1. Lost in Tolkien

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Lost In Tolkien


Cerise


17H55.

J’avais encore cinq minutes devant moi avant de quitter mon travail pour rentrer à la maison. Difficile d’endurer mon boulot de secrétaire quand je ne rêvais que d’une chose : me pelotonner sous la couette pour lire mon livre préféré du moment. Aaaaah ! Christian Grey ! Pourquoi mon patron ne te ressemblait-il pas ?! J’aurais tout donné pour toi, même faire des heures supplémentaires à titre gracieux s’il le fallait. Au lieu de cela, mon boss était un gros con, excusez-moi du terme, aussi moche qu’antipathique. C’était bien ma veine d’ailleurs ! J’aurais dû porter plainte contre l’auteur du livre pour nous faire miroiter le Saint Graal quand le monde du travail ne nous offrait au final qu’une coupe en plastique. Parfois, la vie se montrait vraiment très injuste.

Je levai les yeux vers l’horloge murale de mon bureau et… Ô joie ! Ô miracle ! Il était enfin l’heure de partir. Sans attendre plus longtemps, je fourrai mon kit de survie dans mon précieux sac qui contenait ce dont j’avais besoin – et qui était tout aussi inutile –, à savoir : mon roman de Fifty Shades, ma liseuse, mon iPod, mon Smartphone, ma tablette tactile, ma trousse de maquillage, mes Tampax, et mes préservatifs – au cas où je rencontrerais enfin un Christian Grey qui voudrait bien de moi… Oui bon j’étais encore novice en la matière, mais je gageais qu’un beau milliardaire saurait remédier à ce léger problème, si tant est que le milliardaire en question n’ait pas plus de soixante ans.

Tandis que je courrais vers la sortie de l’immeuble abritant l’entreprise dans laquelle je travaillais, j’aperçus au passage l’affiche d’un film que j’avais adoré : Le Hobbit. Je soupirai en avisant les traits du beau Legolas interprété de façon quelque peu surréaliste par Orlando Bloom. Je n’étais pas convaincue par la performance de l’acteur, mais à défaut de mieux on se contentait de peu. J’étais complètement folle de fantasmer sur des personnages de fiction. J’étais amoureuse du beau Legolas, et la blonde attitude il n’y avait que cela de vrai. Surtout quand il s’agissait de personnages avec des oreilles pointues.

J’avançai à vive allure pour ne pas rater mon bus quand une voix m’interpella :

— Hé ! Cerise ! Tu as oublié ton parapluie !

La honte ultime.

J’eus envie de me pendre. Je me demandais parfois ce que mes parents avaient consommé le jour de ma naissance pour m’affubler d’un prénom pareil. Petite, je le détestais, mais depuis que la télévision nous abreuvait des pubs de l’assureur Groupama, j’avais carrément des pulsions meurtrières à l’encontre de mes géniteurs. Tout à mes sombres pensées, je laissai mon collègue de bureau courir vers moi pour me remettre le précieux objet. Habitant à Paris, sortir sans un parapluie relevait du suicide capillaire.

Je remerciai donc ce dernier d’un signe de tête avant de reprendre le chemin vers mon arrêt de bus. Comme j’étais la nana la plus chanceuse de l’univers, je vis ce dernier se pointer comme une fleur un peu plus loin et je n’eus même pas le temps de me demander si cela valait le coup de piquer un sprint pour l’attraper que quelque chose m’agrippa par le bas de mon manteau en forme de poncho. Surprise, je tournai la tête pour découvrir un vieux monsieur à l’odeur avinée qui me regardait, les yeux exorbités.

— Vous allez faire un long voyage ! Vous serez perdue, vous retrouverez votre famille et ne reviendrez jamais ici ! glapit-il à mes oreilles, en m’envoyant des postillons de toute part.

C’était immonde ! pensai-je en faisant la grimace avant de le planter là sans un mot. Non, mais franchement… Voilà encore une autre joie de la vie parisienne. Paris ne serait plus vraiment Paris sans son lot de surprises quotidiennes. Un peu dépitée que ce genre de tuile m’arrive maintenant, je décidai de rentrer à pied. J’habitais non loin du bois de Vincennes et quand il faisait encore jour, j’aimais bien couper par le parc. Certes, il faisait nuit et peut-être aurais-je dû m’abstenir de passer par là. Parfois, certaines décisions ne s’expliquaient pas.

À mi-chemin dans le bois, j’eus le sentiment que quelqu’un me suivait. Inquiète, je tournai discrètement la tête pour découvrir que mon intuition n’était pas si mauvaise et qu’une ombre se profilait non loin de moi. Génial ma fille, me reprochai-je intérieurement. Pour une fois, cela aurait été super que tu te plantes. J’avais l’impression de me retrouver dans un mauvais film d’horreur. Bon sang, j’avais vraiment une veine d’enfer ce soir ! Sentant la panique monter en moi à un niveau assez proche de l’affolement, je pressai le pas. L’ombre en fit autant et lorsqu’elle passa sous un lampadaire, je reconnus non sans peine, le vagabond qui m’avait apostrophée un peu plus tôt. Je me sentais de plus en plus angoissée, car ce vieux monsieur à l’allure dépenaillée ne me disait rien qui vaille. Voyant qu’il ne me lâchait pas d’une semelle, je me mis à courir.

Tout au fond de moi, je sus à cet instant que ma vie était menacée. Il allait m’arriver quelque chose, j’en étais certaine. Alors je courus… Je courus comme si ma vie allait m’échapper. Il y faisait si sombre que j’en perdis vite le sens de l’orientation, et je me rendis compte que je m’étais égarée dans le bois. Impossible de savoir d’où j’étais venue, impossible de savoir par où repartir. La seule chose dont j’étais sûre, c’était qu’il fallait fuir, aussi loin que possible pour ne pas être rattrapée.

J’avais mal à la poitrine tant je dépassais mes propres limites qui n’étaient pas bien grandes. J’adorais le sport. J’étais le genre de fille qui ne ratait un match de rugby pour rien au monde… devant mon poste de télévision ! Le sport, c’était le bien, surtout quand il s’agissait de regarder ces beaux spécimens masculins qui sprintaient sur le terrain, les muscles de leurs cuisses saillants de manière sexy et hautement désirable. Mais, le propos n’était pas là, j’étais quand même en danger, me rappelai-je. Ce n’était guère le moment de fantasmer sur de beaux mecs ! Avisant sur ma droite, puis sur ma gauche, et ce, plusieurs fois de suite, je sus avec exactitude que j’étais seule. Poussant un long soupir de soulagement, je m’adossai contre l’arbre le plus proche. J’avais un mal de chien à reprendre mon souffle. Peut-être que si je sortais vivante de là, il serait enfin temps que je m’abonne à cette salle de sport dont ma mère n’arrêtait pas de vanter les mérites.

Lorsque je me sentis mieux, je fermai les yeux quelques secondes, adressant une prière muette à tous les dieux et divinités de la terre, de toutes religions confondues – je n’étais pas regardante, à vrai dire, je prenais celui ou celle qui voudrait bien m’aider tout de suite – pour m’en sortir indemne. Une fois ma prière terminée, je rouvris les yeux, prête à reprendre mon chemin. Il faisait nuit noire et il n’y avait aucune lumière dans les bois. C’était inadmissible vu tout ce que l’on payait en taxes, TVA et impôts divers, le maire de Paris aurait pu faire un effort.

Elenwë ! Eleeeeeenwëëëë !

Ah ! Non, mais zut ! Voilà que j’entendais des voix, maintenant. Mais quel cauchemar ! Essayant de ne pas trébucher à chaque pas, je tentai tant bien que mal de voir où je posais les pieds. Dans mon affolement, je ne vis pas le fou furieux juste derrière moi. Il me poussa de toutes ses forces et je me sentis partir en avant et perdis l’équilibre. Tout comme Alice qui tombe dans le terrier du lapin blanc, j’eus l’impression de faire une chute sans fin. Terrifiée, le cœur au bord des lèvres, je sus que ma dernière heure avait sonné ! Juste avant que ce ne fût le trou noir, mon cerveau ayant décidé qu’il ne valait mieux pas savoir, j’eus une dernière pensée : j’allais mourir alors que j’étais encore vierge et ça, ce n’était vraiment pas juste !

.

.

— Non ! Je ne veux pas mourir maintenant ! m’exclamai-je en me réveillant d’un coup.

Poussée comme sur un ressort, je m’assis sur mes fesses en haletant violemment.

— Mandieu ! Mais je suis en vie ? dis-je d’une voix étonnée.

Mue par l’instinct, j’inspectai toutes les parties de mon corps avec minutie. Je ne semblai a priori pas blessée. Bizarre, j’avais pourtant fait une chute impressionnante. Me relevant tant bien que mal, je vis mon grand sac non loin de moi et me dépêchai de le récupérer. Mon précieux, songeai-je en le serrant dans mes bras, ma vie sans toi serait un calvaire sans précédent. Le remettant à mon épaule, je me rendis compte que le soleil était déjà bien haut dans le ciel. Comment avais-je pu dormir aussi longtemps ? À défaut d’avoir un dieu, j’avais sans doute une bonne étoile… mais tout de même, comment avais-je pu ne m’apercevoir de rien ou à tout le moins, pourquoi n’avais-je pas repris conscience plus tôt ? Mystère… « Et au cœur du mystère, il y avait la meringue » comme disait l’une de mes meilleures amies.

Une fois de plus, je fus vite perdue dans mes pensées et je ne vis pas que le chemin que j’empruntai dans le bois ne me conduisait certainement pas vers la sortie. Levant les yeux vers les cimes des arbres, je m’aperçus que de grosses toiles d’araignées s’étendaient sur les feuillages à moitié morts. Beurk ! que c’était dégoûtant. À croire que le garde forestier faisait mal son boulot. À moins que cela ne soit les restes d’une soirée « spéciale Halloween » qui avait mal tourné. Non, parce que franchement, des toiles d’araignées de cette taille, cela n’existait pas … sauf dans Le Seigneur des AnneauxHarry Potter ou bien encore La Désolation de Smaug. En repensant au troisième film que j’avais cité, j’eus des frissons d’angoisse. Je détestais la scène avec les arachnides géants. En 3D, j’avais eu l’impression que leurs grosses pattes allaient sortir de l’écran pour m’attraper. Mandieu, mais quelle horreur ! Et même la vue du beau Legolas ne m’avait pas fait changer d’avis sur la question. Pour moi, c’était juste immonde et cauchemardesque. Bon, je ne m’attendais pas à voir ce genre de choses me passer sous le nez ici, donc j’étais tranquille. Nous étions après tout dans le monde normal et les marmottes ne mettaient pas le chocolat dans le papier d’aluminium comme à la télévision. Trouvant le chemin long et ennuyeux, je décidai de sortir mon Ipod pour meubler le silence. Tandis que je m’apprêtai à mettre les écouteurs à mes oreilles, un objet pointu et piquant s’enfonça dans mes omoplates.

— Aie ! m’écriai-je avant de faire volte-face et…

Je me mis à ricaner, c’était plus fort que moi. J’étais forcément en train de rêver. Devant moi se tenait un homme affublé d’une tenue médiévale, avec de longs cheveux bruns et deux oreilles pointues toutes choupinettes. Il me regardait en ayant l’air de se demander s’il allait me tuer maintenant ou attendre encore un peu. Je devais avouer qu’il était flippant malgré sa tenue ridicule. Toutefois, je décidai d’entrer dans son jeu, car sans doute, étais-je tombée en plein festival d’Heroïc-Fantasy.

— Bonjour étranger, déclarai-je toujours en riant. Vous vous êtes échappés du Comic Con* où un truc du genre, peut-être ?

En guise de réponse, l’homme haussa un sourcil avant de pointer de nouveau sa flèche sur moi.

— Oh là, tout doux, dis-je en avisant la pointe qui semblait étrangement aiguisée pour une arme factice. Je ne suis pas une ennemie.

Toujours pas de réponse. Peut-être devais-je lui montrer mon soutien et, prise d’une idée, je lui fis le signe vulcain. Loin de le dérider, il semblait de plus en plus décidé à me transformer en passoire. Peut-être ne parlait-il pas non plus français. C’était bien ma chance de tomber sur un cosplayer*étranger.

— Franchement, mon gars, entamai-je, sentant l’énervement me gagner. Est-ce que cela vous mordrait la langue de me dire quelque chose ? Parce que là, vous commencez vraiment à me faire peur !

Il ne semblait pas comprendre ce que je lui disais. Toujours sans un mot, il pointa son arme en l’air et tira. Wouaaaah, c’est qu’il était doué le bougre ! Un vrai Katniss en version… elfique ? Vulcanienne ? À peine avais-je eu le temps de formuler dans ma tête cette éventualité qu’un affreux bruit parvînt à mes oreilles.

— C’était quoi ça ?! m’exclamai-je, épouvantée.

J’avais une furieuse envie d’aller aux toilettes et j’étais sur le point de faire sur moi. La peur n’aidait vraiment pas à ce que me retienne. Avant que je puisse ajouter quoi que ce soit d’autre, je sentis qu’on me saisissait par la taille et je vis mon corps décoller brusquement du sol.

— Mais que ?! m’écriai-je, choquée par ce qui m’arrivait.

J’eus à peine le temps de tourner la tête qu’une grosse masse sombre se rua sur moi et mon … Robin des Bois ? Qui avait lui aussi de belles oreilles pointues au demeurant. Donc non, ce n’était pas Robin des Bois.

— Non, mais c’est quoi ce bordel ?! hurlai-je, vulgaire à dessein, à qui voulait bien m’entendre… et surtout me répondre.

C’est pourquoi je fus tout à fait surprise d’entendre mon sauveur émettre une phrase :

— Taisez-vous, petite idiote, vous allez nous faire remarquer.

— Oh mon Gieu ! Mais vous parlez vraiment ?! C’est un miracle ! lui répondis-je sarcastique.

C’est que je n’en avais rien à faire de savoir si je nous faisais remarquer. Fière de moi, je contemplai le lointain qui pullulait d’araignées toutes plus grosses les unes que les autres. Je mis un sacré moment à accepter ce que je venais de voir. Quand je compris enfin ce qu’étaient ces trucs tout moches qui nous pourchassaient, ce fut plus fort que moi* – et pourtant je détestais les jeux de la console SEGA – je me mis à brailler à pleins poumons ! Plus fort encore que le jour où j’avais découvert la nouvelle attraction – une sorte de montagne russe aux loopings terribles – du parc d’Astérix et Obélix. Je hurlai sans discontinuité jusqu’à ce que mon sauveur et moi-même nous retrouvions dans une espèce de cave souterraine… et je hurlais, hurlais, hurlais …

BAM.

La gifle me fit vraiment mal, mais eut pour mérite de me faire taire pour de bon.

— Vous vous êtes enfin calmée ? demanda mon sauveur, la mine soucieuse.

— Oui, oui, dis-je, d’une voix tremblante.

— Bien, rétorqua l’homme dont je n’avais pas encore défini en quoi il était costumé.

Il fallait que je lui pose la question. Tout ceci m’intriguait.

— Mais, dites-moi, repris-je, en quoi êtes-vous déguisés ? Vous faites un cosplay* sur quel personnage ?

L’homme me fixa comme si je venais de lui parler klingon* et je sentis poindre une affreuse migraine. Mes yeux me faisaient atrocement mal. C’était bien le moment.

— Je ne sais de quoi vous parlez, étrangère, mais j’ai pour ordre de vous emmener directement auprès de mon Roi, répondit-il froidement.

— Votre Roi, répétai-je déjà fatiguée par les inepties que me racontait cet énergumène plein de suffisance. Parce qu’à y regarder de plus près, il semblait me prendre de haut et s’il y avait bien une chose que je détestais, c’était que l’on me toise de cette manière. Je n’étais pas très grande, mais quand même. Je pouvais être un peu bébête, je voulais bien l’admettre, mais que l’on me prenne aussi ouvertement pour une idiote, alors là … Cela ne passait pas du tout.

— Écoute mon gars, grondai-je en pointant mon doigt sur sa poitrine, si tu crois que tu me fais peur, tu te fourres le doigt dans l’œil !

Remontant de mon autre main la bretelle de mon grand sac qui commençait à glisser de mon épaule, je me redressai de toute ma taille, prête à quitter les lieux. Je n’appréciais vraiment pas que l’on se moque de moi de la sorte. S’il voulait continuer à jouer à ce petit jeu, il irait le faire seul.

Je fis un pas… enfin je voulus le faire, mais l’homme déguisé en elfe me retint par le bras d’une main ferme.

— Mais quoi ?! crachai-je, laissez-moi partir ! Je veux rentrer chez moi ! Je suis en retard pour mon boulot aujourd’hui. Non, mais franchement, c’est bien ma veine de tomber dans un merdier pareil !

Loin d’être offusqué par ma diatribe digne d’un charretier, il me traîna presque de force – en fait, vous pouvez enlever le presque – jusqu’à une grande salle qui se trouvait en hauteur. Elle était agrémentée de piliers en forme de troncs entrelacés les uns aux autres. Plusieurs hommes, habillés comme s’ils sortaient tout droit d’un film de fantasy, montaient la garde devant un trône fait de grandes et épaisses écorces d’arbre. J’avoue que la magnificence du lieu me coupa la chique un moment. Ouvrant grand les yeux, je me mis à craindre d’être réellement morte ou de faire le rêve le plus fou que la terre ait connu. Dans tous les cas, je fus heureuse de me rappeler que j’avais arrêté les cigarettes qui faisaient rire, il y a quelques années de cela. Sans quoi j’aurais juré être en plein délire hallucinatoire. Par tous les dieux, mais où avais-je bien pu atterrir ?

Observant les environs, je me pris à penser que peut-être, je dis bien peut-être, j’avais posé les pieds dans un tournage de film et que le réalisateur manquant de figurants avait pris des gens au hasard pour sa production… Mais en toute objectivité, cela me semblait invraisemblable avec ce qui se passait devant moi. Non, je devais certainement rêver… ou être morte pour de bon.

Pendant que je tentai de démêler le vrai du faux, le réel de l’irréel, je n’entendis pas que quelqu’un s’était avancé vers moi. Sans doute n’y aurais-je pas fait attention si celui qui me tenait toujours par le bras ne s’était pas incliné à son tour imitant les autres gardes présents dans la salle de cette immense caverne aux airs de contes féeriques.

— Vdwj hfevuri dhqzeoi, dit l’homme qui m’avait sauvé un peu plus tôt des araignées, dans une langue que je n’avais jamais entendue ni d’Eve ni d’Adam… Quoique cela me dît bien quelque chose, mais…

— Qu’est-ce que vous racontez ? marmonnai-je. On ne vous a jamais appris que c’était malpoli de parler une autre langue en présence d’étrangers qui ne la comprennent pas ?

M’avisant, il me fit les gros yeux et me commanda silencieusement de me tourner et de me taire. Wouaaah ! Tout cela dans un seul regard, il était incroyablement expressif.

C’est alors que je le vis. Il était là devant moi, incarnation même de la beauté… heu, je dirais au masculin, mais en voyant la longueur de ses cheveux blond presque argenté, j’avais des doutes. Quant à son visage, il était aussi lisse et parfait qu’une version photoshopée d’un mannequin apprêté pour une publicité de cosmétiques. Autant de perfection était gênante. Quant à la couronne de feuilles qu’il portait sur la tête, c’était un tantinet surfait et risible. Ce soi-disant Souverain me toisa de la tête aux pieds comme si j’étais un déchet rapporté par un de ses gentils chiens de garde, dont il ne savait quoi faire et aurait aimé se débarrasser d’un coup de botte. Manque de bol pour notre Roi des cavernes, j’étais loin d’être un détritus et la façon dont il me fixait en fronçant le nez me donna envie de lui donner un coup sur la tête… ou de cracher par terre pour voir s’il allait s’évanouir par tant d’irrespect de ma part. Je ricanai intérieurement. Cela aurait pu être marrant. Quel incroyable délire j’étais en train de vivre ! J’étais surprise par tant d’imagination de ma part.

On se regarda dans le blanc des yeux pendant un moment, nous affrontant du regard pour voir qui allait flancher le premier. J’étais forte à ce jeu et je perdais rarement. À bout, le prétendu Roi se décida enfin à m’adresser la parole. Je souris de contentement. J’avais gagné cette manche. Lestement il s’avança vers moi, plus royal que jamais. C’est vrai qu’il faisait son petit effet. Je faillis applaudir des deux mains et lui dire que son jeu d’acteur était excellent, mais il me coupa l’herbe sous le pied.

— Qui êtes-vous, étrangère, et que faites-vous dans mon Royaume ?

J’écarquillai les yeux de surprise en comprenant qu’il avait décidé de se moquer de moi jusqu’au bout. Il pensait sincèrement que j’allais marcher dans son jeu ? Il se mettait les deux doigts dans les yeux celui-là ! À moins qu’il y ait réellement une caméra cachée quelque part, déjà en train de nous filmer. Dans ce cas… S’il voulait jouer, nous allions lui donner entière satisfaction. Je jubilai d’avance devant la réponse que je m’apprêtai à lui donner.

— Je suis un Petit Poney, commençai-je le plus ironiquement qu’il était possible de l’être en de pareilles circonstances. Je viens du royaume enchanté de Ponyland et j’ai perdu mon chemin sur la route Arc-En-Ciel.

Un troupeau d’anges passa avant que son cerveau n’assimile ce que je venais de lui dire. Je le vis arquer un sourcil avant de le voir les froncer tout à fait. Oh ! Oh ! Le grand blondinet avait enfin percuté. J’aurais dû vérifier ma montre pour voir combien de temps il avait mis pour comprendre que j’étais en train de me moquer ouvertement de lui. Discrètement, j’en profitai aussi pour tenter de trouver les cameramen… Mais rien.

— Je n’aime pas votre esprit, me jeta-t-il, outré.

— Oh, c’est vrai ?! m’exclamai-je en me tenant la poitrine, comme si j’étais blessée dans mon amour propre.

Bien sûr, je me repris assez vite et le toisai à mon tour.

— Dommage, repris-je. En général, mon esprit a plutôt du succès… À moins que ce ne soit mes fesses. J’avoue que je n’y ai jamais fait attention.

Un des gardes qui m’avait entendue manqua de s’étouffer, ce qui me fit largement sourire. J’aimais quand mes répliques faisaient mouche. Cerise = 1 – Le Roi Blondinet = 0.

Le fameux Roi, lui, s’approcha encore de moi et, lentement, il s’abaissa pour que nos visages soient à la même hauteur. Il semblait intrigué tout autant qu’il était courroucé. J’admettais que je n’y étais pas allé de main morte, mais qu’y pouvais-je ? Dans de telles situations, aussi inextricables qu’inconfortables, j’avais tendance à privilégier l’attaque à la défense… et à débiter beaucoup de bêtises aussi. Mauvais plan sans doute vu la façon dont le Souverain me fixait. Ses yeux semblaient vouloir me transpercer et son visage s’était contracté sous la fureur évidente que mes propos lui avaient causée. Cela sentait mauvais pour toi.

— Comment osez-vous me parler de la sorte, misérable petite femelle humaine ?! Savez-vous à qui vous vous adressez ?

Il avait dit cela sans desserrer les dents et avec un tel mépris que je commençai à me poser des questions à la fois sur ma santé mentale et sur ma santé tout court. Le grand blond à la couronne de feuilles — et non avec une chaussure noire* — dégageait vraiment une aura royale. Je sentis son courroux grimper sur ma peau en de longues vagues glacées qui remontèrent jusqu’à ma nuque et me firent frissonner de la tête aux pieds. Et si jamais j’étais vraiment… Non, non, non, ma fille, c’était impossible, arrête de divaguer ! Cela n’arrivait que dans les fanfictions de personne en mal d’inspiration et de sexe.

Il renifla, méprisant, sentant très certainement ma peur parvenir jusqu’à lui. Puis, sans que je m’y attende, le pli de sa bouche se releva dans un ourlet victorieux comme si ce qu’il allait me dire devait m’achever.

— Je suis Thranduil, fils d’Oropher et Roi de la Forêt Noire, me jeta-t-il froidement au visage. Vous êtes sur mon territoire et vous osez vous errer ici sans en avoir demandé la permission préalablement !

Gloups. J’étais folle – à défaut d’être un poisson.

Pourquoi avais-je cette froide intuition qu’il me disait l’entière vérité ? Étais-je devenue toquée ? Était-ce un rêve ? Je me pinçai brièvement le bras et au vu de la douleur que je ressentis, je pus en conclure que non, je ne rêvais pas. Soudain, un besoin plus primaire s’empara de moi. Pourquoi fallait-il que cela me reprenne maintenant ? Le Roi Thranduil, qui ne ressemblait assurément pas au sublime Lee Pace, bien que j’aie adoré sa prestation dans le second volet du Hobbit, me regarda étrangement, attendant sans doute que je m’aplatisse devant sa sérénissime personne. Seulement, là tout de suite, cela allait devoir attendre.

— Heu…. Roi Thranduil, dis-je en dansant d’un pied sur l’autre.

Il se releva alors de toute sa hauteur, se méprenant sur la raison pour laquelle je me mettais à transpirer à grosses gouttes.

— Vous vous rendez enfin compte de votre impertinence à notre égard, jeune fille, me dit-il froidement.

Sérieusement ?! Et s’il s’agissait du vrai Roi Thranduil, j’étais bonne pour me taper la honte de ma vie, mais mince à la fin, je n’étais pas faite de porcelaine moi !

— Heu…. Non en fait… enfin si, mais là, tout de suite… Il faut que j’aille faire pipi sinon je crois que je vais faire dans ma culotte !

À Suivre


Annotations

* Cosplayer : Costume Player – est une personne qui aime se déguiser en personnage de série, manga etc…

* Sega, c’est plus fort que toi : était le slogan de la publicité pour cette console de jeu dans les années 1990.

* Cosplay : est le terme qui désigne ceux qui se déguisent (les cosplayers).

* Klingon : est la langue des Klingons, peuple imaginaire de la saga Star Trek, tout comme les Vulcains d’ailleurs.

*Comic Con : Présentant à l’origine essentiellement des bandes dessinées, le Comic-Con s’est élargi au fil des années pour s’ouvrir à une frange plus large de la pop culture, incluant le cinéma, les séries télé, les animes, les mangas, les jouets, les jeux de cartes à jouer et à collectionner (TCG), les jeux vidéo, les bandes dessinées en ligne, et les romans de fantasy. Cette manifestation est la plus importante du genre en Amérique du Nord, et la quatrième dans le monde après le Comiket au Japon, le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en France.

* Le Grand Blond avec une chaussure noire : est un film français de 1972 avec Pierre Richard dans le rôle principal

A propos Annalia 85 Articles
Jeune quarantenaire ayant trois enfants. J’aime écrire sur les univers que j'affectionne et les tordre à ma convenance dans différentes fanfictions ou dans des histoires originales

5 Commentaires

  1. Bonsoir Darkklinne, je relis avec plaisir la nouvelle version de ta fanfic que j’avais perdu de vue depuis… quelque chose comme 2016. Je suis super heureuse de l’avoir retrouvée, grâce à fanfiction.net et grâce au fait que je me rappelais le nom de ton héroïne, Cerise ! C’est effectivement très parodique et hilarant, je n’ai cessé de me poiler toutes les trente secondes ! Thranduil est mon personne préféré dans le film le Hobbit et j’ai trouvé récemment le pdf des trois livres de Tolkien, je les dévore sans pause, bientôt terminé maintenant (ça va être triste). Les elfes et moi c’est une loooongue histoire (je les cherche même dans les profondeurs des forêts de mes songes, surtout quand j’ai des cauchemars aux trousses).
    J’ai d’ailleurs commencé à écrire une fanfiction, « La descendante », sur le fandom Eragon mais qui se passe principalement dans l’Alagaësia et de toutes façons, il est clair que Paolini s’est considérablement inspiré de Tolkien pour ces superbes êtres à oreilles pointues. Elle est sur fanfiction.fr mais je vais m’atteler dès que possible à la mettre sur fanfiction.net. (Elle est même sur wattpad et mon site plumevagabonde.fr ahah, je suis parée.) J’adore tes romances et ta façon drôlissime d’écrire, donc grand pouce vers le haut 😀
    P.S: Tu as vu, j’ai réussi à subtilement glisser mon site dans le commentaire 8D *pardon, mauvaise influence cerisienne*

    • Bonsoir !
      Oui je réponds à l’envers XD Alors, déjà, je ne sais pas si je te l’ai dit, mais, merci de me lire ou de me relire ! Bon, tu verras, beaucoup de choses vont changer par rapport à la première version. Du coup, tu as fini la trilogie du Seigneur des Anneaux ? Qu’en as-tu pensé ? J’aime beaucoup Thranduil, bien qu’on en sache peu sur lui. Il apparait à peine dans le Hobbit, est évoqué dans les Appendices et les Contes, mais sans plus. Du coup, j’ai du pas mal le travailler pour lui donner une consistance réaliste. Lee Pace l’interprète bien, mais il ne nous offre que deux nuances dont une qui est carrément mal amenée (le truc sur l’amour et blablabla).
      Enfin bref. Sinon, je te lirai avec grand plaisir !

      • Oui j’ai maintenant fini le Seigneur des Anneaux, j’ai lu les appendices, un peu, et le Silmarillion (ainsi que le Hobbit il y a longtemps). Je suis un peu déçue car le temps passe et la communauté se dissout 🙁 C’est triste. Et puis je n’aime pas l’histoire des Valars et d’Iluvatar, c’est trop… trop du déjà-vu. Manque plus que la pomme pour Morgoth quoi. Sinon, l’aventure est vraiment sympa. J’ai hâte d’avoir la suite de ton conte avec Cerise, j’en suis au chapitre 17 !

  2. bonsoir, je suis tellement heureuse de se retour de notre chère roi et notre cerise. J’ai lui au moins 5 fois l’encienne version de votre histoire et la seule chose a dire c’est continuer, continuer vos récits, ils son merveilleux.
    ps: désoler si il y a des faute dans c’est petite ligne mais l’orthographe n’ai point mon fort.

    • Bonsoir Adrika !

      Merci de me suivre 🙂 Si tu lis la nouvelle version d’Une Quête Ratée, j’espère qu’elle te plaira tout autant. N’hésite pas à me laisser tes impressions. Et aucun souci pour l’orthographe 😉

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