13. La Fin de Dol Guldur

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La Fin de Dol Guldur


Thranduil


Pris dans la précipitation du moment, je n’avais pu dire au revoir convenablement à Cerise. Une fois nos troupes prêtes à partir, nous nous étions mis en route sans attendre.

Revoir ma précieuse forêt dans un tel état de décrépitude me rendit fou de rage. Depuis notre installation dans les cavernes et la mort d’Elenna, je n’étais plus jamais ressorti dehors. Je savais bien que le mal ne s’était pas arrêté depuis que j’avais fermé les yeux sur son étendue. Sur plusieurs millénaires, il n’avait fait que se renforcer et gangréner un peu plus ces lieux si chers aux miens. Toutefois, tout avait pris fin avec la destruction de l’Anneau de Sauron… Malheureusement, il restait encore trop de vermine en Terre du Milieu là où les seigneurs des ombres avaient étendu leur pouvoir corrompu. Nous croisâmes sur notre chemin quelques araignées, et même un groupe d’orques que nous n’eûmes aucun mal à abattre de nos épées. Nous étions pressés.

Nous galopions sans relâche depuis plusieurs heures quand Finlenn remarqua enfin le campement des Galadhrim. Nous étions arrivés aux portes de la forteresse noire compris-je dans un serrement douloureux au cœur. Cet endroit me rappelait tant de souvenirs aussi bons que mauvais… Mais ce n’était guère le moment de me laisser submerger par les émotions. Observant les environs, je cherchai des yeux le Seigneur Celeborn. Celui-ci ne devait pas être bien loin, ainsi que son épouse. J’avais été surpris d’apprendre que sa Dame avait fait le voyage, puis j’avais fini par conclure que sa présence sonnerait le glas des ténèbres.

Revenant au présent, un long frisson m’étreignit la colonne vertébrale et me glaça d’effroi. Bien que l’endroit fût sûr, je pouvais sentir les relents d’une magie aussi noire qu’ancestrale. L’air restait empoisonné et il fallait faire preuve de beaucoup de prudence pour ne pas perdre la tête. Sentant l’étourdissement me gagner, je secouai la tête pour reprendre mes esprits et levai les yeux vers les cimes des arbres sans vie. Tous les végétaux environnants étaient morts. Plus aucune feuille verte n’y poussait, plus aucune fleur ne venait s’épanouir dès que le printemps arrivait. Tout s’était figé, asphyxié sous une brume occulte, sombre, épouvantable. Ma forêt, autrefois si accueillante, était devenue le cauchemar des habitants de la Terre du Milieu. Grand’ Peur… Mon âme criait vengeance. Et cette dernière serait satisfaite d’ici peu de temps. Un sourire tordu naquit sur mon visage quand mon regard croisa ce qu’il restait de la forteresse de Sauron. Hormis quelques esprits damnés et autres vermines, plus rien ne la protégeait de nous. La fin était proche, je le sentais !

Tirant sur les rênes de mon élan, Vif ‘Argent, nous bifurquâmes vers l’enclos où étaient parquées les autres montures, puis je descendis de la mienne tout en donnant sa bride à l’un des palefreniers qui s’occupait des animaux. Toujours sans un mot, je partis en direction du campement et trouvai rapidement la tente seigneuriale dans laquelle devaient se trouver le Seigneur Celeborn et la Dame Galadriel. J’y pénétrai sans même prendre la peine de m’annoncer. Celeborn était bien là, mais à la place de Galadriel, c’était avec son gardien, Haldir si mes souvenirs étaient exacts, qu’il s’entretenait. Tous deux arrêtèrent leur discussion quand ils me virent.

— Thranduil, bienvenue à vous, me dit Celeborn en s’avançant vers moi. Comment allez-vous depuis notre dernière rencontre ?

— Comme un ellon sur le point d’en découdre avec ses ennemis, répondis-je gravement tandis que l’autre soldat s’inclinait devant moi. Je suis plus que prêt à mettre fin à ces années de terreur sur nos terres, poursuivis-je d’une voix ferme.

Et c’était vrai. Au fond de moi, je désirais plus que tout reprendre ce qui nous avait été volé et que je n’avais pas su, alors, défendre avec force. J’exultai même d’une joie féroce à l’idée de pouvoir venger tous ceux de mon peuple qui étaient morts sous le joug du Seigneur des Ténèbres et de ses viles créatures.

— Vous serez heureux d’apprendre Majesté Thranduil, commença le gardien Haldir, me sortant ainsi de mes pensées, que nous avons tué les trois dernières colonies d’araignées qui gardaient la forteresse.

— Il en restait quelques-unes qui ont dû échapper à votre vigilance, lui appris-je. Nous nous en sommes débarrassés bien sûr.

L’ellon acquiesça avant de récupérer son casque et son carquois.

— Il se peut que certaines aient pu fuir, effectivement, dit-il tout en se préparant.

— C’est exact, répondit Celeborn en se rasseyant sur son siège tout en me proposant celui qui se trouvait à côté du sien que je déclinai poliment. Malheureusement, ce ne sont pas les seules. Certains de mes soldats m’ont appris que des orques avaient trouvé refuge dans les cachots de la tour principale. Ils sont en train de les débusquer, à l’instant où nous parlons.

— Je vois, fis-je en hochant la tête. La fin est proche, une nouvelle ère de paix va pouvoir souffler sur ces terres.

Au même instant, Finlenn apparut en relevant la bâche de la tente. Je lui fis signe d’avancer.

— Finlenn, ordonnai-je, prends quelques guerriers avec toi et rejoignez immédiatement les Galadhrim du Seigneur Celeborn.

— Très bien Majesté, dit-il avant d’aviser Haldir.

Les deux ellir échangèrent quelques mots avant de sortir en nous laissant seuls. J’en profitai pour faire quelques pas vers la sortie. Je ne tenais pas en place. Celeborn comprenant que notre discussion touchait à sa fin, se leva et me rejoignit. À son regard, je compris qu’il voulait aborder un autre sujet avec moi.

— Comment va votre petite protégée ? demanda-t-il pendant qu’il se préparait pour les combats à venir.

— Je suis surpris que vous vous souveniez d’elle en pareilles circonstances, répondis-je froidement.

Je n’avais aucune envie de me lancer dans une nouvelle discussion maintenant. Ce n’était ni l’heure ni le lieu. Celeborn soupira.

— Mon épouse pense que sa venue en Terre du Milieu est loin d’être anodine, Thranduil. Il se peut même qu’elle fût espérée.

— Je n’attendais personne, assurai-je avec dédain, encore moins une humaine aussi encombrante et futile.

L’ellon ne répondit pas. Il semblait réfléchir sur ce qu’il pouvait me révéler ou non, je le devinai à son regard et cela m’intrigua.

— Galadriel a eu des visions précises. Nous attendions l’arrivée imminente d’une personnalité importante que nous devions guider et protéger.

Il vint se planter devant moi.

— Et en vain, continua-t-il, car cette personne n’est jamais venue jusqu’à nous. Or, vous abritez en votre Royaume une étrange jeune femme venue d’un autre monde…

Je secouai la tête. Cerise était beaucoup de choses, mais j’avais quelques difficultés à imaginer qu’elle eut une quelconque importance pour notre peuple.

— Où voulez-vous en venir Celeborn ?

— Je ne saurais vous le dire, mon cher. Même Galadriel a des doutes et peu de certitudes. Nous pensions venir en votre Royaume une fois Dol Guldur détruite.

— Comme il vous plaira. Mais ne soyez pas déçus de ne rien découvrir de hors du commun en elle, lançai-je avant de me diriger vers la sortie.

Pour moi, cette conversation était terminée. Nous avions des affaires bien plus urgentes dans l’immédiat.

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Une fois dehors, je récupérai mon élan déjà sellé, et me rendis sans attendre vers les portes de la forteresse. Sur place se trouvaient nos deux armées qui passaient au peigne fin tous les recoins attenants aux premiers remparts. Chaque ellon se tenait sur ses gardes et restait tendu. Certes, nous ne risquions plus de croiser Sauron lui-même ou l’un de ses sbires, mais l’air était encore plus vicié qu’aux abords du fort. À tel point que je dus prendre un pan de ma cape pour le porter à mon nez. Je sentis ma tête tourner dangereusement. J’avais du mal à garder une certaine stabilité face à cette magie malfaisante venue des enfers de Morgoth. Elle venait m’embrouiller pour mieux me perdre.

Je repensai à cette impression qui m’avait accablé quelques heures plus tôt quand nous étions sortis des cavernes. Comment avais-je pu laisser cela se produire ? Et comment aurais-je pu l’empêcher aussi ? Fermant les yeux un instant, je les rouvris tout en m’ébrouant. Ce n’était guère le moment de perdre l’esprit. Ce sentiment de vide absolu qui venait de me saisir était du seul fait de cette magie contre nature. Je devais rester sur le qui-vive. Une nouvelle fois, cela raviva des souvenirs plus sombres encore.

Heureusement, les temps avaient changé, et je pouvais enfin percevoir la lumière qui allait bientôt se déverser au travers des cimes des arbres et sur les terres corrompues de Mirkwood. C’était avec une nouvelle ferveur que je m’apprêtai à mener le dernier combat qui rendrait aux miens tout ce qu’ils avaient perdu. Tout en m’approchant, mes yeux discernèrent une longue chevelure blonde aux ondulations lumineuses, qui flottait entre les interstices des pierres. Galadriel, devinai-je. Et effectivement quelques secondes plus tard, une étrange aura se propagea au cœur du lieu pour venir nous toucher en pleine âme. Le pouvoir de Nenya, compris-je avec émerveillement. La Dame de Lórien était en train d’achever ce qu’elle avait commencé des mois plus tôt. D’ici peu, la forêt serait purgée. Une profonde allégresse s’empara de moi, ce qui fit redoubler ma volonté de vaincre au plus vite ceux qui nous empêchaient encore de profiter pleinement de notre Royaume.


Cerise


Je ne pouvais pas croire qu’il était parti comme cela sans même venir me rendre une dernière fois visite. Après tout ce qu’il s’était passé entre nous, cela me minait plus que jamais. Toutefois, je n’étais pas idiote, je savais que ce qu’il s’apprêtait à combattre était très important pour les elfes de Mirkwood.

Je terminai mon petit-déjeuner dans les cuisines royales quand je vis Dagnir passer son ennuyeuse tête par la porte. Il ne manquait plus que lui pour que mon bonheur soit parfait, songeai-je avec ironie.

— Bien, vous êtes ici, je vous cherchai pour commencer votre cours, déclara-t-il en venant se poster devant moi.

Il avait l’air tellement froid et tellement rigide. Je n’arrivais pas à le cerner. Les seuls moments où il était autre chose qu’un elfe de pierre, c’est quand il était avec Liamarë. Cela en disait beaucoup sur les sentiments qu’il éprouvait à son égard.

— Bien le bonjour à vous aussi, Dagnir ! dis-je tout en mâchonnant mon quartier de pomme sans même le regarder.

— Vous êtes en retard Cerise, me tança-t-il avant de se pencher vers moi.

— Pitié, Dagnir, sommes-nous vraiment obligés de continuer ces cours ? Vous voyez bien que je n’arrive à rien !

J’avalai le reste du fruit avant de récupérer mon thé et le bus d’une traite. Une fois que j’eus terminé, je me levai sans faire attention à lui et rapportai mon bol et mes couverts que je déposai sur une paillasse. Je n’étais pas la seule à manger ici, les serviteurs de Thranduil venaient eux aussi prendre leur repas dans cette partie de la cuisine tandis que les seigneurs de sa maisonnée mangeaient ailleurs. Pour ma part, cela faisait des mois que j’avais pris cette habitude, toutefois ces elfes étaient toujours surpris de mes manies.

J’allai me diriger vers les appartements royaux quand Dagnir me rattrapa par l’épaule.

— Écoutez Cerise, cela ne m’enchante pas plus que vous, mais Sa Majesté m’a confié une mission. De plus, je dois tout de même vous rappeler que tant que vous vivrez parmi nous, il sera d’une importance capitale que vous connaissiez les rudiments de notre langue.

— Mais je n’y comprends rien ! me plaignis-je avant de récupérer mon bras que je massai machinalement.

— Pourtant, vous avez fait quelques progrès conséquents, m’affirma mon tourmenteur.

J’arrêtai de chouiner en le regardant d’un œil.

— Vous êtes sérieux, répondis-je avec suspicion, car je n’étais absolument pas convaincue par ces propos.

Il disait certainement cela pour me ramener dans la salle de classe. C’était un piège, voilà tout. Je n’aimais pas cela, d’autant plus que depuis un mois, il y avait de jeunes elfes qui étudiaient avec moi et qui se moquaient ouvertement de mon ignorance.

— Je vous l’assure. Vous avez fait de grands progrès et croyez bien que j’en suis le premier surpris, objecta-t-il presque à contrecœur.

Finalement, il m’eut à l’usure et je finis par le suivre bon gré mal gré. Je dus avouer que le cours fut plutôt intéressant. Il était vrai que je comprenais un peu mieux les bases, mais j’avais autant de confiance en moi qu’un nouveau-né elfique.

Pour me changer les idées, une fois la leçon terminée, je me rendis dans les jardins couverts, là où se donnait rendez-vous une partie de la maisonnée de Thranduil. J’étais arrivée depuis plusieurs mois et le Roi m’avait toujours gardée à l’abri ; loin des commérages. C’est pourquoi certains elfes me dévisagèrent étrangement lorsqu’ils me virent. Faisant fi de ces observations qui me mettaient quand même un peu mal à l’aise, je me dirigeai vers un coin tranquille quand j’aperçus Tamril. Il semblait ruminer, il était assis seul sur un banc. Je le rejoignis dans le but de le dérider un peu. Cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas vu.

— Que vous arrive-t-il ? lui demandai-je en guise de préambule.

Il sursauta comme si je venais de le surprendre – peut-être que c’était le cas – puis il me dévisagea. Mon cœur rata un battement. J’avais oublié à quel point il était beau, tout comme j’avais mis de côté le fait qu’il y a quelques semaines, il m’avait avoué qu’il était amoureux de moi.

— Cerise, je suis désolé, je ne pense pas que ma compagnie soit des plus agréables, dit-il en voulant se lever.

Je le retins par la manche et le forçai à se rasseoir.

— Vous êtes mon ami, répondis-je avec amabilité. Si vous allez mal, il est de mon devoir de vous changer les idées.

Il me contempla et son expression se fit plus douce, plus… Ma gorge s’assécha rapidement. Je compris alors que Tamril était loin de me laisser indifférente et cela m’inquiéta, car je savais ce que je voulais, qui je voulais. Et ce n’était pas lui.

— C’est un plaisir que de vous retrouver en pleine forme, Cerise. Votre mauvaise fièvre nous a vraiment fait peur, déclara-t-il.

— Je vais bien maintenant, affirmai-je en lissant les plis imaginaires de ma robe. — Mais cela n’a pas l’air d’être votre cas, repris-je en lui jetant un coup d’œil.

— Je n’ai pas envie de vous importuner avec mes soucis bien dérisoires, marmonna-t-il.

— Tamril, vous m’insultez en pensant que vos problèmes ne m’intéressent pas, aussi futiles puissent-ils être… Et là encore, c’est à moi d’en juger, pas à vous.

Il soupira.

— Le roi est parti pour Dol Guldur. Je suis devenu soldat pour vivre ce moment et Sa Majesté a préféré me cantonner à la garde du Royaume. Il m’a privé de ma vengeance. C’est une punition bien lourde que j’ai du mal à accepter, je l’admets et j’en ai honte aussi.

Pauvre Tamril, pensai-je. Il avait l’air tellement abattu.

— Je ne sais pas quoi vous répondre Tamril, avouai-je tristement. Mais je ne pense pas que le Roi ait voulu vous réprimander.

Il releva la tête, surpris.

— Que voulez-vous dire ? Et qu’en savez-vous ?

— Eh bien, vous êtes le second de Finlenn, il est donc normal que la sécurité du Royaume vous incombe, n’est-ce pas ?

Il expira brusquement.

— C’est exactement ce qu’il m’a dit. Toutefois, nous aurions pu déléguer ce travail à un autre garde de confiance, déclara-t-il l’air buté.

— Vous êtes là, repris-je en me levant, rien ne sert de ruminer plus longuement ce que vous n’avez pas, même si c’est dur pour vous.

Il cligna des yeux suite à mes propos avant de s’esclaffer comme si je venais de lui raconter la plus drôle des blagues. Je me penchai vers lui les poings sur les hanches.

— Seriez-vous en train de vous moquer de moi, Tamril ? le questionnai-je faussement vexée.

Il attrapa une mèche de mes cheveux et la tira vers lui. Ce geste intime me fit déglutir.

— Chère Cerise, je suis tellement heureux de vous avoir rien que pour moi, ne serait-ce que pour quelques jours, lança-t-il avant de se redresser à son tour.

Il fit quelques pas, puis se retourna.

— Vous avez raison, Cerise, ce n’est peut-être pas une punition, termina-t-il ses yeux pétillants de malice.

Il me planta là et s’en alla à son poste tandis que j’essayais de comprendre ce qui venait de se passer. Comment avait-il pu changer d’humeur en si peu de temps ? Cet elfe était un mystère.

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Le lendemain matin, je me levai très tardivement. J’avais mal dormi, car j’avais fait des rêves vraiment étranges où il était question de fusion, d’étoile et de danger. Cela m’avait réveillée et laissée dans un état de confusion extrême. Au bord des larmes, j’avais sans réfléchir, pris la direction de la chambre de Thranduil pour me rappeler qu’il n’était pas là. Déçue, je m’étais pelotonnée dans son lit et m’étais laissée pleurer, longtemps. Les draps portaient encore son odeur et cela avait instantanément calmé mon mal-être. Mais alors que je venais de me rendormir, des rêves s’étaient succédé, aussi incompréhensibles qu’irréalistes. Une part de moi avait envie d’y croire, même si je savais que tout ce que mon inconscient me renvoyait n’était que des fantasmes que je n’arrivais pas à m’admettre.

Je somnolai devant une tasse de thé qu’un des serviteurs du Roi m’avait apportée quand la porte s’ouvrit sur une Liamarë toute pimpante.

— Tu es ici Cerise ! Je suis passée aux cuisines, mais je ne t’y ai pas vue.

Je secouai la tête avant de placer mes coudes sur la table et d’enfuir mon visage entre les mains. Je bâillai à m’en décrocher la mâchoire ce qui fit rire mon amie.

— Tu ne t’es pas assez reposée Cerise ? demanda-t-elle tout en venant s’asseoir en face de moi.

Elle avait l’air de très bonne humeur. J’enviai son teint frais, quant à moi, je devais ressembler à un zombie tout droit sorti d’un film d’horreur.

— Notre Roi te manque ? me questionna-t-elle d’une voix prudente.

— Je ne veux pas parler de ça avec toi, Liamarë, grognai-je avant de finir d’une traite le reste de mon thé.

Je n’avais pas digéré la conversation que nous avions eue quelques jours plus tôt. Cette dernière m’observa avec une étrange intensité. Ses yeux semblaient fouiller jusqu’aux tréfonds de mon âme et je n’aimais pas cela.

— Tu as changé, Cerise. Je ne saurais comment le définir, mais quelque chose en toi est plus… grave.

À ces mots, j’éclatai de rire.

— Voyons, j’ai juste failli mourir à cause d’un Roi plus obstiné que jamais ! m’exclamai-je d’une voix aiguë.

Elle pencha la tête sans cesser de m’examiner.

— Il ne s’agit pas seulement de cela, répondit-elle. Ton aura est différente.

Je la fixai un moment avant de me rappeler que j’avais cours de Sindarin dans moins de dix minutes. Regardant Liamarë, un immense sourire se dessina sur mon visage.

— Dis-moi, cela te dirait de m’accompagner jusqu’à la salle des études ? lui demandai-je d’une voix mielleuse.

Elle acquiesça avec plaisir. Très bien. Je me levai et elle fit de même. La matinée promettait d’être moins monotone que je ne l’avais envisagé.


Thranduil


Mon armée, avec l’aide des Galadhrim, avait nettoyé chaque parcelle de la forteresse. Quelques soldats avaient été pris par surprise au détour d’une des allées qui menaient au cœur de Dol Guldur. Trois des miens avaient succombé aux lames de Morgul. Je haïssais plus que tout devoir affronter la mort d’un elfe, surtout en pareille occasion. Cela redoubla ma rage et ma détermination d’éliminer jusqu’au dernier des orques qui rodaient par ici. Après avoir vérifié une dernière fois que la voie était libre de toute menace, nous reprîmes notre route vers la tour principale. Arrivé au bas d’un escalier, je descendis de ma monture et continuai à pieds suivis des miens.

Au moment où nous gravissions les dernières marches nous menant au centre de la forteresse, une explosion de lumière nous prit tous par surprise. Nous ne nous y attendions pas et nous dûmes nous protéger de ses rayons aveuglants le temps qu’elle se dissipe. Mais cela dura longtemps. L’atmosphère avait imperceptiblement changé. Je pouvais percevoir toute la force qui émanait de l’Elda. Quand la magie de l’anneau fut dispersée, nous reprîmes tous notre souffle. Comprenant ce que nous venions de vivre, je terminai le chemin au pas de course. Quand nous arrivâmes en haut d’une volée de marches, je vis que la Dame de Lórien était auréolée par la puissance de son anneau. La lumière qu’elle diffusait n’était dangereuse que pour les ténèbres et bien moins agressive que lors de la première explosion. Toutefois, je savais qu’elle était, à cet instant précis, intouchable. Levant la main, je fis signe à mes soldats de rester derrière moi, bien à l’abri. Nenya, songeai-je avec un mélange de soulagement et d’envie. C’était une chance que de la voir à l’œuvre.

Tout à notre émerveillement, nous ne vîmes pas un groupe d’orques surgir de nulle part. L’un d’eux se rua sur Dame Galadriel, son épée maudite levée au-dessus de lui. N’écoutant que ma hardiesse, je me jetai à mon tour sur lui avant de le trancher en deux de ma propre lame. Je me retournai sur-le-champ pour parer les attaques des autres, mais Galadriel fut plus rapide que moi. Le temps d’un souffle à peine, elle les désintégra tous à l’aide du pouvoir de sa bague. Il lui fallut encore quelques minutes supplémentaires pour venir à bout des derniers spectres encore présents. J’attendis que l’énergie qui l’entourait s’estompe avant de m’avancer vers elle.

— Les bijoux de pouvoir ne sont pas à mettre entre toutes les mains, déclara-t-elle tout en se tournant vers moi.

L’Elda semblait au bord de l’épuisement et son époux qui venait d’arriver, courut jusqu’à elle avant qu’elle ne s’effondre à terre.

— Le mal est vaincu Thranduil Oropherion, murmura-t-elle d’une voix désincarnée tout en me regardant de ses yeux clairs dont les paupières étaient à demi closes. Les peuples de ces bois n’auront plus à craindre pour leur vie.

Dans un mouvement leste, Celeborn récupéra entre ses bras sa femme qu’il porta avec précaution.

— Mon épouse a besoin de repos, me dit-il sans se tourner vers moi. Retrouvez-nous un peu plus tard, afin que nous évoquions la suite des évènements.

J’inclinai brièvement la tête avant de reporter mon attention sur les environs. Quelque chose se passait et, quand les pierres se mirent à vibrer, je compris. Il ne fallait pas rester ici.

— Finlenn ! Loren et Barin ! m’écriai-je en redescendant l’escalier à vive allure. Allez prévenir les autres qu’il ne faut pas s’aventurer plus longtemps en ces lieux. La forteresse s’effondre !

Nous eûmes à peine le temps de récupérer nos montures que Dol Guldur s’affaissa sur elle-même dans un tremblement terrible. Un immense frémissement me fit tressaillir quand la signification d’un tel événement s’imposa à moi. Nous allions enfin pouvoir jouir de cette forêt. Notre terre était libérée de toute entrave malfaisante.

— C’est un jour à graver dans les mémoires, déclara Finlenn en s’approchant de moi.

Il semblait heureux et je ne pouvais que le comprendre.

Délaissant le spectacle de ces pierres réduites en poussière, je me tournai vers lui, un large sourire étirant mes lèvres.

— Oui, répondis-je avec joie, nous le célébrerons comme il se doit.

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En définitive, je ne pus retrouver Celeborn et son épouse que le lendemain. Le pouvoir que la Dame de Lórien avait utilisé à travers Nenya l’avait fort affaiblie et son mari avait préféré qu’elle se repose. Je le comprenais, car, moi-même, j’avais senti une profonde fatigue m’envahir une fois retourné à mes quartiers. Quant à mon armée, elle avait fêté dignement cette victoire qui sonnait le glas des heures sombres. Cependant, nous avions avant tout rendu un dernier hommage à nos morts. La plupart ne passeraient pas par les cavernes de Mandos et ne trouveraient jamais le repos éternel ni aucune résurrection possible en Aman. Cela m’affligeait au plus haut point. Les lames de Morgul étaient terribles. Heureusement, nous ne serions plus amenés à en croiser une de sitôt. Une fois les éloges funèbres achevés, j’avais rejoint ma tente. Quand je fus seul, je pus enfin me laisser submerger par la douleur causée par la perte des miens. Je me sentais aussi accablé que fatigué pourtant, le sommeil ne voulait pas m’étreindre.

De ma couche, j’avais pu entendre les chants des miens. Plus tard, certains Galadhrim s’étaient joints à eux et des flûtes ainsi que des harpes s’étaient mêlées aux voix. Pour la première fois depuis des millénaires, ces chansons portaient sur l’espoir et l’avenir qui s’annonçait radieux. Immanquablement, mon esprit dériva vers la petite humaine qui séjournait chez nous. J’espérais qu’elle n’avait pas mis mon Royaume à feu et à sang. J’étais pressé de la retrouver. Ses idioties me manquaient, comme sa voix ou l’odeur de sa peau. J’étais un imbécile de réagir ainsi. Après tout, il ne s’agissait que d’une humaine, mais mon âme et mon cœur étaient loin d’être au diapason avec ma raison.

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Le lendemain, très tôt dans la matinée, je me levai puis je me préparai pour rendre visite aux deux époux. Une fois que je fus prêt, je sortis pour les retrouver sous leur tente. Galadriel était debout tandis que son mari compulsait plusieurs parchemins.

— Ah, Thranduil ! Entrez cher ami, nous vous attendions, m’invita-t-il avec entrain.

La dame de Lórien, quant à elle, m’adressa un regard pénétrant et je sus qu’elle tentait de percer ma carapace, de deviner mes intentions. Je dus prendre sur moi pour ne pas me défendre d’une telle intrusion. Je détestais cela.

— D’ici quelques décennies, Dol Guldur ne sera plus qu’un douloureux souvenir, continua Celeborn tandis que je prenais place en face de lui.

— Le temps des elfes est irrémédiablement révolu, déclara Galadriel d’une voix douce.

Elle vint aux côtés de son mari et récupéra une missive qu’elle lut avec attention avant de la reposer.

— Il est l’heure pour moi de prendre la mer, ajouta-t-elle. Je laisse mon époux en charge des affaires de notre peuple. Toutefois, avant de partir, j’aimerais m’entretenir avec la jeune personne, dont l’arrivée sur vos terres reste un mystère.

Pourquoi mon cœur se mit-il à battre aussi vite ? Que savait Galadriel au sujet de Cerise ?

— Il était convenu de donner une grande fête en l’honneur de l’éradication de Dol Guldur, dis-je d’une voix affable. Si j’ai souvenance, votre petite fille doit se marier dans les jours à venir. Si nous nous dépêchons de rentrer, vous pourrez la voir avant de prendre la route vers le Gondor.

— Vous n’y serez pas ? demanda Celeborn.

Il semblait surpris.

— Malheureusement pas. Mon fils y sera en mon nom. Il n’aurait jamais manqué les noces du descendant d’Isildur. Il le considère comme un ami cher.

— Nous comprenons, répondit Celeborn. En attendant, et, si vous le permettez, j’ai arrangé une rencontre dans la grande clairière avec les Béornides et les hommes des bois afin de départager ces terres. Nous le leur avions promis après tout.

J’acquiesçai. Une portion leur revenait de droit. Quant à moi, je prendrais toute la partie nord qui s’étendait jusqu’aux Montagnes Grises. Notre Royaume serait vaste et regorgerait à nouveau de tant de richesses… Celeborn, pour sa part, avait requis le sud qui s’étendait jusqu’à l’étranglement de l’Anduin, non loin de la Lothlórien.

J’inclinai la tête avant de franchir le seuil de leur tente quand la Ñoldo m’interpella.

— Thranduil, attendez !

Je me retournai en la contemplant, son visage avait pris un air empreint d’une grande gravité.

— Oui ? questionnai-je, surpris.

— Cette jeune enfant que vous avez prise sous votre aile, protégez-la, quelque chose me dit que sa destinée est bien plus grande qu’elle n’y paraît. Les Ainur m’envoient des visions parfois difficiles à décrypter, mais sa venue m’est apparue clairement.

Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait me dire ni ce que je devais comprendre, mais je posai une main sur ma poitrine en signe de respect puis partis.

Je cherchai Finlenn dans le campement et lui demandai de renvoyer la plus grosse partie de notre contingent chez nous. Je n’avais plus besoin d’autant de soldats et seul un groupe réduit resterait à mes côtés.

La rencontre avec les Béornides et les hommes des bois se passa bien mieux que je ne l’avais envisagé. Sans doute aussi, parce que ce n’était pas moi qui avais tenu les tractations. Celeborn était bien meilleur diplomate que je ne le serais jamais. Cette réunion dura jusqu’à très tard dans la nuit et une fois achevée, je pris la décision de rentrer chez moi sur l’heure. Je ne voulais plus attendre une minute de plus. Quand je revins à l’endroit de notre campement, j’eus l’entière satisfaction de découvrir que tout avait été rangé et nettoyé. Finlenn alla chercher nos montures et ce fut après un dernier regard sur l’ancien fief de mon père désormais libéré du mal que nous nous mîmes en route.


Cerise


J’avais l’impression que Thranduil était parti depuis plus d’un mois alors que cela ne faisait que quatre jours. Mais, si mes calculs étaient corrects, il ne devrait plus tarder à revenir. N’avait-il pas dit « une semaine au plus tard » ? Je n’arrivais pas à croire que je me languissais autant de lui. Je ne comprenais pas… Tout, comme je n’expliquais pas non plus ces étranges rêves qui venaient m’assaillir dès que je fermais les yeux.

La journée était déjà bien avancée quand je rejoignis Liamarë sur l’une des esplanades du palais. Elle conversait avec d’autres elfines qui me jetèrent un regard hautain avant de disparaître sans m’accorder le moindre mot. Je soupirai de lassitude. Depuis que j’étais arrivée à Mirkwood, j’avais évité de me mêler aux gens de la demeure du Roi. Thranduil avait agi de même, me gardant dans une aile privée de son Royaume. Mais, il est vrai que depuis qu’il était parti, je m’étais surprise à aller bien au-delà des limites qu’il m’avait imposées. Ni Liamarë, encore moins Tamril ne m’en avaient fait le reproche alors j’en avais profité pour explorer toujours un peu plus loin au rythme des jours qui s’écoulaient.

— Elles ne m’aiment pas trop, déclarai-je à l’elfine aux cheveux roux.

Liamarë acquiesça doucement.

— Tu es humaine, elles ont du mal à comprendre, dit-elle dans un murmure.

Elle osait à peine me regarder, et cela m’irrita. Je lui en voulais encore pour ce qu’elle m’avait dit, mais j’étais loin de lui en tenir rigueur. Toutefois, la voir hésiter autant avec moi me donna envie de me mettre en colère. Il fallait que nous percions cet abcès et rapidement.

— Je me plaisais à croire que tu m’appréciais vraiment, soufflai-je avec amertume. Mais, il semblerait que je me sois trompée sur ton compte !

— Ce n’est pas cela Cerise, objecta-t-elle. Je t’aime beaucoup, mais ta place n’est pas ici, encore moins auprès de notre Roi. Tu es différente des humains que nous avons connus, c’est vrai, malheureusement cela ne suffit pas. Cela ne sera jamais assez, car un jour, tu mourras et alors qu’adviendra-t-il ?

Liamarë avait les yeux brillants, allait-elle pleurer ? Et puis qu’est-ce qu’elle voulait dire ?

— Je ne vois pas où tu veux en venir, répondis-je sourdement.

L’elfine exhala un long soupir avant de poser ses yeux sur moi.

— Cerise, Thranduil est un elfe marié. Son épouse se trouve actuellement dans les cavernes de Mandos, mais elle reviendra. Alors que penses-tu qu’il se passera ? Admettons même que Sa Majesté te garde assez longtemps pour cela, sans doute seras-tu morte bien avant ! Les hommes et les elfes n’ont aucun avenir ensemble ! C’est mal et terriblement cruel pour nous.

Je n’avais pas compris tout son laïus, mais je n’avais pas envie de me mettre en colère une nouvelle fois contre elle. J’avais bien saisi que je mourrais bien avant eux et effectivement, je me doutais que cela ne serait pas des plus faciles à vivre pour ces gens qui auraient à peine eu le temps de me côtoyer. Mais, une part de moi trouvait injuste qu’elle n’essaie même pas de se mettre à ma place. Je me sentais tellement seule dans cet univers qui n’était pas le mien. Faisant fi de mon ressentiment, je m’avançai vers elle. Je la pris dans mes bras pour la serrer contre moi, avant de la relâcher et de partir.

— Cerise ! m’appela-t-elle.

Je lui répondis par un signe de la main sans même me retourner. J’avais besoin d’être seule.

Je marchai pendant longtemps avant de me poser quelque part. J’avais longuement tourné en rond avant de m’arrêter aux jardins intérieurs réservés au peuple de Mirkwood.

J’allai trouver un banc pour me reposer quand une voix que je connaissais très bien m’interpella.

— Cerise ?! s’exclama Tamril. Que faites-vous ici ? Le roi a bien dit que cette partie du Royaume vous était interdite.

Prise en faute, je me mordis les lèvres d’appréhension. Je savais qu’il y avait certains endroits où je n’avais pas le droit d’accès, mais savoir que cela m’était carrément défendu… au lieu d’en être mécontente cela m’attrista.

— Je ne savais pas, marmonnai-je avant de le rejoindre.

En l’observant, je me rendis compte qu’il avait les traits figés. Comme s’il tentait de contenir sa colère. En étais-je responsable ?

— Est-ce moi qui vous mets dans un tel état, Tamril ? le questionnai-je d’une voix mal assurée.

Il mit un moment avant de comprendre ce que je venais de lui demander et son visage prit une expression d’incrédulité profonde.

— Je vous demande pardon ? Mais non ! Pas du tout Cerise.

Il se frotta l’arrière du crâne avec sa main.

— Si ce n’est pas moi, objectai-je, il y a bien quelque chose qui vous tracasse. Est-ce encore cette histoire avec Del Gaudour.

Son regard tourmenté se posa sur moi et me sonda avant de se radoucir instantanément.

— Dol Guldur, rectifia-t-il en émettant un petit rire de gorge. Non, ce qui me chagrine cette fois, c’est que je m’étais promis de profiter de l’absence de mon Roi et j’en suis finalement incapable. Mon respect et ma reconnaissance à son égard sont bien trop grands pour que je puisse les bafouer de la sorte.

Il pencha sa tête vers moi, un lent sourire étirant ses lèvres.

— C’est bien, dis-je peu certaine d’avoir compris le sens de ses mots.

— Cerise, reprit-il, avez-vous changé d’avis nous concernant ?

Ah, voilà, nous en revenions à cela, pensai-je déçue.

Je secouai la tête.

— Non, avouai-je. Vous êtes gentil, vous êtes aussi le seul à m’apprécier dans mon entièreté, mais…

— Je ne suis pas lui, acheva-t-il à ma place.

J’acquiesçai la gorge serrée. Je devais aimer me faire souffrir, je ne voyais que cela.

— Vous êtes quelqu’un d’admirable Tamril, vraiment. Mais, allez savoir pourquoi, il me manque tellement. C’est en le constatant que j’ai compris que je devais au moins nous accorder une chance, à lui et moi.

— Même si cela est vain ? dit-il tristement.

Était-il déçu pour lui ou pour moi ? Ou bien les deux ?

— Oui, avouai-je. Liamarë m’a déjà expliqué que ce que je m’apprêtais à faire était insensé, mais c’est mon choix.

Tamril approcha ses mains de mon visage avant de m’attirer à lui et me donna un doux baiser sur les lèvres.

— Je respecte votre choix, ma douce Cerise, cependant, je vous attendrai, car l’amour que donne un ellon à l’élue de son cœur est aussi fort qu’éternel.

Il se leva avant de s’incliner devant moi, sa main posée là où battait son cœur.

— Je vous attendrai, et je veillerai sur votre bonheur, Melleth nìn*.

Puis il s’en alla, me laissant à nouveau seule. J’eus envie de pleurer. À cet instant, je ne souhaitai qu’une chose, mais il se trouvait loin. Puis, une constatation s’imposa à moi : étais-je tombée amoureuse de Thranduil ? Non, bien sûr que non, mais il m’attirait comme un aimant et je désirai plus que tout savoir où cette puissante attraction allait me mener.

Me redressant, je repris le chemin vers les quartiers du Roi et me dirigeai vers le jardin de sa défunte épouse. Cet endroit, je le chérissais plus que tout, car c’était en son sein qu’il m’avait montré une partie de son véritable visage. Une fois arrivée dans la tente, je m’allongeai sur les coussins posés au sol et m’endormis.

.

.

Je me réveillai en sursaut, le cœur battant à tout rompre. J’avais un drôle de pressentiment. Me relevant à demi sur mon séant, je m’aperçus que je n’étais pas seule. Devant moi se tenait le Roi Thranduil et son visage affichait une expression indéchiffrable.

Il était revenu ! pensais-je en sentant mon cœur battre encore plus rapidement.

— Je suis de retour, déclara-t-il tout en avançant vers moi.

En l’observant de tout mon soûl, pour être sûre qu’il ne s’agissait pas d’un mirage, je me rendis compte qu’il portait une armure. Elle était étincelante et sa cape rouge vif flottait derrière lui, lui conférant une certaine grâce. Je ne pus éviter à mon corps de frémir en le détaillant de la sorte. Il ne s’était même pas changé avant de venir ici et une part de moi en fut heureuse.

— Vous êtes venu ici directement ? ne pus-je m’empêcher de lui demander la gorge nouée alors que je connaissais déjà la réponse.

— Oui.

Nous nous dévisageâmes longuement, notre respiration était rapide et saccadée. Que fallait-il comprendre à cet empressement ? Le regard de Thranduil était intense et je retins mon souffle quand il s’avança encore vers moi. Il marqua une pause avant de me saisir brutalement par la taille et plaqua ses lèvres sur les miennes. Comme mû par une volonté propre, mon corps se pressa contre le sien. Il ne me repoussa pas, bien au contraire. Nous nous séparâmes quelques secondes plus tard.

— Cerise, murmura-t-il avant de me lâcher et de se diriger vers le fond du velum. Sans plus un regard pour moi, il retira son armure et se retrouva en chemise blanche et pantalon. Une fois à l’aise, il récupéra une carafe et versa du vin dans deux verres, il les saisit puis revint vers moi pour m’en donner un.

— J’ai longuement réfléchi Cerise, reprit-il avant d’avaler une gorgée du fort breuvage.

Sans finir sa phrase, il alla s’asseoir sur la méridienne et m’y convia. Je le rejoignis, muette d’appréhension pour ce qui allait suivre. Nous ne dîmes rien pendant quelques secondes qui me parurent une éternité, préférant nous repaître l’un de l’autre, puis il posa son verre par terre et m’invita à faire de même.

— Thran…

Je n’eus pas l’occasion de finir ma phrase qu’il se jeta sur moi. Son baiser fut fiévreux, encore plus passionné que le précédent.

— Je ne comprends pas cette attraction qui nous pousse l’un vers l’autre Cerise, je n’y suis même pas habitué, mais je n’arrive plus à l’éviter. J’en suis tellement confus, déclara-t-il en m’étreignant avec force.

Son ardeur me déstabilisa tout autant qu’elle me flatta. Fermant les yeux, je pris la décision folle de me laisser aller. Après tout, j’étais incapable d’échapper à cette attirance inexplicable qui me poussait vers lui, et je ne voulais plus réfléchir.


Tamril


Planté devant la coursive qui menait à la principale entrée du palais, j’observai les soldats arriver par groupe. Les nôtres étaient revenus, mais pas seuls. Les Galadhrim étaient nombreux, peut-être même plus que ceux de notre propre armée. Jetant un coup d’œil sur ma gauche, je vis notre souverain dire quelques mots au gardien des bois de la Lothlórien qui acquiesça avant de retourner auprès de ses Seigneurs. Les apercevant de loin eux aussi, je reconnus Celeborn, puis avec une certaine curiosité, je ne pus m’empêcher d’admirer la Dame Galadriel. Elle était encore plus belle et lumineuse que ce que relataient les chants qui la célébraient. Je devais convenir que la Dame méritait bien son nom.

— Tamril, tu es là ?! s’écria Finlenn qui accourait vers mois et grimpa à la volée les marches de l’escalier qui nous séparaient. Ses yeux étaient brillants, de cette lueur qui annonçait une excellente nouvelle.

— Les bois de notre forêt sont libres ! m’apprit-il avant de me donner une accolade aussi chaleureuse que sincère.

— C’est bien, répondis-je, lui en voulant toujours pour m’avoir tenu à l’écart de ce moment qui marquerait à jamais l’histoire de notre peuple.

— Oh, allons Tamril ! me tança-t-il gentiment. C’est une bonne nouvelle, et qui plus est, tu n’as rien raté.

— Ah ? fis-je laconique tout en croisant les bras sur ma poitrine.

— Oui, Mellon nìn, reprit Finlenn. Hormis épurer les environs de l’ancienne forteresse, nous n’avons rien fait de plus. Sans Dame Galadriel nous n’aurions jamais pu vaincre le mal jusqu’à ses racines. Son aide fut aussi indispensable que précieuse, Tamril. Toutefois, certains de nos compagnons sont tombés sous des lames maudites. Tu vas me trouver dur et sans cœur, mais… malgré ma tristesse, j’étais heureux et soulagé de te savoir ici plutôt qu’avec nous. Néanmoins tout est enfin terminé. Savourons cette paix tant espérée ! termina-t-il tout en me faisant une accolade.

— Je ne te cache pas, avouai-je, que je suis en colère et frustré de ne pas avoir été avec vous, mais… je comprends aussi que mon devoir était de protéger le Royaume.

Finlenn à ces mots éclata de rire. Ce son fut si surprenant que j’écarquillai les yeux d’étonnement. Je compris alors que la vie serait beaucoup plus simple et douce pour nous. Les ténèbres s’étaient dissipées.

Bientôt, nous fûmes rejoints par d’autres soldats venus se congratuler et fêter avec nous la fin d’une ère et le début d’une nouvelle. Pris par la félicité que tous partageaient, je préférai ignorer un instant que j’avais aperçu notre Souverain partir avec précipitation vers ses quartiers. Je n’avais plus envie d’y penser. Tout ce qui m’importait était de savourer cette victoire qui assurerait notre pérennité jusqu’à ce que nous prenions la mer.

À Suivre


Annotations

Il fut bien difficile d’écrire sur la fin de Dol Guldur dans la mesure où si l’on se réfère aux Appendices du troisième tome du Seigneur des Anneaux, cela ne prend pas même cinq lignes : Thranduil et Celeborn se sont vus plusieurs fois pour assainir la forêt des Forces du Mal. Puis, Galadriel est intervenue avec son anneau Nenya pour anéantir définitivement la forteresse maudite.

La fin de Dol Guldur sonne une nouvelle ère et vous verrez que la suite de cette histoire va peu à peu changer de trame.

C’est aussi après cela que le mariage du Roi Elessar(Aragorn) et d’Arwen eut lieu. Je rappelle qu’Arwen est la petite fille du Seigneur Celeborn et de la Dame Galadriel. J’essaie de respecter au mieux la chronologie même s’il m’arrivera de la modifier pour le bien de mon histoire.

Melleth Nín : mon amour en elfique.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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