12. L’Éveil des Sens

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L’Éveil des Sens


Cerise


J’avais tenté de fuir, malheureusement pour moi, Thranduil avait fini par me rattraper.

Une nouvelle fois, mon elfe préféré m’avait assigné dans le plus bel endroit que comptait le magnifique Royaume de Mirkwood : je parlais bien évidemment de ses fabuleux cachots dont le confort était vanté dans toute la Terre du Milieu. En bonne traduction cela signifiait que je faisais moins la maligne. Cela ne m’empêchait pas d’attendre que l’on me serve le champagne, mais c’était peut-être trop demander.

Une envie de pleurer me submergea à la pensée des circonstances qui m’avaient précipitée en ces lieux enchanteurs – sentez-vous toute l’ironie de cette phrase ?

Quand Thranduil m’avait rejointe dans la salle du trône, j’avais bien compris qu’il n’avait pas l’air franchement content du sale coup que je lui avais donné. Allons donc, je m’attendais à quoi au juste ? Qu’il me congratule devant tant de témérité ? J’aurais été bien idiote de le croire. Thranduil pouvait se montrer imbuvable, mais j’avais oublié une chose fondamentale le concernant : il était Roi depuis des millénaires. Bien sûr, il était loin de ressembler à Henry VIII – quoique, peut-être devrais-je prendre plus de précautions pour que ma tête reste bien en place – et heureusement d’ailleurs, sinon je n’aurais pas donné cher de ma personne. Au souvenir de la série avec Jonathan Rhys Meyer, j’eus un petit soupir nostalgique. Mon confort me manquait vraiment, et mes séries adorées aussi ! Dire que j’allais louper la troisième saison de Sherlock ! Quelle poisse !

Oui, ces pensées étaient certes très puériles, mais en songeant à la manière dont Thranduil m’avait amenée ici, un sentiment de haine me gagna sans que je puisse le juguler. Je ne l’avais pas supplié quand il m’avait jetée lui-même dans cette cellule humide à l’odeur de renfermé. Non, je n’avais rien dit. J’avais été forte. Oh, il avait bien tenté de me faire plier, mettant en avant son rôle de grand Roi des elfes et le mien, pauvre petite humaine insignifiante. Et il n’avait pas tort cela dit, comparé à lui, je n’étais rien dans son monde . Mais, j’avais tenu bon et je n’avais pas baissé les yeux. Ce n’était sans doute pas très intelligent de ma part, encore moins des plus sages, mais je commençais à en avoir marre que l’on se moque de moi depuis mon arrivée ici. Je voulais bien être stupide, mais j’arrivais au bout de mes limites et je pense que je les avais même dépassées. Depuis, je moisissais dans cette geôle à attendre le bon vouloir du Roi. Adossée contre le mur humide, je patientai le temps qu’une bonne âme vienne me secourir.

En vain.

Les heures passèrent et la nuit vint enfin, mais je ne reçus aucune visite, même pas celle de Liamarë. Rien, que dalle ! J’étais seule, j’avais froid et j’étais affamée. Si j’avais su ce qu’il allait m’en coûter, j’aurais mis encore plus d’ardeur dans ce maudit coup de genou ! Il l’avait bien mérité finalement et jamais je ne m’excuserai de l’avoir fait. Et pas question d’éprouver le moindre remords à son égard. Non, j’en ressentis même une sournoise satisfaction parce que pour une fois, il avait compris qu’il y avait des êtres, en dehors des nains, qui ne le vénéraient pas comme un dieu vivant… Ce qu’il n’était pas au demeurant. Il avait beau avoir des millénaires affichés à son compteur, il n’en restait pas moins qu’un elfe à l’esprit aussi vicieux que belliqueux, possessif et véritablement « chieur » quand il le voulait.

Au moment où je sombrai dans le sommeil, je me mis à regretter amèrement d’avoir refusé l’invitation du Seigneur Celeborn. Oh oui, je le déplorais même ! Cela m’apprendrait à écouter mon cœur de midinette plutôt que ma raison qui m’avait suppliée d’arrêter les frais avec Thranduil. Mais j’étais trop bête et au lieu de le laisser loin derrière moi, j’étais restée.

Mon repos fut ponctué par de terribles cauchemars dans lesquels Sa Majestueuseté comme j’aimais l’appeler, me regardait me faire dévorer par d’horribles araignées géantes, tout aussi flippantes les unes que les autres. C’était atroce, et en plus de cela, mes parents étaient là, eux aussi. Je les voyais se faire dépecer membre par membre. Je pouvais entendre mon père supplier d’épargner nos vies, mais le Roi n’en avait cure. Bien au contraire, il se délectait de notre détresse.

— Vous voyez, Cerise, disait-il, le visage déformé par la fureur qui le rendait méconnaissable, ce qu’il en coûte de vous rebeller contre nous.

Je me réveillai brutalement, en larmes, mes vêtements collant à ma peau brûlante et recouverte de sueur. Le souffle erratique, j’étais en nage. Quand les battements de mon cœur eurent repris un rythme normal, je me focalisai sur les bruits environnants. Je pus entendre des bribes de conversation en Sindarin provenant des étages supérieurs. Je fus presque soulagée quand je vis l’un des soldats de la garde s’avancer vers ma cellule, une écuelle à la main.

— Tiens, l’humaine, tu es enfin réveillée me dit-il d’une voix peu amène. Je suis venu ici plusieurs fois pour te donner à manger, pas plus tard que la nuit dernière, sans succès.

— Que… Quoi ? marmonnai-je l’esprit encore embrumé par ce maudit rêve. Il est si tard que ça ?

Je me frottai les yeux brutalement. J’avais beau avoir dormi, je me sentais encore terriblement fatiguée. L’elfe eut un rire de dérision.

— Tard ? Je ne dirais pas cela, il est même encore tôt pour ce début de soirée…

— Début de soirée ?! m’exclamai-je, mais…

— Tu as dormi plusieurs jours d’affilés. Impossible de te réveiller.

Sur ces paroles qui me choquèrent, il ouvrit la barrière en bois pour me tendre l’écuelle dont la tambouille semblait bonne pour satisfaire un animal.

Cette nouvelle me comprima douloureusement le cœur dans ma poitrine. J’étais seule. Personne n’était venu me chercher pour me ramener au palais. On avait décidé de me laisser croupir là, sans aucune mansuétude. Une bouffée de rage explosa dans mon ventre. Avisant le soldat et son plat, je levai la main pour faire voler l’assiette creuse contre le mur, aspergeant ce dernier d’une soupe qui ressemblait plus à de l’eau croupie qu’à de la nourriture. Comment Thranduil osait-il me faire cela ?!

— Allez vous faire foutre ! jetai-je hargneusement au soldat avant de me lever pour aller m’asseoir un peu plus loin, mettant ainsi une distance avec cet elfe arrogant qui me toisait de haut… Comme son Roi.

Pas du tout contrarié, bien au contraire, ce dernier ricana avant de secouer la tête.

— Tant pis pour toi, tu n’auras rien d’autre à manger avant demain.

Sur ces paroles qui avaient un goût de menace, il sortit, me laissant à nouveau seule avec moi-même. J’avais mal. Je haïssais les elfes, mais par-dessus tout, je haïssais Thranduil de m’infliger cela. Était-ce de cette manière qu’il traitait ses maîtresses ? Je comprenais mieux pourquoi il ne pouvait se contenter que de Maeiell. Seules les elfines venimeuses telles qu’elles pouvaient prendre du plaisir à lui manger dans la main. Les femmes bien ne se laissaient très certainement pas faire et lui ne les traitait sans doute pas comme cela non plus. Une nouvelle vague de tristesse me submergea.

Bâillant à m’en décrocher la mâchoire, je pris sur moi et me dis que ce calvaire ne durerait pas indéfiniment. Une fois que je serai sortie, Thranduil le paierait très cher. Vraiment très cher !

En attendant, je me remis en chien de fusil contre le mur pour tenter de fuir cette réalité dans laquelle je me trouvais. J’avais chaud et froid en même temps, mais étrangement je n’avais pas faim, je me sentais même nauséeuse.

.

.

Au bout de trois longs jours qui suivirent, on vint enfin me tirer de cet enfer. Trop fatiguée pour dire quoi que ce soit, je suivis, hagarde, l’elfe qui m’avait sortie de ma prison. Ce ne fut qu’en distinguant, au travers du brouillard qui m’enveloppait, la blonde chevelure de celui que je haïssais plus que tout que je compris où l’on désirait me ramener. J’aurais dû être en colère, pourtant, j’étais surtout vidée, et j’avais aussi terriblement froid. Le Roi allait parler, mais il se ravisa. Bien. Quant à moi, je me sentais mal, vraiment mal. Ma vue se brouilla encore plus qu’elle ne l’était quand j’étais entrée dans la pièce. Je ne pris véritablement conscience de mon état qu’à l’apparition de points blancs et noirs occultant mon champ de vision, puis je perdis connaissance.


Thranduil


Partagé entre la colère et l’envie de lui faire comprendre qui commandait ici, je ne fis aucune concession pour alléger la punition que j’infligeai à Cerise. Liamarë et même Finlenn vinrent plaider sa cause, tour à tour, mais je m’étais montré aussi inflexible que le roc des montagnes d’Erebor. J’avais dû également prendre sur moi quand Tamril était venu me demander une audience pour me parler d’elle. Il restait persuadé que ce que j’avais surpris entre eux était la cause de la punition de Cerise. Pauvre fat ! Mais comment aurais-je pu avouer ce qu’elle m’avait fait ? J’étais un Roi, et ce genre de comportement était gravement puni, et ce bien plus que par un simple emprisonnement. J’avais été à deux doigts de le bannir pour ne plus le voir auprès d’elle, puis je m’étais souvenu du jeune elfe sylvestre qu’il avait été. Je l’avais recueilli et, à l’époque, sa détresse m’avait ému. Au nom de cela, je l’avais laissé partir sans rien lui dire de plus. J’en étais incapable. Il était comme un second fils que nous avions pris sous notre aile, Elenna et moi. Je m’étais donc contenu, pour ne pas le blesser.

Concernant Cerise, je voulais qu’elle saisisse, une bonne fois pour toutes, qu’elle avait outrepassé ses droits. Plusieurs fois, j’avais ressenti l’envie, le besoin même, d’abréger ses souffrances, mais cela aurait été à l’encontre de la leçon que je voulais lui donner. Ce ne fut qu’au bout de plusieurs jours, après un régime drastique, que je convins qu’il était temps de la ramener parmi nous. Je l’espérais plus douce et repentante, mais la vision qu’elle m’offrit quand elle fut devant moi me choqua au-delà des mots. Par tous les Valar ! Qu’avais-je fait ?!

J’eus à peine le temps de me précipiter vers elle qu’elle s’effondra, telle une poupée de chiffon, entre mes bras. Elle avait terriblement maigri et elle était brûlante. Sans attendre, je la portai vers la causeuse où je pris soin de l’allonger. Ensuite, j’envoyai un de mes gardes chercher Liamarë pour avoir son avis sur l’état de santé de Cerise.

— Votre Majesté, commença-t-elle, la mine soucieuse, après avoir tâté le front et le pouls de ma petite humaine. Cerise a l’air très malade.

Je la fixai, sans comprendre.

— Malade ? Comment cela, malade ? répétai-je les dents serrées.

Liamarë se mordit les lèvres.

— Elle vient de passer plusieurs jours dans des cachots humides, sans compter que le soldat qui était en charge de sa surveillance m’a avoué qu’elle se nourrissait à peine…

— Son corps n’a pas supporté ce traitement, terminai-je à sa place.

— Je le crains, répliqua Liamarë, la mine sombre. Il nous faut quérir les services d’un guérisseur humain, immédiatement.

— Un guérisseur humain ? Le nôtre ne peut-il satisfaire ? Il trouvera sans doute mieux que n’importe qui le mal dont souffre Cerise, répliquai-je froidement.

Je n’avais aucune envie de faire venir un homme dans mon Royaume. Elle devait pourtant le savoir.

— Si nous ne faisons rien rapidement Majesté, objecta Liamarë avec anxiété, je crains qu’elle ne survive pas. Elle a l’air si faible.

Il n’y avait rien d’autre à faire, compris-je avec amertume. Il fallait trouver un médecin chez les Hommes. Il y a de cela fort longtemps, nous avions rencontré un sorcier qui vivait non loin de nos territoires. Il ne devait plus faire partie de ce monde, mais l’art de la guérison ne se transmettait-il pas de génération en génération ?

— Très bien, Liamarë, répondis-je après une courte réflexion. Partez avec un garde chez les Forestiers, il me semble qu’il doit y en avoir un.

Elle hocha la tête avant de me quitter. Me retournant, j’observai Cerise qui semblait si fragile et souffrante. Que pouvais-je faire pour elle ? M’approchant doucement de l’endroit où elle reposait, je m’accroupis devant elle, belle inconsciente, et ramenai une chaude couverture sur son corps tremblant. Elle était encore plus brûlante qu’à l’instant d’avant et son corps fut bientôt pris de convulsion. Ne sachant que faire, poussé par l’instinct je partis dans ma salle d’eau pour chercher un linge et un bol d’eau fraîche. Je me sentais responsable de ce qui lui arrivait.

Quand je revins vers elle, je passai délicatement le tissu humide sur son front. Qu’avions-nous fait ? Jamais je n’aurais imaginé qu’elle me reviendrait dans ce triste état. Les êtres humains étaient si fragiles, si imprévisibles. Si seulement, elle avait été moins impulsive, moins impertinente, jamais je ne l’aurais soumise à une telle punition. La finalité de ce châtiment me paraissait bien trop lourde de conséquences. Combien de temps passai-je à son chevet ? Je n’aurais su le dire, mais son état ne s’améliora pas les heures passant. Bientôt, elle se mit à délirer.

— Ma…man, l’entendis-je marmonner entre deux gémissements. Je te jure que ce n’est pas moi qui ai jeté le chat dans la baignoire. Il voulait juste être lavé…

Elle se redressa vivement, le regard aveuglé par l’angoisse et la fièvre.

— Chut, Cerise, répondis-je d’une voix douce, faisant abstraction de ses paroles qui n’avaient aucun sens pour moi. Reposez-vous.

Je lui pressai les épaules le plus délicatement possible pour qu’elle se rallonge. Elle m’observa un moment, un doux sourire s’étirant sur ses lèvres craquelées.

— Oh, vous êtes un ange, un vrai ? murmura-t-elle béatement.

Une chose me frappa à cet instant précis. J’aimais son sourire, vraiment, je l’aimais, bien que je n’eus aucune idée de ce que pouvait être un ange dans la définition qu’elle en faisait.

— Vous dites des inepties, Cerise, répliquai-je la gorge serrée. Rendormez-vous et guérissez, c’est un ordre.

Au lieu de m’obéir, elle se rapprocha de moi et plissa son nez avant de me respirer à pleins poumons.

— Vous sentez si bon. J’adore votre odeur.

Je la scrutai les yeux écarquillés, sans trop savoir quoi répondre. Qu’aurais-je pu lui dire ? Puis, tout d’un coup, elle se mit à trembler de tous ses membres.

— J’ai froid, gémit-elle, j’ai mal. Pitié, aidez-moi, ne laissez pas le Roi Thranduil me faire du mal ! Je ne veux pas être dévorée par les araignées. Laissez mes parents tranquilles, s’il vous plaît !

Puis elle se mit à hurler.

Je me sentais perdu et coupable d’être celui qui lui l’avait mise dans cet état. Elle retomba quelques secondes plus tard, inerte, tandis que je réfléchissais à une idée pour la calmer dans l’attente du guérisseur. Je me penchai pour m’assurer qu’elle respirait encore.

Désemparé, je me passai une main sur le visage tout en la surveillant. Par tous les Valar d’Aman, qu’avais-je fait ! Je n’avais jamais eu à affronter ce genre d’angoisse. L’attente du retour de Liamarë avec l’humain me parut interminable. Ne voulant pas quitter la jeune femme des yeux, je m’installai à mon bureau, car de là, j’avais une vue sur la méridienne où elle était allongée. Pour penser à autre chose, je pris mes missives en cours dans le but de les parcourir une à une.

Quelques heures plus tard, on frappa à la porte. Enfin ! pensai-je en sentant le soulagement m’envahir. Il s’agissait bien de Liamarë, et elle était accompagnée d’un homme d’un certain âge, le guérisseur, très certainement. Sans même un regard vers moi, l’homme se dirigea d’emblée vers Cerise.

— Il sait ce qu’il doit faire ? demandai-je à Liamarë en Sindarin pour ne pas être compris par cet étranger.

— Oui, Majesté, acquiesça-t-elle dans la même langue que moi.

Son visage était tourné vers le vieil homme. Impuissants, nous ne pûmes qu’observer le vieillard accomplir sa tâche. Ce ne fut qu’au bout de longues minutes qu’il se releva et vint vers nous. Son visage était empreint d’une très grande gravité.

— Cette enfant souffre de mauvais traitements. Elle présente aussi une sévère dénutrition, déclara-t-il en soupirant. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé, mais il lui faut beaucoup de repos et s’alimenter plus convenablement.

Un sursaut de colère m’envahit. Si cette idiote n’était pas aussi entêtée alors tout cela ne serait jamais arrivé ! Je pensais toutefois avoir pourvu à ses besoins depuis son arrivée dans notre Royaume et j’avais du mal à envisager que quelques jours en prison suffisent à la tuer. Mais je veillerai à ce que Finlenn convoque le garde qui s’était occupé d’elle. Je voulais un rapport complet.

— Est-ce grave ? ne pus-je m’empêcher de demander à cet homme.

Il acquiesça.

— Il faut qu’elle se repose, qu’elle reprenne des forces en se sustentant mieux. Forcez là, s’il le faut. De plus, cette petite semble à bout de force. Si vous tenez à ce qu’elle reste en vie assez longtemps pour la voir vieillir, ménagez là.

Il fourragea dans son énorme sac avant d’en sortir plusieurs fioles qu’il posa sur la table avant de verser ce qu’elles contenaient dans un troisième récipient, puis il le mélangea vigoureusement. Une fois qu’il eut fini, il tendit sa préparation à Liamarë.

— Cette potion l’aidera à se requinquer. Deux gouttes avant chaque repas, trois fois par jour, expliqua-t-il avec fermeté.

— Très bien, répondit-elle. Votre Majesté, reprit-elle à mon attention. Je vais raccompagner le guérisseur aux cuisines, je lui ai promis, en votre nom, un bon repas.

D’un signe de tête, je lui fis comprendre qu’elle pouvait prendre congé avec l’humain. J’espérais vraiment qu’il ne s’était pas trompé dans le diagnostic qu’il venait d’établir concernant Cerise. Par prévention, je demanderai à Lorófin de l’ausculter à son tour. Je ne tenais pas à ce qu’elle meurt par ma faute. Imaginer cette éventualité me troubla plus que je n’aurais cru.


Cerise


Quand je repris conscience, mon corps ne réclama qu’une seule chose : de l’eau. Ma bouche était sèche et j’eus bien du mal à avaler. Je n’avais plus de salive du tout, en fait. J’avais l’impression de m’étouffer en déglutissant.

— ‘soif, fut la seule chose que je réussis à prononcer presque correctement.

Je sentis alors que quelqu’un me soulevait doucement la tête pour porter un verre à mes lèvres. L’eau était délicieuse et si rafraîchissante. C’était divin. Me retournant, je vis que la personne qui venait de me donner à boire n’était autre que Thranduil. Je me sentais si faible et sa vue, au lieu de me provoquer, m’aurait donné envie de pleurer si j’avais eu la moindre larme à verser. Il reposa ma tête délicatement sur l’oreiller. Mes paupières étaient si lourdes que je n’eus pas la force de les garder levées plus longtemps. Je repartis dans un sommeil sans rêves et cela me convint parfaitement. Je ne voulais plus faire de cauchemars.

Une sensation de chaleur étouffante me fit rouvrir les yeux. J’étais en train de me consumer et la sueur qui ne cessait de perler entre mes seins m’embarrassait plus que tout. J’eus du mal à me relever, je me sentais courbaturée de la tête aux pieds et, quand je vis les deux couvertures de fourrures posées sur moi, je compris pourquoi j’avais l’impression d’avoir atterri dans le désert du Sahara. C’est avec précaution que je m’extirpai de ce lit d’appoint. Il faisait noir et seule une bougie brûlait sur une petite table non loin de ma couche. Plissant les yeux, je tentai de m’habituer à la pénombre quand un léger bruit sur ma gauche me fit sursauter.

— Vous êtes enfin réveillée, Cerise, me demanda une voix que je commençai à très bien reconnaître.

Me retournant, je découvris Thranduil qui se tenait à quelques centimètres de moi. Il portait ses vêtements de nuit. J’ignorais pourquoi, mais mon cœur se mit à battre la chamade. Il était stupide, mon cœur. Aurait-il oublié les quelques jours de retraite que j’avais passés dans les cachots humides de sa Sérénissime Majesté ? J’allais lui rétorquer quelque chose de bien pensé quand mon nez capta des effluves pour le moins dérangeantes. Reniflant l’air, je compris qu’il s’agissait de ma propre odeur corporelle. Je sentais la sueur rance et… la maladie. Quelle horreur ! Il fallait que je me lave tout de suite. Toutefois, même si je me sentais mieux, je n’étais pas encore au meilleur de ma forme. J’avais l’impression de nager dans un océan de coton. C’était désagréable. Cela irait sans doute mieux une fois que je me serais débarrassée de toute cette couche de crasse.

— J’ai besoin de me laver, déclarai-je simplement sans oser le regarder.

Je n’attendis pas qu’il me donne sa permission, je me levai avec précaution et quand je fus assurée que je n’allais pas m’écrouler, je partis en direction de la salle de bains. Après tout, j’en avais le droit. Quand je fus à l’intérieur, je voulus fermer la porte, mais Thranduil m’arrêta dans mon élan.

— Que…

— Vous êtes encore trop faible pour vous laver seule. Je vais vous aider, déclara-t-il la mine impassible.

— Comment ? Non, mais vous n’êtes pas net, mon pote ! Je peux me laver sans votre assistance, explosai-je sidérée par ce qu’il venait de me dire.

Je le scrutai un moment attendant de le voir perdre patience, mais au lieu de cela il me surprit en souriant doucement.

— Je suis sincèrement ravi de vous retrouver, Cerise, me lança-t-il gentiment – était-ce de l’ironie ? –, mais non, vous ne pouvez pas vous laver seule.

Ruminant sa réponse, je croisai les bras sur ma poitrine l’air boudeur.

— Appelez donc Liamarë pour qu’elle m’aide, alors, objectai-je.

Après tout, je ne voyais pas pourquoi le Roi des elfes aurait eu à s’abaisser d’une telle besogne. Il n’y avait rien de gratifiant à laver quelqu’un.

— Impossible, déclara-t-il avec autorité. À cette heure-ci, elle doit très certainement dormir.

J’émis un bruyant soupir quand je le vis verser des seaux d’eau fumante dans la baignoire. Cet elfe avait vraiment décidé de me pourrir la vie jusqu’au bout, songeai-je avec dépit.

— Pourquoi ? le questionnai-je bien malgré moi.

— Pourquoi quoi ? répéta-t-il sans se retourner.

— Ne faites pas comme si vous ne le saviez pas. Pourquoi êtes-vous attentionné avec moi alors qu’il y a quelques jours vous étiez prêt à me laisser crever comme une moins que rien dans vos cachots ?

Il revint vers moi, la bouche pincée, l’air plus impénétrable que jamais.

— Levez les bras, Cerise, commanda-t-il.

Il ne voulait pas me répondre. Je reculai d’un pas, bien décidée à ne pas me laisser faire.

— Non, contrai-je avec fermeté. Je ne me mettrai pas toute nue devant vous. D’abord, vous n’avez pas répondu à ma question.

— J’y répondrai quand vous arrêterez de me contredire et que vous vous laisserez faire, répliqua-t-il.

Ce Thranduil avait vraiment le don de m’exaspérer au plus haut point. Intérieurement, malgré la fatigue, je bouillis comme une cocotte-minute. Toutefois, comprenant qu’il ne servirait à rien de protester et que je ne me sentais pas bien, je fis ce qu’il m’ordonnait. Voyant que je me débattais avec ma chemise de nuit, il vint m’aider à m’en débarrasser. Une fois en petite tenue, je retirai moi-même ma culotte avant de me précipiter vers la baignoire et trébuchai. Je me serais étalée sur le sol s’il n’avait pas été derrière moi, à l’affût. Il eut juste le temps de me retenir d’un bras avant que l’inévitable arrive. Au fond, il avait peut-être raison, j’étais bien trop faible pour m’occuper de moi toute seule.

— Je vous avais pourtant prévenue, marmonna-t-il avant de m’attraper par les aisselles comme une enfant, pour me déposer dans l’eau bienfaisante.

Celle-ci m’arrivait aux épaules et me fit un bien fou. Tout en me détendant dans le bain, j’avisai d’un œil l’elfe qui ne m’avait pas quittée des yeux.

— Dites-moi, Thranduil, ne pus-je m’empêcher de lui demander. Pourquoi jouez-vous au garde-malade avec une insignifiante humaine que vous étiez prêt à laisser mourir dans vos immondes geôles ?

Son regard quitta mon corps, comme à regret.

— Pour vous répondre en toute sincérité, Cerise, je n’en ai pas la moindre idée. J’en ressens juste le besoin, voilà tout, avoua-t-il sans ambages.

— Je ne suis qu’un divertissement pour vous, n’est-ce pas ? murmurai-je.

C’était une évidence que j’avais fini par comprendre, il y a peu. Alors pourquoi étais-je déçue ?

— Sans doute, affirma-t-il en me toisant.

Cette réponse me causa encore des tourments, après tout, à quoi pouvais-je m’attendre de la part d’un Roi tel que lui ?

— Depuis que vous êtes entrée dans nos vies, continua-t-il, vous avez tout chamboulé.

Je le vis récupérer du savon liquide qui se trouvait dans une bouteille.

— Que faites-vous ? m’inquiétai-je.

— Penchez votre tête en arrière, Cerise.

Je fus sidérée de découvrir qu’il avait bel et bien l’intention de me laver les cheveux, je fis donc ce qu’il me demandait malgré tout. Si je n’avais pas été si épuisée, j’aurais ri de voir le grand Thranduil s’abaisser à laver la tête d’une pauvre petite humaine qu’il aimait rabaisser plus bas que terre. Sans rien dire, je le laissai faire et y pris même beaucoup de plaisir. Il était doux et ses mains furent apaisantes sur mon cuir chevelu bien douloureux. Une fois qu’il eut rincé tout le savon, il me passa un linge pour que je fasse le reste de ma toilette toute seule. Il attendit que je me fusse rincée pour me donner une serviette assez grande pour me couvrir tout le corps. Je m’enroulai dedans tandis qu’il m’essuyait la tête. J’avais vraiment l’impression d’être retombée en enfance. Ce constat avait quelque chose de presque rassurant et de… dérangeant. Quand nous eûmes fini – et que je fus décemment habillée –, il me conduisit dans sa propre chambre et me fit asseoir sur son lit.

Je me sentais beaucoup mieux depuis que j’étais propre. J’avais l’impression d’être plus légère, cependant, ma relation avec le Souverain de Mirkwood nécessitait une sérieuse mise au point. Nous ne pouvions continuer comme cela. Au fond de moi, je savais que ce n’était pas le moment opportun, mais j’avais besoin d’éclaircir certains points avec Thranduil.

— Je ne sais pas si c’était une bonne idée, me lançai-je avec maladresse.

Je ne voyais pas trop comment débuter et j’avais dit ce qui m’était venu en premier.

— De quoi parlez-vous, Cerise ? me demanda-t-il doucement, en venant s’asseoir à côté de moi.

Je plantai mes yeux dans les siens.

— D’être votre amante, je veux dire.

Je le vis tiquer, néanmoins je poursuivis, car je devais aller au bout de ma pensée.

— Vous recherchez une elfine avisée, quelqu’un qui vous comprenne et qui se plie à toutes vos exigences. Je ne suis pas celle-là. De plus, je ne supporterai pas d’être un simple jouet. Vous voir avec Maeiell… Cela m’a fait mal. Je ne suis pas partageuse et je n’ai pas envie d’être un passe-temps. J’ai besoin d’avoir une véritable relation avec quelqu’un que j’apprécie, je ne suis pas une p… ma voix se mit à trembler. J’avais ce mot en horreur.

— Cerise, vous vous méprenez sur bien des points, déclara-t-il en me caressant le visage.

Je fronçai les sourcils. Je le trouvais si différent depuis que je m’étais réveillée.

— Par exemple, repris-je, ce que vous faites avec moi maintenant alors qu’il y a quelques jours, j’aurais pu mourir que cela vous aurait été égal…

Je ne terminai pas ma phrase, car il venait de m’enlacer pour capturer mes lèvres. Son baiser était doux, mais appuyé. À quoi jouait-il, bon sang ?! Je n’étais pas d’humeur à ça. J’allais le repousser vivement, mais il mit fin de lui-même à notre étreinte.

— Nous sommes déjà amants, Cerise, et malgré votre fort caractère, malgré votre impertinence, je ne désire personne d’autre que vous. Je ne vous laisserai pas changer d’avis.

— Mais je ne veux pas de ce genre de relation, m’exclamai-je désemparée. Je veux quelqu’un qui m’estime et qui m’apprécie. Une personne qui tient à moi pour ce que je suis et non pour ce que je représente… Comme Tamril par exemple !

Son visage se ferma quelque peu à l’évocation du bras droit du capitaine de sa garde. Ce qui était compréhensible, évident même. Cela dit, Tamril avait tellement plus de courtoisie, voire de prévenance qu’en avait son Roi, et je devais le lui faire comprendre.

— Je sais, repris-je vivement, que vous n’approuvez pas les sentiments qu’il nourrit à mon égard, mais au moins, lui ne me donne pas l’impression d’être une marionnette à la merci bon vouloir de son maître. Je reconnais que jamais je n’aurais dû vous frapper, mais vous, vous auriez dû plus me respecter et donner du sens à ce qui nous liait. Soyez honnête, Thranduil, je ne vous intéresse seulement parce que je suis différente de vos congénères.

Il ne répondit rien à cela, son silence confirmant de manière éloquente ce que j’avais fini par comprendre. Il m’observa un moment avant de se lever. Je le vis prendre un verre et une carafe. Allons donc, il allait se mettre à boire maintenant ? En plus d’être… ce qu’il était, était-il aussi alcoolique ? Je fus des plus surprises quand il me tendit le verre qu’il venait de remplir. Je ne voulais pas boire, cependant le liquide qui s’y trouvait n’était pas rouge, mais ambré.

— Buvez, Cerise, me commanda-t-il.

Intriguée, je pris le verre et l’amenai à mes lèvres. Je fus étonnée de constater que cela avait le goût du thé glacé. C’était plutôt bon, bien que légèrement amer.

— Écoutez, dit-il en se rasseyant près de moi, croyez-le ou non, mais je ne suis pas insensible à ce qui vient de vous arriver. Je me rends compte que je vous ai sous-estimée dans bien des domaines. Vous m’intriguez, je ne peux le nier, ni à vous ni à qui que ce soit me connaissant.

Il se pencha vers moi et je crus un instant qu’il allait de nouveau m’embrasser.

Mon cœur, ce traître, se mit à cogner plus fort dans ma poitrine. Ce Thranduil-là, loin de me laisser de marbre, me faisait carrément craquer. S’il avait agi comme cela depuis le début, je crois qu’à cette heure-ci, je serais tombée irrémédiablement amoureuse de lui. Qu’en savais-je après tout, vu que personne n’avait éveillé ces sentiments en moi, jusqu’alors. Cela dit, il était le Roi et il me le rappelait sans cesse au travers de paroles tantôt dures, tantôt méprisantes. Dépitée par la tournure que prenaient mes pensées, je tentai de me dérober à son regard, mais encore une fois, je sentis ses doigts retenir mon menton.

— Non, ne vous détournez pas de moi. Dites-moi donc ce qu’il se passe dans votre incroyable petite tête, me demanda-t-il, d’une voix aussi douce que la soie.

Je soupirai.

À quoi bon lui mentir, il semblait honnête, sans doute devrais-je l’être également ? Pour une fois que nous avions une discussion entre adultes raisonnables.

— Je… je n’aurais pas dû refuser de partir avec Celeborn et ses Galadhrim, commençai-je en ne pouvant m’empêcher de manger mes mots. Pour… tant, je savais que partir me rendrait malheureuse. Je commence à me faire à cette vie, à Mirkwood… et… je crois que… – Mon Gieu, ce que c’était dur à dire – je vous apprécie aussi un tout petit peu.

Il émit un bruit de gorge avant de rire doucement.

— Ce n’est pas ce que vous pensiez réellement, mais nous nous en accommoderons, répliqua-t-il en secouant la tête.

C’était vraiment étrange. Ce Thranduil-ci, je ne le connaissais à peine. Le Monarque imbu de lui-même, oui, mais cet homme… Il ressemblait à celui que j’avais entraperçu le soir où il m’avait emmenée dans ses jardins personnels. J’avais l’impression que cela faisait une éternité.

— Cependant, reprit-il, il est tard et nous avons besoin de repos. Et quand je dis « nous », je parle aussi de vous, Cerise.

Comprenant ce que cela voulait dire, je me levai sans attendre qu’il me l’ordonne. Toutefois, une partie de moi répugnait à le quitter parce qu’à ce moment-là, j’avais besoin de sa douceur et de sa gentillesse. Me triturant la lèvre inférieure, je me mis un moment à me décider, mais j’en avais tellement envie. On pourrait me traiter de faible, de cœur d’artichaut et de toute autre épithète qui désignerait mon comportement actuel, mais je m’en fichais. J’avais besoin d’un peu de tendresse. Mes parents ainsi que ma meilleure amie étaient bien trop loin pour que j’en obtienne de leur part. Thranduil étant la seule personne présente actuellement… Cela laissait peu de marge à mon souhait d’effusion. Prenant mon courage à deux mains, je revins vers lui et me penchai pour humer son odeur avant de coller un baiser sur sa joue. Quand je rompis mon étreinte, je vis qu’il fronçait les sourcils d’incompréhension.

— Vous avez raison, Roi Thranduil, il est grand temps que… nous nous reposions.

Sans attendre, je me redressai dans l’intention de retourner dans le salon quand il m’attrapa par le bras.

— Dormez bien Cerise, me souffla-t-il au visage avant de me lâcher.

Je le quittai totalement ébranlée. Cette fièvre avait eu raison de moi. Et à en croire ce que je venais de vivre, de lui aussi…


Thranduil


Je la regardai s’éloigner et je dus prendre sur moi pour ne pas la retenir. Que m’arrivait-il ? Jamais aucune elfine ne m’avait mis dans cet état émotionnel auparavant. Pas depuis Elenna. Cerise ne le savait pas, mais j’avais failli la perdre. Elle était restée longtemps alitée, oscillant entre les délires dus à sa forte fièvre et les pertes de conscience qui s’étaient ensuite espacées jusqu’à ce que la température tombe enfin.

Appréhender sa mort probable m’avait secoué bien plus que je ne l’aurais envisagé. J’avais compris qu’une part en moi tenait vraiment à elle. Au-delà de ce qu’elle représentait, que ce soit du défi ou de la nouveauté, je m’étais attaché à ce petit bout de femme encore si jeune. Quand j’avais admis que j’éprouvais pour elle plus que de l’intérêt, cela m’avait ramené à cette multitude d’émotions brutes que j’éprouvais quand j’étais auprès d’elle. Mon âme chantait d’allégresse quand elle était heureuse et s’assombrissait quand elle n’allait pas bien ; tout cela me troublait. Ma défunte épouse avait été la seule avec qui j’avais eu ce genre de fusion et cela était tout à fait normal puisqu’il s’agissait de mon âme sœur. Sa mort m’avait plongé dans une affliction telle que j’avais cru que jamais plus je ne ressentirai quelque chose pour une autre personne. Puis, plusieurs millénaires plus tard, une petite humaine aussi étrange qu’impertinente s’était présentée à nos portes et avait mis un terme à toute forme de tranquillité ici-bas. Que devais-je penser de tout cela ? Tout à fait objectivement, j’ignorais où notre relation allait mener, mais je tenais bien à le découvrir.

.

.

Le lendemain matin, je trouvai Cerise assise confortablement dans un fauteuil. Elle semblait perdue, ailleurs.

— À quoi pensez-vous ? demandai-je en m’approchant d’elle.

Elle se tourna vers moi, surprise. Elle ne m’avait sans doute pas entendu arriver. Les humains n’avaient pas l’ouïe aussi développée que la nôtre.

— Oh ! s’exclama-t-elle. Je ne vous avais pas entendu. Bonjour, répliqua-t-elle poliment avant de repartir dans sa contemplation silencieuse.

Je vins m’asseoir à ses côtés. Liamarë n’allait pas tarder à arriver pour s’enquérir de ses nouvelles. Elle serait heureuse de la voir debout.

— Vous ne m’avez pas répondu, Cerise.

— Je pensais à mon monde, souffla-t-elle tristement.

Son monde, comment oublier qu’elle ne venait pas d’ici ? En plus d’être humaine, elle venait d’un endroit aussi mystérieux qu’inconnu.

— Il vous manque ?

— Je… Je crois que je suis en train de l’oublier, murmura-t-elle.

Nos yeux se croisèrent un instant.

— Est-ce important pour vous ?

— Je ne veux pas oublier d’où je viens, ni qui je suis, mais depuis que j’ai été malade… J’ai l’impression que tout se brouille. Ma mémoire me fait défaut.

J’allais rétorquer quelque chose, mais la porte s’ouvrit sur Liamarë qui apportait le petit déjeuner. En voyant que Cerise était levée, son visage s’illumina tel un tournesol sentant les rayons du soleil.

— Oh, Cerise ! s’exclama-t-elle en posant précipitamment le plateau sur la table pour accourir à elle. Tu nous as fait une de ces peurs !

Liamarë étreignit la jeune femme à l’étouffer. Je fus agréablement surpris de voir à quel point le lien qui les unissait semblait fort. Cerise lui rendit son étreinte avec plaisir.

— Je suis désolée, Liamarë, je ne voulais pas te causer encore plus d’inquiétude.

Me sentant de trop, je me dis qu’il serait sans doute préférable de les laisser à leurs retrouvailles. Je décidai donc de me rendre à la salle du trône pour vaquer à mes occupations. Je n’avais pas spécialement faim et je devais régler des affaires plus urgentes.

— Liamarë, je te laisse prendre soin de Cerise, dis-je en Sindarin. Je dois accueillir aujourd’hui le chef du village des Forestiers, concernant l’avenir de ces terres.

— Très bien, Votre Majesté me répondit-elle dans le même langage.

Avisant la petite humaine, je lui adressai un signe de tête avant de prendre congé d’elle et de l’elfine.

Tout en me rendant à mon trône, je repensai à l’attitude de Cerise. Elle n’était pas comme à son habitude. Elle semblait plus grave, plus… Adulte. Était-ce dû au fait qu’elle avait failli mourir ? Est-ce qu’inconsciemment, elle mûrissait ? Je la comprenais encore moins qu’avant, mais j’étais bien décidé à savoir ce qu’il se passait dans sa tête et dans son cœur.

Quand, je fus arrivé, je vis une troupe d’une dizaine d’hommes m’attendant.

— Bien, commençais-je d’un ton hautain, il est temps de régler ce qui se doit de l’être.


Cerise


Liamarë me couvait comme une mère qui avait failli perdre son enfant. Elle me forçait même à manger et à boire plus que de raison. Dans un sens, cela me gênait qu’elle me prenne pour une enfant, mais d’un autre côté, je la comprenais. Trois semaines ! J’avais été alitée pendant trois longues semaines et j’avais failli ne jamais plus me réveiller.

Je ne comprenais pas comment cela avait pu m’arriver. J’avais toujours été d’une constitution solide et même sur la Terre tout Court, je tombais rarement malade. Un rhume ici et là, et c’était tout.

— Je suis navrée, Liamarë, de t’avoir causé autant de tourments. Je me doute que tu as dû me veiller.

Mon amie émit un rire surpris.

— Si tu savais, ma chère Cerise, ce n’est pas moi qui t’ai veillée toutes les nuits.

— Ah bon ? Qui alors ? Tamril ?

Je voyais bien Tamril s’occuper de moi. Après la discussion que nous avions eue, où il me déclarait vouloir me faire la cour, c’était tout à fait possible.

— Pas du tout, s’amusa-t-elle.

Je fronçai les sourcils, étonnée.

— Qui alors ? répétai-je à nouveau.

— Tu ne vois vraiment pas ? continua Liamarë redevenant tout d’un coup très sérieuse.

Je secouai la tête en signe de négation.

— Notre Roi bien sûr, soupira-t-elle. Je ne l’avais jamais vu ainsi… enfin pas depuis la mort de son épouse. Il ne t’a pas laissée une nuit seule.

Je poussai un hoquet de stupéfaction.

— Tu te fiches de moi, Liamarë ! Jamais Thranduil n’aurait…

— Il s’est lui-même occupé de ta toilette, Cerise, me coupa-t-elle un peu plus sombrement.

J’avoue que son brutal changement d’humeur m’inquiéta.

— Et c’est important ? lui demandai-je.

Elle me scruta, la mine encore plus grave que d’habitude. Quelque chose n’allait pas.

— Jamais Sa Majesté ne s’abaisserait à s’occuper lui-même d’un serviteur, encore moins d’un être qu’il considère comme inférieur à son peuple.

Je pinçai la bouche sur ce que je considérais comme une insulte, même si je savais qu’elle ne l’avait pas fait sciemment.

— Ne te méprends pas, Cerise, je t’aime énormément et tu le sais, mais Thranduil a toujours été au-dessus de tout cela.

— Et que veux-tu que je réponde à ça ? crachai-je blessée qu’elle me dise cela sans prendre de gant.

L’elfe se leva et commença à débarrasser la table comme si notre conversation était insignifiante. Elle était loin de l’être pour moi.

— Si tu avais été l’une des nôtres, j’aurais remercié les Valar d’une telle chose, Cerise. – Elle vint se planter devant moi avec son plateau – Seulement, tu ne l’es pas et au final, je ne sais pas si c’est une bonne chose.

Je ne voyais pas où elle voulait en venir, mais ce que je compris, c’est que même si elle m’aimait beaucoup, elle n’appréciait pas que son Roi ait des vues sur moi. De là à dire que le sacro-saint Roi m’aimait, soit elle avait vu la vierge un soir de pleine lune, soit elle avait fumé un pétard. Cela dit, sa remarque sentencieuse me fit mal au cœur. J’avais appris à l’estimer et je lui faisais confiance. Pourquoi me jugeait-elle ? Que s’était-il passé pour que la Liamarë que j’avais connue ait laissé place à cette elfine de glace ?

— Va-t’en, soufflais-je.

Mes lèvres étaient engourdies et je sentis un très grand froid parcourir mon corps. Je n’arrivais pas à chasser ce sentiment de trahison qui commençait à me paralyser tel un poison.

— Cerise, je… commença-t-elle en se rendant compte qu’elle s’était certainement mal exprimée ou bien s’agissait-il encore d’autre chose.

Elle sembla prendre conscience que ses propos m’avaient fait du mal, mais je m’en fichais. Elle m’avait blessée.

— S’il te plaît, laisse-moi seule ! demandai-je le cœur lourd.

Liamarë soupira avant de partir enfin, me laissant seule avec ma peine. Bien que guérie, je me sentais encore faible, la tête me tournait et j’avais l’impression que plus rien ne serait comme avant. Thranduil, m’aimer ? Mais bien sûr. Je n’aurais jamais dû lui prêter mes livres. Elle se faisait des films parce que le Roi s’était occupé de moi. Il s’agissait du Souverain des elfes sylvestres, le mec le plus arrogant qu’il m’eut été donné de connaître… qui me parlait comme si je n’étais qu’une moins que rien. Celui-là même qui avait convenu que je ne représentais pas plus pour lui qu’un jouet tout neuf.

Nom de Dieu ! Il s’était occupé de moi, et alors ?…

Dépitée, je partis dans la salle de bains pour m’habiller et, une fois prête, je sortis des appartements royaux. Je pris soin d’éviter tout le monde. Inconsciemment, je me rendis dans le seul endroit où j’étais certaine que personne ne viendrait me chercher : le fameux jardin des délices de la défunte épouse du Roi. Je savais que personne n’y avait accès, et… Je voulais vraiment être seule. Je me souvins avec une étrange facilité du chemin à prendre et, une fois arrivée, je poussai un long soupir de soulagement. Ce lieu était magique et plein de grâce. Avisant les environs, je vis, non loin du fameux cerisier, une banquette assez longue et large qui se trouvait à proximité d’une tente. La banquette semblait m’appeler de toutes ses forces. Je décidai de m’y rendre pour m’y allonger. Je me sentis tellement bien que je ne vis pas les heures s’écouler, alternant entre l’émerveillement d’être dans un tel lieu et la somnolence.

Pendant que je somnolais, je fis un curieux rêve. Des gens d’une incroyable beauté, presque surnaturelle, – bien plus que celle des elfes sylvestres – m’observaient, le visage grave, empreint d’une très grande tristesse.

.

— Ma pauvre enfant, qu’avons-nous fait de toi ?

— Reviens-nous, rentre à la maison, nous t’y attendons.

— Tu nous manques tant…

— Qui…Qui êtes-vous ? m’exclamai-je, surprise.

Il ne s’agissait pas de mes parents cependant, une drôle de sensation naquit au fond de mon cœur. Comme si je retrouvais des êtres chers perdus depuis longtemps.

L’étrange femme me sourit, de ce genre de sourire qui vous donne envie de pleurer.

— Elenwë, ma douce enfant…

.

Je me réveillai en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Me relevant à demi de sur mon séant, je m’aperçus que je n’étais pas seule. Devant moi se tenait le Roi Thranduil et son visage affichait une expression indéchiffrable. Toutefois, il avait les yeux un peu plus écarquillés qu’à l’accoutumée.

— Je suis désolée, m’exclamai-je, me souvenant in extremis que je me trouvais dans un endroit interdit.

— Cerise, commença-t-il d’une voix blanche, depuis quand connaissez-vous le Quenya ?

— Le quoi ? Mais de quoi me parlez-vous, je ne connais pas le Kenya, je n’y ai jamais mis les pieds, objectai-je suspicieuse.

Le Roi secoua la tête avant de se pincer l’arête du nez.

— Non Cerise, vous parliez le Quenya dans votre sommeil. C’est une affirmation.

— Je vous demande pardon ? Vous avez dû rêver, hormis l’anglais et le français, je suis une catastrophe en linguistique. Pour preuve je ne sais toujours pas parler la vôtre, alors un dialecte Kenyan…

Sans plus un mot, Thranduil se posa à mes côtés.

— Vous n’êtes plus la même depuis que vous vous êtes éveillée de votre maladie.

Ces mots me firent rire.

— Vous dites n’importe quoi, Roi Thranduil. Je suis à peine remise, voilà pourquoi je ne suis pas comme d’habitude. Cela dit, vous non plus, vous n’êtes pas comme d’habitude.

Il émit petit un ricanement. Il semblait pensif.

— Vous avez failli mourir, Cerise, et croyez-le ou non, cela ne nous a pas laissés indifférents.

Je me mordis la lèvre inférieure, repensant à ce que Liamarë m’avait dit.

— Vous vous êtes occupé de moi, paraît-il.

— Oui.

C’était un oui laconique. Intriguée, je relevai la tête pour observer son visage. Je me sentis rougir. Son regard était intense et plein de promesses de voluptés. J’ignorais si je me sentais prête pour les expérimenter avec lui. Cependant, comme mû par une volonté propre, mon corps se pressa contre le sien. Thranduil ne me repoussa pas, bien au contraire. Il referma ses bras autour de moi avant que nos lèvres ne se rejoignent dans un baiser aussi tourmenté que passionné.

Ce n’est qu’au bout de quelques minutes qu’il se sépara de moi, à bout de souffle.

— Cerise, murmura-t-il, j’ai très envie de vous. Cela ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps que de vouloir quelque chose d’aussi fort… Cependant, je dois mettre un terme à cet intermède pour le moment.

Je mis un temps fou à comprendre ce qu’il venait de me dire. Je me détachai de lui, haletante. Moi aussi, je le désirais, et ce, même si je n’étais pas encore sûre de moi. Thranduil soupira avant de me caresser les cheveux.

— Douce Cerise, je suis venu vous trouver pour vous dire que je vais devoir quitter Mirkwood pendant quelques jours, une semaine tout au plus.

— Je vous demande pardon ?

Avais-je bien entendu ? Il allait partir et me laisser là ?

— Le Seigneur Celeborn et ses Galadhrim se rendent à l’orée de notre forêt dans le but de détruire les nuisibles qui continuent à œuvrer pour le mal et qui détruisent mes bois depuis des millénaires. Je vais les rejoindre avec ma propre armée pour leur prêter main-forte.

— Mais, y êtes-vous vraiment obligé ? demandai-je sans grande conviction.

Sa détermination semblait inflexible.

— Il n’est pas dit que Thranduil, Roi des elfes sylvestres soit un lâche. Je me dois d’y participer. Comprenez-vous ?

J’acquiesçai la mine sombre. Je n’avais pas le choix. Cette absence aurait dû me mettre en joie, mais aux vues des derniers événements, ce fut plutôt l’inverse. Son absence serait une torture !


Tamril


Je croyais que le plus dur serait d’affronter mon Roi, mais finalement je n’avais reçu aucun blâme. Et pour cause, Cerise, ma douce et belle Cerise, avait failli mourir. J’avais remué ciel et terre auprès de Finlenn – à qui j’avais fini par m’ouvrir sur mes sentiments la concernant – pour qu’elle soit libérée. Malheureusement, il avait été intraitable. Selon Liamarë, le Roi l’avait veillée jalousement autant de jour comme de nuit. Cela faisait parler la cour qui se posait de plus en plus de questions. Sa Majesté donnait l’impression d’avoir retrouvé celle qu’il avait perdue autrefois. Malheureusement, elle ne l’était pas et cela perturbait les elfes de notre Royaume, moi le premier. Je ne savais que penser de tout cela. J’avais prié les Valar sans discontinuer pour Cerise, j’ignorai si j’aurais survécu à sa mort. L’imaginer, me plongeait dans une très grande affliction.

J’en étais là de mes ruminations quand j’aperçus Liamarë qui se rendait dans les jardins. Elle semblait triste et mon cœur rata un battement. Ce fut la gorge serrée que je la rattrapai avant qu’elle ne bifurque au détour d’une coursive.

— Comment va-t-elle ? la questionnai-je sans autre forme de procès.

— Elle était debout ce matin et semblait assez en forme, répondit Liamarë sans me regarder.

Je trouvai étrange son comportement fuyant et je sus que quelque chose n’allait pas.

— Qu’est-ce qui te rend d’humeur si chagrine ? lui demandai-je sincèrement inquiet.

Elle respira un coup avant de s’asseoir sur un banc qui se trouvait non loin d’elle.

— Tu sais, commença-t-elle, j’étais très proche de notre Reine.

Je hochai la tête. Liamarë avait été aussi sa première Dame de compagnie. Elle s’était retrouvée dévastée par la mort de la Reine Elenna, mais pas autant que notre Roi.

— Aujourd’hui quand je l’ai trouvée auprès de notre Souverain, j’ai été surprise par la manière dont il la regardait. Cela m’a déstabilisée et je me suis montrée dure envers Cerise.

Je comprenais ce qu’elle voulait dire. Moi-même, j’étais étonné de l’importance que Cerise semblait revêtir auprès de Sa Majesté. Que je veuille m’occuper d’elle était légitime, j’étais fou d’elle, je l’aimais et mon âme voulait être auprès d’elle… Mais notre Roi ?

— Je suis certain que Cerise s’en remettra, avançai-je. Elle sait très bien que tu l’apprécies.

— Je l’aime même beaucoup, avoua mon amie. La blesser n’était pas mon intention, je voulais juste la préserver d’une peine de cœur. Il fallait qu’elle comprenne que Thranduil n’était pas pour elle et qu’en tomber amoureuse ne l’aiderait en rien. Tout comme je ne vois pas notre Roi oublier son amour pour Elenna pour une simple humaine… Je mesure bien la dureté de mes propos, mais, n’est-ce pas la vérité ?

Je ne lui répondis pas. Je ne pouvais qu’être d’accord avec elle. Mais j’espérais bien qu’un jour Cerise aurait à mon égard ces sentiments qu’elle semblait éprouver pour notre Monarque. Je ne voulais pas penser au fait que sa vie serait très courte et que le jour de sa mort – quand elle serait très vieille – me dévasterait comme jamais. J’allais ajouter quelque chose quand je vis deux soldats se précipiter vers la grande salle des armes. Fronçant les sourcils, je les interpellai.

– Que se passe-t-il ?

Tous deux s’arrêtèrent dans leur course et se tournèrent vers moi.

— Sa Majesté réclame tous ses soldats. Je crois que nous allons partir pour Dol Guldur. Il était grand temps.

À ces mots, je sentis quelque chose frémir au fond de moi. Me redressant, je saluai Liamarë avant de les suivre au pas de course.

Une fois dans la grande salle, je fus surpris par le nombre d’officiers gradés se trouvant sur place. Cherchant Finlenn des yeux, je le vis auprès du Roi. Ils discutaient à voix basse, puis le Souverain réclama notre attention.

— Si je vous ai fait venir ici, c’est pour vous annoncer notre départ imminent pour les terres obscures de Dol Guldur.

Un immense brouhaha s’éleva alors dans les rangs.

— Silence ! tonna Finlenn.

— Les Seigneurs de la Lórien, reprit notre Roi d’une voix plus forte, sont déjà en chemin. Ils n’ont pas sollicité notre présence, mais il n’est pas dit que les elfes sylvestres n’auront pas de rôle majeur à jouer dans l’éradication de la vermine qui ravage nos bois depuis tant de millénaires !

Cette sentence résonna puissamment en moi. J’avais des comptes à régler au nom des miens. J’allai enfin avoir ma chance. Notre Roi nous donna encore quelques directives, puis chacun se prépara à partir. Je me dirigeai vers la sortie quand je fus apostrophé par Finlenn.

— Tamril ! Attends ! Toi, tu restes ici, me dit-il sans prendre de gant.

— Tu te moques de moi ?! demandai-je incrédule, les yeux écarquillés.

Il secoua la tête.

— Notre Royaume ne peut rester sans protection. Tu es mon second, il est normal que ce soit toi qui prennes le commandement pendant notre absence.

— Finlenn, commençai-je d’une voix blanche. Aurais-tu oublié ce pour quoi je suis devenu soldat ? Ce pour quoi je me prépare depuis tant de décennies ?

— Non Tamril, je n’ai pas oublié, et crois-moi, j’aurais donné n’importe quoi pour que tu sois des nôtres, mais…

Alors tout me parut limpide. L’ordre émanait du roi. C’était sa manière bien à lui de me punir d’avoir osé toucher à ce qui lui appartenait. J’eus envie de hurler et de protester, mais cela n’aurait servi à rien.

— C’est le Roi n’est-ce pas ? grognai-je, entre mes dents serrées.

Finlenn pencha la tête sur le côté avant de se frotter les deux mains sur ses cuisses.

— Je suis navré Tamril, vraiment, mais je pense sincèrement que tu es le seul à pouvoir garder ce lieu en sécurité. Tu es mon bras droit et ma confiance en toi est indéfectible.

Pourtant, je fus touché par ses paroles, même s’il n’avait pas répondu à ma question… Je savais qu’il ne le ferait pas. Bien qu’honoré par sa confiance, je ne pouvais ignorer que l’on me refusait le droit à porter les armes. Puis l’image d’une jolie petite humaine blonde au regard impertinent se dessina devant mes yeux. Cerise. J’allais être seul avec elle.

Malgré ma peine, un léger sourire étira mes lèvres. Aurais-je l’outrecuidance suprême de la dérober à mon Roi ?

Qui sait… Peut-être.

À Suivre


Annotations

* J’ai pris le parti de mettre le moins possible de phrase en langage elfique. C’est pourquoi je préfère mettre lesdites phrases en italique, que soit pour le Quenya ou le Sindarin. Toutefois, il m’arrivera, pour le bien de l’histoire, d’en insérer.

* Des mystères se tissent autour de Cerise. Sa maladie semble avoir été le catalyseur de choses qu’elle ne maitrise pas du tout. Et Thranduil pendant ce temps, ne perd pas le Nord. Pourtant, cela n’a pas l’air de déplaire à Cerise et pour cause !

* Dol Guldur, impossible de ne pas faire au moins un chapitre entier sur ce moment important qui se situe après la chute définitive de Sauron. Ce fait n’est ni relaté dans un conte ni dans une nouvelle, mais on retrouve quelques références à son sujet dans les appendices du Seigneur des Anneaux. Galadriel s’est rendue à Dol Guldur pour en finir avec le mal. Pour cela, elle s’est servie du pouvoir de son anneau, Nenya. Dans la première version d’une Quête Ratée, j’en parlais brièvement. Cela dit, en y repensant, il me semble impossible que Thranduil n’ait pas pris les armes aussi. Comme rien ne fut écrit sur le sujet, je crois avoir l’entière liberté pour imaginer comment cela s’est déroulé.

*Dates à retenir : en 3019 du Troisième Âge (TA) l’anneau de Sauron fut détruit. Pendant la guerre qui fit rage cette même année, Thranduil et Celeborn ont œuvré de leur côté pour assainir Mirkwood. Cerise est arrivée en 3020 et même si je ne donne pas de dates détaillées, je compte environ 9 mois depuis sa venue. Galadriel, Elrond et Frodon prendront donc la Mer quelques mois plus tard soient en 3021. En clair, je joue un peu sur les dates. Ce que je dis peut ne pas être exact au mois, ou au jour près.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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