Prologue

La Malédiction d’Erebor

Prologue

« La Malédiction »

Année 2770 du Tiers Âge

Il y a de cela fort longtemps, les nains régnaient sous la Montagne Solitaire. Ils avaient baptisé leur royaume du nom d’Erebor. Le roi Thror possédait alors le plus grand des trésors. Il avait gagné le respect de tous les peuples alentours, de sorte qu’un accord tacite de paix et d’amitié avait été instauré entre le roi nain et ses voisins.

L’appétit des nains pour tout ce qui est précieux était une légende bien acquise. Leur gourmandise les fit creuser toujours plus loin sous leur montagne et un jour, ils finirent par y découvrir son cœur. Or, il ne faut jamais retirer le cœur d’une montagne sous peine de se voir maudit à jamais.

Thror ne fit pas cas de cette légende d’un autre âge et accueillit ce cœur, « l’Arkenstone », comme sa pierre la plus précieuse. Il se convainquit alors que finalement ce n’était pas la folie des nains qui la lui avait apportée, mais les dieux eux-mêmes pour lui prouver qu’il était roi de droit divin. La pierre finit par le rendre totalement fou et lorsqu’il voulut que les autres rois des autres peuples s’agenouillent devant lui, le roi des rois, il se retrouva sans alliance, puni pour son orgueil et sa vénalité.

À l’époque, les nains n’en n’avaient cure. Ils vouaient à leur souverain la plus indéfectible admiration. Régnaient aux côtés de Thror, son fils Thraïn et son petit-fils Thorïn. Ce dernier savait quel trouble animait son père et son grand-père, mais il ne comprenait pas pourquoi les autres peuples s’étaient détournés ainsi d’eux. Sans doute, la jalousie, pensait-il avec amertume.

Les nains continuèrent donc à profiter de leur trésor et de leur pouvoir sur Erebor quelques décennies encore, sans se douter que non très loin de là, le sort de leur montagne allait se jouer d’ici peu.

« La Vengeance »

Dans un pays au-delà de la Terre du Milieu, plus au Nord que le Nord même, se cachait jadis une autre terre faite de roche aussi chaude et volcanique qu’elle était dangereuse. Elle se trouvait à l’extrême Nord, là où un très grand froid régnait sans discontinuer.

Vivait sur cette terre inamicale, un peuple aussi vieux que la naissance de la Terre du Milieu elle-même : les Drakonnites. Mi-homme, mi-dragon et pouvant vivre jusqu’à plusieurs millénaires, cette civilisation d’un autre temps avait pour entre autres mission de préserver le cœur de chaque montagne. Mission qui dans l’ensemble ne nécessitait que rarement leurs services, car très peu d’elfes ni encore moins d’hommes se seraient aventurés à creuser au-delà du raisonnable. Bien sûr, il fallut que l’ambition des nains aille gâcher leur repos éternel. Les Drakonnites, en bons dragons qui se respectaient, aimaient et aspiraient plus que tout à la tranquillité. Leurs demeures étaient faites d’or et les fenêtres de diamants purs. Ils cultivaient tout comme les nains, l’amour des belles choses et des pierres précieuses.

Le dernier roi des Drakonnites : Adrial, somma son dernier garde d’aller récupérer le cœur de cette montagne et de le leur rapporter pour que sa fille unique, Ariana puisse le mettre en lieu sûr avant de le rendre à sa propriétaire légitime.

— Très cher Smaug, il est temps pour toi de te réveiller, j’ai une mission à te confier ! souffla aux flammes et dans la roche le roi mécontent.

Il n’attendit que quelques minutes avant qu’un homme de très grande taille s’agenouille devant lui dans un amas de brouillard cendré.

— Ma vie est à vous, mon roi, soupira le fameux Smaug dont le regard brillait de mille malices que le monarque n’apprécia que peu.

— Smaug ! tonna le roi Adrial, tu vas te rendre immédiatement à la Montagne Solitaire. Erebor, le territoire des nains. Tu les enjoindras sans attendre de te rendre le cœur de leur montagne, qu’ils n’auraient jamais dû déterrer.

— Très bien, Votre Majesté, murmura Smaug le regard rivé sur le sol. Et que ferais-je s’ils me le refusent ?

Le roi Adrial, fronça ses broussailleux sourcils. Il connaissait l’appétit de Smaug pour les guerres et les bains de sang. Cela dit, c’était le plus robuste des derniers Drakons de leur race.

— Pas de massacre, Smaug. Récupère la pierre, de force s’il le faut, mais tu ne t’en prendras qu’à ceux qui la gardent. Compris ?

Smaug regarda son roi un peu plus longtemps que le protocole ne l’autorisait. Il savait pertinemment que son « monarque » ne lui dirait rien. Leur peuple était voué à disparaître. Depuis tout temps, les dragons avaient été chassés par les hommes, les elfes, et les nains, sans état d’âme, ne laissant au final que très peu de survivants. Ceux de leur race se reproduisaient rarement. Les naissances étaient exceptionnelles, leur grande longévité ne les rendant pas nécessaires outre mesure. Néanmoins, mâles et femelles étaient en sous-nombre. Encore plus aujourd’hui. Alors qu’il s’apprêtait à disparaître pour accomplir son alléchante mission, il croisa le regard de la princesse Ariana. Il la désirait depuis fort longtemps, mais son désir d’or était encore bien plus grand. C’est avec un sourire malfaisant qu’il s’évapora de la salle du trône.

— Pouvons-nous lui faire confiance, père ? demanda Ariana, à qui ce sourire sournois n’avait pas échappé.

— Je ne puis te le dire mon enfant, marmonna le roi, qui fut pris d’une violente quinte de toux.

Sa fille accourut vers lui pour le soutenir.

Adrial savait que son heure était venue. Il allait passer de l’autre côté. Appeler Smaug était sans doute le dernier geste à faire, celui d’un désespéré, mais en un sens, n’était-ce pas un peu son cas ?

Le roi s’éteignit quelques jours plus tard et bien vite, sa fille apprit la traîtrise de Smaug ainsi que l’état de désolation dans lequel il avait laissé Erebor et ses alentours. La ville de Dale n’était plus qu’un souvenir et le peuple des Drakons, encore plus haï qu’il ne l’était jusqu’à présent. Avec son père, son peuple avait perdu la foi et la belle princesse vit peu à peu le reste des siens partir pour mourir dans ce qui leur restait de dignité.

Il lui fallut des décennies pour faire son deuil et calmer sa colère grandissante contre Smaug. Ce fieffé menteur avait pris possession de la terre des nains et y dormait tranquillement sans se douter qu’un jour, il aurait à répondre de ses actes. Ariana se jura qu’elle vengerait les siens, mais aussi celui des nains et des hommes qui n’auraient jamais dû souffrir de tout cela. Elle récupérerait alors le cœur d’Erebor et partirait à son tour.

Telle serait sa mission… et sa vengeance.


Année 2941 du Tiers Âge

Cela faisait quatre cent quatre-vingt-quinze jours qu’elle était prisonnière des geôles de ces maudits elfes. Dire qu’elle aurait déjà pu accomplir sa mission si ses pas ne l’avaient pas conduite en ces lieux enchantés ! Elle avait mal calculé son coup.

Il fut un temps où les conteurs déclamaient avec emphase sur la beauté de la forêt d’Eryn Galen – Vertbois le grand – or aujourd’hui, elle n’était plus que l’ombre d’elle-même. Peuplée de magie, d’illusions et de créatures sombres. Les Elfes qui vivaient près de cette forêt luttaient pour que l’endroit reste fréquentable, car leur roi tenait à cette barrière infranchissable qui séparait son royaume du reste de la Terre du Milieu.

Pauvre fou.

Le marché que Thranduil lui avait proposé était à son sens tout à fait inacceptable et d’hôte, elle était passée prisonnière d’un simple claquement de doigts. Le roi se délectait de la position dans laquelle il la mettait. Elle rêvait du jour où l’occasion se présenterait de lui rendre la monnaie de sa pièce. Si seulement les Dieux des Drakons pouvaient lui envoyer un signe, là maintenant par exemple ?

— Saletés de nains, on va vous apprendre à tenter de traverser notre forêt sans permission !

Un grand bruit sourd, celui d’une cage que l’on ferme brutalement, se fit entendre non loin du cachot où elle se trouvait. Était-ce là le signe qu’elle attendait ? Par précaution, elle rabattit vivement la capuche de sa cape sur son visage et se renfonça dans le coin le plus obscur de sa prison. L’attente ne fut pas longue, deux gardes encadrant un individu hirsute et peu commode, ouvrirent la porte composée de barreaux, et poussèrent sans ménagement leur prisonnier, sans un mot cette fois.

Curieuse, elle détailla son nouveau compagnon et, à en juger par sa petite taille, elle devina qu’il s’agissait d’un nain. Peuh, elle n’aimait pas les nains. Ils étaient aussi repoussants, grossiers et stupides que des ogres. Si c’était cela son signe tant attendu, les Dieux pouvaient le mettre là où elle pensait très fort même si c’était peu digne d’une Dame.

Le nain, quant à lui, rumina dans une langue ancienne tout le mal qu’il pensait de ces traîtres d’Elfes avant de s’asseoir devant l’entrée, tentant de déloger la porte de ses gonds. Agacée par le tapage qu’il faisait, elle faillit lui dire d’arrêter son cirque, mais se ravisa. Il n’était pas question pour elle d’entamer la moindre conversation avec ce rustre dépenaillé et mal coiffé. Au bout d’une demi-heure de vacarme à les rendre sourds, car apparemment, il n’était pas le seul à avoir été enfermé, la cage de leur prison se rouvrit et le nain fut embarqué menu militaire par les gardes. Poussant un soupir de soulagement pour ses pauvres oreilles malmenées la jeune femme s’octroya le droit de fermer un œil quelques secondes. Un peu de repos lui ferait le plus grand bien.

oO§Oo

Thorïn était furieux qu’on le traite de la sorte. N’était-il pas le fils de Thraïn lui-même fils de Thror, roi sous la montagne… Qu’il n’était pas totalement encore, c’était un fait. Ce n’était pas ce petit roi d’elfes prétentieux qui allait couper court à ses projets de reconquête. C’était avec un énorme plaisir qu’il avait remis Thranduil à sa place un peu plus tôt. Il préférait pourrir dans ces geôles plutôt que d’avoir à traiter avec cet imbécile dont la traîtrise se voyait comme le nez au milieu de la figure. Il espérait cependant trouver rapidement un moyen de sortir de là. Il se demanda un instant où était passé le Hobbit. Il n’avait pas été capturé avec eux et il espérait secrètement que le semi-homme puisse être celui qui les libérerait, car sinon… En attendant, il se retrouvait pour la seconde fois dans la prison où on l’avait emmené un peu plus tôt. Bien vite, il se rendit compte qu’il n’était pas seul, une créature semblait tapie dans l’obscurité et machinalement il porta la main à sa garde, pour trouver la place vide. Les elfes leur avaient confisqué toutes leurs armes.

— Maudits soient-ils tous ! jura-t-il en Khuzdul, sa langue natale.

Le nain avait remarqué sa présence. Tant pis, de toute façon, il était bien assez illusoire de croire qu’il ne l’aurait pas aperçue à un moment où à un autre tant leur prison était exiguë.

— Qui va là ? grogna le nain avec une certaine distance. Qui que vous soyez, montrez-vous et déclinez votre identité.

Il faisait très sombre, pourtant, le bleu de ses yeux transperça l’obscurité pour se river là où elle se trouvait. Agacée d’être interpellée de la sorte, elle s’avança vers lui tout en repoussant sa capuche.

— Eh bien, eh bien, nous voilà sommées par un bien étrange petit chef, se moqua-t-elle vivement tout en avisant la stature droite et fière de son compagnon de cellule. Il n’était pas vilain à regarder pour un nain et elle sentit tout de suite qu’il n’était pas n’importe qui non plus.

Intéressant, songe-t-elle pour elle-même.

— Répondez immédiatement à ma question, femme ou qui que vous soyez ! jeta-t-il froidement.

Thorïn n’aimait pas que l’on s’oppose à lui, encore moins s’il s’agissait d’une simple créature.

En plus, il était arrogant et sûr de lui constata, avec un certain mécontentement, la jeune femme. Raison de plus pour ne pas se laisser marcher sur les pieds.

— Sincèrement très cher, vous ne voulez pas savoir qui je suis, lui répondit-elle tout aussi durement. Je ne suis rien qui vous intéresse, croyez-moi.

Thorïn fronça les sourcils, ne s’attendant pas à une réponse aussi vindicative. Il avait l’habitude qu’on lui réponde sans poser de question. Surtout lorsqu’il employait ce ton qui n’appelait aucune récrimination. Il la détailla de la tête aux pieds, tentant d’évaluer qui elle était et d’où elle pouvait venir. Ses oreilles étaient cachées par une longue chevelure aussi flamboyante que le coucher d’un soleil, mais elle n’était pas un elfe. Malgré sa petite taille – elle ne devait pas faire plus de quelques centimètres que lui – ce n’était ni une naine, encore moins une hobbit comme leur maître cambrioleur. Qui était-elle donc ? D’où venait-elle et pourquoi était-elle enfermée dans un des cachots du roi des Elfes de la forêt de Mirkwood ? Alors qu’il s’apprêtait à lui répondre tout aussi vertement, il fut interrompu par celui qu’il n’attendait plus ou peu : le hobbit !

— Vous ici, petit cambrioleur ! hurla au loin les voix de Kili et de Fili, c’était inespéré !

— Libérez-nous vite, lança un peu plus loin Dwalïn. Le grand Thorïn et sa compagnie ont une montagne à récupérer. On en a assez de croupir ici.

Un « chut » bien placé les fit taire temporairement tandis que des clefs ouvraient de façons fort bruyantes les cellules de ses compagnons avant d’arriver à la sienne. Sans un regard pour eux, inquiet d’être découvert, Bilbo Baggins pria fort pour que les gardes n’entendent rien. En autant de temps qu’il fallait pour dire merci, toute la petite troupe fut bientôt libérée et Thorïn oublia sa compagne de cellule, trop occupé à suivre le semi-homme dans le dédale de la grotte où se trouvaient leurs cachots.

oO§Oo

— Voilà donc le signe que j’ai attendu si longtemps dans ma prison de pierre, murmura doucement la jeune femme.

L’arrivée des nains était une douce et étrange providence.

Elle allait enfin pouvoir accomplir sa destinée, mais auparavant, elle allait devoir trouver une solution pour rester aux côtés du roi sans royaume. Thorïn, fils de Thraïn, lui-même fils du roi Thror, était bien décidé à récupérer ce qui lui appartenait de droit. Elle l’avait compris à son regard. Le regard d’un nain prêt à tout, que rien n’arrête. Ce n’était pas un hasard si leurs routes se croisaient ici et maintenant. Un sourire égaya son visage quand elle suivit le petit groupe un peu plus loin. Ce n’était ni le lieu ni le moment de se montrer.

Après quatre cent quatre-vingt-quinze jours d’ennuis et de captivité, elle allait enfin pouvoir s’acquitter de sa tâche !

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A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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