6. Autant en Emporte Cerise

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Autant en Emporte Cerise


Cerise


Je faisais encore ce merveilleux rêve, toujours le même, à quelques nuances près. J’étais avec un homme, mon prince charmant sans doute, et il revêtait toujours une apparence différente selon mes lubies du moment… Pour l’instant, c’était surtout Marc, l’un de mes amis, qui avait monopolisé mes fantasmes les plus fous et les plus décadents. Toutefois, pour une raison étrange, Marc avait pris quelques traits d’un certain souverain que je ne préférais pas nommer. C’était bon, il était doux et tendre et je n’avais qu’une envie, me perdre à jamais dans ses bras. Il sentait si bon, un mélange de chèvrefeuille et d’agrumes légèrement épicés. Je sus avec certitude que son étreinte me protégerait à tout jamais. Oui, je suis une incorrigible romantique et je l’assume !

Poussée par l’envie de le sentir encore plus proche de moi, je pris son visage entre mes mains et approchai mes lèvres des siennes. J’avais désespérément besoin et envie de l’embrasser. Je crus mourir par tant de légèreté. Les lèvres de mon prince imaginaire étaient si douces, si étrangement tentatrices… Prise dans mon élan, je passai ma langue sur sa lèvre inférieure qui me paraissait aussi pulpeuse qu’un fruit bien mûr. Il avait le goût du raisin sucré et alcoolisé comme s’il avait bu du vin et… Quelque chose n’allait pas dans mon rêve, mon prince me repoussa brutalement et… J’ouvris alors les yeux.

— Ma… Marc ?! bredouillai-je perdue à mi-chemin entre mon songe et la réalité qui s’offrait à moi sous l’apparence d’un elfe, d’un roi, choqué au-delà des mots.

Ses yeux étaient agrandis par l’incompréhension et sa bouche, légèrement rougie, affichait une moue pleine de surprise. Je mis quelques secondes à comprendre ce qui venait de se passer et quand je compris ma méprise, je faillis m’effondrer… de rire ! Mon cerveau devait avoir fondu en fait, j’aurais dû me sentir plutôt mortifiée parce que je venais de faire. Bien sûr, je me sentais vaguement honteuse de ce qui venait de se passer, mais à voir la tête de ce pauvre Thranduil, cela en valait quand même la peine. Quoique, une part de moi était quand même froissée qu’il le prenne ainsi. Je n’étais certes pas la plus belle des filles de la planète, mais j’étais loin d’être un thon.

Je vis alors ses lèvres articuler quelque chose, mais seul Whole lotta love de Led Zeppelin me parvenait actuellement aux oreilles. Me tortillant pour me redresser sur un coude, je retirai d’une main mes écouteurs et éteignis mon iPod de l’autre.

— Qu’avez-vous dit ? Je ne vous ai pas entendu, demandai-je totalement réveillée.

J’étais aussi vexée qu’amusée par ses réactions.

Thranduil continua de me dévisager comme si je venais de me transformer en licorne magique. Je me demandai vaguement si les licornes existaient chez eux ?

— Pourquoi avez-vous fait cela ? me demanda-t-il comme s’il était réellement atterré par mon geste.

Je me mordillai la lèvre inférieure un moment avant de lui répondre. Autant lui dire la vérité, après tout que risquais-je de pire ? Son expression de vierge effarouchée faisait presque peine à voir et soudain, je commençais à sentir poindre en moi une certaine colère. Oui, la vérité ne serait pas la pire à entendre après tout.

— Je vous ai pris pour quelqu’un d’autre, dis-je avec un soupir fataliste.

— Pour quelqu’un d’autre ?! répéta-t-il en plissant dangereusement les yeux.

L’observant attentivement, je vis que si ce n’était pas déjà fait, je l’avais surpris, voire vexé. Ce fut plus fort que moi, mais cette fois, je me mis à rire comme une crétine. Il avait l’air si… impressionnant et pourtant… Je me marrais à ses dépens.

— Il suffit ! tonna-t-il, je n’apprécie pas que vous vous moquiez de moi de la sorte ! C’est inadmissible, inconcevable, IMPENSABLE !

Avec beaucoup de difficulté, je réussis néanmoins à calmer les tremblements de rire qui secouaient encore ma poitrine. L’asile n’était pas loin pour moi, à moins que j’y sois déjà enfermée. Par Zeus, Poséidon et tous les dieux de l’Olympe réunis, ce n’était qu’un petit baiser. Il me donnait presque l’impression de l’avoir violé pour de bon. Si on m’avait dit que le vrai roi Thranduil était aussi…maniéré. Il prenait ce petit bisou de rien du tout pour l’affront du siècle ou je ne sais quoi encore, c’en devenait franchement ridicule. Et moi, j’étais indéniablement vengée. J’étais certaine qu’il y aurait bien deux, trois garçons de ma connaissance qui auraient été ravis que je leur accorde un baiser. Genre, Marc par exemple !

Oubliant le peu de bonnes manières que j’avais essayé d’obtenir depuis que j’avais accepté l’inacceptable, j’inspirai un bon coup avant de reprendre.

— Non mais sérieusement, c’est rien, pas la peine de faire votre princesse effarouchée pour un vulgaire baiser qui ne vous était même pas destiné, en plus. Si je ne connaissais pas un peu mieux votre histoire, je pourrais presque croire que vous êtes encore puceau !

J’avais conscience d’être allée trop loin mais cet elfe avait le don de faire ressortir mes pire traits de caractère. Je n’étais pas comme cela d’habitude. Enfin, presque pas ! Comme je m’y attendais, je le vis hoqueter de stupeur. J’avais, j’en étais plus que sûre, dépassé les bornes. J’étais très douée pour ça mais la plupart du temps, cela se retournait contre moi.

— Comment osez-vous parler ainsi à un roi ?! me cracha-t-il au visage, totalement furieux.

Je n’avais pas prévu ce qui se passa ensuite. Sa main saisit rageusement mon cou dans l’intention manifeste de le serrer. Mandieu, allais-je mourir là, maintenant ? Ma stupidité et mon immaturité m’auraient-elles amenée à ma propre perte ? Il fallait faire quelque chose, et vite !

— J… Je suis désolée, croassai-je tant bien que mal. Je ne voulais pas aller aussi loin, mais franchement, vous faites d’un petit truc toute une histoire !

Thranduil me fixa, ses yeux presque fermés. J’osais à peine déglutir. Je le vis alors baisser les paupières, puis il inspira profondément – sans doute pour se calmer –, avant de me lâcher et de se relever pour se diriger vers la porte. Il s’arrêta devant et me lança :

— J’étais venu vous dire que je n’avais pas du tout apprécié votre esclandre au dîner de ce soir. Que votre escapade de cette nuit avait causé grands fracas et beaucoup de tracas parmi mes gens. Tout cela – il fit un geste de la main – vous et vos manières plus que déplorables commencent sérieusement à me fatiguer. Vous viendrez me voir demain à la première heure avec Liamarë. Nous déciderons de ce que nous allons faire de votre si affligeante et navrante personne.

Sans attendre de réponse, il sortit en fermant la porte, sans la claquer. Quelle prestance, ne puis-je m’empêcher de songer, impressionnée. Comment faisait-il pour reprendre contenance aussi vite ? Cet homme, enfin cet elfe, était un mystère, mais je n’étais pas pressée de découvrir ce qu’il renfermait. Je doutais que ce soit de la meringue. Thranduil n’avait rien de doux ni de sucré… Hormis sa bouche. Merde, je n’allais pas commencer à fantasmer sur lui, quand même ?! Allez Cerise, pense à autre chose de plus concret, je ne sais pas moi, M. Pokora en Robin des Bois… Heu non, j’aime pas… Heu, Johnny Depp ?! … Non, trop vieux ! Le prochain calendrier des Dieux du Stade ?! Je poussai un petit cri de contrition. Rien à faire, je pensais toujours à Thranduil. Je me pris la tête à deux mains. Une boule d’angoisse et d’amertume se formait dans ma gorge. Qu’est-ce qu’il croyait, franchement ? D’accord, j’avais tendance à mettre les pieds dans le plat. D’accord, c’était un vrai roi, et tout le fourniment. Et alors ? S’il pensait que, sous prétexte que je m’habituais à l’idée d’être ici, j’allais m’adapter, il se plantait carrément ! Ce bouffon prétentieux n’aurait jamais le moindre droit sur moi !

— Thranduil, tu n’es qu’un con, une saleté d’elfe à la noix ! m’écriai-je à la pièce vide pour évacuer la fureur qui me gagnait. Hors de question de fantasmer sur toi parce que tes lèvres sont douces, sucrées et… délicieusement humides !

Saleté d’elfe de malheur !

Me redressant d’un coup, je me mis debout sur mon lit en poussant des hurlements de rage. J’étais certaine de faire un boucan d’enfer, mais je m’en fichais comme de l’an 40 !

— J’en ai marre ! vociférai-je. J’en ai ma claque de ces elfes de malheur à la noix de coco et de cette putain de Terre du Milieu de pacotille ! Putain ! Dieu, là-haut, ou s’il y a quelqu’un, je veux retourner dans mon monde à moi ! Tu sais, le normal, celui où il n’y a pas un sale con de roi pour me dicter sa loi. S’il te plaît, quoi ! Me laisse pas comme ça, c’est plus drôle maintenant, terminai-je en sanglotant presque contre ce sort qui s’acharnait contre moi.

Je mis quelques minutes à me calmer. Une fois que j’en eus assez d’invectiver les murs, je descendis du matelas pour m’y rasseoir. Étrangement, personne n’était venu me voir. Pourtant avec leur ouïe digne de Super Jaimie*, je n’étais pas certaine d’être passée inaperçue.

Avisant ma chambre, je grognai de dépit. Pas de télévision avec ses émissions nauséabondes pour me faire oublier ma réalité merdique, car oui, les filles… au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, vivre en Terre du Milieu, et à Mirkwood plus exactement, c’est vraiment pas terrible ! J’aurais encore préféré tomber dans un épisode de « Poubelle la vie* » au moins je ne me serais pas ennuyée… Et là au moins il y avait la télévision et tout le reste ! Non, parce qu’ici, je n’avais même pas d’ordinateur pour baver sur les photos de mes acteurs fétiches ou me faire des morceaux d’extraits de films sur Youtube… Et le pire, je crois… Pas de salle de bain ni de douche ! Ma vie pour une vraie douche bien chaude ! Écœurée, je retombai lourdement sur le lit et me roulai en boule pour tenter de me rendormir. J’espérais secrètement revenir à mon beau et doux rêve, mais à chaque fois que je fermais les yeux et que je me laissais partir, je revoyais Thranduil, ou plus exactement, je me rappelais son odeur, la douceur de ses lèvres et son goût. Ce n’est pas possible ! J’étais vraiment mal barrée… Un peu comme d’habitude depuis que j’avais atterri ici, cela dit. Ce fut sur ces belles pensées pleines de contradictions que je m’endormis pour de bon.

Le lendemain matin, ce fut Liamarë qui vint me réveiller. Elle avait une mine soucieuse.

— Que se passe-t-il ? demandais-je, m’attendant au pire.

— Voyons, Cerise, comme si tu ne le savais pas après la frayeur que tu nous as causée hier soir.

— Ah ! dis-je en sortant du lit pour faire mes ablutions.

Je n’avais pas envie d’avoir cette conversation avec elle. Parfois, elle pouvait se montrer encore plus exaspérante que ma propre mère – attention, j’adore ma mère ! –, et je n’avais pas envie de me prendre la tête avec elle de bon matin.

— Tu ne te rends pas compte à quel point nous étions inquiets, continua-t-elle sur sa lancée. Si l’un des gardes des bois de la Lothlórien n’avait pas été là…

Prise de frissons, elle ne put finir sa phrase. J’arquai les sourcils, surprise qu’elle me tutoie enfin. Je n’avais pas fait attention à ce changement et, malgré les remontrances qui allaient avec, cela me fit plaisir. Je ne me serais jamais doutée que je comptais un peu pour elle. On ne se connaissait pas depuis longtemps, mais moi-même, je l’aimais bien. C’était quelqu’un de bien. En soupirant, je pris sur moi pour ne pas m’emporter et me concentrai sur autre chose. Aujourd’hui, j’avais décidé de me mettre en beauté, du moins de m’apprêter un peu mieux que d’habitude. Depuis que j’étais ici, je me laissais aller. Liamarë attendit donc patiemment que je finisse de me préparer – je mis un peu plus de temps parce que je voulais faire bonne impression sur le beau gardien de la Lothlórien, justement. J’espérais bien le revoir aujourd’hui, dussé-je aller à sa recherche. Quand elle me vit sortir ma trousse à maquillage, elle écarquilla les yeux.

— Mais qu’est-ce donc que ceci ? me demanda-t-elle, piquée par la curiosité.

Me mordant la langue pour ne pas rire devant sa mine de petite fille, je lui fis signe d’approcher.

— Ceci, ma chère commençais-je, fière de moi, c’est du maquillage.

Elle me regarda, étonnée. Ne se maquillait-elle donc jamais ?

— Ah ! Mais à quoi cela va-t-il te servir ?

Comme si elle ne le savait pas ?!

— À faire tomber les hommes comme des mouches évidemment ! répliquai-je en gloussant.

Liamarë m’observa en plissant les paupières.

— Et ceci est-il pour quelqu’un qui se trouve parmi nous ? voulut-elle savoir en me regardant faire.

— Qui sait… peut-être, dis-je, énigmatique, en pensant toutefois au bel Haldir.

Une fois prête, je récupérai une sacoche en tissu et y rangeai un stylo que j’avais récupéré de mon grand sac, ainsi qu’un mouchoir et… mon téléphone portable. Il avait une fonction que j’avais oublié de montrer au roi des elfes, mais qui allait me servir aujourd’hui. Bon, il ne fallait pas trop que je réfléchisse à ce que j’allais faire parce que dans un sens, je trouvais cela tellement puéril et stupide… Mais, ça allait m’amuser et pour l’instant, c’est tout ce dont j’avais besoin. J’étais dans la galère la plus totale, mais j’avais décidé de prendre les bons côtés qui viendraient à moi. Parce qu’il y en avait quelques-uns, heureusement. Rencontrer le vrai Haldir, c’était juste inespéré – carrément impossible dans ma réalité – et le jour où je rentrerais chez moi, je voulais garder un maximum de souvenirs, juste pour être sûre de ne pas être totalement timbrée… Ce que j’étais sans doute, cela dit. Je ne me faisais aucune illusion sur mon état mental. Si ça se trouve, j’étais actuellement dans un hôpital, branchée à des fils qui me maintenaient en vie. J’espérais juste qu’en me réveillant, l’humanité ne se soit pas transformée en planète Zombie digne d’un ersatz de Resident Evil ou de The Walking Dead. Sauf si le très sexy Daryl Dixon – miam – était dans les parages. Là peut-être que… Mais trêve de délire, j’étais chez les elfes, pas encore chez les fous… Quoique.

Sur le chemin, nous croisâmes Finlenn qui fit une drôle de tête en me voyant passer. Je lui adressai un sourire séducteur, un de ceux que je déteste voir sur les autres filles en général et qui me donne envie de les baffer quinze fois à la suite – Moi, jalouse ? Pas du tout ! Où allez-vous chercher tout ça ? Mais pour lui, j’avais fait une exception et vu l’expression de son visage, cela en valait la peine.

Au fur et à mesure que nous approchions de la salle découverte où se trouvait le trône de Thranduil, je sentis mon cœur se serrer. Je me souvins que la veille, j’avais appris que mon sort serait décidé ce matin même. Quelle poisse, franchement ! Il n’y avait pas à dire, je vivais des aventures palpitantes à Mirkwood-land. Un vrai paradis pour les grands comme pour les petits !

Une fois que nous fûmes arrivées, Liamarë me pressa l’épaule en signe de soutien. Je n’avais pas envie dans l’immédiat de revoir le roi. Je savais que notre futur entretien serait loin d’être joyeux. Je cherchai donc des yeux mon sauveur de la veille. À l’instant où je croisai le regard du véritable Haldir, un sourire niais étira mes lèvres et je me sentis un peu plus légère. J’avançai vers lui doucement avec deux idées bien en tête – ne jamais perdre ses objectifs de vue. Ce dernier, voyant que je m’arrêtais devant lui, haussa un sourcil interrogateur, se demandant très certainement ce que je lui voulais. Le pauvre, s’il savait. Mais il ne savait pas et cela valait mieux pour moi.

— Bien le bonjour, Ma Dame, commença-t-il, très courtois, puis-je vous être d’une quelconque aide ?

Tout en me demandant cela, je sus avec exactitude qu’il ne voyait pas en quoi il aurait bien pu m’être utile. Loin de me laisser démonter, je tentai le tout pour le tout. Quitte à passer pour une folle, autant y aller de bon cœur, n’est-ce pas ?

— Oui, bien sûr, répondis-je en farfouillant dans mon sac.

J’en sortis un papier et un stylo que je lui tendis.

— Qu’est-ce que cela ? me questionna-t-il en regardant ces deux choses comme s’il n’en avait jamais vu de sa vie. Loin de me démonter, je l’avisai, toujours souriante.

— Puis-je avoir un autographe, Monsieur Haldir ? demandais-je le plus aimablement possible tout en croisant les bras, comme une idiote, sur ma poitrine – vous la voyez la fan totalement timbrée qui bave sur des kilomètres ? Bien c’est moi.

— Un quoi donc ? – Il semblait gêné et je ne l’en trouvais que plus adorable si c’était encore possible – je suis désolé, mais je ne vois pas en quoi…

Je soupirai bruyamment, l’interrompant dans ses excuses. Bien sûr, j’aurais dû m’en douter. Me disant que c’était le moment ou jamais, je sortis alors mon téléphone du sac, enclenchai l’appareil photo, me collai à lui et…

Cheese, le petit oiseau va sortir ! m’exclamai-je ravie avant que je sois éblouie par une aveuglante lumière.

Haldir quant à lui, avait eu un mouvement de recul.

— Ah mince ! pouffai-je comme une débile. Je suis désolée, Monsieur Haldir, j’ai oublié d’enlever la fonction du flash.

Vérifiant mon appareil photo, je priai très fort pour que la prise soit bonne et… Oh super ! Elle l’était ! Bon, c’est vrai, Haldir semblait un tantinet choqué avec ses yeux écarquillés, mais je savais que c’était la meilleure que je n’obtiendrai jamais de lui … et de moi. Au diable Craig Parker ! J’eus un rire machiavélique intérieur avant que mon cerveau ne m’envoie des images pour le moins explicites dudit acteur. Ne pas penser à Craig Parker tout nu… Surtout pas maintenant. Mauvaise idée Cerise ! m’évertuai-je à me raisonner.

Toute à ma contemplation, je ne vis pas Liamarë et Haldir lui-même, examiner avec une stupéfaction proche de la crise cardiaque la fameuse photo prise avec mon portable.

— Mais qu’est-ce que c’est que cet objet maléfique ? haleta-t-il, inquiet.

— Cerise, qu’as-tu encore fait ?! marmotta Liamarë.

— Mais rien de grave les enf… les amis ? … Heu, non rien de grave ! J’ai juste pris une photo avec mon…

— Téléphone ? continua à ma place une voix au doux timbre de velours, juste derrière moi.

Me retournant brusquement, je vis le souverain de Mirkwood à quelques pas de moi. Bien qu’il se soit rappelé l’existence de mon appareil, il semblait tout aussi subjugué par la photo que je venais de prendre. Certes, c’était une belle photo, mais…

— Puis-je ? demanda-t-il et, dans ses yeux, je compris qu’il n’accepterait aucun refus de ma part.

Je lui donnai donc mon smartphone, le cœur battant. Il me le prit du bout des doigts et regarda, totalement fasciné, l’image qui nous représentait Haldir et moi-même.

— Par quelle espèce de magie secrète avez-vous réussi à capturer l’image de vous-même et du Gardien de la Lothlórien ? me questionna-t-il en me considérant étrangement.

Il tiqua en constatant que j’étais maquillée, mais il n’en fit aucune remarque. Tant mieux, je ne m’étais pas faite jolie pour ses beaux yeux.

— Ce n’est pas de la magie, expliquais-je avec hauteur. C’est de la T.E.C.H.N.O.L.O.G.I.E. Un concept qui vous paraîtra sans doute aussi obscur que le fondement de Sauron, si je puis dire.

Je ne pus m’empêcher de ricaner à mon allusion vaseuse. De toute façon, le grand œil orange n’avait pas de derrière, donc ma blague tombait à plat.

— Comment osez-vous proférer de telles horreurs ?! s’offusqua Haldir, choqué par mes propos.

Liamarë soupira de dépit.

— Cher Haldir, dit-elle tout en me fusillant du regard. Veuillez l’excuser, mais une fois que vous connaîtrez mieux notre Cerise, vous comprendrez que… elle ne vient pas vraiment du même monde que nous.

Je faillis éclater de rire devant cette explication tout à fait pertinente, mais m’abstins quand je sentis l’aura de pure fureur qui émanait de mon seigneur et maître… Heu de Thranduil… Oh là ! Ce n’est pas bon, si je commence à penser à lui de cette manière. Il va vraiment falloir que je songe à trouver un Starbucks dans le coin… ou à en ouvrir un, tiens ! Ça pourrait être une idée, qu’elle est bonne ! Je suis sûr que je me ferais un max de thune en plus.

— Je suis désolée, tentais-je en prenant l’air le plus contrit possible – mais ce n’était pas mon fort, car je devais avouer que je m’amusais trop actuellement. – je ne voulais pas paraître irrespectueuse. Je sais à quel point les forces obscures ont été une terrible épreuve pour vous.

J’évitai aussi de singer Dark Vador et de parler de l’Étoile Noire parce que là, j’étais bonne pour servir de pâtée aux araignées qui squattaient les arbres de Thranduil dans sa forêt bien-aimée.

D’un signe de tête, le souverain de Mirkwood accepta de me pardonner ce nouvel écart, sans doute n’était-il plus à cela près avec moi, soit dit en passant. Je le vis alors ranger mon portable dans la poche de sa doublure de manteau d’apparat et voulus protester quand je sentis la main ferme de Liamarë sur mon bras.

— Tu en as assez dit, me souffla-t-elle avec colère.

Le roi monta les marches qui menaient à son trône et, d’un mouvement leste, s’assit tout en nous dévisageant froidement. Je vis Haldir s’avancer avant de se prosterner devant lui, une main serrée contre sa poitrine.

— Votre Majesté, commença-t-il avec déférence. Je demande votre permission pour rejoindre les miens. Le reste des Galadhrims ne devraient pas tarder à se présenter aux portes de votre royaume et ils auront besoin de moi.

Thranduil le toisa.

— Très bien, faites, et nous espérons que vous pourrez enfin nous débarrassez de ces monstres qui détruisent les bois. Le capitaine de ma propre garde vous a envoyé tout un contingent de nos soldats pour vous aider.

Haldir se redressa et posa de nouveau sa main à plat sur son cœur en un geste très cérémonial. Ensuite, il nous fit un léger signe de tête avant de partir. Je le suivis des yeux, émerveillée par sa façon de se déplacer dans l’espace qu’étaient les cavernes souterraines de Mirkwood. Un drôle de sentiment m’étreignit alors que j’étouffais bien vite avec des pensées bien moins nobles. C’est qu’il était super sexy, en fait. J’eus un petit sourire parfaitement coquin en l’imaginant faire autre chose.

— Cerise, s’il te plaît ! me sermonna Liamarë à qui mon manège n’avait pas échappé.

Comprenant que je l’agaçais vraiment, je me retournai vers le trône et levai la tête. Thranduil m’observait, la mine soucieuse, un doigt replié sous son menton. Je me rappelai alors qu’il devait décider de ce qu’il allait faire de moi. Cette évocation me dégrisa totalement et mon cœur cogna furieusement dans ma poitrine. J’avais peur.

— Après vous avoir quittée la nuit dernière, j’ai décidé qu’il était temps de vous trouver une véritable place ici, déclara-t-il d’une voix ferme. Pour cela, j’ai eu une longue discussion avec Liamarë qui vous observe depuis votre arrivée dans notre royaume.

Interdite, je regardai celle que je considérais presque comme une amie. Je n’aimais pas que l’on discute de moi alors que je n’étais même pas là. Prenant sur moi, j’attendis la sentence qui ne tarderait pas à tomber. Je me préparai au pire.

— Vous n’êtes pas de notre monde, poursuivit-il, indifférent à mes craintes. Cependant, je vous ai recueillie et vous ai acceptée parmi les miens. Liamarë m’a relaté que vous aviez fait beaucoup d’efforts pour vous intégrer aux autres elfes sylvains mais sans grand succès. Cela étant, nous avons convenu que nous ne pouvions vous laisser seule ou parmi les autres elfes sans une surveillance accrue. Vous êtes un danger autant pour vous-même que pour nous.

— Que… que voulez dire, exactement ? bégayai-je un peu perdue.

Qu’allait-il faire exactement de moi ? Et s’il décidait de me jeter dehors, là, comme ça, ou…

— Nous ne vous avons pas autorisée à vous exprimer, me jeta-t-il d’une voix glaciale.

Il se leva alors, faisant miroiter sa longue tunique argentée.

— Jusqu’à preuve du contraire, continua-t-il, vous nous avez démontré que vous agissiez encore comme une enfant capricieuse. Liamarë est d’accord pour dire qu’il serait impossible pour le moment de vous laisser vivre seule dans notre royaume. Vous êtes humaine et ne connaissez en rien les mœurs de notre peuple.

Il fit une pause pour me laisser le temps de digérer ce qu’il venait de me dire avant de reprendre, implacable :

— Nonobstant votre insupportable caractère, vous m’intriguez énormément, Cerise. Je n’ai pas eu le loisir de côtoyer beaucoup d’hommes, et ce, malgré ma très longue existence. C’est pourquoi, et par simple caprice, vous serez affectée à mon service personnel. Cela vous laissera la liberté d’apprendre à vivre parmi nous et vous m’en apprendrez plus sur votre monde. Je ne souffrirai aucun refus ni aucune rébellion de votre part. Est-ce bien clair ?

— Oui, répondis-je en le fixant, les joues rougies par la colère qui montait en moi.

Il plissa les yeux un instant avant de descendre quelques marches.

— Vous êtes dorénavant sous la responsabilité de Liamarë. Au moindre souci que vous nous causerez, nous vous jetterons dehors sans état d’âme, termina-t-il avec froideur.

Totalement mortifiée, je ne dis rien, baissant les yeux pour qu’il ne voie pas les larmes qui menaçaient de déborder de mes paupières. Cet elfe était tellement cruel.

— Liamarë, emmène-la dès à présent, ordonna Thranduil. Je la rejoindrai dès que j’aurai terminé avec le reste de mes affaires en cours.

Il nous congédia sans un mot de plus. Il n’avait même pas jugé bon de me demander mon avis. Toutefois, et malgré tout ce que je pouvais ressentir, une part de moi était soulagée : je ne finirais pas comme simple dessert aux araignées enragées qui polluaient ses bois. Me redressant avec toute la dignité dont j’étais capable, je suivis Liamarë qui me conduisit sans rien dire vers ma nouvelle vie.


Thranduil


Après l’avoir quittée la veille, je m’étais entretenu un long moment avec Liamarë. Je me rendais compte que je ne connaissais toujours rien de cette humaine qui, pourtant, avait bouleversé notre existence depuis son arrivée parmi nous. Tout ce que je savais, c’était qu’elle avait le don de me taper sur les nerfs et de titiller certains points de ma personne, ce dont je me serais bien passé. Pourtant, quand je lui avais rendue visite dans sa chambre, jamais je n’aurais imaginé qu’une telle chose se produirait.

D’abord surpris, puis choqué qu’elle ose me toucher de cette façon, je dus reconnaître après coup que le contact de ses lèvres avaient été bien agréable. Il était rare qu’une elfine fasse le premier pas. Après la perte de ma douce et défunte épouse, je m’étais tourné vers l’oubli et m’étais replié sur moi-même, refusant tout contact extérieur. Hormis mon fils, je n’avais personne de réellement proche autour de moi. La sécurité de mon royaume m’importait plus que tout au monde. Tout comme les pierres précieuses que je gardais jalousement enfermées dans un endroit connu de moi seul. Repensant à mon trésor personnel, je sentis une bouffée de bonheur étreindre mon cœur. Je fermai les yeux sous la vague de chaleur qui déferla alors en moi. Les rouvrant, j’observai les quelques gardes posés à l’entrée de la salle du trône.

Cette Cerise était dangereuse pour bien des raisons, avais-je compris. Finlenn m’avait rapporté que Tamril, plusieurs fois, lui avait demandé des nouvelles de l’humaine. D’après ses dires, il s’était beaucoup attaché à elle et pas de la façon la plus amicale qui soit. Maeiell, quant à elle, m’avait affirmé que c’était Cerise qui avait ouvertement séduit le garde. Après quelques recherches plus poussées, il s’était avéré que c’était faux. Cerise n’avait rien fait de répréhensible. Cependant, j’avais admis qu’elle était loin de nous ressembler – au-delà des apparences. Elle avait cette manie de dire les choses telles qu’elles lui venaient à l’esprit, ce qui avait tendance à tous nous perturber beaucoup. Liamarë m’avait certifié que malgré tout, elle faisait beaucoup d’efforts pour se fondre plus facilement parmi les elfes d’ici. À ce jour, je conclus plutôt à un échec total de sa fameuse persévérance. Il m’était alors apparu deux solutions envisageables :

La première aurait été que quelqu’un l’emmène à Fondcombe pour tenter de voir avec le Seigneur Elrond – tant qu’il était encore là – ce qu’il pouvait faire d’elle. Je savais par mon fils que le sage d’Imladris aimait aider les plus démunis. C’était une idée comme une autre, mais si nous la choisissions, il fallait faire vite, car à la prochaine pleine lune il partirait pour les Havres Gris avec la Dame de la Lothlórien.

La solution suivante était de la garder auprès de nous, à mon service personnel, pour que je puisse avoir un œil sur elle. De plus, j’avais une folle envie de mieux comprendre le monde d’où elle semblait venir. Finalement, j’avais opté pour le second choix. Certes, il était bien moins judicieux que le premier, c’était un fait. Cela dit, je n’avais personne qui puisse faire le voyage jusqu’à Fondcombe. Peut-être était-ce une excuse lamentable de ma part et qui prouvait que mon temps en ce monde était révolu ? Je n’avais plus goût à rien depuis des décennies. Cette petite m’offrait là une belle distraction en attendant l’heure de mon départ.

Je m’étais donc résolu à la garder auprès de moi. Repensant à ce qu’il s’était passé la veille, je ne pus taire plus longtemps une idée qui m’était apparue dans un premier temps comme une pure folie, mais… sans doute pas si inenvisageable que cela. Après tout, je n’en étais plus à une offense auprès des Puissances Supérieures. Les elfes ne craignaient pas la mort, car la mort même n’avait pas réellement d’emprise sur eux. Nous ne faisions qu’un court séjour chez Mandos pour revenir, ressusciter, parmi ceux qui nous étaient les plus chers. Un pli amer déforma mon visage en me souvenant comment ma douce Elenna m’avait été enlevée. J’avais supplié pour qu’elle me revienne. En vain. Depuis, je n’en faisais qu’à ma tête. J’avais déçu Liamarë, son amie la plus chère, en osant m’abaisser à des plaisirs futiles. Ma relation avec Maeiell était mon insulte suprême, le trophée de ma vengeance… Que penseraient-ils si je m’abaissais une nouvelle fois à ces allégresses, mais avec une humaine ?

Un sourire mauvais se dessina sur mon visage. Cette idée très tentante était loin de me déplaire.


Cerise


J’étais en train de mourir à petit feu. Depuis que Liamarë m’avait ramenée chez Thranduil, je n’avais rien eu à faire de mes dix doigts. Je devais attendre que Sa Sérénissime Majesté daigne bien se souvenir qu’il avait laissé un colis dans sa chambre. Il avait intérêt à arriver bientôt, car sinon, ledit colis allait finir par mourir d’ennui.

Comme j’en avais marre de tourner en rond, je pris l’initiative de faire le tour du propriétaire. Après tout, on ne m’en voudrait pas que pour cela, n’est-ce pas ?

Les appartements du roi comportaient trois pièces immenses. La première était une sorte de salon qui faisait aussi office de bureau. La seconde, avec l’immense lit qui trônait en plein milieu, était assurément la chambre, et tout au fond, je découvris une salle d’eau qui me fit écarquiller les yeux d’étonnement.

Non mais le beau salaud, quoi ! Il avait une salle de bain ! Certes pas des plus modernes, mais il y avait une espèce de baignoire en pieds immense qui était reliée à un système de tuyauterie qui passait par la pierre et les écorces d’arbres. Ma vie pour un vrai bain. Je restai là un moment avant de m’en remettre tout à fait et finalement, je décidai de retourner dans la première pièce. Une des portes-fenêtres menait directement sur un grand et magnifique jardin intérieur. J’étais vraiment impressionnée par la culture elfique et leur capacité à faire pousser d’aussi jolies choses dans leurs grottes. Car, il fallait le dire, ces elfes sylvains vivaient bien curieusement enfermés dans leur caverne, mais avec les araignées qui rodaient à l’extérieur on pouvait facilement comprendre pourquoi. Prise par l’impulsion du moment, je sortis dehors et je fus sidérée de découvrir une petite cascade qui tombait un peu plus loin dans un bassin où l’eau était si claire que j’eus l’envie totalement irrépressible de m’y baigner. Plissant les yeux, je me pris à vouloir vérifier que je ne rêvais pas. L’eau semblait juste magnifique et irréelle. J’avais tellement envie d’y tremper mes pieds. Me mordillant les lèvres, je mis un temps à décider si j’allais le faire ou pas. Bon, allez, après tout, l’autre fou furieux de blondinet ne l’apprendrait probablement jamais et quitte à être coincée ici, autant y trouver une occupation ludique. Relevant ma robe, je glissai un doigt de pied et autre surprise de taille : l’eau était tiède ! Mon Gieu, quel bonheur !

Ah ! Ce petit bassin m’appelait de tout son cœur, « viens Cerise, viens nager et te détendre un peu »…

Après tout, pourquoi pas ? Je n’étais plus à cela près et puis l’ « autre » ne reviendrait pas avant un bon bout de temps de toute façon, alors autant en profiter. Il ne me fallut pas longtemps pour enlever tous mes vêtements et mes dessous que je posai sur le rebord. Ensuite je partis à grande enjambée jusqu’au milieu du bassin, là où je n’avais quasiment plus pied. Heum, comme c’était agréable, c’était même divin.

Doucement, je me mis à nager en long et en large tout en fredonnant des chansons idiotes. Après plus d’une demi-heure de natation, je décidai de faire la planche, puis je me retrouvai à faire l’étoile de mer. C’était trop bon. J’en profitai alors pour repenser à tout ce qui m’était arrivé depuis que j’étais ici et je me pris à imaginer le jour où le prince de Mirkwood reviendrait voir son père… Allez savoir pourquoi, l’idée de rencontrer Legolas me mit la banane et très vite je me retrouvai à chanter cette chanson stupide de Blanche Neige et les Sept Nains :

« Un jour mon prince viendra, un jour il me dira, ces mots d’amours si troublants et tendres que j’aurai… »

J’arrêtai le massacre là, car en général ma voix faisait plutôt penser à un petit goret que l’on écorchait vif quand j’arrivais à ce stade du couplet où il fallait donner le ton dans les suraiguës. Je chantais juste, mais ma voix était vraiment pourrie. Décidant que j’avais assez barboté dans l’eau, je plongeai sous la surface pour atteindre, de quelques coups de brasse, le rebord du bassin. Telle une nageuse confirmée – que je n’étais pas – je me hissai avec l’insouciance de la jeunesse sur la terre ferme et je vis à peine l’éclat d’un tissu argenté devant mes mains. Je me relevai, comme dans un vrai film, au ralenti, pour découvrir le souverain Thranduil qui m’observait, une drôle d’expression dans le regard.

Je mis un temps à réaliser que j’étais toute nue face à lui.


Tamril


Devoir gérer toute une garnison de soldats qui n’étaient pas des nôtres fut le travail le plus pénible que j’eus à accomplir dans la journée. Cela et supporter l’humeur maussade de Finlenn, sans parler de la colonie d’araignées géantes que nous avions tuées dans l’après-midi. J’en avais encore des résidus de toile sur ma tunique.

Pendant que je m’évertuais à me nettoyer du mieux que je le pouvais, Finlenn n’avait pas arrêté de critiquer les derniers méfaits de Cerise. L’humaine. Plus les jours passaient et plus elle m’apparaissait comme étant juste Cerise, une amie. Et non une femelle humaine aussi encombrante que dérangeante, ce qu’elle était pour Finlenn et toute une partie des gens de notre royaume.

Nous venions de nous poser dans les cuisines quand Liamarë apparut devant nous.

— Alors ma chère, demanda le capitaine de la garde royale. Notre souverain a-t-il enfin statué sur le sort de notre si incommodante invitée ?

Liamarë et moi-même soupirâmes de concert. Étonnés, nous nous regardâmes toutefois d’un air entendu.

Entendu de quoi ? me questionnai-je alors encore incertain de la réponse à donner.

— Le roi veut la garder auprès de lui, le temps d’en apprendre plus sur elle et qu’elle en sache assez sur nos meurs pour ne plus commettre d’impair, répliqua-t-elle dans un soupir.

— Un vœu bien pieux, si tu veux mon avis, grimaça Finlenn. Tu as vu comment elle était déguisée ce matin ? Et qu’avait-elle sur le visage ? questionna-t-il circonspect.

Notre amie pouffa avant d’afficher un grand sourire qui illumina tout son visage. Liamarë, d’aussi loin que je me souvienne, avait toujours illuminé les cavernes par sa flamboyante beauté. Cette elfine m’était toujours apparue comme inaccessible. Elle avait été la dame de compagnie la plus dévouée de feue notre Reine. Une amitié forte et sincère s’était tissée entre elles au fil du temps. Elle avait été, elle aussi, très affectée par sa disparition, tout comme le reste de notre royaume d’ailleurs.

— Elle a voulu se faire belle pour quelqu’un, nous expliqua Liamarë, d’un air entendu.

— Belle ? s’étonna Finlenn avec sarcasme. Je plains le pauvre elfe sur lequel cette harpie a jeté son dévolu.

Je ne dis rien, me contentant de récupérer un gobelet rempli d’eau aromatisée aux herbes pour le porter à mes lèvres. J’étais assoiffé.

— Je crois que notre Cerise a un faible pour le gardien de la Lothlórien, répondit Liamarë sur le ton de la connivence.

À ces mots, je recrachai la gorgée que j’étais en train d’avaler. Finlenn et Liamarë se tournèrent vers moi, surpris.

— Je suis désolé, croassai-je en éructant comme le vieux Radagast. J’ai avalé de travers.

Mes deux compagnons m’observèrent un moment avant de reprendre leur conversation comme si de rien était. Pour ma part, je ne pouvais pas m’empêcher d’imaginer Haldir et Cerise ensemble. L’image que mon imagination me renvoya me fut si insupportable que je faillis en gémir de rage. Il fallait que je me calme immédiatement. C’était indigne d’un elfe de mon rang, indigne de moi. Il était inconcevable que je puisse voir en cette humaine autre chose qu’une simple source de problème. Elle n’avait rien pour elle. Rien.

Je me relevai sans attendre avant de les saluer.

— Je vous prie de m’excuser, je vais devoir vous laisser, j’avais oublié que j’avais encore beaucoup de travail. Je m’inclinai avant de les abandonner.

Comprenant que je n’arriverais à rien, je partis vers la salle d’entraînement dans le but évident de me défouler. Je croisai notre souverain sur le chemin qui partait en direction de ses appartements. Je le saluai comme sa condition me l’imposait avant de me hâter. Je ne savais pas pourquoi je me comportais ainsi, mais c’était mal. J’avais un objectif : rendre fier ce roi qui m’avait recueilli quand j’étais devenu orphelin. Il avait été d’une incroyable mansuétude à mon égard. Je n’étais rien pour lui, il aurait très bien pu me laisser à une personne tierce de son royaume et pourtant, j’avais été élevé dans l’entourage du prince Legolas. Finlenn était devenu mon tuteur. Il m’avait tout appris et j’avais grandi avec l’amour et la reconnaissance que je devais à mon monarque. Je m’étais juré que rien ne me ferait dévier de mon devoir. Alors pourquoi aujourd’hui, mon âme tentait par tous les moyens de me faire revenir sur ses promesses sacrées que j’avais faites devant l’autel dédié aux Puissances Supérieures ?

À Suivre


Annotations

* Super Jaimie : est une série dérivée de L’Homme qui valait trois milliards. La saison 1 a été diffusée à partir du 19 septembre 1976 sur Antenne 2. À compter du 19 avril 1986, La Cinq rediffuse la série et programme dans la foulée les saisons 2 et 3, restées jusque-là inédites.(Merci à mon ami Wikipédia).

* Cerise a fait un selfie avec Haldir ! La chanceuse ^^.

* Je continue avec les pensées de Tamril.

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

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