11. Ce que veulent les femmes

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Ce que veulent les femmes


Cerise


Après m’être enfuie des appartements de Thranduil, je passai le reste de la matinée cachée dans les cuisines de Mirkwood. J’aimais bien l’ambiance chaleureuse qui y régnait. J’étais assise en retrait et j’observais Linwë invectiver ses commis avec une fureur qui ne trompait personne. Le cuisinier personnel de Thranduil avait le cœur sur la main et m’avait tout de suite acceptée.

Repensant au petit déjeuner houleux que j’avais eu ce matin même, je réfléchis aux mots et à la proposition que le Seigneur Celeborn m’avait faite. J’en eus un horrible pincement au cœur. Je ne savais que choisir. Avais-je vraiment envie de partir d’ici pour me retrouver dans un nouvel endroit où il faudrait une nouvelle fois que je m’adapte ? Où je devrais, une nouvelle fois, faire ma place ? Certes, on me promettait des réponses et peut-être même l’opportunité de rentrer chez moi, mais… Ma poitrine se serra. Je commençais à me faire à ma vie ici et à ses habitants. Cela faisait déjà plusieurs mois que j’avais atterri par inadvertance en Terre du Milieu. Bien sûr, j’étais toujours l’étrange petite humaine qui avait mis le Royaume de Mirkwood sens dessus dessous avec mes bourdes et ma grande gueule. J’étais leur petite attraction inespérée, mais… je m’y étais faite. Et puis… je… Mon cœur s’emballa de nouveau en repensant à Thranduil et à ce que nous avions fait la veille… Ou plutôt ce qu’il m’avait fait. Je sentis mes joues rougir violemment et, ne voulant pas que les elfes se posent des questions sur mon état, j’enfouis ma tête entre mes bras posés sur la table de cuisine. Mon Gieu Cerise, qu’est-ce que tu peux être stupide et… faible ! Il suffit qu’un elfe canon te donne un orgasme pour voir tes certitudes chamboulées du tout au tout.

À dire vrai, même si cela me fichait la trouille, j’avais envie d’aller jusqu’au bout avec le Roi des elfes. Il avait été si doux et prévenant avec moi. Je me mordis la lèvre. Je ne voulais pas voir ce maudit elfe aussi égocentrique que narcissique autrement qu’en con imbu de lui-même. Cependant, j’avais drôlement envie de rester auprès de lui en fait, surtout que c’était la première fois de ma vie qu’un homme s’intéressait à moi autrement que pour se rapprocher d’une de mes copines.

Malheureusement pour moi, le traiter de tous les noms ne résoudrait pas mon problème. Parce que s’il avait été si terrible que cela, je n’aurais pas ce besoin de rester. Une part de moi voulait découvrir d’autres endroits de la Terre du Milieu et l’autre… voulait Thranduil. Je soupirai lourdement et, allez savoir pourquoi l’image de Severus Rogue s’imposa à ma conscience : « Vous êtes pathétique mademoiselle Martin. Terriblement pathétique. » Nouveau soupir. J’avais envie de revoir les films de Harry PotterAlan Rickman en professeur des potions était tellement sexy. Encore un soupir. Non, mais, je n’étais vraiment pas bien là ! J’avais une envie furieuse d’oublier mes problèmes en m’abrutissant devant un bon film réconfortant ; histoire de ne plus réfléchir à rien. Perdue dans mes pensées, je ne vis pas que quelqu’un s’était assis à côté de moi. Je grognai un « laissez-moi tranquille » quand on me tapota doucement l’épaule.

— J’ai dit que je voulais être tranquille ! m’exclamai-je, mécontente d’être dérangée.

Toutefois, je redressai un peu la tête pour voir qui était là – la curiosité me perdrait un jour.

Je poussai alors un cri de surprise en découvrant Tamril. Il m’observait, la tête appuyée sur une main. Il paraissait si humain dans cette position… et tellement… mignon !

— Vous m’avez l’air bien préoccupé Cerise, commença-t-il tout en se redressant sur le banc.

Il ne me quittait pas des yeux, c’était un peu gênant. Il avait compris que je n’allais pas bien, l’avait-il deviné ou bien…

— Cela se voit tant que ça ? soupirai-je, dépitée.

Si j’étais payée au nombre de soupirs, pensai-je, agacée, je serais riche à l’heure qu’il est. Je n’avais jamais autant soupiré que depuis que j’étais tombée en Terre du Milieu. En fait, cela aurait dû s’appeler la Terre du Soupir. Tamril secoua la tête doucement. Ses yeux pétillaient de bonne humeur. C’était la première fois que je le voyais aussi heureux et serein. Une boule se forma dans ma gorge. Sans doute avait-il appris mon départ imminent du Royaume de Mirkwood ? Est-ce cela qui le rendait si joyeux ?

— Qu’avez-vous encore fait comme bêtise ? me demanda-t-il doucement.

Sa question me prit au dépourvu et me vexa quelque peu. Prise d’une impulsion totalement enfantine, je lui tapai la cuisse.

— De suite, je suis triste et vous pensez que j’ai encore fait une gaffe. Vous vous trompez lourdement, vous savez, le détrompai-je.

— Ah, Cerise ! reprit-il en se retenant de rire, vous êtes impossible.

Sans prévenir, il se leva puis tendit une de ses mains vers moi. Je les fixai, lui et sa main, ne comprenant pas ce qu’il attendait.

— Venez avec moi, Cerise. Allons-nous promener un peu, voulez-vous ?

Je mis un certain temps avant d’acquiescer. Était-ce une bonne idée après ce qu’il s’était passé ce matin ?

— D’accord, lui répondis-je simplement en acceptant sa proposition.

Sa paume était aussi douce que calleuse, c’était une sensation étrange, mais agréable. Sans prévenir, il m’entraîna à sa suite l’air plus déterminé que jamais. Fronçant les sourcils, je me demandai où il voulait m’emmener et pourquoi il semblait si pressé tout d’un coup. Je ne l’avais jamais vu dans un tel état.

— Mais où allons-nous ? finis-je par le questionner tandis que nous grimpions vers les esplanades qui se trouvaient au-dessus des cuisines.

— Dans un endroit tranquille où nous pourrons discuter sans être dérangés, vous et moi, me répondit-il sans se retourner.

Mon cœur rata un battement. Pourquoi Tamril avait-il besoin de parler avec moi à l’abri des regards ? Bientôt, je reconnus la coursive où nous nous étions déjà rendus il y a quelques semaines de cela. L’endroit était désert. Une fois arrivés, il me libéra enfin.

— Cela va faire longtemps que nous ne sommes pas venus ici, dis-je avec précaution, me retournant vers lui.

Tamril me fixait, l’air grave et la bouche pincée. Qu’avais-je donc encore fait pour qu’il agisse de la sorte. À cet instant, il me faisait un peu peur.

— Cerise, je sais que nous ne nous connaissons que depuis peu, commença-t-il en venant se planter devant moi, mais j’aimerais vous dire que j’ai beaucoup aimé nos moments passés ensemble.

Malgré les appréhensions qui me gagnaient, je m’aperçus que je n’avais jamais fait attention au fait que Tamril était particulièrement grand. Sans doute même plus que le Roi. À l’expression de son visage, je compris qu’il attendait une réponse de ma part.

— Oui, moi aussi, convins-je en déglutissant, mal à l’aise.

J’avais quelques doutes sur ce qu’il voulait me dire, mais je ne tenais pas à m’engager sur cette pente des plus glissantes avec lui. J’avais déjà assez à faire avec Thranduil. Je levai ma tête pour le regarder droit dans les yeux. Leur couleur semblait plus bleue que d’habitude et…

— Vous êtes grand, Tamril, repris-je la bouche sèche.

Ma dernière réplique le fit sourire.

— Je sais bien, dit-il, que vous êtes humaine et que ce que je m’apprête à vous révéler est insensé. Vous savez Cerise, j’y ai longuement réfléchi.

Il soupira et se pencha un peu plus vers moi. Ses iris s’étaient dangereusement assombris. Cela n’augurait rien de bon.

— Sans vouloir vous offenser, j’aurais aimé que cela n’arrive jamais et pourtant, mon cœur chante d’allégresse. Il n’y a pas un jour qui passe sans que mes pensées soient tournées vers vous Cerise.

Waouh ! Ses yeux étaient vraiment très bleus, beaucoup plus que ceux de Thranduil ! remarquai-je pour moi-même. Qu’avait-il dit déjà ? Je ne savais plus. Je ne voulais surtout pas me rappeler.

— Vos yeux sont très bleus, Tamril, lançai-je un peu nerveusement, ne prêtant pas trop attention à la manière dont il me dévorait du regard.

Du coin de l’œil, je le vis se reculer légèrement avant de passer une main dans ses cheveux d’un brun profond, aussi lisses que ceux de son Roi. Cela les ébouriffa à peine.

— Vous êtes une personne aussi étrange qu’unique, continua-t-il sans prêter attention à ma dernière remarque. Je sais qu’être surveillée continuellement par notre Roi ne doit pas être aisé pour vous. Des rumeurs circulent à ce propos, mais je n’en ai cure. Vous valez tellement plus que tout cela Cerise. Si vous aviez un véritable protecteur, un compagnon, alors sans doute que Sa Majesté porterait sa curiosité ailleurs. Non Cerise, en vérité, je ne peux taire plus longtemps la violence des sentiments qui m’animent à votre égard.

Il avait dit cela avec une telle conviction, une telle emphase que je ne pus m’empêcher de frissonner de plaisir. Tamril m’aimait. Il fallait que je sois idiote pour ne pas l’avoir compris à cet instant. Cependant, je ne savais pas comment gérer cette nouvelle. C’était la première fois que quelqu’un me déclarait son amour.

— Merci, Tamril, balbutiai-je, ne sachant quoi répondre de plus intelligent. Je me sens chanceuse d’avoir un ami tel que vous.

Il y avait tellement de maladresse dans ce que je venais de lui dire. Je l’aimais beaucoup, mais… pas de la façon qu’il attendait. Néanmoins, je vis dans ses yeux que mes mots l’avaient touché.

— Oh douce et belle Cerise, reprit-il. Me donnerez-vous l’autorisation de vous courtiser ? me demanda-t-il, les yeux pleins d’espoir.

— Je vous demande pardon ?

Cette fois, il allait trop vite pour moi. Je pensais que ma réponse sur le fait que je le considérais comme un ami avait été assez claire. Apparemment, ce n’était pas le cas.

— Me faire la cour ? répétai-je atterrée.

— Oui, répondit-il en faisant un geste de la main vers son cœur tout en s’inclinant devant moi.

— Heu, mais je ne sais pas si ce sera utile ! m’exclamai-je, totalement perdue.

Je vis d’abord de l’incrédulité, puis de l’amusement dans son regard.

— Oh Cerise ! s’esclaffa-t-il. Vous êtes la personne la plus incroyable qu’il m’ait été donné de connaître. Vous savez très bien ce que je veux dire.

C’est vrai, je le savais, mais je n’avais pas envie de le comprendre. Je faillis m’étouffer de surprise quand il se pencha vers moi pour déposer un doux baiser sur mes lèvres.

— Et avec cela, voyez-vous un peu mieux où je veux en venir ma douce amie ? murmura-t-il tout contre mon oreille.

Était-ce mesquin de ma part que de vouloir lui donner un bon coup de pied, là où cela était très douloureux pour les hommes, et de fuir loin… très loin de lui ? Non pas qu’il me répugnait, bien au contraire, Tamril était vraiment très beau, mais… J’avais l’impression que ce que nous faisions était mal. À cela, l’image de Thranduil s’imposa à ma conscience. Sans le vouloir, je m’étais déjà engagée et j’avais l’impression qu’en cet instant, je le trahissais. Et ce n’était pas juste pour Tamril non plus. Il fallait que je trouve un moyen de le repousser sans le blesser pour autant.

— Êtes-vous devenu totalement fou, Tamril ?! soufflai-je, accablée. Je n’ai rien fait pour vous plaire et qui plus est, je suis humaine. Vous savez bien que je mourrai d’ici quelques années et puis vous, de toute façon, vous allez partir pour Aman d’ici peu. Vous devriez être plus raisonnable.

Je n’y étais pas allé avec le dos de la cuillère, mais je n’avais pas trouvé mieux comme arguments. Malheureusement, je faillis m’étrangler quand je le vis secouer la tête, l’air toujours amusé. Je ne voyais pas ce qu’il y avait de drôle à ce que je venais de lui rétorquer.

— Cerise, vous viendrez avec moi là-bas. Nous trouverons bien une solution. L’amour peut venir à bout de tout, vous savez.

Je dus me mordre les lèvres pour ne pas éclater de rire ou bien lui hurler dessus pour lui faire comprendre à quel point il était complètement insensé. Non, mais franchement, il s’était entendu parler ? Avait-il aussi oublié qui j’étais ?

— Bon, Tamril, maugréai-je, un peu à bout. Je ne sais pas quel genre de romans vous lisez en ce moment, mais tout porte à croire que vous avez fait une indigestion de livres à l’eau de rose de Barbara Cartland. Ce n’est pas bon pour votre cerveau, vous savez.

Je le repoussai gentiment, mais fermement.

— Cerise, je ne vous demande pas une réponse immédiate, réfléchissez avant de décider quoi que ce soit, soupira-t-il. Venez, je vais vous raccompagner jusqu’aux appartements du Roi. Je vous retiens depuis trop longtemps.

Comme si de rien n’était ou presque, Tamril plaça sa main dans le bas de mon dos pour me faire avancer. Le chemin du retour fut silencieux cependant, en avisant l’elfe, je vis qu’il semblait heureux. Cela n’avait aucun sens. Ne venais-je pas de lui mettre un râteau ? Sans doute pensait-il que je ne savais pas ce que je voulais.

— Non Cerise, n’entrez pas, me lança Tamril un peu gêné. Sa Majesté semble occupée et je ne crois pas qu’il serait heureux que nous le dérangions actuellement.

Je me retournai vers Tamril, l’œil interrogateur. Ces elfes avaient vraiment l’ouïe surdéveloppée.

— Allons donc ! Je vis ici et j’aimerais bien récupérer deux-trois affaires. Je ne vais pas le déranger longtemps, je vous le promets.

— N’entrez pas ! gronda-t-il. C’est un ordre, vous risquez de le payer cher si vous franchissez le seuil de cette pièce.

Surprise, je scrutai le visage de l’elfe. Il avait l’air aussi furieux que perturbé et il semblait vraiment tenir à ce que je n’entre pas. Pourquoi ? Que faisait donc Thranduil pour que je ne puisse pas le déranger maintenant ?

— Tamril, parfois, je ne vous comprends pas, rétorquai-je avant de faire fi de ses ordres.

Je tournai rapidement la poignée et ouvris la porte en grand avant d’entendre de drôles de bruits. Derrière moi, Tamril poussa un soupir de lassitude.

— Cerise, je vous avais dit de…

Mais je ne l’écoutais plus. Ce que j’entendais n’était pas une conversation entre le Roi et l’un de ses subalternes. Non, on aurait dit comme de petits miaulements suivis de grondements plus masculins. Ne voulant pas croire ce que mon cerveau était en train de décoder, je m’avançai tel un automate jusqu’à la chambre du Roi dont l’entrée était ouverte. Ce que je découvris me coupa le souffle, vraiment. Je n’aimais pas le Roi me rappelais-je, et heureusement, car sinon cela m’aurait sans doute brisé le cœur. Maeiell, cette peste, était avec Thranduil, tous deux se tenaient enlacés comme s’ils s’embrassaient… Je dus émettre un hoquet de stupeur, car les deux amants se retournèrent d’un seul bloc vers moi. La garce souriait de toutes ses dents et quant à Thranduil, il affichait une expression neutre. Rien ne pouvait laisser deviner sur son visage si ma présence l’embarrassait ou le dérangeait.

— Tiens, mais ne serait-ce pas notre petite humaine ? susurra mielleusement Maeiell. Dis-moi, ne veux-tu pas te joindre à nous pour nous tenir compagnie ?

Je poussai un grognement de mépris. Je sentis les larmes me monter aux yeux, mais je ne lui ferai pas le plaisir de les lui montrer. Jamais !

— Vous savez quoi ? crachai-je pleine de rage. Allez vous faire foutre, tous les deux !

Je fis demi-tour sans demander mon reste et bousculai Tamril en sortant de ce cauchemar.

— Je vous avais prévenue, marmonna Tamril qui me suivait tandis que mes pas furieux m’entraînaient jusqu’à mon ancienne chambre. Il avait l’air inquiet.

À peine consciente de mes gestes, je m’assis sur mon lit, tentant de digérer ce que je venais de voir. Je ne fis pas attention à Tamril qui venait de s’agenouiller devant moi, ses mains en coupe de part et d’autre de mon visage.

— Cerise, allez-vous bien ? me questionna mon chevalier servant, dans un murmure anxieux.

Doucement, je relevai la tête vers lui. Tamril était tellement éblouissant, avec son physique androgyne. Cependant, il avait aussi un côté très masculin qui devait attirer une myriade d’admiratrices. Pourquoi alors avait-il jeté son dévolu sur moi ? Une pauvre humaine ayant à peine le quart de la beauté de celles de sa race ? Il semblait vraiment inquiet pour moi, je le lus dans ses yeux. Plus je le scrutai et plus la tentation et la curiosité le concernant devinrent impérieuses. Je me pris à me demander ce que cela ferait s’il venait m’embrasser d’un vrai baiser passionné. Je compris que je ne devais rien attendre finalement de ce Roi aussi égoïste que glacial et sans cœur. Enflure ! Thranduil n’éprouvait aucune forme de sentiment pour moi, ce qui l’intéressait, c’était ce que je représentais et ce que cela pouvait lui apporter. Quant à moi et ce que je pouvais ressentir, il s’en fichait bien. Quel être sans scrupule ! Sans doute devrais-je réfléchir plus sérieusement à la réponse que j’allais donner à Celeborn ? En attendant, je voulais que quelqu’un m’aime pour moi et Tamril semblait être le candidat idéal. Ce n’était pas bien, je le savais. Je ne devais pas et pourtant…

— Embrassez-moi, Tamril.

Il me fixa, étonné.

— Cerise, je ne pense pas que…

— S’il vous plaît, le suppliai-je presque.

Alors je sentis ses lèvres sur les miennes. C’était un simple baiser, mais je voulais goûter plus. Je voulais qu’il me fasse oublier le goût du raisin sucré et les promesses de volupté qui l’accompagnaient. Je pris donc l’initiative d’approfondir moi-même notre étreinte et passai ma langue sur les lèvres scellées de l’elfe. Il poussa un gémissement avant d’entrouvrir sa bouche. J’en profitai pour glisser ma langue à l’intérieur. Mon geste osé eut raison de ses dernières réticences. Il me captura dans ses bras et notre baiser se fit plus profond, plus passionné. C’était agréable, cependant…

— Oh, Cerise, souffla-t-il le regard embué d’émotions.

Tandis que je m’apprêtais à le repousser gentiment, la porte de la chambre claqua brutalement, ce qui nous fit sursauter tous les deux de surprise.


Thranduil


Après que notre petite humaine fut partie, je me réfugiai dans le travail, répondant aux missives urgentes. Néanmoins, une partie de moi restait obnubilée par ce qui s’était passé la veille. Nous avions été trop loin pour revenir en arrière. J’espérai à juste titre qu’elle ne prendrait pas la décision de partir, cependant je savais que si elle le faisait, je ne pourrais pas la forcer à rester parmi nous. Toutefois, je me demandais si l’envie de mieux la connaître ne la ferait pas fuir tout autant ? Sans parler de mon désir qui s’était éveillé à son contact. L’acte charnel restait quelque chose de très spirituel pour ceux de mon peuple. On ne prenait pas l’amour à la légère. J’en étais là dans mes réflexions quand j’entendis quelqu’un frapper à la porte de mes appartements. Pensant qu’il s’agissait de ma petite humaine, je lui répondis d’entrer et de me rejoindre dans ma chambre. Nous devions discuter de ce qui était arrivé un peu plus tôt avec le Seigneur Celeborn. Quels ne furent pas ma surprise et mon mécontentement quand je découvris Maeiell sur le seuil.

— Que veux-tu ? lui demandai-je avec agacement.

— Mon Roi, répondit-elle d’une voix douce et cristalline. Vous me manquez tant.

Avant que je ne puisse lui dire de partir, elle se jeta sur moi dans le but de m’embrasser. Elle savait pourtant que je ne tolérais pas ce genre de comportement. Plus je tentai de la repousser et plus elle se colla à moi. Comprenant qu’il ne servait à rien de lutter, je me figeai lui faisant comprendre par là qu’elle n’obtiendrait rien de plus de ma part, si ce n’était mon évident mépris. Ce fut à cet instant que Cerise apparut. Je pus lire dans ses yeux la surprise, puis la douleur et enfin la fureur avant qu’elle ne se mette à hurler tandis que mon ancienne maîtresse enfonçait encore un peu plus le clou.

— Tu as été trop loin Maeiell ! aboyai-je une fois que nous fûmes à nouveau seuls.

Cette dernière perdit un peu de sa superbe et fit un pas en arrière. Elle semblait moins sûre d’elle tout à coup.

— Je te confine à tes quartiers jusqu’à nouvel ordre, continuai-je avant de sortir de mes appartements pour héler un de mes gardes. — Reconduisez cette elfine jusqu’à chez elle et gardez sa porte. Elle est punie pour trois jours. Demandez à l’une de ses servantes de lui apporter de quoi se nourrir. Uniquement le nécessaire.

— Mon Roi, objecta l’objet de mon courroux. Je vous en supplie, ne me punissez pas, c’est…

— Je ne veux plus rien savoir venant de toi ! la coupai-je durement tout en la regardant se faire emmener manu militari. Tu abuses bien trop de ma patience ! Un rappel à l’ordre ne te fera que le plus grand bien.

J’attendis qu’ils soient hors de ma vue pour prendre la direction de l’ancienne chambre de Cerise. Je savais que je l’y trouverais. Elle s’était méprise sur ce qu’elle avait vu et même si une partie de moi refusait de lui donner la moindre explication, l’autre voulait à tout prix la rassurer. Elle devait pleurer comme elle seule savait le faire et cette pensée me perturba plus que je ne l’aurais voulu. Néanmoins, je ne m’attendais pas du tout à la scène qui se déroulait sous mes yeux quand je pénétrai dans la pièce sans m’annoncer. Une rage noire s’empara de moi à cet instant. Je me sentais trahi et ridicule d’éprouver une étrange douleur dans la poitrine. Le bras droit de Finlenn et Cerise étaient dans les bras l’un de l’autre et leur étreinte ne laissait aucun doute possible sur ce qu’ils faisaient. Comment osaient-ils ? Tous deux sursautèrent quand je refermai brusquement la porte derrière moi. Ce fut Tamril qui me vit le premier. Il se redressa vivement et voulut dire quelque chose, mais je fus plus rapide.

— Dehors ! ordonnai-je n’arrivant pas à maîtriser le feu qui bouillonnait en moi.

— Majesté, bégaya-t-il en s’inclinant devant moi, mais je n’en avais cure, je voulais qu’il disparaisse de ma vue.

— J’ai dit : DEHORS ! tonnai-je cette fois.

Je l’entendis haleter avant qu’il ne passe devant moi sans demander son reste. Une fois qu’il fut sorti, je fermai la porte à clef. Je fulminais littéralement. Comment avait-il seulement osé la toucher ? De quel droit ? J’avisai alors Cerise qui me fixait, totalement hors d’elle, elle aussi, le souffle court et les lèvres rougies par ce maudit baiser qu’elle venait d’échanger. Comment avait-elle pu faire cela ?

— Vous vous prenez pour qui ? s’exclama-t-elle, furieuse, en se redressant de toute sa taille pour se planter devant moi, les mains sur les hanches.

Je l’observai, la bouche pincée. Il fallait d’abord que je me calme. Sinon rien de bien ne sortirait de tout ceci.

— Que se passe-t-il exactement entre Tamril et vous ? demandai-je, tentant tant bien que mal de retrouver un semblant de contrôle.

— Et vous ? Que faisiez-vous avec cette idiote de Maeiell, hein ?! hurla-t-elle.

— Cela ne vous regarde pas, répondis-je, les dents serrées.

Hors de question que je la rassure après ce que je venais de voir.

— Pareil pour vous ! Ce que je fais avec Tamril ne vous regarde pas non plus.

Nous nous défiâmes du regard pendant une bonne minute. Elle était hors d’elle. Tout comme moi. Cependant, je compris aussi quelque chose de bien plus profond à travers ses mots. Elle était jalouse de Maeiell et sans doute avait-elle agi dans le but de me blesser. Une espèce de vengeance en quelque sorte.

— Je ne voulais pas vous faire souffrir, Cerise, commençai-je en prenant sur moi. Je ne lui devais aucune explication, mais je savais que si je ne le faisais pas, je risquais de la perdre. Une elfine en colère pouvait se montrer dangereuse. Je n’osais imaginer ce qu’une Cerise en colère était capable de faire… Quoique, elle venait de m’en donner un bel avant-goût.

— Ah non, écoutez, je me fiche de savoir pourquoi vous étiez avec elle, simplement cela m’a surprise. En plus, je ne l’apprécie pas, elle et son petit sourire victorieux. La voir m’a totalement fait sortir de mes gonds. Je lui aurais bien bouffé le visage, à cette petite conne !

Je la fixai stupéfait par ses propos. Quel langage outrancier ! Et croyait-elle vraiment aux âneries qu’elle venait de prononcer ? La vision totalement distordue de cette scène dont elle avait été témoin entre Maeiell et moi, l’avait blessée et elle me le faisait payer, ni plus ni moins.

— Vous êtes aussi vulgaire que violente dans vos propos Cerise. Êtes-vous certaine de ne pas descendre de quelques Berserk ? dis-je avec tout l’humour dont j’étais capable pour tenter de la détendre.

— Pardon ? Heu non, je ne crois pas.

Je m’approchai doucement d’elle.

— Vous ne voulez pas me dire ce qu’il se passe avec Tamril, mais je vous rappelle que vous et moi sommes amants. Nous sommes ensemble et j’exige l’entière exclusivité Cerise. Un Roi ne partage pas.

— Vous n’en avez rien à faire de moi ! éructa-t-elle à nouveau rouge de colère. Et j’agis comme je l’entends. Je ne vous dois rien !

— Cela suffit, Cerise. Je n’admettrai plus que vous me manquiez à ce point de respect. Je vous ordonne de me dire ce qu’il se passe entre vous deux. Et je ne vous permettrai aucune autre insolence, est-ce bien compris ?

Pour appuyer mes propos, je la pris par les épaules et serrai fermement ma prise sur elle. Par tous les Valar, jamais je n’avais perdu aussi rapidement mon sang froid ! Elle finirait sans doute par me rendre fou. Ce que je ressentais était incompréhensible.

— Vous êtes vraiment certain de vouloir savoir ce que Tamril me voulait ?

— Cerise ! m’exclamai-je.

Elle inspira un grand coup et se passa la langue sur les lèvres. J’attendis qu’elle se décide enfin à parler. Ce qu’elle pouvait se montrer irritante.

— Eh bien, commença-t-elle tout en me lançant un regard torve. C’est assez gênant de vous le dire comme cela, mais sachez que j’ai un admirateur.

Où voulait-elle venir ? pensai-je suspicieux.

— Tamril a demandé la permission de me courtiser et je la lui ai accordée, déclara-t-elle un sourire sournois manifeste sur son visage.

Elle ne s’en cachait même pas. Elle savait pertinemment l’effet que ces mots auraient sur moi. Je la repoussai alors durement. Je me sentais trahi.

— Vous n’aviez pas le droit, Cerise !

— Je n’avais pas le droit de quoi, exactement ?

— D’accepter.

Je revins vers elle et l’acculai contre le lit.

— Vous êtes à moi, Cerise, et tant que vous m’appartiendrez, vous ne serez courtisée par personne d’autre que moi, vous m’entendez !

Son petit visage se plissa et ses yeux lançaient des éclairs redoutables. Ce que je lui disais ne lui plaisait pas du tout, mais cela n’avait aucune importance du moment qu’elle m’obéissait.

— Vous savez quoi, Thranduil, fulmina-t-elle. Allez vous faire voir !

Comment osait-elle continuer à me défier de la sorte ? Dans un cri de fureur incontrôlée, je la jetai sans ménagement sur le lit. Il fallait que je la marque pour qu’elle comprenne une bonne fois pour toutes. Elle était à moi tant que je n’en aurais pas eu assez d’elle. Je voulais découvrir tous ses secrets, et je voulais comprendre pourquoi nos âmes semblaient être attirées l’une par l’autre. Il était donc hors de question qu’un autre elfe la détourne de moi. J’étais le Roi, et je n’accepterais aucune contestation, surtout pas venant d’elle. Profitant qu’elle était allongée, je m’assis à califourchon sur ses cuisses, bien décidé à lui prouver que j’étais son seul Seigneur et Maître. Dans un élan de lucidité, je convins que j’avais du mal à me reconnaître. Qu’étais-je en train de faire ? Qu’avait-elle fait de moi ?!

— Mais lâchez-moi, espèce de salaud ! hurla-t-elle tout en se débattant.

Elle se mit à tambouriner ma poitrine de ses petits poings crispés. D’un geste vif, je les attrapai pour les ramener derrière sa tête d’une poigne ferme.

— Vous n’êtes rien ici, Cerise, à peine bonne pour ce que je veux faire de vous. J’ai l’extrême bonté de vous garder auprès de moi et c’est ainsi que vous me remerciez ?

— Vous me faites mal, gémit-elle, mais je n’en avais que faire.

Elle devait comprendre qui commandait ici.

— Je pourrais vous éviter cette souffrance si vous ne me provoquiez pas continuellement. Vous êtes impossible et d’une vulgarité sans précédent, lui dis-je entre mes dents serrées.

J’attendis quelques secondes qu’elle arrête de se débattre. Une fois que je fus sûr de ne plus me faire rosser, je la lâchai. Elle gémit. Elle ne m’avait pas quitté des yeux et sa poitrine se soulevait au rythme de sa respiration saccadée. Je me penchais avec une extrême lenteur sur elle dans le but de l’embrasser. Le baiser, lui, fut brutal, déchaîné, bien loin de mes habitudes. Nos langues ne se caressaient pas, elles luttaient. Je sentis à peine sa reddition alors qu’elle venait de passer ses bras autour de mon cou, m’attirant un peu plus contre elle. J’allais envoyer mes bonnes résolutions la concernant aux orties, quand des coups portés à la porte se firent entendre, de plus en plus insistants. Qui avait l’outrecuidance de me déranger maintenant ?


Cerise


Je n’arrivais pas à croire que Thranduil ait ce pouvoir sur moi. Comment avait-il réussi à me mettre dans cet état alors qu’au départ j’étais furieuse contre lui ? Oui, j’étais faible. Il avait suffi qu’il se mette à califourchon sur moi et qu’il m’embrasse pour me faire oublier que je le maudissais l’instant d’avant et que je souhaitais faire de sa vie un enfer. D’ailleurs, je ne comprenais même pas pourquoi il voulait faire de moi son amante vu qu’il voyait toujours Maeiell. Je lui avais dit que je m’en fichais, mais ce n’était pas vrai. Je m’étais sentie… trahie et humiliée. En définitive, s’il me voulait, c’était juste pour l’attrait de la nouveauté que je représentais à ses yeux. Il n’y avait pas à dire, il ne valait pas mieux que les hommes de mon monde. Des boloss qui se prenaient pour des tombeurs.

Cela faisait deux bonnes minutes qu’un pauvre elfe tambourinait à la porte comme si sa vie en dépendait. Thranduil était toujours sur moi, le souffle court. Je pouvais sentir à travers ses vêtements qu’il était plus que réveillé. Le Roi des elfes était-il un obsédé ? Il venait à peine de quitter l’autre qu’il voulait déjà remettre le couvert avec moi ?! Non, mais franchement, moi qui pensais les elfes purs et chastes…

— Que se passe-t-il ? tonna Thranduil à la porte fermée.

Sans attendre de réponse, il se releva et lissa les plis de sa tunique comme pour se donner contenance.

— Votre Majesté ?! répondit la voix de Haldir qui ne s’avisa pas de rentrer – de toute façon la porte était fermée à clef –, nous cherchons Cerise. Elle devait se présenter dans la salle du trône pour donner sa réponse au Seigneur Celeborn et…

Je me relevai lentement à mon tour en prenant soin de ne pas regarder Thranduil. Il fallait que j’y aille. Le Seigneur Celeborn attendait ma décision alors que je ne savais toujours pas ce que j’allais lui dire. Si j’avais été une personne avisée, je serais partie tout de suite, mais… Je contemplai avec hésitation le profil de ce Roi vaniteux, puis… Je devais partir tout de suite. Je me sentais mal tout à coup.

— Très bien Haldir. Nous le lui transmettrons, répondit Thranduil tout en se tournant vers moi.

J’allais moi-même rétorquer quelque chose, mais m’en abstins. Il se passa une minute avant que je ne me décide à me lever du lit. Une fois debout, je me dirigeai vers la porte quand je sentis la poigne de Thranduil sur moi.

— Qu’est-ce que vous me voulez encore ?! explosai-je.

J’étais à bout de nerfs. J’avais envie de hurler, pleurer, taper du pied et tout cela à la fois. Le Roi, quant à lui, m’observait, le visage hermétique à la moindre émotion.

— Qu’allez-vous lui dire Cerise ?

— Dire quoi exactement ?

Je le regardai sans trop comprendre.

— Au sujet de la proposition de Celeborn, lança-t-il.

Il semblait agacé. Même s’il n’en montrait rien, je le sentais tendu. Bien décidée à me venger un peu de lui, je plissai les yeux et affichai un sourire perfide.

— Je crois bien que finalement, je vais accepter, commençai-je, je …

— Je vous l’interdis ! tonna-t-il avant de me coincer contre la porte. Vous êtes ma propriété, Cerise, vous ne pouvez partir si je ne l’exige pas !

— Vous savez quoi Thranduil, dans une vie antérieure vous avez dû être un sale clébard ! C’est déjà un miracle que vous ne m’ayez pas fait pipi dessus pour marquer votre territoire, ne pus-je m’empêcher de lui rétorquer durement.

Je tentai alors vainement de me dégager de son étreinte, j’avais beau faire, mais ses bras étaient aussi inflexibles que de l’acier. Il m’énervait, m’agaçait et j’en avais assez d’être son jouet préféré qu’il martyrisait quand bon lui semblait. Soupirant, je pris sur moi pour me détendre. Je relevai la tête et collai mes lèvres – de moi-même – aux siennes.

— Votre réponse Cerise, souffla-t-il tout contre elles.

Au lieu de lui répondre quoi que ce soit, j’en profitai pour glisser ma langue dans sa bouche et je l’entendis gémir doucement. Comme je m’y attendais, il baissa ses bras pour les passer autour de moi. Pris dans un élan de passion, il me plaqua vivement contre lui et il faillit avoir raison de ma vengeance quand je pris une bouffée de son odeur à plein nez. Je n’assimilerai plus jamais le chèvrefeuille à autre chose que lui. Pourtant, il méritait une bonne leçon. Expirant tout l’air de mes poumons, je m’écartai de lui. Quand nos yeux se croisèrent, je pus lire dans les siens toute la passion qu’il ressentait à mon égard. Lentement, je lui souris et pliai un de mes genoux avant de… lui envoyer un bon coup dans l’entrejambe ! Je me mordis la lèvre d’appréhension quand je le vis écarquiller les yeux avant de s’écrouler par terre, ses royales mains tenant ses royales parties intimes.

— Bien, même le Roi des elfes est sensible à ce niveau-là, dis-je le cœur battant. Cela fait presque plaisir à voir. Vous ne pensiez pas sérieusement que j’allais me laisser aller avec vous, après la manière dont vous m’avez traitée ?

Son regard haineux fut la seule réponse qu’il me donna. Il devait avoir le souffle coupé à cause de la douleur. Je sentis des sueurs froides me couler le long du dos. J’allais le payer cher… ou pas, si je décidais de partir.

Prenant mes jambes à mon cou, je décampai sans demander mon reste.


Thranduil


J’eus toutes les peines du monde à reprendre contenance. Comment avait-elle seulement osé me faire cela à moi, le Roi des Elfes Sylvestres ?! En plusieurs milliers d’années de règne, jamais personne n’avait eu l’audace de lever la main sur moi, hormis mes ennemis… Et ils étaient tous morts sous les coups de mon épée. Cependant, elle était une femme… Jamais une femme n’aurait eu l’inconvenance de se comporter aussi bassement avec moi, pas même une humaine. Dans l’ordre des choses, les humaines avaient toutes peur de moi. Quant aux Elfines, elles priaient les Valar pour que je m’intéresse à elles. Au mieux, si elles me touchaient c’était parce que je le leur avais ordonné, pour mon plaisir personnel… Parce qu’elles rêvaient toutes d’être celle qui serait la première à mon cœur. Elenna l’était, et le resterait. La mère de mon unique enfant, la seule qui m’ait fait ressentir autre chose que de l’ennui. Mais cette Cerise, cette humaine mal élevée qui ne réfléchissait pas avant de parler, venait de m’humilier de la pire des façons. Elle m’avait fait tomber à ses pieds sans la moindre peur de représailles, sans la moindre hésitation. Je devrais la tuer pour cela, mais je ne pouvais m’y résoudre. Oh, elle le paierait très cher, quand elle s’y attendrait le moins, bien sûr. En attendant, mon envie de la mater s’était intensifiée. Je la voulais pour moi, je la voulais si fort que j’en avais le tournis. Me redressant du mieux que je le pouvais, j’exhalai un long soupir avant de partir moi aussi en direction de mon trône. J’espérais seulement que Cerise n’avait pas pris de mauvaises décisions. Malgré tout ce qu’elle pouvait penser ou dire, je savais bien qu’elle aussi avait ressenti cette alchimie entre nos deux âmes. Comment ? Pourquoi ? Il fallait que je le découvre.


Cerise


J’arrivai totalement essoufflée dans l’une des grandes salles attenantes au trône de Thranduil. J’avais couru comme s’il n’y avait pas eu de lendemain. Bon, en fait oui, j’avais eu peur que Thranduil ne me pourchasse pour me punir du super outrage envers un souverain que je venais de lui infliger. Je n’osais même pas imaginer comment il l’avait pris. Pourtant la part folle furieuse qui vivait en moi était encore complètement hilare. Cependant, c’était entièrement mérité. C’était si bon d’être insouciant parfois et de se laisser aller. Avisant les environs, je reconnus Haldir et le Seigneur Celeborn qui discutaient avec Finlenn. Je fis un geste de la main quand Haldir me reconnut et m’avançai vers eux.

— Cerise, commença-t-il, nous vous cherchions partout.

— Désolée, répondis-je quand je fus arrivée à leur hauteur. Mais j’étais occupée. Je me suis battue avec une tache récalcitrante qui ne voulait pas partir et croyez-moi, elle était tenace.

— Une tache récalcitrante ? répéta Celeborn qui ne comprenait pas où je voulais en venir et dans un sens, tant mieux.

— Heu oui…

— Cerise, mon enfant, reprit-il en me prenant les mains, ce qui eut pour effet de me faire monter une boule d’angoisse à la gorge. — Qu’avez-vous décidé ? Nous accompagnerez-vous jusqu’à la Lórien. Mon épouse a tellement hâte de vous rencontrer.

Il plongea son regard, aussi doux qu’empli de gentillesse, dans le mien et j’eus l’envie soudaine de pleurer.

Mais qu’est-ce que j’avais fait ? me lamentai-je pour moi-même en repassant le film dans mon esprit de mon entrevue avec Thranduil. Qu’est-ce qui n’allait pas chez moi ? Jamais le Roi ne me pardonnerait et j’étais encore plus folle que je ne le pensais quand je compris ce que j’allais dire au Seigneur Celeborn.

— Je… Je ne sais pas pourquoi vous êtes si gentil avec moi ni même ce que ma venue a de si important – parce qu’à vous entendre on dirait que ça l’est –, mais… je ne… je ne peux pas m’en aller d’ici.

Je me sentais lamentable de dire cela. J’étais certaine qu’en plus la vie en Lórien devait être bien plus agréable qu’ici. Sans parler du fait que je pourrais croiser Haldir plus souvent et tout, mais… Je ne pouvais pas partir, car malgré tout ce qu’il s’était passé récemment avec Thranduil, je ne pouvais tout simplement pas le quitter ainsi. Et je savais bien que je paierais très cher ce choix-là.

— Pourquoi cette décision vous rend-elle si malheureuse ?

Celeborn me releva doucement le visage avant d’essuyer de ses deux pouces mes larmes qui coulaient sur mes joues sans que je m’en sois aperçue. Les traîtresses.

— Parce que j’aurais aimé venir avec vous, mais… mais je ne peux pas. Je… j’ai…

Seigneur ! Comment expliquer à cet homme que j’étais une abrutie finie totalement masochiste et…

— Chut, mon enfant. Je sens au fond de vous que votre décision est déjà prise et que rien ne vous y fera revenir alors acceptez la comme nous l’acceptons.

— Vous êtes quelqu’un de bon, Celeborn, marmonnai-je en tremblant de tous mes membres. Je vous préfère ici que dans le film.

Son expression incrédule me fit monter un maigre sourire aux lèvres.

— Ah, voilà la jeune fille que nous avons connue, dit-il en me souriant à son tour. J’espère que nos routes se croiseront à nouveau, Cerise.

Je le vis se reculer avant de dire quelque chose en Sindarin à Haldir qui acquiesça de la tête. Le garde de la Lórien se retourna vers moi :

— J’ai été moi aussi ravi de faire votre connaissance, étrange Cerise. Vous êtes une drôle de petite humaine, mais je vous souhaite les meilleures choses qui soient en Terre du Milieu ou ailleurs.

Il posa sa main sur le cœur et s’inclina devant moi sans jamais cesser de me regarder. Je rougis, il était si beau.

— Moi aussi… Haldir, bégayai-je.

Et il partit en direction des écuries.

Celeborn revint vers moi et me prit dans ses bras en une étreinte chaleureuse.

— J’aurais aimé en apprendre plus sur vous et le monde d’où vous venez, mais je suis certain que ce jour arrivera bientôt ! Au revoir Cerise, prenez soin de vous et ménagez ce bon vieux Roi Thranduil.

Sur ce, Celeborn se dégagea et me fit un léger clin d’œil avant de suivre le même chemin qu’Haldir. Trop ébranlée et triste par ce départ, je ne pus m’empêcher de plaquer mes mains sur la bouche, laissant mes larmes couler librement. Comment quelqu’un que j’avais connu seulement la veille pouvait-il déjà me manquer ?

Toute à ma tristesse, je n’entendis pas quelqu’un arriver derrière moi.

— Cerise ! Nous n’en avons pas terminé vous et moi ! tonna la voix ô combien furieuse de sa Majesté Thranduil.

Je commençai déjà à regretter ma réponse, j’aurais dû suivre Celeborn et Haldir. La sentence du Roi à mon égard allait être terrible !


Tamril


Je n’entendis pas Dagnir m’interpeller. J’étais encore dans un état second. J’avais baissé ma garde et le Roi me le ferait payer très bientôt.

— Tamril, Mellon-nìn, déclara l’ellon en arrivant à ma hauteur, tu n’entends pas lorsque l’on t’appelle ? me reprocha-t-il doucement.

— Je suis navré Dagnir, j’étais perdu dans mes pensées.

— Un garde qui ne prend pas garde, voilà bien qui est surprenant ! se moqua-t-il gentiment. Où te rends-tu ?

Je levai la tête au ciel pour me calmer. Dagnir n’y était pour rien bien sûr, mais je n’avais aucune envie de sa compagnie, si charmante soit-elle.

— Je suis navré, dis-je, mais j’ai besoin de tranquillité pour me ressourcer et faire la paix avec mon âme.

À cette évocation, l’érudit qu’il était avait compris ce que je voulais dire et s’inclina, main sur le cœur, avant de me laisser partir. Je lui répondis par un signe de tête et repris mon chemin. Une fois dans ma chambre, je m’assis sur mon lit et pris mon visage entre mes mains. Je sentis mes yeux brûler. Je ne voulais pas me laisser aller de cette manière. J’avais toujours su que déclarer ma flamme à Cerise me coûterait bien plus qu’un simple chagrin d’amour. Chez les elfes donner son cœur est une chose sacrée. Ce que je n’avais pas compris alors, c’était l’importance de sa personne pour le Roi. J’avais l’impression d’avoir trahi celui à qui je devais la vie. J’avais beau me dire que je n’avais rien fait de mal, pourtant une part de moi ne pouvait s’empêcher de penser que courtiser cette humaine équivalait à une offense royale. Comment taire des sentiments qui allaient grandissants sans que je n’aie de prise sur eux ? Avoir goûté à ses lèvres, humé l’odeur de sa peau, tout cela m’était impossible à oublier.

La porte s’ouvrit avec force et fracas. Je me levai d’un bond pour faire face à Finlenn qui semblait choqué.

— Tamril, tous les gardes et les courtisans de la proche maisonnée du Roi sont convoqués dans la salle du trône par Sa Majesté, séance tenante.

Je fronçai les sourcils surpris.

— Que se passe-t-il exactement ? demandai-je le cœur cognant férocement dans ma poitrine.

— J’allais te poser la même question, me répondit-il. Mais, de ce que j’en sais, Cerise a encore fait des siennes.

Non, pensai-je, ce n’est pas que de sa faute, c’est aussi et surtout de la mienne et…

— Tu as entendu ce que je viens de te dire Tamril ? me dit Finlenn en me ramenant brutalement à la réalité. Elle est en prison. Le Roi l’y a conduit lui-même il y a moins d’une heure. C’est grave cette fois. Je ne l’avais jamais vu dans un tel état de fureur. Je ne suis pas certain qu’elle survive à la sentence qu’il prononcera à son sujet.

En plus de cette terrible peur qui venait de me saisir, je crus déceler chez mon ami la même appréhension.

— Tu devrais être ravie toi qui n’aimais pas la présence de cette humaine parmi nous.

Il secoua la tête.

— J’ai appris à l’apprécier, mais pas autant que toi. Allez viens, ce n’est pas le moment de faire attendre Sa Majesté.

Cerise en prison, pensai-je avec effroi. Le Roi allait-il vraiment appliquer une sentence lourde de conséquences à son encontre ? Tout en avançant, je priai les Valar qu’ils accordent toute leur aide à celle qui avait désormais mon cœur entre ses mains.

À Suivre


Annotations

* Quand Cerise se sent mal ou perdue, elle se raccroche à ce qu’elle aime le plus au monde : ses passions pour les films, les séries TV, la musique, etc… C’est une geekette qui s’assume totalement.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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