant bruyamment la porte.

— Ce gros porc, comme vous le dites si bien, ne vous a pas forcé à venir avec nous, dit une voix bien trop rauque, bien trop reconnaissable à son goût.

Aria soupira, mais ne lui fit ni le plaisir de se retourner ni celui de lui répondre. Au lieu de cela, elle partit à grandes enjambées vers la salle commune, sous le regard noir du gros porc en question. En bas des escaliers, elle croisa Fili qui semblait l’attendre. Ils se dirigèrent tous deux vers la salle à manger, laissant Thorïn derrière eux qui les observait, le visage fermé.

oO§Oo

Alors que le souper se terminait tranquillement, Thorïn se sentait aussi excité et pressé que… contrarié. La fin de leur mission se rapprochait de plus en plus. Bientôt, il allait enfin reconquérir le Royaume de ses ancêtres. Enfin il allait reprendre possession de l’Arkenstone et de la Montagne Solitaire. Plus il s’en approchait et plus il lui semblait entendre les appels impérieux de la pierre. Il ferma les yeux sous le coup de l’émotion. Bientôt, Erebor retrouverait sa prestance d’antan. Il en tremblait de désir contenu. Il pouvait donc bien supporter la présence inopportune de cette petite humaine. Elle n’avait pas arrêté de se coller contre Fili pendant tout le repas et ce dernier n’y avait vu aucune objection, bien au contraire. Quel idiot. Il ne comprenait pas son neveu. Ne voyait-il pas qu’elle le faisait exprès pour l’énerver lui ? Sans un mot, il la vit quitter la table, jouant de ses charmes et de ses sourires qu’elle dispensait aux autres aussi facilement qu’elle lui réservait ses piques et ses phrases acides. Mais, peu lui importait l’attitude de cette femelle, il était bien trop proche de son but pour se soucier d’elle. Erebor, son royaume ! C’est tout ce qui importait. Il ne tarda pas à quitter la compagnie des siens à son tour pour se diriger à l’étage. Une bonne nuit de sommeil lui serait bénéfique. Il fallait qu’il soit en forme quand il reprendrait possession de ses biens. Si seulement son père et son grand-père pouvaient le voir à ce moment-là… Il lui tardait que cela arrive. Tout à ses délicieuses pensées, il ouvrit la porte qu’il pensait être celle de sa chambre pour se retrouver nez à nez avec une vision pour le moins surprenante et presque irréelle.

oO§Oo

Aria avait quitté la salle un peu plus tôt, laissant la compagnie deviser joyeusement sur les prochains jours. Elle était éreintée et ne rêvait que du bon bain chaud qui l’attendait en haut.

Ce dernier lui fit un bien fou et c’est à la fois alanguie et détendue qu’elle s’allongea nue sur son lit douillet. Les draps frais sur son corps chaud lui prodiguèrent la plus délicieuse des sensations. Elle avait toujours été très sensuelle, mais il en avait toujours été ainsi pour tous ceux de son peuple. La sensualité chez les Drakons n’avait jamais été un sujet tabou, encore moins le sexe, ce qui pouvait sembler contradictoire vu le peu de naissance que son peuple avait compté ces derniers millénaires. Elle était par contre étonnée de fantasmer sur un nain. Et pas n’importe lequel. Il avait beau être arrogant et détestable en tout point, elle était attirée par sa prestance et son aura de puissance. Elle avait toujours aimé les belles choses qui brillent et, même si Thorïn Oakenshield était loin d’être une belle chose qui brille, il éveillait en elle des pensées passablement interdites et gênantes selon sa propre morale. Malheureusement son cerveau et son corps étaient loin de trouver cela interdit ou bien encore gênant et stimulèrent une zone au milieu de son ventre qui finit par enflammer totalement ses sens. Il avait beau être un nain, il n’en restait pas moins majestueux et terriblement tentant. Si seulement ils avaient pu se rencontrer dans d’autres circonstances. Que n’aurait-elle pas donné pour qu’il soit tout à elle. Était-il aussi rude et brutal en amour qu’au combat et dans la vie ? Elle se mordit la lèvre inférieure en imaginant la scène et soupira d’aise face aux images que son cerveau lui envoyait. Rassurée de ne pas être découverte, elle passa doucement la main sur son pubis avant de respirer doucement pour totalement fondre dans l’oubli du désir que ce maudit nain lui inspirait.

oO§Oo

Comprenant qu’il venait de découvrir une scène qu’il n’aurait sans doute jamais dû voir, Thorïn referma la porte, rassuré que la fille ne l’ait pas entendu, tout occupée qu’elle était à ses affaires. Loin d’être choqué, la vision du corps nu de cette petite humaine l’enflamma presque aussi bien que la vision de lui-même sur le trône d’Erebor. Pestant contre cette dangereuse faiblesse, il claqua violemment la porte de sa chambre. Cette petite peste n’était même pas de son peuple. Il ne devrait pas s’intéresser à elle. Elle ne faisait que lui embrouiller l’esprit comme elle embrouillait celui de Fili. Dès le début, il avait su que leur rencontre ne causerait que des ennuis.

Fort de cette pensée, il eut du mal à trouver le sommeil. Dès que ses paupières se baissèrent, son traître d’esprit lui envoya tantôt des images d’Erebor tantôt des images d’Aria, totalement nue et à sa merci.

Non, il aurait dû lui dire NON.

oO§Oo

Voilà une reconquête qui s’annonçait fort mal ou tout du moins assez périlleuse pour la compagnie des nains. Les raisons du corps et du cœur peuvent parfois être bien traîtres aux ambitions de l’esprit. Si le prince nain avait su ce que cela lui en coûterait…

À Suivre

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire